ÏÉ^: :**fr* ^ V A* \^0() HARVARD UNIVERSITY. LIBRARY OF THE MUSEUM OF COMPARATIVE ZOOLOGY LiBRARY OF SAMUEL GARMAN '. 1 3 2044 072 206 493 CT5 1928 ) HISTOIRE NATURELLE DES POISSONS. STRASBOURG , IMPRIMERIE DE F. G. LEVRAULT , IMPRIMEUR DU ROI. HISTOIRE NATURELLE DES POISSO]\S, PAR M, LE B.^^ CUVIER, Grand-Officier de la Légion d'honneur, Conseiller d'État et au Conseil royal de l'Instruction publique , l'un des quarante de l'Académie française , Secrétaire perpétuel de celle des Sciences , membre des Sociétés et Académies royales de Londres, de Berlin, de Pétersbourg, de Stockholm, de Turin, de Gœttingue, de Munich, etc.; ET PAR M. VALENCIENNES, Aide- Naturaliste au Muséum d'Histoire naturelle TOME PREMIER. A PARIS, Chez F. G. LEVRAULT, rue de la Harpe, n.' 8i; STRASBOURG^ même maison, rue des Juifs, n." 33; BRUXELLES 9 Librairie parisienne, rue de la Magdeleioe, n." 438. 1828.S A AVERTISSEMENT. J_JES détails où nous sommes entrés dans le premier livre de cet ouvrage, sur l'état où nous avons pris l'ichtyologie, et sur les moyens qui ont été à notre disjDosition pour l'enrichir, nous dispensent de nous étendre sur ce sujet dans une préface. Nous nous bornerons donc à prévenir que notre ouvrage étant en grande par- tie rédigé, les livraisons s'en succéderont avec exactitude, et que toutes les précau- tions ont été prises pour que l'exécution des planches et l'impression du texte ne souffrent aucun retard. Il est aussi de notre devoir de dire ici que les deux premiers volumes étaient déjà imprimés, lorsque nous avons reçu VJ ^AVERTISSEMENT. l'ouvrage de M. Carus sur les parties es- sentielles de Vappareil osseux et coquil- lier\ où se trouve une théorie générale du squelette et surtout de la vertèbre, assez différente de celles de ses prédéces- seurs, et une application de cette théorie à la composition de la tête des poissons, dont nous aurions dû rendre compte dans notre premier livre, si cet ouvrage intéressant nous était arrivé à temps; mais nous retrouverons d'autres occasions d'en parler, lorsque nous donnerons des monographies anatomiques des poissons des familles qui suivront celle des per- ches. C'est aussi depuis l'imjDression de ces deux volumes que nous avons reçu les premières livraisons du bel ouvrage de M.""" Bowdich sur les poissons d'eau douce de V Angleterre. Les excellentes figures 1. Uéber die Ur-Theile des Knochen- und Schalengerùsies ; Leipzig, 1828, in-folio. AVERTISSEIVŒNT. VIJ dont il est rempli, nous fourniront dans nos volumes suivans de nombreuses et utiles citations. Nous aurons soin d'indiquer de même par la suite les ouvrages d'ichtyologie qui viendront à paraître, de manière à com- pléter, autant qu'il sera en nous, le ta- bleau abrégé que nous donnons aujour- d'hui de l'histoire de cette science. TABLE DU PREMIER YOLUME. LIVRE PREMIER. T lABLEAU HISTORIQUE DES PROGRES DE L ICH- TYOLOGIE, DEPUIS SON ORIGINE JUSQU'a NOS JOURS , 1 Ses trois époques 3 Des connaissances que les Egyptiens, les Phénidens et les Carthaginois ont eues sur les poissons 6 Des connaissances des Grecs sur le même sujet lo Origine de l'ichtyologie scientifique. Aristote 17 Théophraste et autres Péripathéticiens 24 Connaissances des Romains sur les poissons ; leurs pê- cheries ; leurs viviers . . = 27 Ovide 3o Pline 3i Oppien 35 Athénée 36 Élien 37 Ausone 38 Galien, Xénocrate, etc 39 De l'ichtyologie dans le moyen âge 42 Isidore de Séville Ibid. Albert le grand 4 3 Vincent de Bcciuvais 4 5 X TABLE. De l'ichtyologie lors de la renaissance des lettres. ... 46 Massaria, Paul Jove 46 Gyllius Ihid. Des trois grands ichtyologistes du seizième siècle. ... 48 Bélon Ihid, Salviaui 5o Rondelet 5 1 Gesner 5 3 Aldrovande et Uterverius 64 Commencement des connaissances sur les poissons étran- gers. Thevet 5 5 Delaët 5 6 Nieremberg Ibid, Hernandès 57 Maurice de Nassau , Pison et Margrave 58 Rontius 61 INieuhof. Ibid. Dutertre, Rochefort 62 Nouvelles études sur les poissons d'Europe 63 Mathiole, Imperato, Columna, Scilla Ihid. Schw^enkfeld , Schonevelde, Neucrantz Ibid. Recherches sur l'anatomie des poissons pendant le dix- septième siècle 64 Fabricius d'Aquapendente Ibid, Casserius 65 Marc-Aurèle Severinus Ibid. Rorelli, Malpiglii, Sténon, Lorenzini S6 Blasius et Swamraerdam 68 Duverney 69 Boccone , Valisnieri Ihid. Gauthier Needham et autres raonographes , 7 o et suiv. TABLE. XJ Pages. Collections de Blasius et de Valentiii 72 Collins ^^"^• Histoire générale des poissons de Jonston 7 3 Première ichtyologie méthodique. Rai et Willughby. 74 Ichtyologistes voyageurs. Sloane, Catesby, Hughes 80 Marsigli 83 Bosman, Léguât, Labat, etc 84 Vlaming et ses copistes Renard etValentyn. ... 86 Ouvrages chinois et japonais sur les poissons. . . 8g Plumier, Feuillée, Aubriet. 91 Premier système d'ichtyologie. Artedi 96 LiJNN^us 99 Les deux Gronovius 101 Élèves de Linnseus. Hasselquist, Osbek, Lœfling, etc 108 Autres auleurs dont Linnseus a tiré des secours. 109 Klein 1 1 3 Auteurs d'ichtyologie venus après Linnœus. Duhamel. 1 17 Pennant 1 i 8 Pallas 120 Grands voyages scientifiques 121 Commerson, Sonnerat 122 Banks, Solander, Parkinson 126 Les deux Forster 127 Forskal 128 Falk , Gmelin , Guldenstedt , Georgi , Lepechin . . 1 3 3 Fabricius , Ascanius , MiUler i35 Thunberg 137 Brunnich, Cetti, Cornide 139 Parra Ihid, Divers naturalistes allemands 139 XIJ TABLE. Page». Bloch 143 Haùy , Bonnaterre 162 Walbaum 164 Édition de Linnœiis par Gmelin i55 Recherches sur l'anatomie et la physiologie des poissons pendant le dix-huitième siècle i58 Pourfour-Dupetit Ihid. Cheselden , Duhamel , Meyer 169 Haller 160 Camper 161 Vicq-d'Azyr 162 Alexandre Monro i63 Geoffroy, Hunter, etc 164 Scarpa Ihid. Comparetti i63 Ebel Ihid. Ichtyologie de Lacépède 171 Ichtyologistes postérieurs à Lacépède. Russel 182 Shaw i83 Duraéril 184 De Laroche 188 Risso Ihid. Rafinesque 190 Viviani, Spinola, Giorna, BonelU, Otto, Ranzani, Valenciennes 196 Naccari , Nardo 197 Low Ihid. Montagu, Jurine 198 Geoffroy Saint-Hilaire Ihid. Dictionnaires 199 Tilesius et Pallas 200 TABLE. XllJ Pages. Mitchill 202 Lesueur 2o3 Hamilton Buchanan 2o5 Quoy et Gaymard 207 Lesson et Garnot 208 Nouvelles méthodes 209 Rafinesque Ibid. De Blainville 216 G. Cuvier 2x8 Goldfuss 223 Oken 228 Recherches anatomiques et physiologiques sur les pois- sons pendant le dix-neuvième siècle 237 Autenrieth Ibid, Geoffroy Saint-Hilaire Ibid. Rosenthal 238 Spix 239 Bojanus 240 Carus Ibid, Schulze 241 Weber Ibid. Van-der-Hœven, Bakker 242 Meckel 243 Arsaki. 244 Kuhl , Fenner Ibid. Serre, Desraoulins Ibid. Sir Everard Home 247 Rathke Ibid. Tiedeman 248 Rudolphi 249 Biotj Configliacchi , Ibid. XVJ TABLE. Page». CHAPITRE V. Cerveau et nerfs des poissons 416 Cerveau Ibid. Nerfs et moelle épinière 434 CHAPITRE VI. Organes des sens extérieurs des poissons 446 OEil Ibid, Oreille 4^8 Narines 47^ Organes du goût 47^ Organes du tact '. 477 CHAPITRE VII. Organes de la nutrition des poissons 486 Manducation, et surtout dents 489 Déglutition 497 Canal intestinal et ses annexes 499 Circulation 5o8 Respiration 617 Excrétions et sécrétions 620 CHAPITRE VIII. Organes de la génération des poissons 63i CHAPITRE IX. Résumé général de l'organisation des poissons 643 CHAPITRE X Distribution méthodique des poissojns en familles naturelles et en divisions plus élevées 552 HISTOIRE DES POISSONS. LIVRE PREMIER. Tableau historique des progrès de ITch- tjrologie, depuis son origine jusqu'à nos jours. L'histoire naturelle est une science de faits , et le nombre des faits qu'elle embrasse est tellement considérable, qu'aucun homme ne pourrait re- cueillir ni constater par lui-même la totalité de ceux qui forment mie seule de ses branches : elle ne peut donc être étudiée avec fruit qu'en consultant tous les auteurs qui s'en sont occu- pés, et en comparant leurs témoignages entre eux et avec la nature ; mais pour consulter des écrivains avec fruit , pour pouvoir apprécier le degré de confiance du à chacun d'eux, pour distinguer même ce qu'ils rapportent d'après 1. 1 2 LIVRE PREMIER. leurs propres observations , de ce qu'ils ont puisé dans les écrits de leurs prédécesseurs, il est nécessaire de connaître les circonstances sous l'empire desquelles ils ont travaillé, l'époque où ils out vécu, l'état où ils ont trouvé la science, les facilités que leur procuraient soit leur po- sition personnelle, soit les secours de leurs amis et de leurs protecteurs, ou la coopération de leurs élèves. Ces détails , disposés dans l'ordre des temps et dans rencliaînement selon lequel ils se lient, constituent l'histoire de la science, base nécessaire de tout ouvrage dans lequel on voudra en présenter l'ensemble; base sans laquelle il serait surtout impossible de faire comprendre les discussions sur ce que l'on nomme la synonymie, ou la concordance des noms des espèces , qui elle-même est indispen- sable pour recueillir sans confusion et sans erreurs ce que l'on sait de leius propriétés. C'est ce qui nous a déterminé à commencer cet ouvrage par une histoire de l'ichtyologie. Nous essayerons d'y suivre les connaissances que les hommes ont eues dans les différens âges sur les poissons ; d'y faire connaître les au- teurs qui ont traité de cette partie de l'histoire naturelle; les moyens dont ils ont disposé pour s'en instruire; les progrès (pie chacun d'eux lui a fait faire ; l'influence mutuelle de leurs tra- HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 3 vaux , et l'utilitë que leurs ouvrages conservent encore. Nous reconnaissons clans les progrès cle l'icli- tyologie trois époques principales. Elle ne se compose d'abord , pendant bien des siècles , comme toutes les branches de l'histoire de la nature, que d'observations partielles. Aristote, trois cent cinquante ans avant notre ère, com- mence à en faire un corps de doctrine , mais faible encore, et ne reposant que sur des aper- çus et des règles à peine vèriliëes, destitue sur- tout de moyens sûrs de faire distinguer les es- pèces. Pendant plus de dix-huit cents ans ceux qui écrivent sur l'histoire naturelle se bornent presque à copier Aristote , ou à le commenter : mais, au milieu du seizième siècle. Rondelet, Belon et Salvien , reviennent à la véritable obser- vation; et, en rectifiant et étendant ce qu' Aris- tote avait dit , ils donnent à l'ichtyologie une base positive par des descriptions et des figures d'un certain nombre d'espèces bien déterminées; à la fin du dix-septième , Willughby et son ami Jean Ray essaient les premiers de distribuer ces espèces d'après une méthode fondée sur des caractères distinctifs tirés de leur organisation ; enfin, au milieu du dix- huitième, Artedi et Linnœus complètent cette entreprise, en éta- blissant des genres bien définis, en y plaçant 4 LIVRE PREMIER. des espèces certaines et caractérisées avec net- teté. Depuis lors l'ichtyologie marche sans ohsta- cle vers la perfection , et s'en approclie d'autant plus rapidement, que chacun des naturalistes qui s'en occupent y met plus d'ardeur et plus de cette sagacité qui sait distinguer le vrai et le présenter d'une manière sensible pour les bons esprits. C'est de ces progrès que nous allons exposer l'histoire, autant que les monumens qui subsis- tent nous en laisseront découvrir les traces. La connaissance des poissons , née de l'habi- tude de s'en nourrir, a dû être l'une des pre- mières qu'acquirent les hommes ; car il n'est point d'aliment que la nature leur offre en plus grande abondance et dont ils puissent s'emparer avec moins de peine : aussi voyons-nous que les peuples les plus sauvages, et ceux qui sont re- légués sur les plages les plus stériles, sont ceux qui vivent le plus entièrement de poisson. Les Groënlandais , les Esquimaux , les Ramt- schadales , sont ichtyophages , comme les habi- tans des rochers des Maldives, et comme ceux des côtes arides et sablonneuses du Mékran; c'est la nature même qui les contraint à ce genre de vie : elle ne leur fournit point d'autres res- sources. En Islande la monnaie conrante consiste en poissons sécliés ; certaines peuplades , faute de végétation , nourrissent de poissons jusqu'à leurs bestiaux. Dès la plus haute antiquité , la mer des Indes a nourri des iclityopliages sur une partie de ses bords. Hérodote en place déjà près de la mer Rouge ^ , et Néarque entre l'Inde et la Perse. ^ La facilité avec laquelle ils se procurent leurs alimens , et leur pauvreté sous tous les autres rapports, ont concouru dans tous les temps à retenir les icbtjopliages aux degrés les moins élevés de la civilisation. Agatharcliide , dans Photius, les peint comme les plus grossiers des humains , étrangers à tous les sentimens mo- raux^. Leur industrie se réduisait à piler et à sécher la chair des poissons pour en faire leur provision d'hiver.'^ C'est probablement pour détourner les hom- mes qu'ils cherchaient à civiliser d'un genre de vie si contraire à l'agriculture et si peu fa- vorable au développement de l'intelligence, que les prêtres d'Egypte avaient inspiré à leur peuple de l'horreur pour la mer, qu'ils avaient proscrit le poisson, et que leur caste continua 1. Thaïia, c. 19 et 20. — 2. Strab., l.XV, c. 11. — 3. Photius, ex Agath. , c. 12 , p. m. i343. — 4. Idem, ibid., et Strab., loc cii. 6 LIVRE PREMIER. (le s'en abstenir * , alors même qu'ils ne purent plus empêcher de s'en nourrir une nation à laquelle un grand fleuve , ses nombreux ca- naux, et les lacs dans lesquels il s'épanche, en offraient une quantité si prodigieuse. Ce qui est certain , c'est que , malgré la dé- fense faite aux prêtres de manger du poisson , le commun des Egyptiens se livra ardemment à la pêche ; ils mangèrent des poissons crus , ou scellés au soleil, ou salés"; quelques cantons n'avaient pas d'autre nourriture^ ; et si les prêtres n'en mangèrent pas, il n'est pas moins vrai qu'ils en connurent assez bien les espèces. Les monumens construits sous leur direction en offrent en plusieurs endroits des images fort fidèles. INous pouvons citer principalement le tableau d'une grande pêche, copié par 31. Caillaud dans une des grottes sépulcrales de Tlièbes, et où l'on distingue aisément par leurs caractères les ligu- res de plus de dix espèces'^; telles que chromis, varioles, mormyres, ou silures de différentes sortes. Le grand ouvrage sur l'Egypte en mon- tre également plusieurs , et particulièrement des 1. Il ne leur est pas permis (aux prêtres) de manger du poisson. Ilerod., Euterp., c. "S-j. 2, Hcrod., Euterp., c. 77. — 3. Idem, 92. — 4. Caillaud, Yo^age à Méroi;, t. II, pi. 75. HISTOIRE DE LICHTYOLOGIE. 7 muges et des moriiiyrcs, dessinés et coloriés d'une façon très-reconnaissable. ' On embaumait aussi un certain nombre de ces espèces. Nous avons vu entre autres plu- sieurs cyprins de l'espèce du binny dans la collection de M. Passalaqua. Cet usage tenait probablement au culte que l'on avait voué à certains poissons. Strabon nous assure que l'oxyrinque et le lépidote étaient révérés dans toute l'Egypte. ^ L'oxyrinque l'était particulièrement dans le nome et dans la ville qui portaient son nom , et même cette ville lui avait érigé un temple. ^ A Latopolis on bonorait le latos"*; à Elé- pliantine le méote^; à Syène le pbagre ou pbagrorius^. Ce dernier était probablement aussi un objet de culte dans le Nome pliagro- riopolitain , l'un de ceux de la basse Egypte. "^ Ceux qui croient devoir cbercber des expli- cations à ces cultes bizarres , les dérivent , soit de quelque propriété naturelle, soit du rôle que l'on avait fait jouer à ces poissons dans la mytbologie nationale. 1. Description de l'Egypte, Antiquités, t. II, pi. 87. — 2. Strab., I. XVII, c. 1, p. m. 225. — 3. Idem, ibid., et M., 1. X, c. 46. — 4. Strab., ibid. — 5. MX., 1. X, c. 19. — 6. MA., ibid. Clément d'Alexandrie répète la même chose. Admon. ad gent., p. m. 25. — T. Strab.,l.XYII, C. i,p. m.2o5. 8 LIVRE PREMIER. Ainsi ^lien croit que les honneurs rendus au phagre venaient de ce que son arrivée an- nonçait le procliain débordement du Nil ' ; mais qu'on révérait l'oxjrinque , parce qu'on le croyait né des plaies d'Osiris^ Plutarque, au contraire, prétend que le phagre, l'oxjrinque et le lépidote étaient en horreur aux Égyptiens parce qu'ils avaient dévoré les parties génitales d'Osiris lorsque Typhon eut jeté ses membres dans le Nil. ^ Ces interprétations contradictoires, et peut- être également hasardées, de pratiques puériles, n'importent guère à nos recherches; mais nous pouvons conclure de ces pratiques mêines qu'il y avait déjà dans ce pays des observations suivies sur les poissons et sur leurs espèces , ne fût-ce que pour distinguer ce qu'il était permis de manger et ce que l'on devait rendre au fleuve incontinent après l'avoir pris. Nous devons croire encore que l'habitude de voir les espèces sacrées , que sans doute l'on élevait dans les temples comme les autres animaux dédiés aux dieux, et celle de les ouvrir après leur mort pour les embaumer , faisaient prendre aux hommes chargés de ces fonctions une connaissance plus J. Mi., 1. X, c. 19. — 2. Idem, 1. X, c. 46- — 3. De hid. €i Osirid. particulière de leur conformation et de leurs moeurs. La pêche eut beaucoup moins d'importance pour les Juifs qui n'habitaient point aux bords de la mer, et dont le pays n'avait qu'un fleuve médiocre et deux petits lacs d'eau douce, la mer morte étant trop salée pour nourrir des poissons, et toutefois Moïse, au moins par précaution, leur avait prescrit quelques règles dans l'usage de cette nourriture : il leur défendait tous les poissons sans nageoires ou sans écailles * , ce qui se rapportait sans doute, d'une part, aux silures, et de l'autre, aux différens reptiles aquatiques, auxquels on attribuait apparem- ment quelque qualité malfaisante. C'étaient les Phéniciens , habitans de la côte, qui portaient aux Juifs des poissons ^. Cepen- dant on ne trouve pas dans les anciens de témoi- gnage bien positif qui annonce que les Phéni- ciens aient fait la pêche en grand dans la haute antiquité. Il n'est question ni de poissons ni de salaisons dans la description poétique qu'Ezé- chiel fait de leur commerce^; mais il est bien difficile qu'un peuple navigateur n'ait pas été 1. Lévitlque, ch. XI, v. 9 — 12, Les Juifs appliquent assez mal à propos cette règle à l'anguille , qui n'est nullement dépourvue d'écaillés. 2. Néhém., ch.\in, Y. 16. — 3. Ézéch., ch. XXVII. 10 LIVRE PREMIER. un pe'iple pêcheur , et si les grands établisse- mens de pêche et de salaison , qui fleurissaient dans le temps des Romains sur les côtes d'Es- pagne, ne devaient pas aux Phéniciens leur première origine, au moins furent -ils créés par les Carthaginois ; car on voit souvent le thon et d'autres poissons figurer sur les mé- dailles puniques de Cadix et de Carteia. Le nom de la ville de Malaxa vient même , selon Bochart, du mot hébreu et phénicien Malacli, qui signifie saler.^ Mais quelles qu'aient pu être les connais- sances de ces peuples, elles ne concourent à l'ensemble de nos doctrines d'aujourd'hui qu'autant qu'il en serait passé quelque chose dans les ouvrages des Grecs ou des Latins. C'est chez les Grecs que nous trouvons les premières bases de l'ichtyologie , ainsi que de toutes les autres sciences. A la vérité on a prétendu qu'ils n'avaient pas fait d'abord un grand cas des poissons comme aliment. On n'en sert jamais aux liéros d'Homère, et même Ulysse racontant que ses compagnons, pressés par la faim, avaient pris des poissons , quelques commentateurs ont cru voir une excuse dans ces paroles : 1. Bochart, Fhaleg. in oper., UI, 1G7. HISTOIRE DE l'ichtyologie. 1 1 (Car la faim nous pressait restomac.) paroles que Ménëlas emploie aussi dans une circonstance semblable % mais qui ne prouvent nullement, ni que les poissons fussent méprisés, ni que l'art de la pêclie fut inconnu. Le fait même que les compagnons d'Ulysse et de Mé- nélas avaient apporté des hameçons avec eux {yvoifXTflots dyKi^^oiaiv) , prouverait le contraire : aussi Platon^ et Atliénée * attribuent- ils cette abstinence du poisson de la part de ces guer- riers à la crainte de s'énerver par des mets trop délicieux. D'ailleurs Homère parle en plusieurs endroits de la pêche au hameçon et de la pêche au iilet. Il compare les amans de Pénélope expirans aux poissons qui palpitent en tas sur le rivage, ou les pêcheurs viennent de vider leurs rets^. Lorsque Scylla entrahie dans son gouffre six des com- pagnons d'Ulysse, il les peint tels que le petit poisson auquel le pêcheur vient de tendre un appât suspendu à une longue verge. ^ Hésiode place sur le bouclier d'Hercule un pêcheur attentif, prêt à jeter ses fdets sur des poissons que poursuit un dauphin.'' 1. Odyss., I. XII, V. 552. — 2. Idem, 1. IV, v. SGg. — 3. De repuhl.,\. m. — 4. Deipn., 1. I, p. 25. — 5. Odjss., I. XXÏI, V. 384. — 6. Idem, 1. XII, v. 25i. — T. Hes. Scut. Hercul., y. 212. 12 LIVRE PREMIER. Comment, en effet, une pareille ignorance ou une pareille prévention , si jamais elles avaient eu lieu, auraient-elles pu subsister dans un pays tel que la Grèce, entrecoupé de toute part de golfes et de bras de mer, et dont la population, en grande partie insulaire, s'adonna de si bonne heure à la navigation? Les poissons frais et salés furent donc promp- tement l'article peut-être le plus important de la diète des Grecs. Il en est parlé sans cesse dans les poètes comiques. Aristophane, dans ce qui nous reste de lui , y fait vingt fois allusion , et Athénée cite peut-être deux cents passages d'au- teurs et d'ouvrages, aujourd'hui perdus, ou il en était question. L'art de la pêche devint ainsi une indus- trie des plus lucratives et des plus générales; on fit dans les lieux favorables de grands éta- blissemens de salaison qui se transformèrent en villes considérables : Ryzance et Synope fleurirent surtout par cette cause ; et ce fut l'abondance des poissons qui valut au port de Byzance le nom de corne dorée. Les par- ticuliers faisaient à ce commerce des fortunes rapides, et les anciens comiques se sont mo- qués plusieurs fois d'un marchand de saline nommé Clierephile , devenu citoyen d'Athè- nes , et dont le fils dépensait en débauches HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. \ 5 la fortune que ce père laborieux avait amas- sée/ Différens personnages devinrent des objets de satires , seulement pour avoir aimé le pois- son avec excès. Tels furent un certain Calli- médon , surnommé la langouste, sur lecpiel les comiques ne tarissaient point ^ ; Pbiloxène de Cytbère, poëte ditb jrambique , qui, apprenant de son médecin qu'il allait mourir d'indigestion pour avoir mangé une grande partie d'un pois- son , demanda à en manger auparavant le reste ; conte plaisant si bien versifié par La Fontaine; les grands orateurs , Callias et Ilypéride , qui aimaient autant le poisson que les jeux de lia- sard ; Mélantbe le tragique et d'autres encore. On cite particulièrement Androcide de Cy- sique, peintre, que son goût pour le poisson porta à représenter avec grand soin d'après nature les espèces du détroit de Scylla , et qui fut ainsi le précurseur des grands iconographes de nos jours. ^ Une preuve encore subsistante du grand nom- bre d'espèces que les Grecs étaient parvenus à connaître, c'est qu'il s'est conservé dans leur 1. Athénée, 1. m, c. 53; l.VIU, c. 5. 2. Vojez dans Athénée, 1. VIII, c. 5, les plaisanteries sans fia dont il fut l'objet. 3. Athén.,l.Vm,p.34i. 1 4 LIVRE PREMIER. langue plus de quatre cents noms pour desi- gner des poissons, ce dont certainement aucune autre langue n'approche, et, comme le dit très- judicieusement Buffon : <, Cette abondance de « mots , cette richesse d'expressions nettes et « précises ne supposent-elles pas la même abon- « dance d'idées et de connaissances ? ne voit-on « pas que ces gens , qui avaient nommé beau- « coup plus de choses que nous , en connais- «< saient par conséquent beaucoup plus ? '* 11 était naturel qu'en de telles circonstances plusieurs écrivains travaillassent , soit sur les poissons eux-mêmes , soit sur leur pêche , soit sur l'emploi que l'on eu faisait dans l'art de la cuisine et sur les précautions que l'hygiène recommandait dans leur usage. On peut juger par les citations nombreuses d'Athénée, qu'il existait en effet beaucoup de livres sur ces matières. Malheureusement Athé- née n'a point marqué l'époque oii vécut chacun des auteurs qu'il cite; et parmi les traits qu'il rapporte, il s'en trouve rarement de propres à la faire connaître, en sorte qu'il n'est pas facile de savoir de plusieurs s'ils ont précédé Aristote , ou s'ils l'ont suivi ; ni de distinguer entièrement ceux dont les travaux ont pu être utiles à ce premier des naturalistes, de ceux qui ont au contraire prolité de ses ouvrages. Soi- HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 15 gneiix comme il le fut, de recueillir les livres de ses devanciers , et l'un des premiers qui ait formé une bibliothèque', on ne peut douter qu'il n'ait mis à contribution tous les auteurs qui pouvaient lui fournir quelques faits intëres- sans, et cependant il ne cite aucun de ceux dont Athënée fait mention comme ayant parlé des poissons, pas même ceux qui ont du être au moins ses contempoi ains , tel c^vl Archestirite ^ ce maître passé dans l'art de la bouche , dont la gastrologie^ guida, dit-on, Epicure dans la recherche de la volupté. Les seuls noms rappelés dans ses livres sur les animaux sont ceux d'Eschyle , d'Alcméon , deCtésias, deDiogëne d'ApoUonie, d'Hérodore, d'Hérodote , d'Homère , de Musée , de Polybe , de Simonide , de Syennésis ^ , d'Empédocle , de Démocrite et d'Anaxagoras/ H est vrai que, par une pratique trop suivie de nos jours, Aristote ne cite guère que les 1. Strab.,1. XIII,p. m. 608. 2. Archestrate, de Sjracnse o\\ deGela/était l'auteur d'un poëme dont on rapporte le titre diversement : Gastronomie , Hédjpathie, Deipnologie , Opsopée , et qui traitait de tout ce qui regardait la bonne chère. 3. C'est le catalogue mis par Sylburge en tète de son édition d' Aristote, des auteurs dont il est question dans l'histoire des ani- maux. 4. Ces derniers sont cites dans les livres sur la génération. 1 6 LIVRE PREMIER. auteurs qu'il veut réfuter, et on l'a même accusé d'ingratitude envers Hippocrate , dont il ne prononce pas le nom, quoiqu'il ait dû lui emprunter plus d'une idée. Je ne pense pas au reste qu'il ait fait grand tort aux ichtyologistes qui l'ont précédé, s'il y en a eu avant lui; ceux des fragmens con- servés par Athénée que l'on pourrait leur at- tribuer, n'annoncent point qu'ils aient traité leur sujet avec méthode ou avec étendue; et tout nous fait croire que c'est sous la plume ^Aristote seulement que l'ichtyologie , comme toutes les autres branches de la zoologie , a pris pour la première fois la forme d'une véritable science. * Ce grand homme, secondé par un grand prince, rassembla de toute part des faits, et ils parurent dans ses onvrages si nombreux 1. L'histoire d'Aristote est assez connue, et nous n'en rappelons ici que les principaux traits. Il naquit à Stagire, en Macédoine, 584 ans avant Jésus-Christ, de Nicomachus, médecin d'Amjntas, père de Philippe, et appar- tenait H une branche des Asclépiades. Il étudia d'abord la méde- cine sous son père. Orphelin à dix-huit ans, il se rendit ù Athènes, et V subsista en vendant des drogues, ce qui lui a valu de la part d'Athénée l'épithète de pharmacopoîe. Il j suivit les leçons de Platon, et ouvrit lui-même une école quelque temps avant la mort de son maître. Plùlippe l'avait désigné dès 55G pour ctre le précepteur d'Alexandre ; et la guerre ayant éclaté entre Philippe et jîVthèneS; en 346; il quitta cette ville, et se réfugia près d'Hermias , HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 1 7 et si nouveaux, que pendant plusieurs siècles ils excitèrent la dëliance de la postérité. Les personnages d'Athénée se demandent où Aris- tote a pu apprendre tout ce qu'il raconte des mœurs des poissons , de leur propagation et des autres détails de leur histoire qui se passent dans les ahymes les plus cachés de la mer. ^ Athénée lui-même repond à cette question, puisqu'il nous dit qu'Alexandre donna à Aris- tote, pour recueillir les matériaux de son his- toire des animaux , des sommes qui montèrent à neuf cents talens^ (plus de trois millions) ; à quoi Pline ajoute que le roi mit plusieurs milliers d'hommes à la disposition du philo- sophe , pour chasser, pêcher et ohserver tout ce qu'il désirait connaître.^ Ce n'est pas ici le lieu d'exposer en détail le parti qu'Aristote tira de cette munificence, d'analyser ses nomhreux ouvrages d'histoire prince d'Ataine, en Mjsie. Celui-ci avant été trahi et tué par les Perses, Aristotc épousa sa sœur. Alexandre lui fut confié à treize ans, en 345. On croit qu'il le suivit dans son expédition jusqu'en Égjpte. En 35 1 il revint à Athènes, et j rouvrit son école dans le Lycée. Après la mort d'Alexandre, arrivée en 52 4, les démagogues, secondés par les sophistes et les platoniciens , l'accusèrent d'im- piété; et, pour épargner aux Athéniens un second attentat contre la philosophie, il se retira avec ses disciples en Eubée, où il mou- rut en 522, âgé de soixanle-trois ans. 1. L. Vm, p. 352. — 2. L. IX, p. 398. ~ 3. Pline, 1. VIII, c. iG. i 8 LIVRE PREMIER. naturelle ^ , et d'ëniimérer l'immense quantité de faits et de lois qu'il est parvenu à constater ; nous ne nous occuperons pas même de montrer avec quel génie il jeta les bases de l'anatomie compaiëe, et établit dans le règne animal, et dans plusieurs de ses classes , d'après leur orga- nisation , une distribution à laquelle les âges suivans n'ont presque rien eu à changer. C'est uniquement comme ichtyologiste que nous avons à le considérer , et dans cette branche 1. Pline, i.VlIIj c. 16, en porte le nombre à cinquante livres. Il ne nous en reste que vingt-cinq ; savoir : neuf de l'histoire des animaux, quatre des parties des animaux, cinq de la génération des animaux, un de la marche des animaux, un des sensations et de leurs organes, un du sommeil et de la veille, un du mouve- ment des animaux, un de la brièveté et de la longueur de la vie, un de la jeunesse et de la vieillesse, un de la vie et de la mort, un de la respiration. L'on en trouve encore douze autres dans une énumération, d'ailleurs très-incomplète, de Diogène Laërce ; sa- voir : huit de descriptions anatomiques, un d'extraits anatomi- ques, un des animaux dont la nature est composée, un des ani- maux fabuleux, et un des causes qui empêchent la génération, qui est peut-être celui que l'on range d'ordinaire comme le neu- vième de l'histoire dts animaux. On lui attribue aussi le traité De viirahilibus auscultatiuiiihus , dont la meilleure édition est celle de Bechnan; Gœtlingue, 178G, in-/,." L'iiisloire des animaux, qui nous intéresse particulièrement, doit être lue dans l'édition gé- nérale des OEuvres d'Aristote de Duval , Paris, 1629; ou dans l'édition particulière de J. C. Scaliger, Toulouse, 1619; et sui'tout dans celle de Schneider, Leipzig, i8ii, 4 vol. in-8.". Camus l'a publiée, avec une traduction française en général assez exacte, Paris, 1785, 2 vol. in-4.°; mais il y a joint des notes qui malheu- reusement ne sont pas d'un naturaliste. Il y en a une traduction allemande par Strack , avec dgs noies ; Francfort, 1 8 1 6, 1 vol. in-S." HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. 19 même de la zoologie, n'eùt-il traité que celle- là, on devrait encore le reconnaître comme un homme supérieur. Il a parfaitement connu la structure géné- rale des poissons. « Le cou leur manque, dit-il; leur queue est continue avec leur corps, si ce n'est dans les raies, oîi elle est longue et grêle; ils n'ont ni mains , ni pieds , ni scrotum , ni membre viril , ni mamelles. « On doit en distinguer les animaux marins qui produisent des petits vivans, tels que le dauphin , qui a ses mamelles cachées dans des sinus près de la vulve. « Le caractère spécial des vrais poissons con- siste dans les branchies et dans les nageoires : la plupart ont quatre nageoires ; mais ceux de forme alongée, comme les anguilles, n'en ont que deux. Quelques-uns, comme la murène, en manquent même tout-à-fait. Les raies nagent avec tout leur corps élargi. Les branchies sont tantôt munies d'un opercule, tantôt elles en manquent ; et c'est le cas des cartilagineux : les uns les ont simples et les autres doubles * ; il a même remarqué que le xiphias a huit branchies de chaque côté : ce qui est vrai dans l. Hist. , I.II, c. 17, et surtout Be partih. , 1. lU, c. i3. 20 LIVRE PREMIER. ce sens que chacime de ses branchies est di- visée en deux peignes. Aucun poisson n'a de poils ni de plumes ; la plupart sont couverts d'écaillés, quelques-uns d'une peau rude ou lisse. Leur langue est dure , souvent armée de dents ; quelquefois tellement adhérente qu'ils paraissent en manquer ^ , et cela parce qu'ils doivent avaler rapidement ; c'est pourquoi aussi leurs dents sont généralement crochues^. Leurs yeux manquent de paupières. On ne voit point leurs oreilles ni leurs narines^; car ce qui tient lieu de narines est une cavité aveugle"^. Ils jouissent néanmoins des sens du goût , de l'odorat et de l'ouïe; ce que l'auteur prouve par de nombreuses expériences^. Tous ont du sang : tous les écailleux ont des œufs ; mais les cartilagineux, si l'on excepte la baudroie, font des petits vivans^. Tous ont un cœur, un foie et un fiel; et à cet égard il entre dans des détails très- particuliers et très -vrais sur les vésicules biliaires du callionjme et de l'amia; mais il se trompe en refusant aux poissons des reins et une vessie. ^ « Leurs intestins varient beaucoup ; il y en a, tel que le muge, qui ont un gésier charnu 1. Hist., 1. II, c. iJ. — '2. J)e pariib. , 1. III, c. i. ~ 3. Hlst., 1. II, c. i3. — 4. L. m, en. — 5. Ihid. -^ 6. L. II, c i3. — 7. L. ll,c. i4. HISTOIRE DE LICHTYOLOGIE. 21 comme les oiseaux ; d'autres n*ont presque pas (l'estomac apparent \ Des appendices aveugles adhèrent près de leur estomac, très-nombreuses dans quelques-uns , beaucoup moins dans d'autres. Il y en a même qui n'en ont point du tout, comme la plupart des cartilagineux.^ « Le long de l'épine régnent deux organes qui tiennent lieu de testicules, dont les canaux excréteurs aboutissent à l'anus , et qui gros- sissent beaucoup dans le temps du frai.^ « Leurs écailles durcissent avec l'âge '^. N'ayant pas de poumons , ils n'ont pas de voix propre- ment dite, et cependant il en est plusieurs (qu'il nomme) qui font entendre des sons et une espèce de grognement^. Ils sont sujets au sommeil comme les autres animaux^. Dans la plupart des genres les femelles sont plus grandes que les mâles. Dans les raies et les squales le mâle se distingue par des appendices des deux côtés de l'anus.^ '' Non-seulement Aristote avait fait les nom- breuses observations, d'où il avait déduit des règles si exactes; mais il avait représenté par des figures ces différentes conformations.^ 1. l)eparilb.,\.ni, c. i4.— 2. Hist., l.ll, ci j, et De partit., l.in,c. i4.— 3. L.m,c. 1.— 4. L. m, cil.— 5. L.1V,c.9. — 6. L.IV, c. lo.— 1. L.V,c. 5. — 8. L. III, Cl. Il y désigne les parties par des lettres, comme on le fait encore. 22 LIVriE PREvnER. Quant aux espèces, Aristote en connaît et en nomme jusqu'à cent dix -sept, et il entre, sur leur manière de vivre, leurs voyages, leurs amitiés et leurs haines , les ruses qu'elles em- ploient , leurs amours , les e'poques de leur frai et de leur ponte et leur fécondité , la manière de les prendre, les temps oii leur chair est meilleure, dans des détails que l'on serait aujourd'hui hien endjarrassé, ou de contredire ou de confirmer, tant les modernes sont loin d'avoir ohservé les poissons comme ce grand naturaliste paraît l'avoir fait par lui-même ou par ses correspondans. Il faudrait passer plu- sieurs années dans les îles de l'Archipel , et y vivre avec les pécheurs , pour être en état d'a- voir une opinion à ce sujet. * Aristote admet à la vérité la génération spontanée; mais on doit convenir qu'il appuie cette théorie sur des faits assez spécieux. Ce qu'il dit du moins de la difliculté de trouver des anguilles dans l'état propre à la généra- tion, est très-fondé, et les naturalistes de nos jours n'ont guère de lumières plus certaines que les anciens sur la procréation de cette espèce. On a même constaté dans ces derniers temps 1. Vojez I. V, c. 4; 1. VI, c. lo, 11, 12, i3, i4 » i5, i6, 17; l.Vm,c. 2, i3, 20, 5oiLl\,c.3y',Degemr.,l.m,c.Ji, 5. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 25 une de ses assertions les plus paradoxales ; celle que le clianna se féconde lui-même , et que tons les individus de l'espèce produisent des œufs. Ce que Ton doit le plus regretter dans cette masse d'instructions si précieuses , c'est que l'auteur ne se soit pas douté que la nomen- clature usitée de son temps pût venir à s'obs- curcir, et qu'il n'ait pris aucune précaution pour faire reconnaître les espèces dont il parle. C'est le défaut général des naturalistes anciens ; on est presque oblige de deviner le sens des noms dont ils se sont servis ; la tradition même a cbangé , et nous induit souvent en erreur : ce n'est que par des combinaisons très-pénibles, et le rapprocbement des traits épars dans les auteurs, qu'on parvient sur quelques espèces à des résultats un peu positifs; mais nous sommes condamnés à en ignorer toujours le plus grand nombre. Nous avons donné à dessein quelque éten- due a cet extrait des travaux d'Aristote sur les poissons, parce qu'il est non -seulement le premier, mais le seul des anciens qui ait traité de leur bistoire naturelle sous un point de vue scientifique et avec quelque génie. A la vérité son éeole marcba pendant quel- que temps sur ses traces. 24 LIVRE PREMIER. Théophraste^ , son pins digne élève, ajouta même quelques faits intéressans à cette partie de la science. Dans son traité des Poissons qui Tjii^ent à sec , il parle clairement des poissons des Indes, décrits depuis peu sous le nom d'o- phicéphales , et du misgurn {cobitis fossilisj jL.) 5 qui demeure vivant dans la vase après le dessécîiement des marais qu'il habitait. Le fameux médecin et anatomisf^e Erasis- trate, petit-fils d'Aristote , son élève et celui de Tliéopliraste , écrivit un ouvrage intitulé '0-v^a^7/î<à, ou des alimens tirés des poissons. Cléarque, un autre des disciples d'Aristote^, avait fait un traité général des animaux aquati- ques, dont Atliénée rapporte des passages sur l'adonis ou exocet, et sur les poissons qui font entendre une voix.^ Il y en avait un sur les poissons , composé 1. Théopkraste , né 3^o ans avant l'ère clirétleniie, dans l'ile de Lesbos, d'un foulon nommé Mélanthe, s'appelait d'abord Tyrtame, Aristote le surnomma Théophrasie , à cause de son éloquence di- vine. Il avait été en premier lieu disciple de Lcucippe et de Platon. Tendrement aimé d'Aristote, il lui succéda dans sa chaire en 324, et eut plus de deux mille élèves : il forma un des premiers jardins de botanique. Ses deux principaux ouvrages d'histoire naturelle sont les neuf livres de l'Histoire des plantes, et six des Causes des plantes, espèce de plijsiologie végétale : il est beaucoup plus connu par ses Caractères, traduits et si beureusement imités par Labruyère, On dit qu'il vécut près de cent ans, et que le peuple d'Athènes assista en corps à ses funérailles. 2. Athén., 1. VII, p. 275. — 3. Idem, 1. VIU, p. 552. HISTOIRE DE l'ichtyologie. 25 par Dojion^ , qui doit avoir ete à peu près de cette époque , si toutefois c'est le même dont on rapporte de nombreuses plaisanteries, et qui était cité par Lyncée, disciple de Théopliraste." Plusieurs ouvrages d'hjgiëne peuvent aussi être rapportés à cette époque et à l'influence de la philosophie péripatéticienne. Je range dans ce nombre celui de Diodes^ de Cariste, dédié à Antigonus ; le traité des choses salubres aux gens en santé et aux malades de Diphile de Siphne , contemporain de Démétrius , fds d'Antigonus; celui des alimens de Philotinie, disciple de Praxagoras et contemporain d'Héro- phile; et un autre sur le même sujet d^Icesius^ disciple d'Hérophile. On voit, par les citations d'Athénée , qu'il y était souvent parlé de pois- sons. Je rapporterais encore volontiers à cette influence, si l'on avait quelque certitude sur l'âge oîi vécurent leurs auteurs, le poëme sur les travaux de mer de Pancratius, Arcadien; les Halieutiques de NuméniiiSy d'Héraclée ; les poèmes sur les poissons de Coclus, d'Argos , et de Posidonius , de Corinthe, très-différent du grand philosophe Posidonius d'Apamée ; les traités en prose de SeleucuSj de Tarse, et 1. Athén., l.VII, p. 297, et dans plusieurs autres endroits de ce livre. — 2. Idem, 1. VIII, p. SS;. 26 LIVRE PREMIER. de Léonide y de Byzance, et le livre sur les poissons sales ^Euthj dénie ^ d'Athènes ; mais tous ces écrivains ne nous sont plus connus que par quelques mots qu'en a dits Athénée.* Toujours voit- on que les poissons étaient chez les Grecs un objet général d'attention , et il est probable que, si l'on avait continué de marcher sur les traces d'Aristote, l'ichtyologie aurait fait de grands progrès; mais, pour qu'il reparût des Aristotes, il aurait fallu qu'il re- naquît des Alexandres. L'histoire naturelle positive exige des travaux et des dépenses auxquelles un particulier sans protection ne peut pas se livrer. Ptolomée - Lagus , élève lui-même du philosophe de Stagire , et son fils Ptolomée -Philadelphe , donnèrent, il est vrai, tant qu'ils vécurent* des encouragemens de tous les genres aux sciences , mais leurs indignes successeurs ne s'en occupèrent plus, et l'école qu'ils avaient fondée à Alexandrie, trouva plus commode de cultiver l'érudition, la géométrie et la métaphysique , que de se fatiguer à la recherche des productions de la nature. Par une conséquence naturelle la phi- losophie péripatéticienne , surtout en ce qu'elle 1. L. I, c. S , et alibi passim. 2. Alexandre mourut 524 ans avant Jésus -Christ , Ptolomée- Lagus en 284^ et Ptolomée-Philadelphe en 246. HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. 27 avait d'expérimental, tomba par degrés dans une sorte de mépris; Tacadémie et le portique prirent le dessus, et l'on tourna les observateurs en ridicule. Les plaisanteries de Lucien, qui nous montre un péripaléticien examinant la durée de la vie d'un cousin et la nature de l'ame des huîtres*, avaient probablement été faites long-temps avant lui, et ces sortes d'études devinrent si peu communes que, lorsqu'Apulée fut accusé de magie, l'un des principaux ar- gumens que l'on employa contre lui, fut qu'il s'occupait de rechercher les poissons rares et singuliers.^ Les Romains ne favorisèrent jamais les sciences de pure spéculation ; ils s'occupèrent cependant des poissons, mais dans des vues d'intérêt, et ensuite pour assouvir un luxe qui, malgré ses excès, ne pouvait épuiser les richesses du monde , accumulées par ses op- presseurs. 1. Lucien Eieav Trpa^d;, p. m. 38o. Tout le monde connaît Lucien rie Samosate, ce fameux satirique, contemporain d'Anto- nin , de Marc-Aurèle et de Commode. 2. yipulée [Lucius Apuleius) , deMadaure, en Afrique, auteur du roman singulier de l'Ane d'or, fut aussi contemporain des Anto- nins : il emploie vingt pages de sa première apologie à se justifier de la curiosité qu'il mettait à rechercher les poissons, et à prouver que ce n'était pas pour des opérations magiques. On voit dans ce discours qu'il avait beaucoup écrit sur cette classe d'animaux; mais il n'en reste rien. 28 LIVRE PREMIER. Varron * et Columelle^ ont écrit dans le pre- mier de CCS buts. On v oit par ces auteurs que déjà du temps de Cicéron et d'Auguste les vi- viers d'eau douce étaient une chose vulgaire , et que les gens riches en avaient formé sur les bords de la mer , alimentés d'eau salée , dont l'entretien était fort cher^. Licinius Muraena en avait donné l'exemple "^j qui fut bientôt suivi par les hommes de la première noblesse, les Philippus et les Hortensius. Plusieurs de ces établissemens étaient d'une grandeur faite pour étonner. Hirrius prêta un jour à César deux mille murènes prises dans les siens ^. On élevait dans ceux d'eau salée des turbots et des soles, des dorades, des sciènes et toute sorte de coquillages ^. Chaque espèce de poisson y avait son compartiment. ^ Les amateurs n'y plaignaient aucune dé- pense. LucuUus fit couper une montagne près de Naples, avec des frais immenses, pour in- 1. Marais Terentius\KV,\{o, qui passe pour le plus érudit des Romains, naquit l'an iiG avant Jésus-Christ, et mourut Tan 28. Nous n'avons à parler ici que de son traité De re rustica. 2. Lucius Junius Moderatus Columeli.a, né à Cadix, contempo- rain de Claude ; auteur d'un ouvrage en douze livres : De re rus- tica. 3. Varron, De re rustica, 1. III, c. 17. Potins masupium domini exaniniunt quam implent. — 4. Plin., 1. IX, c. 54- — &• Idem^ c. 55. — 6. Columell., LVUI, c 16. — 1. Varr,, l.III, c. 17. HISTOIRE DE LICHTYOLOGIE. 29 trodiiii e l'eau de la mer dans un de ces viviers , au sujet de quoi Pompée l'appelait plaisam- ment un Xerxès en toge \ L'on dit qu'un maître, Yedius Pollion , poussait la cruauté au point d'y faire jeter ses esclaves pour nourrir ses poissons. ^ Nous verrons ailleurs avec quelle passion on faisait venir jusque dans l'intérieur des apparte- mens, au moyen de petites rigoles pratiquées exprès , les muUes que l'on voulait voir mourir avant de les manger^, et quels prix extra vagans on donnait d'un de ces poissons, pour peu qu'il excédât ses semblables pour la taille. ^ Les espèces du pays ne suffirent bientôt plus à ces riches blasés sur toutes les jouissances. Un amiral fut employé pour empoissonner la mer de Toscane du scare, qui auparavant ne vivait que dans la mer de Grèce ^. Du reste, les grandes pêches et les établissemens de salaison n'avaient fait que s'étendre : on allait chercher des pois- sons jusque hors des colonnes d'Hercule, et des milliers d'hommes étaient occupés à en appro- visionner la capitale du monde. On conçoit tout ce que cette abondance au- rait eu de favorable pour la connaissance des 1. Plin., 1. IX, c. 54. — 2. Senec, De ira, 1. UI, c. 4o ; et De clément. , 1. I, c. 18 3. Idem, Nat. quœst. , 1. III, c. 18. — 4. Idem, Epist., 96, — 5. Plin., 1. IX, c. 17. 30 LIVRE PREMIER. poissons, si le goût de l'observation et les inétlio- des d'Aristote se fussent conservés ; mais loin qu'il en fut ainsi, on n'écrivit plus d'après la nature, et tous les ouvrages des Romains , tons ceux des Grecs qui ont vécu sous leur empire, ne consistent qu'en compilations prises d'Aristote ou de quelqu'un des auteurs de son école : des extraits de voyageurs plus récens, trop souvent remplis de fables, sont les seules augmentations que l'iiistoire naturelle y ait acquises. Je n'en excepte pas le petit poëme des Ha- lieutiques, attribué à Om/e* par Pline , qui a cru y trouver des noms de poissons inconnus aux autres auteurs, et qu'Ovide, ajoute -t -il, aura peut-être vus dans le Pont, près duquel il avait commencé cet ouvrage. Malgré l'autorité de Pline, on conteste beau- coup aujourd'bui que le poëme soit d'Ovide; ce qui est certain , c'est que trois des noms que Pline dit ne pas se trouver ailleurs , orphiis, mormyrus , ch/json (qui dans le poëme est écrit chrjsophrjs) , sont dans Aristotc. Ce petit poëme de cent trente -quatre vers 1. Ovide n'est pas de ces hommes dont nous ajons besoin de rap- peler l'histoire. Il nous suffira de marquer l'année de sa naissance, 43 ans avant Jésus-Christ; celle de son exil, 10 après Jésus-Christ, et celle de sa mort, l'an 17. C'est dans ces sept dernières années qu'aurait été composé son poëme des Halieutiques, s'il était d« iui. HISTOIRE DE LICHTYOLOGIE. 34 nomme en tout cinquante -trois poissons , et donne sur les habitudes de quelques-uns des détails intéressans ^ , mais qui sont aussi très- probablement empruntés d'ailleurs. La faculté qu'il attribue au channa de concevoir sans mâle, que Pline dit n'être avancée que par lui, est déjà dans Aristote ^, mais le philosophe ne la présente qu'avec l'expression du doute : il était plus poétique de ne pas douter, et il faut avouer que , quelque singulier que le fait puisse paraî- tre, il y a de fortes raisons d'y croire.^ Pline lui-même est bien connu pour n'avoir fait que rassembler dans son immense ouvrage, sans beaucoup d'ordre ni de critique, ce qu'il trouvait dans Aristote et dans quelques autres Grecs , ou dans des historiens et voyageurs ro- mains plus récens/ 1. Les Halieutiques sont imprimés dans les OEuyres d'Ovide, et dans le recueil des Poetœ latini minores. Certains critiques les attribuent à Gratius Faîiscus. 2. H«/.,l.VI,c.i2. 3. Voyez le Traité de Cavolini, sur la génération des poissons. 4. Pline l'ancien ( Caius Punius secundus), l'un des hommes les plus laborieux et les plus érudils de l'antiquité, naquit à Vérone, l'an 25 de l'ère chrétienne, étudia à Rome, visita les côtes d'Afri- que, servit dans les armées romaines de Germanie, séjourna en Espagne pendant les guerres civiles qui suivirent la mort de Néron, et mourut, commandant des flottes romaines, l'an de Jésus-Christ 7Q, pour avoir voulu observer avec trop peu de précaution la grande éruption duVésuve. Son Histoire naturelle, en trente-sept livres^ dédiée à Titus, est le seul ouvrage qui nous reste de lui. Il 52 LIVRE PRETER. Son IX.*^ livre est particulièrement consacre aux poissons et à leur histoire, il donne dans le XXXIl.^ , ch. H , la liste des animaux aqua- tiques dont il avait trouvé les noms, et qu'il porte à cent soixante-quatorze ; mais en retran-k chant les coquillages , les cétacés et les autres animaux qui ne sont pas de vrais poissons, il ne reste guère de ceux-ci que quatre-vingt-quinze ou quatre-vingt-seize, parmi lesquels on peut encore soupçonner quelques doubles emplois. Une trentaine environ paraissent ne pas se rencontrer dans Aristote , même par leurs équi- valens grecs. L'auteur cite , comme ses garans , pour le IX.^ livre huit auteurs grecs et dix-huit auteurs latins. Il n'existe plus des premiers que deux , Aristote et Théophraste , et des autres que trois, Cicéron, JNépos et Sénëque. Parmi ses garans pour le XXXII.^ livre, il ajoute encore sept auteurs grecs , dont un seul , Nicandre , nous est resté , et cinq latins , dont nous ne pos- sédons plus que le poëme attribué à Ovide. Ce résumé de trente-huit auteurs ne laisse pas avait employé une grande partie de sa vie à en rassembler les matériaux avec une ardeur et une persévérance qui passent toute imagination. Elle se compose d'extraits de plus de deux mille volumes, dus à des auteurs dont nous ne possédons plus qu'en- viron quarante. HISTOIRE DE L ICHTYOLOGÎE. 35 que d'offrir des faits curieux , dont plusieurs , concernant les poissons de la mer des Indes , sont encore dus aux Grecs, sujets d'Alexandre ou de ses successeurs. Ceux de la mer du Nord , la scie , le cachalot , commencent à y paraître ; mais on y voit aussi des hommes, des femmes, des taureaux de mer, produits de l'imagina- tion des voyageurs. La pêche des muges dans les étangs du Languedoc y est décrite , et il s'y trouve beaucoup de détails intéressans sur le luxe des Romains, relativement aux poissons. Il serait dilïicile de déterminer plusieurs des espèces dont Aristote a parlé, si l'on n'avait à ajouter à ce qu'il en dit quelques-unes des par- ticularités que Pline en rapporte ; mais Pline lui-même ne pourrait souvent être entendu, si on ne l'expliquait par des passages d'Horace, de Sénèque, de Juvénal et de Martial'; car tout ce 1. Pour des auteurs si connus, et dont les écrits n'ont pas un rapport direct avec notre sujet, nous crojons devoir nous borner à marquer les temps où ils ont vécu. Horace {^Quintus Horatius Flaccus) , né àVénuse, l'an 66 avant Jésus-Christ, mourut, âgé de cinquante-sept ans, l'an g avant la même époque. Sénèque ( Lucius Annœus Seneca) , né àCordoue, l'an 2 ou l'an 3 de Jésus-Christ, mis à mort l'an 68, par l'ordre de Néron son élève, a écrit aussi sur la phjsique dans ses sept livres des Ques- tions naturelles; il j parle des poissons qui vivent sous terre, et de la passion des Romains pour les mulles. Martial (^Matcus Valerius Martialis) , naquit à Bilbilis , en 1. 3 54 LIVRE PREMIER. qui a rapport à la gourmandise est mentionné par les moralistes et par les poètes , avec encore plus de soin que par les naturalistes. Au reste , la science proprement dite , dans ee qu'elle a de général et de méthodique , n'est aucunement avancée par la compilation de Pline ; il tire d'Aristote toutes ses généralités et le peu qu'il donne sur l'organisation des poissons. ^ Les auteurs d'histoire naturelle , venus après Pline, et qui ont écrit en grec, Oppien, Athé- née, Élien, n'ont pas plus ohservé que lui, et leurs ouvrages, comme le sien, n'ont pour la Celtibérie, vers l'an 4o de Jésus-Christ, et mourut vers l'an loo. Il écrivit principalement sous Domilien. Jménal [Decius Junius Juvenalis), conlemporain de Martial, parait lui avoir survécu. On ne sait avec précision ni l'année de sa naissance ni celle de sa mort. Nous aurons occasion de citer beaucoup de passages de ces deux poètes, surtout de Martial. 1. La meilleure édition de Pline est la deuxième d'Hardouin, de 1723, en trois volumes in-folio, reproduite par Frantzius , de 1778 à 1791, en dix volumes in-S." On peut j joindre la traduc- tion de Poinsinet de Siviy, avec les notes de Guellard et de Des- marest; et pour les animaux, celle de Gueroult, avec des notes extraites de BufFon , de Bomare et d'autres naturalistes : mais tous ces commentateurs étaient trop étrangers à la connaissance de la nature, pour avoir pu expliquer leur auteur, et distinguer, dans ce qu'il dit, ce qui est fondé sur la vérité et ce qui ne dérive que de rapports faux ou exagérés. J'ai essayé une autre méthode dans mes notes sur les livres de Pline relatifs aux animaux, insérées dans la nouvelle édilioi? de M. Lcmaire ; Paris, 1827. HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. 55 science d'autre mérite que d'avoir conservé des articles tirés d'écrivains et de voyageurs main- tenant perdus. Les Halieutiques d^Oppien^ sont un poëme en cinq chants sur la pêche , dans lequel on peut croire qu'il a réuni tout ce que ses pré- décesseurs avaient d'intéressant. Plusieurs faits s'y retrouvent les mêmes que dans Aristote , dans Ovide , dans Pline , etc. ; mais il y en a aussi qui ne sont point ailleurs. Tous sont expri- més dans un langage poétique, et avant d'en faire usage, il convient de les dépouiller des ornemens dont l'imagination a su les enrichir. Appréciés à leur juste valeur, ils peuvent con- courir à la détermination de quelques espèces. Les poissons qu'Oppien nomme vont à cent vingt-cinq; parmi lesquels il y en a vingt-six 1. Oppien, d'Anazarbe, en Cilicie, naquit, vers la fin du règne de Marc-Aurèle, d'un sénateur de cette ville, qui tomba dans la disgrâce de Sévère, et fut condamné à l'exil. Les poésies d'Oppien plurent tant à Caracalla, qu'il lui accorda, dit-on, la grâce de son père et un statère d'or pour chaque vers. Ainsi on peut eu fixer la date au commencement du troisième siècle. Il mourut d'une contagion dans sa ville natale, à l'âge d'environ trente ans. On a perdu le cinquième livre de ses Cjnégétiques et toutes ses Ixeutiques, où il traitait de la chasse aux oiseaux; mais ses Ha- lieutiques sont conservées en entier. M. Limes vient d'en publier une traduction française; Paris, 1817, in-S." Bein de Ballu a tra- duit les Cjnégétiques, et en a donné une bonne édition grecque et latine; Strasbourg, 1786. La meilleure édition entière d'Op- pien est celle de Schneider; Strasbourg, 1777- 36 LIVRE PREMIER. qu'on ne trouve pas dans d'autres auteurs, et dix, ou à peu près, qui ne sont que dans Elien, Athénée^ j dans une conq)osition aussi froide qu'invraisemblable , suppose que plusieurs éru- dits, faisant ensemble un grand repas, disser- tent sur les mets , et sur tout ce qui y a rapport de près ou de loin , et récitent ou lisent sur ce sujet une foule de passages souvent trës-longs, pris dans des auteurs de tous les âges, qui vont à plus de huit cents, et dont le plus grand nombre n'a ccliappé à l'oubli que parce qu'ils sont cités dans ce livre. On conçoit que l'histoire naturelle est continuellement intéressée dans 1. Athénée, auteur des Deipnosophistes , ou des savons à table ^ était de Nauciale, eu Egjfple. Le diner qu'il raconte, et auquel il assistait, est supposé fait chez un homme (Larenlias) que Marc- Aurèle avait honoré d'emplois de confiance : par conséquent il a vécu dans le second siècle, et néanmoins il cite Oppien , qui n'a du écrire que dans le commencement du troisième. 11 est vrai que Beiin de Ballu suppose que la citation n'est pas d'Athénée, mais de celui à qui l'on doit l'abrégé des deux premiers livres de son ouvrage. En effet , l'on n'a ces deux premiers livres que sous une forme abrégée; les autres sont entiers, ou à peu près. 11 j en a quinze en tout. La meilleure édition a été long-temps celle de Connnelin; iSgy, in-folio, avec la traduction de Daléchamps et les commentaires de Casaubon : mais M. Schvveighaeuser vient d'en donner une de beaucoup préférable; Strasbouig, i8oi et années suivantes, i4 vol. in-8.° Lefebvre de Villebrune en a pu- blié xme traduction française; Paris, 1789, 5 vol. in-^.", assez imparfaite encore, surtout à l'égard de l'histoire naturelle, quoi- qu'elle soit bien supérieure à celle de l'abbé de Alarolle; Paris, 1680, 1 vol. ia-4.° HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 57 leurs propos, et en effet elle peut tirer un grand parti de ces nombreux passages pour déterminer la nomenclature ; mais de toutes ses branches il n'en est aucune qui puisse en profiter davantage que l'ichtyologie. On y nomme à peu près cent trente poissons, et parmi ces noms il y en a trente qui paraissent pour la première fois. Des poètes, des historiens, des médecins , des naturalistes , sont également mis à contribution. Comme on peut s'y attendre, les citations souvent n'éclaircissent rien; mais quelquefois il en jaillit des traits de lumière, sans lesquels on ne pourrait deviner le sens de beaucoup de noms employés par les anciens. C'est là surtout que l'on apprend comlîien les poissons étaient un objet important dans toutes les habitudes de la vie. Claude Élien^ a laissé un traité des proprié- tés des animaux en dix -sept livres. Jamais il n'y eut d'esprit plus contraire à toute méthode 1. L'âge d'Elien, auteur de l'Histoire des animaux, est incer- tain ; cependant on le place en général dans le second siècle ou au commencement du troisième, parce qu'on a cru le retrouver dans un Claude Elien, de Preneste, qui enseignait la rhétorique à Rome , après le règne d'Antonin , selon Suidas , ou dans un Élien sophiste, dont Philosfrate a écrit la vie, et que les uns font mourir après Commode, d'autres après Élagabale. Il ne serait pas impossible que ces deuxÉliens fussent le même; mais il n'est dit ni de l'un ni de l'autre qu'il ait écrit sur l'histoire naturelle. o8 LIVRE PREMIER. que celui qui présida à cetle compilation, où tout est pêle-mêle; mais les faits précieux et vrais qui s'y rencontrent sont extrêmement nombreux. Elien a eu surtout de bien meilleurs renseignemens que ses devanciers sur les ani- maux de l'Afrique et des Indes ; ce qui prouve que les relations avec ces pays étaient devenues plus faciles. Il nomme environ cent dix pois- sons , dont quarante à peu près ne sont point dans Aristote, mais correspondent en partie à ceux d'Athénée, à ceux de Pline et à ceux d'Oppien, qu'Aristote n'a point.* Ausone^ est peut-être le seul des Latins qui ont parlé des poissons, dont on puisse dire qu'il n'a pas été un compilateur ; c'est d'après sa propre observation qu'il a décrit ceux de la Moselle, et il les décrit presque autant en na- turaliste qu'en poëte. Il en nomme quatorze , 1. On n'a eu d'abord qu'un extrait d'Elien , traduit et mis dans un ordre tout difTérent par Gillius : Lyon, i555, in-4.° Conrad Gesner publia le texte, et compléta la traduction en i556. La plus belle édition est celle d'Abraham Grono-vins : Londres, i 744? 2 vol. in-4.*' C'est celle qu'a suivie M. Schneider; mais en y faisant quel- ques additions utiles, entre autres un catalogue méthodique des animaux dont il est parlé dans l'ouvrage; Leipzig, 1784? in-8." 2. Decius Magmis Ausonius , né à Bordeaux, précepteur de l'empereur Gratien, consul en 579, mort en àÇ)^\, a parmi ses poésies un ])etit poëme de la Moselle, où il traite des poissons de ce fleuve : on le trouve dans toutes les éditions de se»-OEuvres et dans les Poetcg latini minons. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 39 tous reconnaissables par ce qu'il en dit, et la plupart inconnus des Grecs et des Romains, ou du moins autrement nommés par eux. C'est là que l'on voit pour la première fois la truite saumonée , la truite commune , le barbeau et quelques autres poissons d'eau douce. Que l'on joigne aux ouvrages dont nous venons de donner une courte analyse, quelques passages de Strabon \ de Pausanias ^, de Plutar- que^, d'Apulée "*, ce que Dioscoride et Marcel de Seide disent des poissons employés comme re- mèdes ^, ce que Galien ^ a extrait de Pbilotime sur 1. Strabon, l'auteur de la Géographie, était né à Amasée, en Capadoce, environ 5o ans avant Jésus-Christ, et mourut sous Ti- bère. Il nomme quelques poissons du Nil dans son XVJI/ livre, et parle en d'autres endroits de la pèche des thons et des pelamjdcs. 2. Pausanias, auteur du Voyage en Grèce, llorissait sous Anto- nin. Il compare dans ses Messéniaques les poissons de la Grèce et ceux de l'Egjpte. 3. Plutarque , de Cl>sronée , en Béotie , consul et intendant d'Illjrie sous Trajan , mort l'an i4o de Jésus-Christ. Il j a dans ses Traités philosophiques quelques traits pris de l'Histoire des poissons. 4. Vojez sur Apulée la note 2 , p. 27. 5. Pedacius Dioscoride, d'Anazarbe , en Cilicie, que l'on croit avoir vécu sous Néron, cite cinq ou six poissons dans le 11/ livre de sa Matière médicale, mais seulement par rapport à leurs qua- lités nuisibles ou à leurs vertus médicales. On n'a de Marcel/us, surnommé sidetes , contemporain d'Antonin , qu'un fragment de poëme, où il nonune une soixantaine de poissons, mais sans autre indication. 6. Galien est encore un de ces hommes trop connus pour que nous en rappelions autre chose que des dates. Né à Pergame vers 40 LIVRE PREMIER. leurs qualités comme alimens, et ce qu'Oiibase* a extrait de Xénocrate' sur le même sujet, et l'on pourra se faire une idée assez complète des connaissances des anciens en ichtyologie; car ce n'est guère la peine de rappeler ici quelques commentateurs du premier chapitre de la Genèse, les Ambroise^, les Eusthathe"^, les Pisides^, qui n'ont dit sur les poissons que des choses communes et empruntées. Si je voulais i5i , ajant étudié à Alexandrie, il se rendit à Rome en 169, fut médecin de Marc-Aurèle, et retovnna après la mort de ce prince à Pergame, où il mourut en 200. Il est le dernier des anatomistes de l'antiquité. C'est dans son traité De nlimentonim faculiate , 1. III, c. 24 — 3i , qu'il parle d'un assez grand nombre de poissons rela- tivement aux qualités de leur chair. 1. Orihase était médecin de l'empereur Julien au milieu du troi- sième siècle. Dans le II.'' livre de ses Collecta medicinalia , après avoir copié les chapitres de Galien dont nous venons de parler, il en ajoute un assez long, c. 58, tiré d'un Traité de Xénocrate, sur les alimens que fournissent les poissons, où l'on trouve quel- ques noms et quelques traits utiles. 2. On ne sait pas bien quel a été ce Xénocraie. Quelques-uns supposent assez légèrement qu'il est le même que le philosophe académicien, le deuxième successeur de Platon. 3. S. AmhroUe, archevêque de Milan, né vers 3^0, mort en 397. Les onze premiers chapitres du V.* livre de son Hexcemeron sont consacrés aux poissons. 4. Eiisialhius, archevêque d'Antioche, l'un des prélats du con- cile de Nicée, ne dit dans son Uexœmeron , ou commentaire sur l'œuvre des six jours, p. 18 — 22, que quelques mots de la scie, du scare, de l'écheneis et du renard marin. 5. Ce sont à peu près les mêmes dont George Pisides, diacre de Conslantinople au septième siècle , parle dans un poème grec, qui porte aussi le titre de i^a.i!ifXiPov « Koafxovp'yia.. HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. 41 descendre jusqu'à Phile% ce ne serait plus d'un ancien , mais d'un écrivain de la lin du moyen âge que je parlerais. Au surplus, bien qu'un peu plus étendu , ce n'est, comme les autres , qu'un copiste des auteurs des bons siècles. Or, de la comparaison soigneuse de tous ces ouvrages , il me paraît résulter que les anciens avaient distingué et nommé environ cent cin- quante espèces de poissons, ce qui fait à peu près toutes les espèces comestibles de la Mé- diterranée ; mais ils n'en avaient point nette- ment fixé les caractères , et n'avaient pas même songé à les distribuer métbodiquement , en sorte qu'ils étaient eux-mêmes sans cesse em- barrassés dans leur nomenclature. Quant à l'organisation de cette classe en général, per- sonne depuis Aristote ne s'en était occupé. La décadence de l'école péripatéticienne avait fait tomber toutes les recbercbes directes sur la nature ; son histoire n'était plus traitée que par des compilateurs qui n'entendaient rien au fond des choses , et , par rapport à cette 1. Manuel Pmi.^, né àEphèsevers 1275, mort vers i34o, a mis en vers politiques des traits de l'histoire des animaux empruntés d'Elien. Son poème est intitulé, comme le livre d'Elien , Tnp} t,oSv IS'iolifloç {De proprietaie animallum). La meilleure édition est celle de Corneille de Pauw ; Utrecht, lyôo, in-4.'' 42 LIVRE PREMIER. branche des sciences , les barbares n'eurent rien à faire : elle n'existait déjà plus lors de leur invasion. Les neuf siècles qui suivirent ne lui furent pas plus favorables; les moines, à peu près uniques dépositaires des connaissances pendant ce long sommeil de l'esprit humain, n'avaient dans leurs cellules aucun moyen de se livrer à l'observation , et ceux d'entre eux qui montrèrent le plus de curiosité ou de génie, furent réduits à faire des extraits des exem- plaires imparfaits qui leur étaient restés de Pline ou d'Aristote. Ce dernier même, à une certaine époque ne leur fut plus connu que par des traductions faites , non pas sur le grec mais sur l'arabe. Ce caractère de compilateur ignorant s'aper- çoit déjà dans les chapitres (i[\\ Isidore consacre à l'histoire naturelle , dans son Traité des ori- gines. Dans celui ou il parle des poissons ' , il en nomme trente et quelques espèces, et cherche l'étymologie de leurs noms, mais d'une manière puérile , tirant quelquefois un mot grec du 1. Originum 1. XII, c. 6. S. Isidore , évcque de Séville, a vécu, à la fin flu sixième siècle, du temps de rempereur Maurice et du roi Rccarède ; et a composé beaucoup d'ouvrages de théologie , d'histoire et d'érudition. Le XII.'' livre de ses Origines est le seul de ses écrits qui intéresse les naturalistes. On le trouve dans l'édi- lion de ses Œuvres imprimée à Paris, en i6oi, i vol. iu-folio. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 43 latin, ou s'attacliant à la ressemblance maté- rielle des sons. Cependant il s'y trouve un ou deux traits caractéristiques que l'on chercherait vainement ailleurs. Albert le grand \ digne d'urt meilleur siècle, avait conçu son traité des animaux sur un plan vaste et régulier ; mais pour l'exécution il paraît n'avoir eu sous les yeux que des copies très- fautives de Pline, et peut-être une version latine d'Aristote faite sur quelque version arabe. Dans son chapitre des poissons c'est surtout Pline qu'il cite , mais en l'estropiant ; écrivant par exemple, tygrius pour thynnus, solaris pour silurus, prenant le mot exposita ^ qui est dit d'Andromède , pour le nom du poisson auquel Andromède fut exposée, etc. ; il détourne le sens de plusieurs noms, et en donne un grand nom- bre d'absolument barbares. Cependant, parmi les soixante-trois poissons dont il parle, il en est 1. Albert, dit le grand, de la famille des comtes de Bolhtedt, naquit à Lauingeii, en Souabe , en iigô. Après avoir étudié à Padoue, il vint enseigner la philosophie d'Aristote à Paris , et j acquit une grande réputation comme professeur. Il entra, en 1221, dans l'ordre des frères prêcheurs ou dominicains, et devint pro- vincial d'Allemagne en 12 54 ; puis, maître du sacré palais à Rome ; et, en 1260, évèque de Ratishonne : il finit par rentrer dans son couvent, où il mourut en 1 280. Ses OEuvres de l'édition deLjon, i65i, occupent vingt-deux grands volumes in-folio; son Traité des animaux en fait le sixième, et leXXÏV.*liyre de ce traité est relatif aux poissons. 44 LIVRE PRETER. quelques-uns qu'il avait observés lui-même, tels que son deuxième Alech , qui est le hareng; son Amger , qui est l'orphie ; son premier Esox , qui est le bécard , une de ses murènes , qui est la petite lamproie de rivière, etc. Son contemporain et son confrère d'ordre, Vincent de Beauvais ' , a consulté des sources plus nombreuses , et surtout un auteur ano- nyme de la nature des choses , que l'on ne connaît que par ses citations , et qui paraît avoir rapporté plusieuis faits d'après sa propre observation. Il avait aussi de meilleures copies de Pline qu'Albert , et a beaucoup employé les Origines d'Isidore. Au reste , ses articles sur les poissons, à peu près aussi nombreux, mais beaucoup plus étendus et plus corrects que ceux d'Albert, pourraient bien être antérieurs 1. Vincent de Béarnais, dominicain que l'on prétend être mort en 1256, et à qui Albert le grand aurait survécu vingt-quatre ans, a compilé un ouvrage vraiment prodigieux par le nombre des objets qu'il embrasse, et que l'on peut appeler l'encyclopédie du mojen âge. C'est sa Bihliothcca mundi sive Spéculum majus , divisé en quatre parties, dont la première, intitulée Spéculum naturale, embrasse en un énorme volume in-folio toute la pbj- sique et l'bistoire naturelle. On prétend que le roi (les uns disent Philippe-Auguste, les autres Samt-Louis) lui procura des livres, et lui fournit les copistes et les aides qui lui furent nécessaires pour cette immense composition. C'est dans le XVn." livre qu'il traite des poissons. La meilleure édition de ses OEuvrcs est celle de Douai, 1624. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 45 à ceux-ci, qui eu auraient été extraits : ce qui est certain , c'est que leur ressemblance est telle qu'ils doivent au moins avoir été puisés à des sources communes dans ce qu'ils ont d'étran- ger aux anciens. Yincent parle aussi du ha- reng , et fait mention de la saison oii il paraît et de l'usage oii l'on était déjà de son temps de le saler et de l'envoyer ainsi au loin. Il vint entin des temps meilleurs. Un grand mouvement avait été excité dans les esprits dés le treizième et le quatorzième siècle par les Dante , les Pétrarque , les Bocace ; la fin du quinzième siècle fut le moment de sa maturité. Les Grecs chassés de Constantinople avaient fait connaître plus généralement les anciens classiques de leur nation ^ ; ils avaient donné surtout de meilleures traductions d'Aristote ^ ; l'imprimerie avait été inventée^; l'Amérique découverte "^ les Indes occupées ^ ; les lettres renaquirent , et avec elles l'histoire naturelle , qui en même temps vit s'ouvrir à ses recherches un théâtre infiniment plus vaste. 1. Après la prise de Constantinople en i453, et même aupara- vant, pendant les guerres et les calamités qui précédèrent cet évé- nement. ■ 2. Celle des livres sur les animaux, par Théodore de^aza, Grec de Thessalonique, venu en Italie en 1^29, mort en 1478, parut pour la première fois à Venise, en 1476. 3. Un pou avant i46o. — 4. En 1492. — 5. La même année. 46 LIVRE PREMIER. L'ichtyologie fut des premières à se relever sous ces heureux auspices. Le premier soin de ceux qui sy livrèrent fut de reprendre ce qui restait des anciens, et de chercher à l'expliquer; c'était là que dans ces premiers momens on espérait trouver toutes les vérités. Dès le commencement du seizième siècle MassaHa essaya de commenter le IX." livre de Pline. ^ L'éloquent \mtOY'\Gx\,PaulJove, ne dédaigna point dans un ouvrage exprès de rechercher les anciens noms des poissons romains ^. Il en dé- crivit quarante-deux d'après l'ordre de la gran- deur ou à peu près , et intercala dans leurs articles quelques particularités qui encore au- jourd'hui ne sont pas sans intérêt pour les naturalistes. Gjllius^ se proposa à peu près le même oh- 1. Francise. MassARii in nonum Plinii de naturali historia lihrum casiigaliones et annoiationes ; Bâle, iSàj, 111-4." Il j en a aussi une édition de Paris, Vascosan , 1 5^2 , in-4.", avec le IX/et le XXXII/ livre de Pline. 2. Paul Giovio, né ù Côme en 1 485, mort à Florence en i 552 , est assez célèbre comme un des écrivains italiens les plus élégans. Son premier ouvrage, moins connu que les autres, est un traité latin sur les poissons : De romanis piscibus Libellus ad ludovicum Borhonium, cardinalem, Rome, i524, in-folio, et iSaj, in-8." Il y en a une traduction italienne par Zancnruolo ; Venise, 1 5Go, iu-B." 3. Pierre Gilles {(r^llius) , naquit à Alby en i490j vovagca en Italie, et fut envojé dans le Levant par François L^' Obligé, HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 47 jet dans son Traité des noms français et latins des poissons de Marseille. Ses articles sont phis ai)régës, mais bien plus nombreux. Il y parle de quatre-vingt-treize poissons , et donne cpielquefois d'assez heureuses solutions sur l'ancienne nomenclature. Le même auteur rendit d'ailleurs un service réel en traduisant Elien , en le mettant dans un meilleur ordre, et en y joignant des ex- traits de quelques autres anciens , dont cet ordre , quoii[ue encore assez imparfait, rendait l'ëtude moins fastidieuse.^ Les livres XI, XII et XIII traitent des pois- sons , et l'on y trouve rassembles sous chaque nom les divers articles qui s'y rapportent, et qui sont épars dans Elien et ailleurs; mais, comme Gyllius ne cite point , on ne peut re- monter aisément aux sources. Le même mérite et le même défaut se trou- faute de secours, de s'enrôler dans les troupes de Soliman II, il se racheta, revint par la Hongrie et l'Allemagne, et mourut à Rome, chez le cardinal d'Armagnac, en i555. Son petit traité De nominibus gnllicls et latinis piscium massiliensium , imprimé en i535, à la suite de son Histoire des animaux, extraite d'Elicn, etc., est antérieur à son vojage dans le Levant. 1. C'est le livre dont nous venons de parler ; Ex tEliani Historia per Petruni Gyllium latini facti , itenique ex Porphjrio, Heliodoro, Oppiano, lumeodem Gjllio luculent'is accessionibus aucti, libri XVI, de vi et natura animalium ; Ljou, Gryphe, i555, in-4.'' 48 LIVRE PREMIER. vent dans le livre d'Édouairî FFotton \ sur les Différences des animaux. Composé unique- ment de traits empruntés aux anciens, il les met en ordre et les rend dans un style uniforme; il en fait, en un mot, un seul ouvrage, mais il ne cite point ses sources, ou ne le fait que de loin en loin. Le YIII.'' livre est celui qui traite des poissons : il ne me semble pas qu'il y ait rien de nouveau. Lonicerus ^ qui a donné quelques pages sur les poissons dans son Histoire naturelle, n'a pas même l'avantage d'avoir bien copié les anciens ; ses traductions des noms en langues modernes sont fausses et ses figures imaginaires. Mais les trois grands auteurs qui ont vé- ritablement fondé l'ichtyologie moderne , pa- rurent au milieu du seizième siècle , et , ce qui est remarquable , presque en même temps : Belon, en 1553; Rondelet, en 1554 et 1555; SaMani, de 1554 à 1558. 1. ÉdouardVl OTTos, médecin d'Oxford, a vécu dans la première moitié du seizième siècle. Son livre intitulé : J)e differentiis ani- mallum libri X , et dédié au jeune roi Edouard VI, est imprimé à Paris, parVascosan, en i 552, i vol. in-folio, remarquable par la topographie. 2. Naturalls hisloriœ opus noi>ujn , in quo traclatur de nalura et viribus arborum fructicum , herbarum, animant iiimque terresirium, volatilium et aqualilium, etc. , per Adaw.um Lomcerum ; Franclort , i55i, in-folio. HISTOIRE DE LICHTYOLOGIE. 49 Tous les trois , bien diiïeiens des compila- teurs qui , après Aristote et Thëophraste , rem- plissent notre liste , ont vu et examine par eux-mêmes les poissons dont ils parlent, et les ont fait représenter sous leurs yeux avec assez d'exactitude; et cependant, trop fidèles à l'esprit de leur temps, ils s'attachent Ijeaucoup plus à rechercher les noms que ces poissons portaient dans l'antiquité, et à composer leur histoire de lambeaux pris dans les auteurs oîi ils croient avoir retrouvé ces noms , qu'à les décrire d'une manière claire et complète, en sorte que, sans leurs figures, il serait presque aussi difficile de déterminer leurs espèces que celles des anciens. Bélon ^ est celui dont les figures sont les moins bonnes, mais ce n'est peut-être pas celui dont les conjectures sont les moins heureuses; 1. Pierre Biioy , né dans le Maine vers i5i8, ctudia en Alle- magne sous Valerius Cordus, voyagea en Italie et dans tout le Levant, et revint à Paris en i55o. Charles IX lui avait donné un logement dans le château de Madrid , au bois de Boulogne^, et il s'y occupait à traduire Dioscoride, lorsqu'il fut assassiné dans ce bois, en venant à Paris, en i564. On a de lui en ichtyologie VHistoire naturelle des étranges poissons marins; plus, les figure et description du dauphin; Paris, i55i,in-4.*' De aquatilibus librill ; Paris, i 553, in-8.° oblong: une traduction française du même ouvrage, sous le titre : Nature et diversité des poissons ; Paris, i 555 , in-8.°ob!ong. Ses Observations de plusieurs singularités et choses mémornlles , trou- vées en Grèce, en Asie , en Judée, en Egypte , etc., Paris, i555, i554, i555, in-4.'\ contiennent aussi divers articles sur les poissons. 4 50 LIVRE PREMIER. comme il avait voyagé en Turquie et en Egypte, il donne des lumières précieuses sur la nomen- clature aujourd'hui usitée dans l'Archipel, qui conduit quelquefois à retrouver celle des an- ciens Grecs. Dans son ouvrage De aquatilihus il repré- sente cent dix poissons, dont vingt-deux cartila- gineux, dix-sept d'eau douce, le reste poissons de mer; et il parle en outre d'une vingtaine dont il ne donne pas de figures. La plupart de ces figures sont reconnaissables, quoique grossière- ment dessinées. Presque tous les poissons de mer soiit de la Méditerranée, et il s'y trouve néan- moins quelques espèces du marché de Paris. Une partie des figures sont reproduites dans son petit traité des Etranges poissons de mer, et dans ses Ohseri>ations il a ajouté celle d'un poisson qu'il croît le scare des anciens et que personne n'a revu depuis lui. ^ Les figures de Sahdani ' sont moins nom- breuses, mais beaucoup plus belles, et gravées en taille douce, sur une assez grande échelle : 1. M. de Lacépède en a fait sa chcllim scare. 2. Hippoljte Salviani, de Citta di Castello, né en i5i5, mort en iSya, médecin du cardinal Ceivin, qui fut pape six semaines sous le nom de Marcel H, ainsi que de son successeur le pape Jules III, a publié son AqiuiliUum animallum hisloria, in-folio, de i554 à i557 : elle a été réimprimée à Venise en i6oo et lG02. HISTOIRE DE LICHTYOLOGIE. 54 il en est plusieurs qui n'ont pas été surpassées dans les ouvrages plus récens. Leur nombre est de quatre-vingt-dix-neuf, presque toutes de poissons d'Italie et quelques-unes d'IUjrie et de l'Archipel , sans compter quelques mol- lusques. Rondelet ' est bien supérieur à ses deux émules , par le nombre des poissons qu'il a connus , et quoique ses ligures , gravées en bois, 14e soient pas à comparer pour la beauté à celles de Salviani, elles sont d'une exactitude plus grande, et surtout très-remarquables pour les détails caractéristiques. L'artiste qui les a dessinées est certainement un des hommes qui ont été le plus utiles à l'ichtyologie , et il est 1. Guillaume Rondelet, né à xMontpelliei' en loo-j, fils d'un dro- guiste, nommé professeur en cette ville en i545, vojagea avec le cardinal de Tournon en France, en Italie et dans les Pajs-Bas, et revint à Montpellier en i55i. Il fut secondé dans la composition de son livre sur les poissons, par Guillaume Pellicier, évèque de cette ville. La première partie, Libri de piscibus marinis in quibus verœ piscium effigies expressœ sunt , parut à Ljon, en i554, in- folio. Elle est divisée en dix-huit livres : les quatre premiers trai- tent des généralités; les suivans, jusqu'au quinzième, des dilFé- rens poissons ; le seizième, des cétacés, des tortues et des phoques: le dix-septième, des mollusques; le dix-huitième, des crustacés. La seconde partie, {Jnwersœ (UjuaiHium hisloriœ pars altéra, cum veris ipsorum imaginibus , est de i555, et comprend deux livres sur les testacés, un sur les vers et zoophjtes, trois sur les pois- sons d'eau douce, et un sur les amphibies. Il j a une traduction française ai)régée de cet ouvrage, Ljon, i558, i"-4-% intitulée : L'histoire entière des poissons, de M." Guillaume Rondelet, etc. 52 LIVRE PREMIER. bien à regretter que l'on ignore son nom. Il y en a cent quatre-vingt-dix-sept de poissons de mer, et quarante-sept de poissons d'eau douce, sans compter les cétacés, les reptiles et les mol- lusques. Personne, jusqu'à M. Risso , n'a aussi bien connu les poissons de la Méditerranée que Kondelet ; et encore aujourd'hui il serait impossible d'en donner, sans le consulter, une histoire un peu complète; on verra même, dans le cours de notre ouvrage, plus d'une espèce qu'il avait déjà connue et que nous avons été ensuite les premiers à retrouver. 11 donne sou- vent aussi sur leur anatomie des observations dont nous avons été à même de constater la justesse. Sans avoir précisément une méthode dans l'acception oii nous prenons aujourd'hui ce mot, on voit pourtant qu'il a un sentiment très-vrai des genres, et qu'il rapproche plu- sieurs espèces à peu près comme elles doivent l'être : les sciènes, les labres, les blennies, les dupes, les scombres, les centronotes, les muges, les gades, les trigles, les pleuronectes , les raies, les squales, les murènes, les cyprins, les truites, sont déjà groupés dans son livre de manière que Willughby , et après lui Ârtedi et Linnaeus, ont eu bien peu de peine à en former des genres véritables. Lorsque ces trois om rages parurent, Ges- 55 ne?^^ était occupé de la partie de sa Grande histoire des animaux, qui traite des animaux aquatiques : au lieu de suivre rexcellent plan qui l'avait dirigé dans les deux parties précé- dentes , c'est-à-dire de ranger sous certaines rubriques les passages des auteurs de tous les âges concernant chaque espèce , il inséra les articles de Eélon et de Rondelet, et plusieurs de ceux de Salviani, tels qu'ils étaient dans leurs livres, ajoutant seulement sous le titre de Co- rollaire les passages qu'ils n'avaient pas cités. Ce procédé a rendu cette partie de sa compila- tion beaucoup moins utile, parce qu'on ne peut y démêler ce qu'ont dit les anciens qu'au tra- vers des idées et des systèmes de ces modernes ; du reste Gesner a ajouté à leurs figures, qu'il a fait copier, beaucoup d'autres ligures et d'ar- ticles sur les poissons de Venise, d'Angleterre et d'Allemagne, qu'il avait observés ou dont ses 1. Cowr/'r <^ Gesner j le plus savant naturaliste du seizième siècle, né à Zurich en i5i6, mort en i565, a, parmi une multitude d'autres ouvraoes , laissé un sfrand monument dans son Histoire des animaux, en cinq livres, que l'on relie d'ordinaire en trois volumes in-folio. Le IV.* livre, qui traite des animaux aquatiques, et forme le plus épais de ces volumes : Historiœ animalium liber IV, qui est de piscium et aquatilium animaniium naiura^ parut à Zurich, en i558. On en a une édition moins belle, mais pins complète, imprimée à Francfort en 1 6o4 , et une de 1 620 , ainsi qu'un abrégé intitulé : Nomenclaior aquatilium animantium ; Zuiich , i56o, avec les mêmes fisfurcs. 64 LIVRE PREMIER. amis lui aA^aient envoyé des notices. Le nombre des figures y est, des la première édition, de plus de sept cents ; mais en y comprenant les cétacés, les mollusques et en général tout ce qui vit dans l'eau. Il n'y a aucun essai de mé- thode , et tout y est disposé d'après l'ordre alphabétique. Gesner a été, pendant le reste du seizième siècle, pendant tout le dix -septième et même pendant une partie du dix-huitième, l'auteur capital pour tous les animaux vertébrés. Pour ce qui concerne les poissons en parti- culier , Aldrovande * et son éditeur Uteiverius n'ont guère fait que l'abréger , le réduire à leur plan, et ajouter aux figures qu'ils en avaient tirées, un certain nombre de figures nouvelles, parmi lesquelles il en est à la vérité plusieurs faites d'après nature et qui conservent encore de la valeur, quoique grossièrement gravées en bois. 1. Ulysse Aldr,ovandi, né à Bologne en 1527, d'une famille noble qui subsiste encore, emploja sa vie et sa fortune à rassem- bler les matériaux de sa grande Histoire naturelle, en treize vo- lumes in-folio, dont il n'a publié lui-même que quatre, savoir, trois sru' les oiseaux et un sur les insectes. Il mourut en iGo5, à soixante-dix-buit ans. Le volume des poissons et des cétacés, rédigé en partie sur ses notes, par son successeur à Bologne, Corneille Utervi:iiuts , n'a clé imprimé qu'en 161 5; mais on l'a réimprimé à Bologne, en iG58 et en iG44« et à Francfort, en 163.5, 1629 et iG4o. 55 La plupart venaient des mers d'Italie , mais il y en a aussi quelques-uns des pays éloignés qui commençaient à être mieux connus. En effet , les découvertes se continuaient dans les deux Indes; il s'y établissait des colo- nies ; on en écrivait des relations qui piquaient la curiosité par les productions naturelles sin- gulières que l'on y faisait connaître; des savans formaient des cabinets et y rassemblaient ces productions pour les y étudier à loisir. Petit à petit il en paraissait dans divers ouvrages des descriptions et des figures, et les poissons n'y étaient pas toujours négligés. Ainsi Thei^et j dans ses Singularités de la France antarctique , parlait du callicîite et du marteau '. Lerj ^ nommait plusieurs poissons du Brésil , et sa nomenclature s'accorde souvent avec celle que Margrave donna dans la suite. 1. J ndré Tn£\i.T, cordelier, natif d'Angoulème , qui avait ac- compagné Gjllius clans son vojage en Grèce, en i55o, suivit Villegaignon lors de son expédition au Brésil, en i555, et a pu- blié ses observations, en i558, à Anvers, sous le titre de Sivgu- larités de la France antarctique; petit in-8.", avec figures en bois : il n'j parle que de deux ou trois poissons. 2. Jean dk Leey, de la Margalle, près Saint-Seine, en Bourgo- gne, né en i554j ministre protestant, se rendit au Brésil, en i556, sur la demande de Villegaignon. Il publia l'iiistoire de son vojage à Rouen, 1578, in-8.'' : elle a été réimprimée plusieurs fois, et insérée dans diverses collections. Le chapitre XII _y traite des poissons, et n'est pas sans intérêt. Il n'j a point de figures. 56 LIVRE PREMIER, Clusius^ , clans ses Exodca, donnait la chi- mère, plusienrs diodons, nn ostracion , un ba- liste. IJelaët , dans sa description du nouveau monde ^ , représentait le trichiure , le cliiro- necte, le gai, et quelcpies autres poissons. Niereniber^^ réunissait une partie de ces documens dans son Histoire naturelle étran- gère, et en joignait quelques autres tirés d'ou- vrages manuscrits. Il arriva aussi vers cette époque une chose des plus favorables à la science : c'est que les 1. Charles de l'Ecluse, en latin Clusius , né à Arras en i526, directeur des jardins des empereurs Maxlmilien II et Rodolphe II; mort en 1609, professeur à Lejde. Le livre dont nous parlons, intitulé Caroli Clusil Exoikorum libri X , a paru à Anvers, chez Plantin , en i6o5, 1 vol. in-lblio. 2. Jean Delaët, né à Anvers sur la fin du seizième siècle, mort en 1649, directeur de la Compagnie hollandaise des Indes occiden- tales, grand promoteur de la géographie, éditeur de Margrave, etc., est auteur de plusieurs ouvrages, parmi lesquels figure au pre- ipierrang son Novus orbis ; Lejde, iG55, 1 vol. in-folio. Oaj voit, p. 570, un chapitre sur les poissons du Brésil, tiré de renseigne- mens manuscrits. 3. Jean-Eusèbe Nieremberg, jésuite, né à Madrid en i5go, d'une famille originaire du Tyrol , mort en iG58, a fait de nomhreux ouvrages, dont celui rpie nous citons, son flislona naturœ maxi- me père grina , libri Wl , parut à Anvers, en iG55, in-folio. C'est une compilation d'un style pédautesque, et qui n'annonce pas dans son auteur de connaissance des objets : il y donne cepen- dant quelques articles dus à des écrivains alors manuscrits, tels que Hçrnandès, etc.; il traite des poissons dans le XI.' livre. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 57 maîtres des nouvelles conquêtes voulurent en connaître plus exactement les richesses , et y envoyèrent des hommes en état de les étudier et de les décrire. Hevnandes fit au Mexique , par ordre de Philippe II , un recueil de figures avec des explications qui aurait eu de l'intérêt s'il avait été publié immédiatement; mais qui ne parut qu'en extrait, long-temps après sa rédaction, et avec des commentaires qui l'obscurcirent beau- coup plus qu'ils neréclaircirent^; il n'y est parlé que de très-peu de poissons et fort en abrégé. 1. François Hernandès , praiiier médecin de Philippe 11 au Mexique, avait composé une histoire naturelle de ce pajs, or- née de plus de douze cents figures peintes des plantes et des ani- maux. Comme il n'arrive que trop souvent, ce travail, qui avait coiité soixante mille ducats, est resté manuscrit, et on ne sait ce qu'il est devenu. François Ximemès en donna un abrégé, sans figures, à Mexico, en i6i5, petit in-4.° Un Italien, nommé Nardo yintonio Recchi , premier médecin du royaume de Naplcs, en avait fait des extraits en dix livres, qui furent acquis par le prince de Cesi, et publiés à Rome, en i65i, en un volume in- folio , sous le titre de Rerum medicariim Noi;œ Hispaniœ thésau- rus , seu plantarum , animaUum , mineraliuni mexicanorum histo- ria, etc. , avec beaucoup de figures en bois, et de longs commen- taires de Jean Terrentius, médecin de Constance ; de Jean Faber, médecin de Bamberg, tous deux établis à Rome, et du célèbre Fabius CoLUMNA. On j ajouta des commentaires bien plus longs encore sur certaines figures de plantes et d'animaux que Recchi avait laissées sans description, et dont plusieurs représentent des objets étrangers au Mexique , et même des animaux d'Asie et d'Afrique, que l'on donne conime s'ils étaient américains. Le fond du texte de cette partie repose sur les assertions verbales d'un 58 LIVRE PREMIER. Les Hollandais ayant aclievé , en 1 657 et 1 658, sous la conduite du comte Jean-Maurice (le Nassau, la conquête du Brésil septentrio- nal , Guillaume Pison \ médecin de ce général , capucin, nommé Grégoire de Bolivar , recueillies par Faber. A la fin du volume sont six traités de François Fernandès, qui ne diffère point de liernandès , et qui me paraissent ses propres ori- ginaux en ce qui concerne le règne animal et le règne minéral ; originaux d'où Recchi a extrait son IX. *" et son X." livre. Quand on fait usage de cette bizarre compilation, il est nécessaire de bien examiner de qui est l'article que l'on consulte : au surplus il y est peu question de poissons, et seulement dans le V.*' livre des petits traités dits de Fernandès. 1. Guillaume Pison fui envoyé au Brésil par la Compagnie hollandaise des Indes occidentales, dirigée par !)<'/«<■■/, pour servir comme médecin sous le comte Jean-Maurice de Nassau-Siegen, qui gouverna ce pajs de 1637 à i644j et en même temps pour recueillir les productions naturelles de la contrée. Delaëi lui donna à cet effet pour collaborateurs deux jeunes médecins allemands, George Margrave, né à Meissen en iGio, et Henri Cralitz. Celui-ci mourut piompîement : mais Margrave résista au climat, et dé- crivit avec soin beaucoup de plantes et d'animaux, en même temps qu'il fit des observations astronomiques et physiques de tout genre : il mourut dans un voyage en Guinée en iG44- Pison obtint du comte Maurice de fiiire remettre ses papiers à Delaët; et ce qu'il avait fait sur l'Jiisloire naturelle fut publié à Levde, en 1648, in-folio, à la suite d'un traité de Pison, sur la méde- cine du Brésil , sous le titre d'Hisioria naturalis Brasiliœ. Le travail de Margrave j est divisé en huit livres, dont le IV.*" est celui qui traite des poissons. Les descriptions sont entièrement de lui, et Deiaët y a seulement ajouté quelques notes. Les figures sont prises de deux collections peintes par les ordres du comte de Nassau, et qu'il prêta à cet effet à Delaët. Maurice, revenu du Brésil en i644? entra ensuite au service de Brandebourg, fut fail gouverneur deWesel, grand-maitre de l'ordre de Saint-Jean, HISTOIBE DE LICHTVOLOGIE. 59 charge d'examiner les productions du pays dans leurs rapports avec la salubrité publique , eut le bonlieur d'être aidé dans ce travail par un jeune étudiant en médecine, Saxon, George et élevé au rang de prince en i654 : il mourut ^ en 1679, gouver- neur de Berlin. Ces deux collections, qu'il avait fait arranger par le docteur Mentzel, et dont l'une est peinte à l'huile et l'autre à la gouache, passèrent dans la bibliothèque rojale de cette ville, où on les conserve encore. La première, dont on ignore l'auteur, j est restée presque inconnue jusqu'en 1811, qu'Illiger la con- sulta pour lever les doutes auxquels le livre de Margrave donnait lieu. La seconde, que les uns croient de Margrave, les autres de Maurice lui-même, fut annoncée au public par Schneider, en 1786, et Bloch en a fait copier plusieurs figures dans sa grande Ichtyologie, mais sans paraître douter qu'elles ne soient dessinées par le prince, et, ce qui est bien plus repréhensible, en j ajou- tant, en Y retranchant et en j changeant plusieurs choses fort arbitrairement. Nous verrons, par exemple, qu'il rt entièrement- dénaturé la figure de Xholocentrum pour en faire son bodianus pentacanthus, etc. Ces détails sont tirés de la préface de la sixième partie de la grande Ichtyologie de Bloch , et surtout de trois mémoires de \{. Lichlcnstein , insérés parmi ceux de l'académie de Berlin, depuis 1817 jusqu'en 1821 ; mais nous avons été assez heureux pour les confirmer en partie par nos propres jeux. M. Valenciennes ayant obtenu des conservateurs de la bibliothèque la permission de copier ces recueils, nous sommes aujourd'hui en état de les comparer aux copies de Bloch et à la nature, et de fixer défini- tivement les genres et les espèces auxquels chaque poisson doit être rapporté. Les travaux de Margrave sur l'astronomie, principal objet de ses études, n'ont pas été si heureux. Remis à Golius, ils n'ont jamais paru. On a lieu de croire cependant qu'il j avait devancé l'abbé de la Caille dans la détermination de beaucoup d'étoile^ australes. 60 LIVRE PREMIER. Margrave y certainement, de tous ceux qui ont décrit l'histoire naturelle des pays lointains dans le seizième et le dix - septième siècle , le plus habile , le plus exact , et surtout celui qui a le plus enrichi l'histoire des poissons. 11 en fait connaître cent, tous nouveaux à cette époque pour la science, et en donne des descriptions bien supérieures à celles de tous les auteurs qui l'avaient précédé. Les figures qui les représen- tent sont très-reconnaissables , malgré la simple gravure en bois par laquelle on les a rendues ; et lorsqu'il en a reparu quelques-unes dans le magnifique ouvrage de Bloch , elles n'y ont pas toujours été copiées aussi ildèlement. C'est là que Ton voit pour la première fois la malthée {Lophius vespertilio, L.), l'holocen- trum, la fistidaire, les bagres, le rhinobate, le pasteiu-, le glossodonte, beaucoup de characins, l'érythrinus, la loricaire, le carape, l'istiophore, le polynème, le batrachus, le mégalope, sans parler d'une foule d'espèces intéressantes ap- partenant à des genres déjà connus. Pison y dans sa seconde édition ' , ajoute 1. En i658, Pison donna une nouvelle édition, fort augmen- tée, de son traité de la médecine du Brésil , sous le titre : De Indice utriusque re naturali et medica. Le travail de Margrave, qui avait été imprimé en entier et textuellement à la suite de la première, ne parut plus dans celle-ci qu'eu extraits incorporés au corps HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. 61 quelques figures à celles - là ; mais dessiuées d'uue autre main , et beaucoup moins cor- rectes. Vainqueiu's des Portugais dans les Indes orientales comme au Brésil , les Hollandais y envoyèrent aussi leurs naturalistes. Bontius ^ donna le premier quelques pois- sons de Batavia ; mais avec moins de précision et des dessins moins exacts que Margrave n'avait fait pour le Brésil. Nieuhof^ en ajouta quelques autres, mais en petit nombre. de l'ouvrage, et Pison j ajouta ses propres observations et plu- sieurs nouvelles figures ; mais il en retrancha aussi beaucoup, en sorte que l'un des deux livres ne peut pas tenir lieu de l'autre. On ne voit pas comment quelques écrivains ont pu accuser Pison d'élre le plagiaire de Margrave : il lui rend, au contraire, partovxt justice dans ses deux éditions. 1. Jacques BoNDT, ou Bontius, médecin de la ville de Batavia en 1625 , mort en i63i, auteur d'un traité intitulé : Ilistoriœ natu- ralis et ined'icœ Indiœ orientalis libri VI, imprimé, en i658, ù la suite de la deuxième édition de Pison, et qui a déterminé le titre de cette édition : De Indice utriusque re naturali et medica. La partie purement médicale avait paru, dès 1642, avec le traité de Prosper Alpin I)e medkina jEgyptiorum. '2. Jean Nieuhof, natif de Bentheim, en Westphalie, employé en diverses qualités par les Compagnies des Indes hollandaises, et pendant quelque temps gouverneur de Ceilan, périt à Madagas- car en 1671. Son livre intitulé : Voyages par mer et par terre à différens lieux des Indes orientales , Amsterdam, 1682 et i6g3, in- folio, contient vingt figures de poissons, la jdupart iatéressans : elles sont copiées à la fin des planches de Wiilughbv. 62 LIVRE PREMIER. Etablis plus tard en Amérique d'une manière solide , ce ne fut guère que vers la lin du dix- septième siècle que les Français écrivirent sur riiistoire naturelle de cette partie du monde. Dutertre^ emprunte même de Margrave la plupart de ses ligures, et Rochefort^ copie les siens dans Dutertre. Néanmoins le premier donne de bonnes observations sur quelques espèces. Cependant cette abondance de productions étrangères ne faisait pas négliger celles de l'Eu- rope; elle excitait au contraire à leur donner une nouvelle attention. Matthiole^ ^ dans les dernières éditions de son Commentaire sur Dioscoride, ajouta quel- 1. Jean-Baptiste Dutlrtre , inoine dominicain, missionnaire aux Antilles, né en 1610, a composé une Histoire générale des Antilles. La première édition est de j654, en un volume in-4.'' j la seconde, de 1667, en trois volumes in-/f-% est beaucoup plus complète. 2. RocHEFORT, ministre protestant à Rotterdam, a emprunté de la première édition de Dutertre la plus grande pai lie de son Histoire naturelle et morale des Antilles; Rotterdam, 1608, in-4.° 3. Pierre-André MArrioLi , né à Sienne en 1 5oo , successive- ment médecin à Rome, à Trente, à Gorice et à Prague, mort à Trente en 1677, est célèbre par sou Commentaire sur Dioscoride, imprimé d'abord en italien, à Venise, en i544 et i548, et en latin en i554 et i565. Cette dernière édition, par Valgrisi, est la meilleure : on j voit de très-belles figures en bois de plusieurs poissons, dont quelques-unes cependant sont prises de Salviani et de Rondelet. On a traduit et réimprimé cet ouvjage beaucoup de fois. HISTOIRE DE LICHTYOLOGIE. 65 ques poissons à ceux cle Gesner et de ses trois prédécesseurs. Ferrante Imperato ^ en donna deux ou trois de ceux de la Méditerranée. Fabius Colimina^ et Augustin Scilla^ trai- tèrent, par occasion, de deux ou trois autres. Schwenkfeld^ publia un catalogue et de courtes descriptions de ceux de Silésie. Schonei'elde ^ composa une histoire assez 1. Ferrante Imperato , médecin napolitain , auteur d'une liis- loire naturelle en italien , presque toute chimique et minéralo- gique. Imprimée d'abord en iSgg, in-folio, puis en i6io, in-4-% et à Venise en 1672. On y voit un écheneis , un gjmnètre. '2. Fabius CoLUMNA, né à Naples, en 1567, '^''^" bâtard du car- dinal Pompée Colonne, mort vers i65o, donne une figure de mylobate dans ses Ohservaiiones aquatilium, et entre dans son Traité des glossopètres dans des détails intéressans sur les dents des squales. 3. Les dents des squales furent aussi un objet d'étude pour le peintre sicilien Augustin Scilla , dans son ouvrage sur les pétri- fications, intitulé : La vana speculazione disingannata dal senso , Naples, 1670, petit in-4.°, dont on a une traduction latine, inti- tulée : De corporibus lapidescentibus , Romej 1752, in -4.° H J donne aussi une figure du marteau et une autre d'une espèce rare de squale à sept évents. 4. Cédecin des rois Jacques I.'' et Charles I.''"', l'illustre inventeur de la circulation générale, était élève de Fa- bricius d'Aquapendente. On voit même que ses découvertes sont une suite des idées de son maître. 5. Volcher Coiter, né à Groningue en 1 534 , médecin à Nurem- berg, mort en 1600 en France, où il était venu comme médecin d'une armée allemande, avait publié dès i566 à Bologne un Traité des cartilages. On a de lui Diversorwn animalium sceUtorum ex- plicationes, etc.; Nuremberg, 1570, in-folio. 6. La famille des Bartholin , à qui l'anatomie doit beaucoup de travaux, était danoise. Caspar Bartholin, né à Malmoë, en Scanie, en i585, mort en i65o, est auteur des Institutioncs ana- tomicœ et d'un traité De unicornu. Cinq de ses fds produisirent des ouvrages. Erasme, né en i6o5, mort en 1698, a écrit sur le cristal d'Islande et sur d'autres sujets phjsico- mathématiques. Thovias , né en 1619, mort en 1680, inventeur des vaisseaux lymphatiques, est celui qui nous intéresse. Dans son traité De luce animalium, Lejde, 1647, ^^ Copenhague, 166g; dans ses Hisioriarum anatomicarum et medicarum centuriœ VI , Copen- 68 LIVRE PREMIER. L'anatomie des poissons en profita beaucoup. Une réunion de jeunes médecins d'Amster- dam 5 parmi lesquels étaient Gérard Blasius ^ et l'immortel Jean Swaminerdaiii^ , s'occupa de leurs viscères et fit connaître ces nombreuses appendices qui tiennent lieu de pancréas au plus grand nombre des espèces , et le canal qui dans plusieurs unit la vessie natatoire à l'estomac. ^ Il n'y eut pas jusqu'aux pores de leur peau qui furent l'objet d'une dissertation de Rivin,'^ hague, i654 — 1661 , et dans les Acta medica et philosophica hafniensia, 1672 — 1679, 5 vol. 111-4.", '1 a donné plusieurs faits relatifs à l'anatomie des poissons, entre autres, dans la centur. V, une note de Rhodius sur la couleur tantôt rouge tantôt verte du foie de la lamproie. Caspar II, fils de Thomas, a donné une disser- tation De glossopetrîs ; Copenhague, 1774, i"-4-% et 1706, in-x2. 1. Gérard'QhkSivs, né auprès de Bruges en 1682 , mort à Ams- terdam, où il exerçait la médecine, auteur de nombreux ouvrages d'anatomie. 2. Jean Swammerdam , le célèbre auteur du Biblià naturœ , était né à Amsterdam en 1637, et, après avoir vojagé en France et en Allemagne, mourut dans sa patrie en 1680. Ses papiers pas- sèrent par plusieurs mains, et furent achetés par Bocrhaave, qui publia ce grand ouvrage en 1737. 3. Ces faits et plusieurs autres sont consignés dans deux petits écrits, intitulés, l'un, Ohservationes anaiomicœ selectiores coUegii privati Jmstelodamensis , Amsterdam, 1667, in-12; l'autre, Obser- vationum anaiomicarum colle gii, primii Amstelodamensis , pars altéra, in quibus prœcipue de piscium pancreate ejusque siicco agiiur, Amster- dam , 1670, in-12. 4. Aug. Quirin. Rivisus, Observ. circa poros in piscium eu le no- tandos. Act. Lips. , 1687, p. iGo — 162. HISTOIRE DE LICHTYOLOGIE. 69 Duuernej^ enfin, au commencement du dix- huitiëme siècle , fit connaître en détail les or- ganes de leur respiration et tout son mécanis- me, ainsi que leur circulation branchiale % et compléta ainsi , jusqu'à un certain point , les idées que l'on pouvait se faire de leur organi- sation. Les descriptions particulières, appelées mo- nographies , devinrent fort nombreuses. Boccone ^ donna des observations sur les squales; Valisnieri^ sur l'anguille.^ 1. Joseph-Guîchard Duterney, né à Feurs en i648, professeur d'anatomie au Jardin du Roi en 167g, mort en lySo, auteur avec Claude Perrault des Mémoires pour servir à l'histoire des animaux et de plusieurs mémoires d'anatomie humaine et com- parée, rassemblés en deux volumes in-4."'; Paris, 1761. 2. Son Mémoire est imprimé parmi ceux de l'académie des sciences pour 1701, p. 224 — ^Sg, et dans ses OEuvres anato- miques, t. II, p. 4g6 — 5io. Walbaum l'a réimprimé dans sou Ariedius renovatus , t. XI, p. 167 — i83. 3. Paul-Sjh'iiis Boccone, de Palerme, où i! naquit en i633, voyagea en France et en Angleterre, et publia à Amsterdam en 1674 des Recherches et observations d'histoire naturelle, 1 vol. in-12, où il donne des figures du xiphias, de l'ammodite, et des observations sur les squales et leurs dents; réimprimées dans Valentin, 2. ''par- tie, p. 118. Dans son Museo di Jisica ,Yenhe, i6g7, In-4-''j H représente le lavaret. Il entra dans l'ordre de Citeaux en 1682 , et mourut en 1704. 4. yî/«/oiW Valisnieri , né en 1661 dans l'Etat de Modène, élève de Malpighi, professeur à Padoue en 1700, mort en 1700, grand observateur, a écrit sur la génération des insectes, sur celle des animaux en général, sur le caméléon et l'autruche, etc. 5. Réimprimées dans Valentin, p. jg6 et suivantes. 70 LIVRE PREMIER. Gauthier Needham ' disséqua le brochet , la carpe , l'alose ^ , et traita de la respiration des poissons et de ses organes, ainsi que de leur vessie natatoire. Schelhammer^ et Thomas BarthoUn firent Fanatomie du xiphias^; le premier y ajouta celle du lump et de la donzelle. ^ Il y eut surtout un assez grand nombre de ces descriptions anatomiques d'espèces dans les Mémoires des curieux de la nature ^ ; on y 1. Gauthier Needham, médecin de Londres, mort en 1691, auteur d'un traité De fonnato fœiu, Amsterdam, 1668, in-12, où il traite les sujets indiqués dans le texte, dans une digression sur la respiration , qu'il intitule De Biofychnio, parce qu'il v soutient le sjstème de l'analogie de la respiration avec la combustion , alors généralement admis chez les Anglais, et reproduit de nos jours par Crawford et Lavoisier. 2. Le traité De formato fœtu est réimprimé dans la Bibliothèque anatomique de Manget , t. I, p. 689 et suivantes, et il y en a un extrait, en ce qui concerne les poissons, dans Valentin, p. 126 et suivantes. 3. Gonthier-Christophe Schelhammer , né à léna en 1 649, professeur à Helmstœdt, à léna et à Kiel, mort dans cette dernière ville en 1716. C'est à Kiel qu'il a disséqué les poissons nonnnés dans le texte. 4. La Dissertation de Bartholin est réimprimée dans Blasius, p. 307 ; celle de Schelhammer; dans Valentin, p. 102. 5. Autre Dissertation de Sclieihammer dans Valentin, p. ro8 et 109. 6. L'académie impériale des curieux de la nature, dont les membres étaient épars dans l'Allemagne, fut fondée en i652 par Bausch, médecin de Schweinfurt. Le premier volume de ses Miscellanea curiosa , sive ephemeridum medico-physicarum , dec. I, ann. ij parut en 1670. HISTOIRE DE l'iCIITYOLOGIE. 7\ trouvait celle du saumon par Pejer^ , de la truite - et de la lote ^ par Murait , du silure par Hartmann^ , de la baudroie par Kœnig^^ de la lamproie par TValdschniidt ^. Kœnig y décriA it l'estomac singulier du muge. ^ Les mémoires des médecins de Copenhague*, offraient l'anatomie de l'orphie ^ par Boîtî- chius^°', celles de l'anguille", du scpiale centri- na '^, de la torpille ^^, de la lamproie ^^ par Jaco- hœiis. ^^ L'académie des sciences de Paris , qui , dans ses commencemens , avait eu le projet de dé- crire et de disséquer les animaux de la ména- gerie de T ersailles , et qui a poussé en effet cette I. Miscell. nat. eut: , dec. II, ann. \, ohs. 85 ; réimpr. Valenlin, 2." partie, p. 120. — 2. Dec. II, ann. 1 ; Valent., p. 121. — 3. Dec. Il, ann.\,obs Ifi., p. 124 ; Valent., p. i52. — 4. Dec. II, ann. 7, obs. 4o ; Valent., 2.* partie, p. 101. — 5. Dec. III, ann. 2, p. 2o4; Valent., p. i34. — 6. Dec. III, ann. 5 et Ç>; Valent., p. i5i. — 1. Dec. II, ann. 5, p. 208. 8. Acta medica et philosophica hafniensia ; collection formée par Thomas Bartholin et quelques-uns de ses amis : il j en a cinq volumes, de 1672 à 1679. 9. Vol. II, p. i4g ; réimprimé dans Valeniin, 2.* partie, p. 1 ig. 10. Olaus BoRRicHius, né à Borchen , en Danemarck , en 1627, professeur à Copenhague, cliimiste et naturaliste, mort en 1690. II. Vol. V, p. 261 et 262. — 12. Vol.V, p. 251 — 253. — 13. Vol.V, p. 253 — 259. — 14. Vol.V, p. 259 et 260. 15. liger i kco%i£.\iS , naturaliste danois, né à Aarhus en i65o, allié des Bartholin, professeur à Copenhague, mort eu 1701. H a décrit le Musée rojal de Copenhague. 72 LIVRE PREMIER. entreprise assez loin dans ses Mémoires pour servir à llnstoire des animaux ^, y a donné des observations anatomiqnes snr le squale faux. ^ Une partie de ces monographies a été ras- semblée dans les collections de Blasiiis ^ et de Valentin, "^ Mais on n'y trouve pas les observations les plus précieuses de l'époque sur ce sujet, celles qu'offre le système anatomique de Samuel CoUins^y oii se voient, en vingt-huit planches très-bien erravées , les viscères et les cerveaux de vingt et quelques poissons ; la représenta 1. Les Mémoires pour serm' à ïhîstoire des animaux (le tome III des Mémoires de l'académie des sciences, Avril, 1699) sont Tou- yrage de Perrault et de Dui^emej. Le rédactevir, C/^/?/,^/^' Perrault, médecin et architecte, célèbre auteur de la colonnade du Louvre, né à Paris en i6i3, mourut en 1688. 2. Réimprimées dans Valentin, 2. *" partie, p. 82. 3. Gérard ^hKSivs , professeur à Amsterdam, dont nous avons déjà parlé à la p. 68. Anatome animalium terrestrium volatilium ^ aquatilium, etc., structuram naturnlem , ex veterum recentiorum propriisque observai ionibus proponens ; Amsterdam , 1681 , in-^." 4. Mic/ie/'Bernard \ A.iv.miy , professeur à Giessen, né dans cette ville en 1667, mort en 1726. Amphitheairum zooiomicuni , tabulis œneis quam plurimis exhihens hisloriam animalium anatomicam , etc.; deux parties en un volume in-folio, Francfort, 1720. 5. iSflrnMé-'/CoLLiNS, médecin anglais, attaché pendant un certain temps au czar de Russie, puis à la reine, femme de Charles IL Son ouvrage, intitulé : A sysiem ofanalomy treating ofthe body ofinan., Ifensts, hirds,fishy etc.', 2v. in-fol., 74pl.,Lond., i685, est remarqua- ble par (le belles et nombreuses figures sur l'anatomie des animaux. Ç, La dorée, l'ange, la pastenague , la raie , Vémi^sole , la lote^ HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. 76 tion des cerveaux était surtout importante et pendant long-temps n'a point été égalée. On de^ait désirer que tant de matériaux fussent réunis dans un corps d'ouvrage. Vers le milieu du dix-septième siècle, un médecin de Silésie , Jean Jonston \ avait entrepris cette taclie pour tout le règne animal ; mais il l'avait fait en simple compilateur, sans connaissance personnelle des choses et en négligeant d'ailleurs entièrement l'anatomie. Son volume des poissons en particulier n'est qu'un abrégé assez élégant à la vérité d' Aldrovande , et des auteurs qu'Al- drovande lui-même avait suivis; le YI."^ livre, qui traite des poissons étrangers , n'est tiré que de Margrave et de INieremberg. C'est aussi de ces différens auteurs et de Schonevelde qu'il a copié ses planches; mais dans l'édition de 1 71 8, qui porte le titre de Theatrum animalium'^ la brème, la perche, Véperlan, le goujon, le muge , le surmulet , Xanguille , le grondin, le merlan, la plie, \& flet , la lamproie, le gadus virescens, la tanche , la carpe, la baudroie. 1. Jean Jonston, né à Lessno , ou Lissa, dans le palatinat de Posen, en i6o3, d'une famille originaire d'Ecosse, mort en 1676, a été un compilateur laborieux, et a publié de nombreux ou\rages. Son Histoire naturelle des animaux parut par parties à Francfort : les poissons et cétacés en 1649, ^^^ oiseaux en i65i, les quadru- pèdes en 1662, les insectes et serpens en i653, in-folio. Le tout a été réimprimé à Amsterdam, eu 1657. 2. Fréderic-HenrilkvYSCH , éditeur de celte troisième édition de 74 LIVRE PREMIER. on a ajoute des figures de poissons des Indes, dont nous aurons occasion de reparler dans la suite. Jonston a essayé de ranger les poissons d'après une espèce de méthode, mais très-mal conçue ; car il y mêle des distinctions prises de leur séjour, à celles qui sont tirées de leur conformation; et ces dernières même sont mal choisies et encore plus mal suivies dans le dé- tail ; les poissons rangés sous chaque chapitre n'ayant pas tous , à beaucoup près , les carac- tères indiqués dans le titre. C'est à Raj ' et à Wilhtghhj ' qu'était ré- servé l'honneur de donner pour la première fois une ichtyologie oii les poissons fussent décrits clairement et sur nature, et distribués d'après des caractères tirés uniquement de leur Jonston, faite à Amsterdam par les W^etsiein , était fils du célèbre anatomisle du même nom , et mourut avant son père. 1. Jean Ray, ouWray, en latin Rauis, théologien anglais, et l'un des grands naturalistes du dix-septième siècle, né à Blak- Notlej, dans le comté d'Essex, en 1628, mort en lyoS, a porté l'esprit de la vraie méthode dans toutes les branches de l'histoire naturelle, et contribué plus que personne à la marche régulière que cette science a prise pendant le siècle suivant. 2. François VsitLVGiîhX , d'une maison ancienne d'Angleterre, dont plusieurs branches ont eu ou ont encore des pairies, élève de Rav, né en i635, mort en 1672, s'était associé avec Raj, son maître et son ami, pour travailler à l'histoire naturelle des ani- maux. HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. 7S conformation , où leur histoire enfin fût dé- barrassée de tous ces passages des anciens, rapportés si arbitrairement aux diverses espèces par les auteurs du seizième siècle, et dont un si grand nombre sont en eux-mêmes ou invrai- semblables ou inintelligibles. VHistoria piscium , bien qu'elle ne porte sur le titre que le nom de Willuabby, est en grande partie le fruit de leurs travaux com- muns \ Ils en avaient recueilli les principaux matériaux dans un voyage qu'ils firent en France, en Allemagne, et surtout en Italie, de IfiGS à 1006; voyage pendant lequel Wil- lugbby décrivit et disséqua tous les poissons qu'ils purent se procurer. Ray les rangea sous des classes et des familles, fondées en première ligne sur la nature cartilagineuse ou osseuse du squelette ; puis sur la forme générale , sur les dents, sur la présence ou l'absence des nageoires ventrales, sur la nature des rayons des nageoires mous ou épineux , et enfin sur 1. FrawaW WiLLUGHBEii , armigtri, de historia piscium lihri IV, jussu et sumplibus societatis regiœ Londinensis editi , etc. , totum opus recognovit , coaptaçit , supplevit , lihrum etiam primum et secun- diim adjecit Jo/«. Raius; Oxford, 1686, 1 vol. in-folio, avec 1 vol. de planches, au nombre de cent quatre-vingt-huit, qui est de i685. Les frais de la gravure furent faits par les membres de la Société rojale : le président, Samuel Pepys , à lui seul, en fit gra- ver soixante. 76 LIVRE PREMIER. le nombre des nageoires dorsales ' ; mais ne s'ëtant pas bien rendu compte de ce qu'on 1. Voici une idée de la méthode de Ray et deWillughbj. On remarquera seulement que, pour abréger, nous avons mis à la dernière colonne des noms de genres tels qu'on les reçoit aujour- d'hui ; mais qu'ils n'ont nommé que les espèces, et ne les ont pas toujours bien rapprochées. CARTÎLAGINEI , Thjnni. LOKGI, Truttœ. St/uali. Gohii. Zjgœmi, etc. Lumpus. LATI, Atherina, etc. Baiœ. Pinna dorsali i , Parthiacce. Corjphenœ. Afjuilœ , etc. Chœtodnntes. Rana piscatrix. Cliipeœ. OSSEI, Al gentina. Belone. PLANI, Saurus. Pleuronectes. Exocetus. NON PL J NI , Lucius. AKGtJlLLIFORMES, Stuiio. Murœnœ. Cyprini. Anguillœ. Cobitis. Lampetrœ. Tœniœ. Acanthopierjgii , Pinnis dorsalibus 2 , Remoja. Gtinnellus. Mus te la. Silurus. Lahrax. Sphyrœna. Mugiles. Triglœ. Gobio, etc. .1 1 If, "c. Mulli. CORFORE CONTRACIIORE, Callyonimi. SINE rENTRALIBUS, Trachini. Orbes. Batrachus. Batistes. Perça. Stromateus. Faber et vomer. Aciis. Gluucus. Xiphias. Sciœnœ. eVM VENTRALIBVS, Pinna dorsali i. Spari. Labri. Malacopfeiygii , Pinnis dorsaljbus 3, Serrani. Gadi. Scorpœnœ. Pinnis dorsalibus 3, Cerniuv. Merlucii. Gasterostei. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. *!! devait entendre par rayons épineux et par squelette cartilagineux, il ne place pas toujours les espèces comme elles auraient dû l'être dans sa méthode. Ainsi l'esturgeon demeure parmi les poissons osseux ; le thon parmi ceux qui n'ont pas d'épines aux nageoires, etc. Il n'y a pas non plus des genres bien définis et bien limités ; mais les poissons ne laissent pas , en beaucoup d'endroits , d'être rapprochés très-naturellement et de manière qu'il suffisait de peu de mots pour former de ces réunions plusieurs des genres qui ont été reçus de- puis. Quant aux espèces , on y trouve rassemljlées non -seulement celles que les auteurs ont vues et décrites sur nature , qui sont au nombre de cent soixante -dix -huit; mais toutes celles des auteurs précédens, dont ils intercalent les descriptions parmi les leurs, en les arrangeant, autant qu'ils le peuvent, d'après la forme qu'ils ont adoptée. On voit dans ces additions une preuve de la prodigieuse sollicitude que Hondelet avait mise à rechercher les poissons et des succès qu'il avait oljtenus. Willugh])y s'étonne souvent du grand nombre qu'il n'a pu retrouver , et qui n'avaient pas échappé au naturaliste de Montpellier. Après Rondelet c'est Margrave qui eu a fourni le 78 livrp: premier. plus. Willuglîby s'aide aussi beaucoup pour les poissons d'eau douce du manuscrit d'un pécheur de Strasbourg, nommé Baltner'^ } et à la lin Ray ajoute un supplément tiré de INiewhof , et quelcpies poissons étrangers fournis par Lister. Le nombre total est de cpiatre cent vingt; mais les auteurs n'ont pas toujours su reconnaître l'identité de certaines espèces tirées des ouvrages précédens, en sorte cpie l'on trouAc déjà ici des doubles emplois, ce fléau de l'histoire na- turelle, toujours prêt à s'introduire sitôt que l'on n'apporte pas dans une compilation la critique la plus sévère. Le second volume , intitulé Ichtjo^raphia et composé en entier de planches , offre des copies de toutes les figures de Salviani , de Rondelet, de Margrave , de Clusius , de INiewhof et des autres ichtyologistes , avec un certain nombre de ligures nouvelles marquées d'un -h. Elles sont bien gravées en taille -douce; mais elles n'ont, comme on devait s'y attendre, cpie le degré de fidélité des originaux. Le Sjnopsis piscium^ j, ouvrage posthume 1. Cet ouvrage, qui existe encore à la bibliothèque publique de Strasbouig, nous a été communiqué : il contient des ligures médiocres de quarante-cinq poissons d'eau douce et de plusieurs autres animaux. '2. Joannis Raii Sjnopsis melhodica piscium; Londres, lyiS, 1 vol. in-8.° 79 de Raj^ n'est guère qu'un abrégé de l'ichtyo- logie, avec quelques supplémens tirés de Du- tertre, ou fournis par Sloane et par nn curé du pays de Cornouailles nommé Jago. Ces derniers ont de l'intérêt comme poissons d'Eu- rope qui n'avaient point encore été décrits. L'onvrage de Willugliby forme une époque , et une époque heureuse, dans l'histoire de l'ich- tyologie. Assujettie désormais à des formes mé- thodiques, cette science put prendre une marche régulière, distinguer les espèces nouvelles des anciennes, les ajouter à la masse en les plaçant d'une manière sûre, et elle eut surtout un modèle assez parfait de descriptions ; cependant, comme Willughby n'avait point de nomenclature qui lui fût propre, ni de noms fixes pour ses genres, son influence sur les auteurs qui le suivirent immédiatement, ne fut pas très -sensible. A peine l'aperçoit-on dans les écrits où l'on traita en ce temps-là , et même long-temps après , de l'histoire naturelle des différentes provinces de l'Angleterre ^, quoique l'on y décrive quelques poissons ; ni même dans des écrits destinés à 1. Wallace, Account of the islands of Orhnej ; 1700. Leigh , Naiural hisior)- of Lancashire , Cheshire and the peak of Derbjshire ; Oxford, 1700, in-folio. Morton, JSat. hist. of Northamptonshire; Londres, 1712 , in-folio. Ejd. ISat. hist. of Nottinghamshire ; Lon- dres, 1712, in-folio. CoKER,SufrejofDorsets/iire; Londres, ij^2, iu-folio. SilkiTAYLOK, Hùi. ofantiquiies of Harmch, avec un ap- 80 LIVRE PREMIER. l'histoire de poissons particuliers ; tels que celle du hareng de DodcL ' Elle se remarque un peu mieux dans ceux oîi l'on décrivit les productions des colonies an- glaises, notamment dans ce que Sloane^ donna sur les poissons de la Jamaï(jue, et Catesbj sur ceux de la Caroline. Le premier ne décrit que trente-neuf poissons , et les figures en sont mal exécutées d'après des échantillons desséchés as- sez grossièrement. Les descriptions elles-mêmes sont faites seulement sur ces échantillons , et le plus grand nomhre des espèces est déjà dans Margrave ou dans Du tertre. Catesbj^ a des figures mieux dessinées, et pendice sur l'histoire naturelle par J«mM Dale; Londres, 1752, in-4.° On peut même étendre ce jugement à Bori.ase , Nat. hist. of Cornwallis , Londres, 17 58, in-folio, où l'on voit cependant plusieurs poissons intéressans, notamment le pompile, ou ccn- trolophe ;^t à \^LLis, Hist. nat. of Northujnherland ; Londres, 1769, 4 vol. La plupart de ces auteurs semblent avoir pris pour modèle Y Histoire naturelle de l'Oxfordshire de Robert Plott, qui est de 1677, Oxford, in-folio, plutôt que les ouvrages de Raj et de Willuglibj. Plott donne des figures du lamprillon et d'un cyprin. 1. An essaj townrds a natural history of the herring, bj J. S. DoDD ; Londres, 1752, in-8.° 2. Hans Sloane, ne à Killilej, en Irlande, en iGGo, médecin du duc d'Albemarle, gouverneur de ce royaume en 1687, mort président de la Sociclé royale en 1753, a donné son ouvrage en anglais sous le titre de Voyage aux îles de Madère, des Barbades , de Nièves, de Suint-Christophe et de la Jamaïque; Londres, 1707 et 1727 , 2 vol. in-folio, avec deux cent soixante-quatorze planches. 3. Marc Catesby, né eu 1G80, après avoir passé en Virginie HISTOIRE DE l'ichtyologie. 81 coloriées d'après le frais ; ce qui leur donne un mérite trop peu commun. Il y en a quarante-trois de poissons, et comme ils sont pris plus au Nord , ils rentrent moins dans ceux qui avaient été décrits auparavant. Hughes ^j, dont l'histoire de la Barbade n'a paru qu'en 1 750 , n'a pas même l'air de con- naître Willughby dans ce qu'il dit des poissons, quoiqu'il parle d'une vingtaine d'espèces. Edwards^ compte à peine parmi les icli- tyologistes ; on ne trouve dans son recueil que quatorze poissons, et encore la moitié en étaient déjà connus : il n'eut donc guère d'occasion de marquer dans cette partie son adhésion à de 1712 à «719, y retourna aux frais de Dale , de Sherard et de Sloane, de 1722 à 1726. Son Histoire naturelle de la Caroline , de la Floride et des îles de Bahama, en deux volumes in-folio, Lon- dres, 1731 et 1743, avec deux cent vingt planches, surpassait alors pour la beauté des figures tout ce qui avait paru : on en a une édition faite en Allemagne en i^5o. 1. GrIJjith Hughes, curé anglican à Sainte-Lucie, dani l'ile de Ja Barbade, a donné en anglais une Histoire naturelle de cette île; Londres, 1760, in-folio. De ses vingt poissons deux seulement sont représentés en figures. 2. George Edwards, peintre anglais, bibliothécaire de la Société rojale, a donné deux recueils, qui font suite l'un à l'autre, et contiennent en tout trois cent soixante-deux planches ; l'histoire naturelle des oiseaux, en quatre volumes in-4.", de 1745 à i-]^i , et les Glanures d'histoire naturelle, en trois volumes, de 1768 à 1764- Ses figures sont très-exactes, et au nombre des meilleures du dernier siècle : il suit dans chaque volume la méthode orni- thologique de Willuglihv. 1. ^ 6 ©25 LIVRE PREMIER. Willugbby, qu'il suivit du reste avec fidélité dans sa disposition des oiseaux. Willugliljy exerça encore moins d'autorité sur le continent qu'en Angleterre ; on le né- gligea même dans les ouvrages oii l'on traita des pêches ou de l'histoire naturelle des pays du ]Nord; Zoi^gcha^er^, E^ede'^y Anderson^ , Horrebow^ , et même Crantz^ , n'en prirent aucune connaissance. Il est vrai qu'ils s'occupèrent encore plus 1. Comeille-Gisberl Zougouager, auteur d'un ouvrage très-em- brouillé sur la pèche de la baleine du Groenland et de la morue de Terre-Neuve, imprimé en hollandais à Amsterdam, en 1720 et 1728, et en allemand à Nuremberg, en 1720 et 1750. 2. Hans Egede, ecclésiastique norwégien, partit en 1721 pour le Groenland, par zèle pour la religion, et j passa jusqu'en 1756. C'est sous sa direction que les frères moravcs y ont établi une mission en 1753. Son Histoire naturelle du Groenland est impri- mée à Copenhague, en danois, in-4.'', 1741? et en français, in-8.% 1765. II j en a une traduction anglaise; Londres, 1745. 3. Jean Anderson, négociant et bonrguemestre de Hambourg, né en 1674? mort en 1743, auteur d'une Histoire naturelle de l'Islande, du, Groenland, du détroit de Davis, et d'autres pays situés sous le nord, imprimée en allemand à Hambourg, en 17467 et en français à Paris, en deux volumes in-12, 1750. 4. Nicolas HoRREBow, ecclésiastique danois, envojé en Islande par le roi de Danemarck, en a donné une Description physique , historique, etc. , imprimée en danois à Copenhague, en 1752 ; en allemand, en 1758, et à Paris, en français, en 1764? 2 vol. in-12. 5. J9«w'J Crantz, missionnaire morave, auteur d'une Histoire du Groenland, imprimée en allemand à Barbj, en 1760 et 1770, 2 vol. in-8.°; en anglais», à Londres, en 1767, in-S." Il v en a un extrait dans le dix-neuvième volumo in-4.'* ^^ l'Histoire générale des vojages en 1770. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 85 des cétacés et des phoques que des poissous proprement dits ; ils ne parlent de ces derniers qu'autant qu'ils sont des objets de grandes pêches. Pontoppidan ^ , qui aurait dû connaître et Artedi et Linnaeus , ne cite encore que Wil- lughby, et une ou deux fois seulement, tant ces prétendus naturalistes topographes sont ordinairement en arrière des connaissances acquises. Toutefois il y eut des exceptions; quelques auteurs eurent soin de consulter le grand ich- tjologiste anglais, et de se conformer à sa mé- thode dans leurs descriptions. Marsi^li ^ doit être mis au premier rang 1. Eric Pontoppidan, né à Aarhus en 1698, évéque de Bergen, en NorAvége, mort en 176^, a publié en danois une Histoire na- turelle de Norwége , Copenhague, 17 52, in-4-°, dont on a une traduction anglaise, Londres, 1755, in-folio, et une allemande, Copenhague, 1763 et 1754, 2 vol. in-4.% et Flensbourg, 1759. Il V parle des poissons, mais en naturaliste peu instruit et trop cré- dule. 2. Louis -Fcrdinajid comte De Marsigli , noble bolonais, né en i658, officier au service d'Autriche en 1682, prisonnier en Turquie en i683, cassé en 1705 pour avoir rendu Fribouig, fon- dateur de l'Institut de Bologne en 1715, mort en 1 73o , a donné en 1726 une description du cours du Danube, et des productions qui naissent dans ses eau\ ou vivent sur ses bords, en six volumes grand in-folio, sous le titre de Damibius pannonico-mjsicus. Le quatrième volume, consacré aux poissons, contient de très-belles figures de cinquante-trois espèces : l'anatomie du hausen est dans le tome VI. 84 LIVRE PREMIER. pour ce qu'il a fait daus son histoire du Danube sur les poissons de ce fleuve, qu'il a rassemblés avec soin , décrits avec assez d'exactitude , et représentés sur des planches magnifiques , aux- quelles il a ajouté une anatomie fort exacte de l'Esturgeon hausen. Le nombre de ses espèces est de cinquante- trois; on y voit entre autres une poécilie qui n'est point ailleurs. C'est à peine si l'on doit nommer ici quel- ques V03 ageurs de cette époque , tels que les Bosman \ les Léguât " , les Lahat ^ , les he- 1. Guillaume Bosman, emplojé de la Compagnie hollandaise des Indes occidentales en Afrique, a donné en lyoS, à Ulreclit, in-12, un Voyage en Guinée, avec des descriptions et des figures d'animaux plus nombreuses et plus exactes cpi'elles ne le sont dans la plupart des ouArages de ce genre. 2. François Leguat, né en Bresse vers i638, expatrié lors de la révocation de l'édit de Nantes , confiné à l'ile Rodrigue de 1691 à 1693, revenu en Europe en 1698, mort à Londres en 1755, a publié en. 1708, à Londres, in-i2. Les voyages et aven- tures de François Léguât et de ses compagnons , etc. Il y donne des figures de quelques animaux, mais faites, à ce qu'il parait, de mémoire. 3. Jean-Baptiste Labat, dominicain, né à Paris en i663, mis- sionnaire à la Martinique en 1G94; revenu en Europe en 1706, mort à Paris en 1738, a donné quatre ouvrages qui intéressent à quelques égards l'histoire naturelle : 1." ISomeau voyage aux îles Antilles; Paris , 1722 , 6 vol. in-12 : il v en a des éditions de La Haje, 1724 et 1758; de Paris, 1738 et 1742, et des traduc- tions en allemand et en hollandais. 2." Nomelle relation de Fylfri- que occidentale , d'après les Mémoires de Bruej Paris, 1728. 5 vol. in-12 5 réimprimé en 1732 et 1768. 3." Voyage du chemlier Des HISTOIRE DE LICHTYOLOGIE. 85 brun\ les Paul Lucas % les Kolhe^, qui n'é- taient point naturalistes , et n'ont donne sur les poissons que des figures en petit nombre, peu exactes, et des articles le plus souvent mêlés de contes populaires. Mais nous ne pouvons pas traiter aussi lé- gèrement deux recueils de poissons, faits dans les colonies hollandaises des Indes orientales, Marchais en Guinée et à Cayenne, fait en 1725 — ^727; Paris, 1730, 4 vol. ia-12 ; réimprimé en 1731 à Amsterdam. 4-° Rela- tion historique de l'Ethiopie occidentale (Congo, etc.), traduite en partie de l'italien du capucin Cavazzi; Paris, 1752, 5 vol. in-12, 1. Corneille Lebrun, peintre hollandais, auteur de deux vovages où il a donné quelques objets d'histoire naturelle, et notamment quelques poissons : Voyage au Lemnt , en Egypte , en Syrie , etc.; Amsterdam, 1714, 1 vol. in-folio. Voyage , par la Moscoi'ie , en Perse et aux Indes orientales; Amsterdam, 1718, 2 vol. in- folio. 2, Paul Lucas, né à Rouen en i664, mort en 1737, a fait de nombreux vojages dans le Levant , et a donné des relations de trois, sous ces titres : Voyage au Lemnt; Paris, 1 704, 2 vol. in-12. Voyage dans la Grèce , l'jlsie mineure , la Macédoine et l'Afrique ; Paris, 1710, 2 vol. Voyage dans la Turquie, l'Jsie, la Sourie , la Palestine, la haute et la basse Egypte; Paris, 1719,3 vol. Ces ouvrages ont été souvent réimprimés. On j trouve des poissons du Nil. 3. Pierre Kolbe, né en 1675 à Wunsiedel , dans le pajs de Bareuth, envojé au Cap en 1704, revenu en Europe en 1712 , mort en 1726, a publié en 1719, en allemand, une relation de son vojage , Nuremberg, 3 vol. in-folio, qui a reparu en alle- mand en deux volumes, Amsterdam, 1727 : on en a une traduc- tion française fort abrégée; Amsterdam, 1741? 3 vol. in-12. Il parle de quelques poissons, mais mal observés. Les figures parais» sent avoir été faites en Europe après son retour. 86 LIVRE PREMIER. et qui ont servi de matériaux aux publications de Rujschj, de Valent jn et de Renai-d, Le premier ayait été exécuté pour Corneille de Vlamin^\ par un artiste qui n'est pas nom- mé. Il a servi d'original à la première partie des poissons des Indes de Renard^. Le second, ouvraj^e d'un nommé Samuel Fallours , et moins conforme à la nature , est gravé dans la deuxième partie de Renard , dont le recueil n'a paru qu'en \ 754 , quoiqu'il fut préparé plus 1. Corneille De Vlaming avait été maître d'équipage de la Compagnie hollandaise des Indes an Bengale, et ramena comme amiral la flotte de 1715. Son recueil original est aujourd'hui conservé au Muséum d'histoire naturelle ; il est intitulé : Zee~ Tooneel, et il j est dit qu'il a été dessiné d'après nature par l'ordre et sous l'inspection de Vlaming. 2. Poissons , écrevisses et crabes de diverses couleurs et figures extraordinaires , que l'on trouçe autour des Moluques et sur les côtes des terres australes, etc.; Amsterdam, 1764, in-folio. Louis Renard , agent du roi d'Angleterre à Amsterdam , avait préparé sa publication dès 1718 ou 1720; mais sa mort en retarda long-temps l'émission définitive, qui n'eut lieu qu'en 1754, par îes soins de Vosmaer. Renard donne un certificat de Frédéric- Jules Co^yett, portant que les dessins de cette première partie ont été faits dans la maison de son père, Balthasar Co\£tt , gouver- neur d'Amboine. Cette assertion ne peut se concilier avec ce qui est dit sur le titre du recueil de Vlaming qu'en supposant qu'il en fût fait deux exemplaires, l'un pour Vlaming, l'autre pour Cojett. 3. Samuel F Xhtouns , consolateur des malades à Amboine, re- venu aussi en 1715, se reconnaît l'auteur de cette seconde collec- tion dans une lettre, publiée également par Renard, en tète do ses Poissons des Indes. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 87 de trente ans auparavant; mais dès 1718 ils étaient mêlés l'un et l'autre dans la publica- tion faite par Rujsch, en tête de la troisième édition de Jonston, sous le titre commun de Theatrum aninialium '; et, en \ 736, Valentyn avait emprunté des figures à tous les deux , et leur en avait joint un certain nombre d'au- tres dans le troisième volume de sa grande Histoire des Indes orientales. " Les descriptions de Puiysch et de Yalentyn sont faites d'après les figures, et les histoires fpi'y ajoute ce dernier paraissent fort suspectes, 1. Ruysch attribue ses figures, qui sont manifestement les mêmes que celles des deux parties de Renard , à une seule et même personne : Quœ , ibi, dit-il, conciones ad populum habebat , et cœteras res quœ pertinent ad religionem per oliquot annos cura- bat; désignation qui semble se rapporter à Fallours; ce qui me fait croire que l'exemplaire acquis par les Wefstein, et publié par Rujsch , était une copie faite par Fallours, non-seulement de ses propres dessins, qui remplissent la seconde partie de Renard, mais encore de ceux qui avaient été faits auparavant, soit pour Coyett, soit pour Vlaming : ceux-ci sont de beaucoup meilleurs que les siens. ^. François Valentyn, ministre protestant à Amboine , né à Dort eu i66o, fit un premier séjour dans l'archipel des Indes de i685 à 169/î, et un autre de 1706 à lyi/j. Il est auteur d'un grand ouvrage hollandais, en cinq volumes ia-fo!io, imprimé à Dort et à Rotterdam, de 172^ à 1726, et intitulé : L'Inde orien- tale ancienne et nouvelle. C'est dans le troisième volume, qui traite d'Amboine , qu'il a donné beaucoup de choses sur l'his- toire naturelle, mais souvent hasardées, et rédigées comme pou- vait le faire un homme entièrement étranger à cette science. 88 LIVRE PREMIER. mais les figures elles-mêmes, surtout celles de la première partie, ne sont point imaginaires, comme on l'a cru pendant long -temps : Pallas a déjà soutenu , et avec raison , qu'elles sont pour la plupart faites d'après nature , et cliacpie jour, en effet, il nous arrive, en preuve de la bonne foi des dessinateurs, cpielqu'une des es» pèces qui y sont représentées. 11 est vrai que, suivant que l'artiste a été plus ou moins habile ou scrupuleux , la nature y est plus ou moins bien rendue, et presque jamais les caractères délicats n'y sont exprimés avec précision; il n'y a surtout jamais été donné d'attention aux nombres des ra) ons : toutelbis, malgré leurs défauts , ces recueils sont encore indispensables , soit pour donner l'idée des cou- leurs naturelles des espèces connues, soit pour faire reconnaître les espèces nouvelles que les voyageurs nous apportent journellement de ces mers si fécondes. Le nombre de ces figures est dans Renard de quatre cent cinquante-neuf, dans \ alentyn de cinq cent vingt-sept, dans Riiyscb de trois cent quatre-A ingt-seize ; mais il y a beaucoup de répétitions, et il faut en retranclier un assez grand nomljre de crustacés. On peut ra|)procber de ces dessins faits aux Indes , les dilïérens recueils de peintures ou HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 89 de gravures venus de la Chine ou du Japon , et on peut même les leur préférer; car ils éga- lent souvent , pour l'exactitude du trait , nos meilleurs ouvrages européens. Parmi les gi-avures on doit citer surtout XEncjclopédie japonaise, et un volume par- ticulier sur les poissons, fait aussi au Japon, et qui se trouve dans quelques bibliothèques ^ ; les espèces y sont très-reconnaissables, et il n'est pas douteux que ces livres ne puissent fournir quelques notions sur l'ichtyologie de ces ré- gions peu fréquentées. Les recueils de peintures offrent des figures encore meilleures; mais ils sont bien plus rares. " 1. U Encyclopédie japonaise est à la bibliothèque du Roi, en nombreux petits volumes in-4.° : la partie consacrée aux poissons en contient soixante-dix-neuf espèces. L'autre ouvrage est dans celle du Muséum d'histoire naturelle et dans celle de feu Joseph Banks. M. de Lacépède l'a cité sous le litre inexact de Manuscrit chinois. C'est un imprimé petit in-folio, contenant beaucoup de figures d'animaux aquatiques, dont quatre-vingt-trois de poissons, gra- vées sur bois et coloriées, en grande partie semblables à celles de l'Encjclopédie. M. Abel Rémuzat a bien voulu nous déchiffrer quelques articles de ces livres ; nous avons cru pouvoir en citer hardiment les figures, celles des espèces connues nous ajant appris à apprécier la fidélité des autres. 2. Nous avons consulté plusieurs de ces recueils, entre autres un très-beau , qui est à la bibliothèque du Muséum d'histoire naturelle, et dont M. de Lacépède a aussi fait usage. Il contient cinquante- quatre feuilles in-folio transverse, supérieurement peintes. M. Dussumier nous en a communiqué plus récenmieut un autre, où il s'en trouve encore de plus soignées au nombre de 90 LIVRE PREMIER. Kœmpfer^ a fait graver quelques-uns de ces poissons dans son Histoire du Japon, et y a ajouté quelques détails tirés de livres japo- nais , et la comparaison des espèces avec celles que les Hollandais prenaient de son temps aux Moluques. Cette partie de son travail a été copiée par Charlevoix.^ Nous devons faire remarquer cependant que tous ces documens cliinois et japonais, secs et mêlés de fables, sont a peu près inutiles quant aux textes; on ne peut tirer parti que des figures, vingt-quatre. M. le duc de Rivoli en possède un superbe, rapporté du Japon par feu Titsingk , et où les noms japonais sont ajoutés en caractères européens : il a bien voulu nous permettre d'en pren- dre connaissance. Le nombre des poissons y est de trente-un. 1. Engelbert K^mpfer, né à Lemgow, dans le comté de la Lippe, en i65i, vojagea en Perse en i684, s'embarqua en 1688 sur une flotte hollandaise qui croisait dans le golfe Persique, arriva en 1689 à Batavia , et se rendit de là au Japon , en repartit vers la fin de 1691, revint deux ans après en Europe, et mourut en 1716 médecin du comte de la Lippe. Il publia en 1712 ses Amœnitates exoiicœ, en cinq livres, et laissa en manuscrit et en allemand son Histoire naturelle civile et ecclésiastique duJayon, qui fut acquise par Hans Sloane, traduite en anglais par Scheuchzer, et imprimée à Londres en 1727. Il v en a une traduction française, La Haye, 1729, 2 vol. in-folio. Les planches XII — XIV représentent des animaux aquatiques, parmi lesquels sont douze espèces de pois- sons. 2. Pierre-François-Xaoier de Charlevoix , jésuite, né à Saint- Quentin en 1682, mort à La Flèche en 1761. Dans son Histoire du Japon, Paris, 1736, 2 vol. in-/i.", il copie Ka'mpfer, et ne le nomme que lorsqu'il le réfulc. C'est à la fin du second volume, dans un supplément, qu'il place l'article sur les poissons. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE, 91 les artistes étant de beaucoup supérieurs aux écrivains. Mais un voyageur de l'épocpie dont nous par- lons, qui avait travaillé en vrai naturaliste, et à qui l'ichtyologie aurait été éminemment rede- vable, si son ouvrage avait pu voir le jour de son vivant; ce fut le i^ere Plwnier^. Sa réputation comme botaniste d'un ordre supérieur, est faite depuis long-temps; mais il n'était pas moins bon zoologiste, et, sur les poissons en particu- lier, il avait fait, soit en Provence, sa patrie, soit aux Antilles, une suite nombreuse de des- sins remarquables par leur finesse et par leur exactitude , et dont on peut dire qu'il ne leur manque presque que d'avoir rendu correctement les nombres des rayons , et d'avoir exprimé les 1. Charles Plumier, né à Marseille en i646, minime en 1662, instruit en Italie par Boccone, ami de Toiunefort et deGaridel, fit im premier vojage à la Martinique en 1688 et 1689, et y re- tourna deux autres fois avec des missions du gouvernement : il visita aussi les îles voisines et même le continent. Il mourut en 1-704 au port Sainte-Marie, près de Cadix, lorsqu'il était au moment de partir pour le Pérou. Outre ses Plantes d'Amérique (Paris, 1696; in-folio), ses Nouveaux genres (Paris, lyoS, in-4.°), ses Fougères (Paris, lyoS, in-folio) et les Fascicules publiés par Burman, à Amsterdam, de inSS à 1760, il a laissé une grande quantité de manuscrits, qui étaient restés à la bibliothèque des minimes de la place Rojale, et qui sont déposés aujourd'hui à la bibliothèque du Roi et à celle du Muséum d'histoire naturelle. On peut en voir la notice par M. Duvau dans la Biographie uni- verselle, t. XXXV; p. 95. 92 LIVRE PREMIER. dentelures des pièces opei culaires dans quelques espèces où l'épiderme les masque pendant que l'animal est frais. ^ Malheureusement Fauteur, peu considéré des moines ignorans " chez lesquels il était revenu, mourut avant d'avoir puhlié cette partie de ses recherches; ses manuscrits demeurèrent négligés dans son couvent^, et il n'en parut que quelques extraits dans le voyage de FeuiUée ^, et dans les journaux d'un nommé Gauthier Dagotj^j qui 1. Les dessins de poissons se trouvent aujourd'hui à la biblio- thèque du Roi , au dépôt des estampes , reliés en trois volumes de grandeur différente, intitulés, l'un, Poissons, oiseaux, lézards et insectes, qui contient cent cinquante-sept poissons; le second. Poissons d'Amérique, qui en renferme cent; le troisième, Pois- sons et coquilles , qui en contient quatre-vingts : mais plusieurs sont répétés, et il j en a beaucoup de nos eaux de France. On voit encore à la plupart les trous qui ont servi à poncer les des- sins, sans doute pour la copie dont Bloch s'est ser\i. 2. C'est une chose digne d'être remarquée que le ton méprisant dont Labat parle d'un honune qui lui était à tous égards si supé- rieur, Voyage aux îles de V Amérique , I, 287, et ailleurs. 3. M. de Jussieu m'a assuré qu'ils servaient de tabourets aux moines pour s'asseoir près du feu. 4. Louis FeuillÉe, minime, né à Mane, près Forcalquier, en 1660, voyagea comme astronome au Levant en 1699 , aux Antilles et à la Nouvelle-Espagne en 1705, au Pérou et au Chili de 1708 à 1711 : il mourut en 1732. Dans son Journal d'obsenations de physique, etc., Paris, 1714, 2 vol. in-4.% et la suite en un volume, 1728, il a inséré beaucoup de choses pillées dans les papiers de Plumier, son confrère d'ordre; mais il n'j a pris que peu d'articles sur les poissons. 5. Jacques-Gauthier Dagoty, peintre, auteur de nombreux ou- HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 93 était hors d'état de les apprécier. Ce ne fut qu'à la lin du dix-huitième siècle cpi'une copie , pré- parée par l'auteur lui-même, tomha dans les mains de Bloch ^, qui en inséra les figures dans son grand ouvrage; mais quelque-fois avec des altérations semhlables à celles qu'il a fait éprou- ver aux figures du prince Maurice. ^ Une autre copie , faite pour la grande collec- tion desYélins, ^ax Aiihiiet , le célèbre peintre de Tournefort, copie peu exacte et trop chargée vrages ornés de planches en couleur, exécutées par un procédé qui lui était propre. Il a inséré plusieurs dessins de Plumier dans sesObsenations sur la plijsique, l'histoire naturelle et la peinture, de 1752 à 1755, 6 vol. Son fils les a continuées avec Toussaint en 1756 et lySy, 3 vol. Le Journal de physique de Rozier et de La Métherle est lui-même une continuation de celui-là. 1. Bloch rend compte de' ce manuscrit dans la préface de la sixième partie de sa grande Ichtyologie. Il paraît qu'il avait été préparé par Plumier lui-même, dans l'espérance de le faire im- primer en Hollande. Un Français, au service de Prusse, le porta à Berlin, et il fut vendu dans un encan. Son titre était Zoographia americann , pisces et volaiilia continens , auctore R. P. C. Plumier. Il se composait de cent soixante-neuf pages in-folio, mais conte- nait beaucoup d'autres choses que des poissons , en sorte que Bloch n'en a tiré que trente-quatre figures pour son grand ouvrage, et trois pour son système posthume. On ne sait ce qu'il est devenu à la vente des livres de Bloch. 2. Par exemple, il a changé volontairement la forme de la tète du poisson appelé vive à la Martinique, et qui est un malacanihe , pour en faire une coryphène : c'est son CoryphœnaPlumieri, pi. 1 76. Voyez Bloch, édit. de Schn., p. 299. M. de Lacépède en donne la vraie figure, telle qu'elle était dans Plumier, t. I, pi. 8, fig, 1 , mais en le laissant toujours parmi les coryphènes, sur l'autorité de Bloch. 94 LIVRE PREMIER. en couleur, a été en partie gravée dans l'histoire des poissons de M. de Lacépède * ; mais ce dernier n'ayant pas toujours reconnu que ces figures étaient primitivement les mêmes que celles qui avaient déjà paru dans l'ouvrage de Bloclî, il en est résulté plusieurs doubles em- plois; la même figure a donné lieu quelquefois non-seulement à établir une espèce , mais un genre imaginaire.* Cette incurie des éditeurs de Plumier ne doit rien faire perdre au respectable et laborieux ob- servateur de l'estime qui lui était due ; encore à présent on ne connaît quelques espèces que par lui, et ses manuscrits nous ont prouvé que la plupart des erreurs , glissées dans les publica- tions que l'on en a faites, lui étaient étrangères. Ce ne fut que vers le premier tiers du dix- 1. Il paraît *i\vCyîuhriet , qui était payé à tant la feuille pour continuer la grande collection, commencée dès i64o pour Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII, déposée aujourd'hui au Muséum d'histoire naturelle, prenait des originaux où il pouvait, et qu'il avait eu connaissance des dessins de Plumier, mais qu'il avait enluminé ses copies seulement d'après les descriptions , ou même d'après son imagination : rien ne prouve qu'il ait travaillé sous l'inspection de l'auteur primitif. M. de Lacépède a fait graver trente-sept de ces figures d'Aubriel. 2. Par exemple, le harpe bleu doré, t. IV, pi. 8, fig. 2, de Lacépède, est le même que le sparus falcatus , Bl., pi. 2 58; le chéilodipûre chrysoptère , t. III, pi. 33, fîg. i , le même que le sciœna Pîumieri, Bl., pi. 3oC, etc. HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. 95 huitième siècle que parut l'ouvrage destiné à donner enfin à l'histoire naturelle des poissons une forme Araiment scientifique, en complétant ce que Willughby et Piay avaient commencé ; nous voulons parler de l'ichtyologie du Suédois Pierre Artedi. ^ Passionné dès son enfance pour l'étude des poissons , et né avec un vrai génie pour la méthode, ce naturaliste s'aperçut promptement que Willughby seul avait bien décrit cette classe d'animaux; mais il remarqua en même temps que l'ichtyologiste anglais n'avait pas entière- ment atteint son but, faute d'avoir bien déter- miné ses genres, de les avoir désignés par des noms fixes et convenables , et d'avoir assigné à ses espèces des caractères abrégés et compara- bles, pris dans leur conformation. Il travailla dès-lors sans relâche à remplir cette lacune de la science. Après avoir donné, 1. Pierre Artedi naquit dans la paroisse d'Anunds, en Anger- manie, en 1705, d'un pasteur. Destiné à l'église, on le mit en 1716 au collège d'Hernœsand , et en 172^ à l'université d'Upsal , où le goût de l'alchimie le détermina à embrasser la médecine. C'est là que Linnseus fit sa connaissance en 1 728, et se lia à lui de l'ami- tié la plus tendre. Artedi partit pour Londres en 1734, et vint en 1735 retrouvera Leyde son ami Linnaeus, qui le présenta à Seba comme l'homme le plus capable de rédiger la partie des poissons dans la grande Description de son cabinet. Artedi se noja dans un des canaux d'Amsterdam, le 5 Septembre de cette année, à l'âge de trente ans. 96 LIVRE PREMIER. dans sa Bihliotheca ichtjolo^ica , une liste des auteurs qui avaient traité avant lui des poissons, il analysa, dans sa Philosophia , toutes les parties intérieures et extérieures de ces animaux , créa une terminologie précise pour les différentes formes dont ces parties sont susceptibles, se traça des règles pour la nomen- clature des genres et des espèces, et subdivisa enfin la classe plus exactement rpie Willugbby. Ses ordres sont fondés uniquement sur la con- sistance du squelette , les opercules des bran- cbies et la nature des rayons des nageoires , sans égard au séjour ni a rien d'étranger à la conformation ; il les nomme acanthoptérygiens, malacoptérygiens , brancliiostèges et cliondrop- térygiens. iNous ne parlons pas ici de ses pla- giures, qui sont les cétacés. L'ordre des bran- cliiostèges, mal défini et mal composé, ne peut subsister; mais les trois autres sont naturels, et rien de ce qu'on a essayé de faire depuis n'a pu les remplacer. Dans ses Gênera pisciuni il fixa pour chaque genre un nom substantif invariable, et des ca- ractères positifs et tranchés, fondés en général sur le nombre des rayons de la membrane des ouïes, dont il remarqua le premier l'importance; sur 11 position relalive des nageoires, sur leur nombre, sur les parties de la bouche oii il se HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. 97 trouve des dents , sur la conformation des écailles , et même sur des parties internes telles que l'estomac et les appendices du cœcum. Ces genres, au nombre de cpiarante-cinq ', sont si bien constitues , qu'ils ont presque tous dû être conservés , et que les subdivisions que le nombre toujours croissant des espèces a obligé d'y introduire, ont très -rarement été telles qu'il ait fallu les éloigner les unes des autres. Treize autres genres^ sont indiqués plutôt 1. Genres d'Artedi : I. Malacoptérygiens. Anathichas. Syngnathus. Murœna. Cohilis. Ophidium. Cjprinus. yinahleps. Clupea. Gjmnotus. Al gentina. II. AcawthoptÉrycieks. Exocœlus. Blennius. Coregonus. Gohius. Osmerus. Xiphias. Salmo. Scomher, Esox. Mugil. Echeneis. Labrus. Coryphœna. Sparus. Ammodyfes. Sciœna. Pleuronectes. Perça. Stromateu9. Trachiiius. Gadtts. Trigla. 2. Genres indiqués dans les supplémens : 1.° Dans le supplément des Gênera: Tœnia (lescépoles); Sllu- riis; Mustela [hUnn. vu'iparus) , phjcis ; Sphyrœna. 2." Dans le supplément du Synonymia : Cicla (des labres); Hepatus; Capriscus (baliste); Pholis; Citharus ; Atherina; Lipa- ris; Cheîon (des muges). 1. 1 Scorpœna. CotLiis. Zeus. Chwtodon. Gasterosteus. III. Bp.anchiostèces. Balistes. Ostracion. Cfclopterus. Zophius. IV. CHOIVDROPTÉRYGIE^S. Petromyzon. Acipenser. Squalus. Raia. 98 LIVRE PREMIER. qu'établis dans l'appendice de cette partie et de la suivante , et , sur ces treize , Linna^us en a pris trois , et quelques autres ont été repris par ses successeurs. Sous chaque genre se trouve aussi une liste des espèces assez bien connues pour que l'auteur ait cru pouvoir les classer avec leurs définitions et des descriptions abrégées. Dans sa Sjnonjmia pisciiun sont rangés sous chaque espèce, avec une grande érudition, tous les articles des auteurs précédens oîi il en est question, les figures où elle est représentée, et les noms qui lui ont été donnés; Artedi y place même les noms grecs et latins, mais plutôt d'après les idées de Rondelet que d'après ses propres recherches. Il admet, dans sa liste, deux cent soixante-quatorze espèces de poissons pro- prement dits , rejetant tous ceux dont l'existence ou les caractères ne lui paraissent pas assez éta- blis; dans l'appendice il en ajoute dix-sept autres comme appartenant aux genres qui y sont in- diqués; enfin, dans ses Species , il décrit les es- pèces qu'il a pu a oir par lui-même, au nombre de soixante-douze , d'apiès sa terminologie , avec autant de détail que de clarté. Rien d'approchant n'existait encore en ich- tyologie, et bien qu' Artedi ait certainement eu sans cesse Willughby sous les yeux , en coinpo- HISTOIRE DE LICHTYOLOGIE. 99 sant son livre , il n'est pas moins vrai qn'il lit faire à la science nn pas prodigieux, et qu'il surpassa infiniment son dcA ancier. L'auteur n'eut pas le bonlieur de publier lui-même son ouvrage; mais il trouva un édi- teur digne de lui dans son ami de jeunesse, le célèbre Linnaeus , qui racheta ses manuscrits des mains de son bote , et consacra près d'une année de son temps à les revoir, à les compléter, et à les disposer pour l'impression. Il les fit paraître à Leyde en 1758; mais, dès 1735, il s'en était servi, pour la partie des poissons, dans la premièie édition de son Sjsteina naturœ, celle qui parut à Leyde cette année-là en trois grands tableaux d'une feuille chacun. Linnœiis^ , qui lui-même devint dans la suite 1. Peut-être n'est-il pas nécessaire de s'étendre sur la vie si con- nue deLinnœus, de ce grand réformateur de la nomenclature, de ce naturaliste qui a exercé sur son siècle l'influence la pluî incon- testée, et dont le langage se parle dans toutes les contrées où l'his- toire de la nature est cultivée : nous nous bornerons à en placer les principales dates, pour soulager la mémoire de nos lecteurs. Charles L\^^M.vs naquit à Rœshult, en Smaland, le 24 Mai 1707. Envojé au collège deVexiœ en 1717, passé à l'université deLund en 1727, et l'année suivante à Upsal, il eut à braver toutes les privations jusqu'en 1728, que Olaus Celsius et Olaus Rudbeck l'employèrent dans leurs travaux. C'est chez Rudbeck qu'il jeta les premières bases de sa Philosophie botanique. En 1732 il fit son vojage de Laponie, s'établit ensuite momentanément à Fahlun, et se rendit en Hollande, où il soigna pendant quelque temps les jardins d'un riche négociant, nommé Clifïbrt. C'est dans cette \ 00 LIVRE PREMIER. une si grande autorité en ichtyologie, n'osa pas d'abord s'écarter des Iraces d'un ami (;ui, dans cette science, avait été son maître; mais, dès sa deuxième édiûon, il eut le très-grand mérite de donner les nombres des rayons des nageoires de chaque espèce. Cette attention , imitée par ses successeurs, a produit des avantages inap- préciables pour richtjologie, non pas précisé- ment pour la détermination des espèces, mais pour faire reconnaître les genres et sous-genres naturels auxquels chaqne espèce doit être rap- portée. C'est souvent le seul guide qui puisse nous conduire dans un si grand nombre de descriptions confuses et incomplètes dont les livres sont remplis. position qu'il publia ses ouvrages iiilitulés : FundameTita lotnnica, Bibliotheca boiarnca , Melhodus sexualis , Musa Cliffortiana , Cri- iica botanica. Gênera jlantdrum , Flora laponica, Hor/us Clifforiia- nus , Classes planiarurn , et surtout, pour ce qui nous intéresse en ce moment, son Systema naiurœ ç.\\ 1705, et l'Iolityologie d'ArtecU en 1708. Chargé en 1708, par la protection du comte de Tessin et du baion Charles de Ccer, d'enseigner la botanique à Stockholm, il j publia le Muséum Tessininnum , le Muséum Adolplii Fredcrici et le Muséum IJlricœ reginœ. Il fut nommé en 1741 professeur à Upsal , et exerça celle charge jusqu'à sa mort, arrivée en 1778. C'est là qu'il fît paiailre sa Philosof Ma bolanica en i 76 1, ses Species plan- tarum en 1753, ses Maniissa jlnniarum en 1767 et 1771 , les dis- sertations nombreuses qui remplissent les dix vohnnes de ses Amœrtitaies ocademicœ , cl les quatre dernières éditions oiigi- nalcs de son Systema naiurœ. En 1773 sa mémoire avait déjà faibli, et deux attaques d'apoplexie, en 1774 et en 1777, avaient fort altéré sa santé. 101 Dans sa sixième édition ' Linnaeus ajouta seulement deux genres à eeux d'Aitedi, les as- prèdes et les calli dites, qu'il supprima par la suite. La neuvième, réimprimée à Leyde par les soins de Gronovius% ne reçut que les nou- 1. Les éditions originales du Systcma naturœ se lédnisent à six. La première, de Lejde, lySS; la deuxième, de 17^0 : la sixième, de 174^; la huitième de 1765 : toutes les trois en un volume. La dixième, de 1768, en trois volumes; et la douzième, de 1766, en quatre. Les cinq dernières sont toutes de Stockholm. La troisième, de Halle, 1740, est une copie de la première; la quatrième, de Paris, 1744? est mie copie de la deuxième, faite par les soins de Bernard de Jussieu, qui j ajouia les noms fran- çais. Il en est de même de la cinquième, de Halle, 1747? à laquelle on a joint les noms allemands. La septième, de Leipzig, 1748, et la neuvième, deLejde, 1756, sont prises de la sixième; mais dans la neuvième la partie des poissons est augmentée de plusieurs genres par l'éditeur Gronovius. La dixième a été réim- primée à Halle en 1760, et à Leipzig en 17G2: mais il faut que Linnœus n'ait pas connu la réimpression de Halle, puisqu'il ne compte celle de Leipzig que pour la onzième. La douzième a été réimprimée à Vienne sous le nom de treizième, en 1773, ce qui n'a pas empêché Gmelin de donner ce numéro de treizième à sa grande édition de 1788, qui est la dernière, mais qui elle-même a été réimprimée à Lvon en 1790 et années suivantes, "2. La famille de Gronovius, originaire de Hambourg, et établie à Lejde , a produit plusieurs érudils célèbres et deux naturalistes. — Jean- Frédéric, deuxième du nom, frère à^ Abraham éditeur d'Elien , a donné plusieurs dissertations sur les poissons, et sur- tout Pisces Belgii, dans les Mémoires d'Upsal pour 1741, et Pisces Belgii rariores , i'uid. , pour \ ■j^'i. Le même sujet est traité dans ses Animaliuin Belgii centuriœ V, in<;érées dans le cinquième volume des Aciu hehetica. II a décrit particulièrement le misgurn, Trans. ■phil. , t. XLIV ; le callionjme , Act. Ups. , i 74 1 ; le bécard , ibid. ; le maquereau et la perche, ibid., \.']l\l\. On lui doit la méthode 1 02 LIVRE PREMIER. veaux genres que cet éditeur venait d'établir dans son Muséum; les silures, les solénostames , de préparer les peaux de poissons en manière d'herbier, qu'il décrit dans les larcins, phll. , vol. XLII. — Laurent -Théodore , aussi le deuxième du nom, neveu du précédent, a publié un Muséum ichthyologicum, en deux cahiers in-folio, Lejde, 1764 et lySG, avec sept planches, où il décrit et représente plusieurs poissons nouveaux. Ils reparaissent avec d'autres dans le premier cahier de son Zoophjlatlum , imprimé en 1765; le deuxième, contenant les insectes, est de 1764, et le troisième, qui est consacré aux vers, n'a paru qu'après sa mort, en 1781. On trouve dans ces ouvrages l'indication de genres qu'Arledi n'avait pas faits, et dont quelques-uns ont été adoptés par Linnœus, et d'autres par ses successeurs. Son s^vstème dans le Muséum est le même que celui d'Artedi ; mais il range autrement quelques genres, et il en porte le nombre à cinquante-trois. MalacoptÉrygieks, Osmerus. Sjni^natkus. Salmo. Cohitis. Charax. Gadits. Uraiwscppus- yitherina. Plecostomus. Callichthjs. Gjmnolus. ACAKTH OPTER YGIEKS. Poljnemus. Blenahis. Scomber, Mjstus. Mugit. Lnlius. Sparus. Sciœna. Hotocentrus. Dans le Zoophylaciurn , au contraire, il abandonne la division d'après les épines, et diAise d'après la position des ventrales. Il transporte plusieurs poissons ordinaires dans les branchiosté|fes , Cyprimis. Ctupea. j4rgentina. Siturus. Asprcdo. Exocœtus. Esox. Solenostomus. Anahleps. Echeneis. Ammodytes. Pleuronectes. Anarliichas. Murœna. Gjmnogaster. Coregonus. Perça. Tracfiinus. Trigta. Scorpœna. Cottus. Zeus. ChcBtodon. Gasterosteus. Branchiostèges. Batistes. Ostracion. Cjctopterus. Loptiius. Chondroptérygiens. Calloihjnchus. .Acipenser. S/jualus, Raia. Pelromyzon. HISTOIRE DE LICHTYOLOGIE. ^ 05 les gymnogastres , les cbarax, les uranoscopes , les atliéi ines , les plécostomes , les polynèmes , comme on peut le voir au tableau ci-joint. Le nombre des genres y est de soixante-dix-huit. Chowdropterygii , Pinnis vciitraliljus prœscnt., Acipenser. Callorhjnchus. Squalus. Raia. Pinnis ventralibus null., Petromyzon. Branchiostegi , Pinnis ventralibus null., Murœna. Qymnotus. Syngnathus. Ostracion. Pinnis ventralibus spuriis, Batistes. Cyclopterus. Cjclogaster. Pinnis ventralibus veris, Gonorhynchus. Cobitis. XJranoscopus. Lophius- Branchiales, Pinnse ventr. sub pectoralibus, Pinnâ dorsi solitaria, Sciœna. Cfnœdus. Sparus. Holocentrus'. Coracinus. Scarus. Chœtodon. Labrus. Callyodon. Pleuronectes. Echeneis. Blennius. Encheliopus. Pholis. Pinnis dors, una pluribus, Cottus. j4mia. Trachinus. Gobius. Eleotris. Trigla. Mallus. Perça. Scomber. Zeus. Gadus. Dans ces quatre der- niers genres il y a des espèces à une et à trois dorsales. Pinn. ventr. inter pinn. pector. et anal. , Pinna dorsi solitaria, Clarias. Silurus. Aspi edo- Albula. Crprimis. Clupea. Argentina. Sjnodus. Hepalus. Erjthrinus. Vmlra. Cataphractus. Exocœtus. Anableps. Esox. Solenostomus. Belone. Pinnis dorsal. 2, posteriore spuria, auipc Salmo. Anostomus. Charax. Mystus. 404 LIVRE PREMIER. les mystes , les holocentres , les callorhynques , et encore la plus grande partie de ces nouveaux genres avait-elle été indiquée dans les supplé- mens d'Artedi, ou dans le manuscrit du troi- sième volume de Se])a , préparé par Artedi et dont Gronovius avait eu connaissance. Ce ne fut que dans sa dixième édition, pu- bliée en 1 758 , que Linnaeus , se fiant à ses propres forces , créa une méthode iclity ologique nouvelle , divisa quelques genres , en réunit d'autres , donna aux espèces des noms triviaux et des phrases caractéristiques , et en ajouta plusieurs à celles qn'Artedi avait admises comme sulïisamment constatées. Le plus convenable des changemens dans la distribution générale fut d'éloigner les cétacés des autres poissons , avec lesquels ils étaient demeurés dès le temps des anciens. Déjà Aris- tote avait fait remarquer qu'ils ont le sang chaud ; qu'ils respirent par des poumons ; qu'ils font des petits vivans; qu'ils les allai- tent ; enfin que toute leur conformation inté- Pinn. dors, du.ib. vadiatis, Ophidion. Callichtj's. Mnsiacembelus. Plecostomus. uimmodrtes. Centriseus. Gasterosteus. Mugil. Channa. Polynemus. Casteiopelecus. yitherina. Xiphias. Pinnis ventralibus vnris nullis, Lepiocephalus. ^naihichas. G^mnogaster- HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. i OS Heure est celle d'un quadrupède vivipare. Ray , Artedi , avaient rappelé ces caractères , et ce- pendant ils avaient continué de ranger les cé- tacés avec les poissons. Brisson ^ , le premier , les en sépara, et en fit une classe à part, qu'il plaça immédiatement après celle des quadru- pèdes vivipares ; Linnœus les y réunit , et forma de leur réunion sa classe des mammifères. Il ne fut pas si heureux en transportant les poissons cliondroptérygiens d' Artedi parmi les reptiles , sous le titre à^An^hihia nantes. On ne comprend même pas comment il put leur supposer des poumons, surtout lorsqu'il y lais- sait l'esturgeon et qu'il y ajoutait la baudroie, qu' Artedi avait mise dans ses branclnostèges. Linnaeus porta cette contravention à l'ordre naturel beaucoup plus loin , dans sa douzième édition, lorsqu'il joignit à ces Amphihia nantes le reste des brancbiostèges d'Artedi , c'est -a- dire les coffres, les tétrodons, et jusqu'aux syn- 1. Mathurin Brisson, né à Fontenaj-le-Comte en 172.3, aide de Réaumur pour l'arrangement de ses cabinets, ensuite membre de l'académie des sciences et professeur de physique au coilége de Navarre, mort à Paris en 1806, avait commencé une zoologie générale, sous le titre de Règne animal , divisé en neuf classes; Paris, 175G, 1 vol. in-^." Ce premier volume, qui contient les quadrupèdes et les cétacés, fut suivi d'une ornithologie en s!x volumes in-4-", 1760; mais Brisson abandonna l'histoire naturelle après la mort de Réaumur, et sur la fin de sa vie il n'avait con- servé nul souvenir qui se rapportât à ses premiers ouvrages. 106 LIVRE PREMIER. gnatlies , qu'Artedi rangeait dans ses malacop- tërygiens. Ce ne fut pas , à mon gré , une innovation meilleure, quoiqu'elle ait été conservée beau- coup plus long-temps , que d'avoir supprimé la division des poissons ordinaires, reçue des le temps de Willugliby, en acanthoptérygiens et en malacoptérygiens , pour la remplacer par une distribution fondée sur la présence ou l'ab- sence des nageoires ventrales , et sur leur posi- tion relativement aux pectorales. Rien ne rompt davantage les vrais rapports des genres que ces ordres des apodes , des jugulaires , des tbo- raciques et des abdominaux; le xiphias, par exemple, s'éloigne des scombres; la spliyrJène, qui est presque une percbe, va se confondre parmi les brochets, etc. Linnaeus, dans cette édition , supprime quel- ques-uns des genres d'Artedi et de G r on o vins , nommément les holocentres , qu'il joint aux perches; les anableps, qu'il joint aux cobites; les corrégones, les osmères et les charax, qu'il joint aux saumons; les asprèdes, les callichtes et les mystes, qu'il joint aux silures : mais il en divise d'autres, séparant les tétrodons et les diodons des ostracions ; les callionymes des vives; les mulles des trigles : et il en ajoute d'entièrement nouveaux , les mormyres , les HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 1 07 centrisques et les pégases ; en sorte que le total en est porte à cinquante-sept. De plus il change quelques-uns des noms de Gronovius : les plé- costomes de l'iclityologiste hollandais devien- nent des loricaires; ses solénostomes, des fistu- laires; ses gymnogastres, des trichiures, et ses callorhynques, des cliimères. Le nombre des espèces va à quatre cent qua- torze: les unes prises de quelques ouvrages imprimés depuis Artedi , tels qu'Edwards ', le deuxième volume de Catesby% l'Histoire natu- relle de la Jamaïque de Brown^, et surtout les Dissertations de Jean-Fréderic Gronovius et le Muséum de Laurent Théodore ; les autres ob- servées parLinnaeus lui-même dans ses voyages"^ et dans les cabinets^, ou qui lui avaient été 1. Vojez ci-dessus , p. 8i. 2. Ce volume n'a paru qu'en 1743. 3. Patrice Brown, médecin à la Jamaïque, dans son Histoire civile et naturelle de cette ile , imprimée en anglais in-folio, Londres, 1756, décrit quatre-vingt-treize poissons d'après l'ordre d'Artedi , et beaucoup mieux que n'avait fait Sloane. 4. Linnpeus avait fait comme naturaliste des vojages dans quel- ques provinces de Suède, et en a publié des relations, où il ne manque guère de décrire quelques poissons, tels sont celui d'OE- land, en 1741 ; de Gothland, en 1741 ; de Westrogothie, en 1746; de Scanie, en 1749' 5. Linnseus a décrit quelques collections qui contenaient des poissons en partie nouveaux. 1° En 1746, celle que le prince héréditaire yidolphe-Vréderic avait donnée à l'université d'UjJSal : Muséum principis , dans les Aménités académiques, t. I. 2.° En 1754 , celle que le même prince, devenu roi, avait rassemblée au 1 08 LIVRE PREMIER. procurées par les élèves* que déià il avait fait envoyer dans divers pays éloignés. Les plus zélés de cette époque , pour l'iclityrtlogie, fu- rent Hasselqiiist^ , Osheck^ et Lœjling.^ château d'Ulrichsdal : c'est un volume in-folio, intitulé : Muséum Adolphl Fredtrici; Stockholm, 1764 : il V a de belles figures de poissons, au nombre de trente-six, Une seconde partie, que Lin- n?eus cite aussi dans sa douzième édition, a été imprimée in-8.% et sans figures, en 1764. Le nombre des poissons qu'il y décrit est de quatre-vingt-treize. 3." La même année 1754» celle que Magnus Logerstrœm. , directeur de la Compagnie suédoise des Indes orientales, avait reçue de la Chine : Chinensia Lagerstrœ- miana, dans le t. IV. *■ des Aménités académiques. 1. Il a donné lui-même la liste de ces jeunes voyageurs anté- rieurs à sa dixième édition : TervsUœm , en Asie, 1745 : Knlm, en Pensjlvanie et au Canada, 1 747 ; Montin, en Laponie, 1 749 "■ Hnssel- quist, en Egypte et en Palestine, 1749; Toren, à Surate et au Mala- bar, 1 750 ; Osbeck, à Java et à Canton, 1 760; Lœfling, en Espagne et en Amérique, 1751 ; Kœhler, eu Italie, 1762 ; Rolander, à Surinam et à Saint-Eustache, 1765. Dans l'intérieur de la Suède, Bergius était allé en Laponie en 1752, et Solander en 1765. Presque tous lui envoyèrent les productions naturelles qu'ils purent recueillir. 2. Frédéric Hasselquist voyagea en Palestine et en Egjpte de 1749 à 1762 ; il mourut en Février de cette année. Son Vojage a été publié par les soins de Linngeus; Stockholm, 1757, in-8.° Par- mi beaucoup d'objets d'histoire naturelle, il j décrit trente- un poissons, et fort en détail. Il y en a une traduction allemande de 1762, et une française de 17G9 par Keralio, mais dont on a retranché la seule chose utile, Tliisloire naturelle. 3. PiVrre Osbeck était, ainsi que Toren, aumônier de vaisseau. Son Voyage en Chine, imprime en suédois à Stockholm , en 1757, in-8.", contient la description de seize poissons. Il y en a une traduction allemande par Georgii; Rostock, 1766. Osbeck a don- né aussi dans les Nova acta nahirœ cur'iosorum , t. IV, imprime en 1770, des Fragmenta ichfyohgiœ hlspanicœ. 4. Linnseus ne cite encore de Flcne Lœfling dans cette dixième HISTOIRE DE LICHTYOLOGIE. 4 09 La douzième édition , de 1 766 , fut enrichie de plusieurs autres espères et de bonnes citations tirées du Zoophylacium de Gronovius ^ , du troisième volinne de la Description du cabinet de Seha^, volume précieux par des figures de poissons étrangers , supérieures à toutes les pré- cé lentes, et dont le texte avait été préparé dès 1754 et 1755 par Artedi, quoiqu'il n'ait pu être livré au public qu'en 1758, aux frais et par les soins de Gduhius. Linnaeus profita au^.^i pour cette édition de l'iîi toire naturelle d'Alep àe RusseP, de l'iiis- cdition que des leUres mainiscrilos. Le voyage de ce naturaliste dans l'Aniéiique espagnole, fait en lySi, n'a été imprimé qu'en 17G8, à Slockliolm. Il v décrit neuf poissons. On en a une tra- duction allemande par Kœljiin; Berlin, 1776. 1. Le premier cahier du Zoophylacium , qui contient les pois- sons, avait paru en 1763. 2. Albert Seba, riche pharmacien d'Amsterdam, né en Ostfrise en i665, mort en 1736, avait rassemblé à grands frais un cabinet d'histoire naturelle très-considérable, dont une partie, achetée par Pierre le grand, a été portée à Pétersbourg, et dont le reste a été dispersé à la mort du propriétaire. Il l'a fait décrire et graver magnifiquement eu quatre volumes in-folio, format d'atlas; Ams- terdam, 1754, 1735, 1758 et 1765; les deux derniers posthumes. Le texte du troisième volume contient sur les poissons de très- bons articles d'Artedi , qui se distinguent avantageusement du resie de l'ouvrage. Il était demeuré en manuscrit long-temps après la mort de l'auteur et la dispeision de son cabinet; mais Grono- vius l'avait connu en cet état, et en avait fait usage dans son Muséum en 1764. 3. Alexandre Russel, médecin écossais établi à Alep, mort en Ï768, a publié en 1756, à Londres, in-4-"> en anglais, une i 1 LIVRE PREMIER. toire de quelques perches du Danube de Schœf- fer^y des premières descriptions de poissons du muséum de Pétersbourg , données par Kœl- reuter^ ; de celles qu'une société formée à Drontheim^ par les soins de l'évéque Gunnery commençait à faire paraître, et d'observations manuscrites , mais publiées depuis , faites sur l'espadon par Kœlpin y et même il recueillit quelques citations dans des livres plus anciens, Histoire naturelle d'Alep et de la contrée environnante , où il donne de bonnes figures de quelques poissons de l'Oronte. 1. Piscium Bavaro Ratisbonensium penlas; Ratisbonne, 1761, in-4.°, \>ar Jacques -Christian Sch>effer, né à Qiierfurt en 1718, pasteur à Ralisbonne en 1 74 1> mort en 1 790, le même qui a beau- coup écrit sur les insectes. Ce petit ouvrage, qui ne traite que de cinq espèces, est remarquable par son exactitude. 2. J. T. Kœlreuter, de Carlsruhe, le célèbre producteur des mulets végétaux, s'était aussi occupé des poissons. Il j a de lui deux mémoires dans les JSovi commentarii de Pétersbouig, t. VIII et IX, 1765 et 1764 , où il en décrit et représente fort exactement neuf espèces : t. XIV, 1770, il donne le narwaga , et t. XV, le la- varet; t. XVI et XVII, l'anatomie du sterlet; t. XVIII, le salmo albula ; t. XIX, la lote, etc. Il a continué ce travail jusque dans les Nova acta, t. XIII, pour 1791 , où il a mis un dernier mémoire sur le flet. 3. Les Mémoires de la société de Drontlieim, assez ricbes en objets d'histoire naturelle du Nord, ont commencé à paraître à Copenhague, en 1761 , 1 vol. in-12, en danois; le deuxième volume, de 1763; le troisième, de 1766, et le quatrième, de 1768, contiennent des articles importans sur des poissons. Le fondateur et le principal collaborateur fut Jean- Ernest GliNner, évèque de Drontheim , né en 1718, mort en 1775. llans Strœm, qui a aussi travaillé à ce recueil, a donné se* parement une description ph^ysique et économique du bailliage HISTOIRE DE LICHTYOLOGIE. 111 le Muséum de Gottorp cVOlearius^ et le Gazo- phjlacium de PetU'er'. 11 y inséra enfin quel- ques poissons de la Caroline , qu'il dut à Alejccmdi^e Garden^y et il en mit deux de plus, venus de la même source , dans l'appendix de sa Mantissa plavtarum^. Il aurait pu tirer encore quelque parti de J. D. Mejei- ^ , àe de Sœndmœr, en Nonvége, imprimée en danois à Soroë, 1762 et 1766, 2 vol, in-4-'', qui renferme quelques bonnes descrip- tions de poissons. Il était pasteur de l'église d'Eger, et était né en 1726. 1. Jdam Olearius, ou OEiiLscHiiEGER, né en 1600, dans le pajs d'Anhalt, secrétaire du duc de Holstein , compagnon de Man- delslohe dans son voyage en Perse, a décrit le cabinet de Gottorp: il mourut en 1671. 2. Jacques Petiver, apotbicaire de Londres, mort en 1718, au- teur de plusieurs écrits dont les planches ont été réunies en deux volumes in-folio, sous le titre de Petiverii opéra seu Gazophyla- cium ; Londres, 1764. H J en a trois cent six qui représentent pêle-mêle une foule d'objets d'histoire naturelle, quelques pois- sons s'j trouvent épars, mais assez mal dessinés. 3. Alexandre Garden, était un médecin écossais, né en 1730, établi dans la Caroline du Sud, mort à Londres en 1791. On trouve dans la Correspondance de Linnœus a^^ec divers savans ^ publiée par sir J. Ed. Smith, en anglais, Londres, 1821 , 2 vol. in-8.°, les lettres de Garden qui accompagnaient les objets en- voyés au grand naturaliste suédois, et qui sont souvent utiles à l'explication des articles que celui-ci en a tirés. 4. Le Mantissa plantarum est un supplément à la sixième édition des Gênera, et à la deuxième des Species ; l'appendice est une addition au règne animal du Systema naturœ : il ne contient que trois poissons. 5. Jean-Daniel Mpyek, peintre de Nuremberg, a publié en allemand, sous le titre de Représentation de toutes sortes d'ani- maux avec leurs squelettes, Nuremberg, 1748 et 1756, 3 vol. -112 LIVRE PREMIER. HilP, de Knorr^y de Salerne^, et surtout de Kramer^, qui s'était conformé à ses méthodes , et où il aurait trouvé un genre nouveau, la pœcilie. Une multitude de ces descriptions par- ticulières que l'on nomme monographies , au- raient pu encore lui servir ; mais leur obscurité ou leur peu d'importance les lui fit négliger. Ce qui est remarquable et ce qui ne venait in-fol., un recueil de deux cent quarante planches médiocres, mais où les squeletles avaient alors quelque intérêt. H J a plu- sieurs poissons communs. 1. Jean Hill, pharmacien et ensuite médecin à Londres, mort en 1775, auteur d'une grande quantité d'ouvrages, a donné entre autres, en trois volumes in-folio, Londres, 1748 — 17^2, en anglais, une Histoire naturelle générale, dont le premier volume, qui traite des animaux, contient un chapitre étendu sur les poissons, disposé d'après Artedi. Les figures sont pour la plupart empruntées de Willughbj. 2. George-TVol/gang KjiOKR, peintre et graveur de Nuremberg, a publié plusieurs recueils de figures, dont celui qui est intitulé : Deliciœ naturœ selectœ , Nuremberg, 17G6 et 1767, 2 vol. in-fol., contient quelques poissons ; le texte est de Statius Muller , le traducteur allemand du Sjstema naturœ , naturaliste ignorant et écrivain de mauvais goût. 3. Arnaud de NoBLrviLLE et Salerne, médecins d'Orléans, dans leur Traité d'histoire naturelle des animaux, Paris, 1756, 6 vol. in-12, parlent des poissons au deuxième tome. Ce n'est qu'une mauvaise compilation et sur des poissons usuels. 4. Guillaume -Henri Kramer , médecin de Dresde, établi à Bruck sur la Leitha, frontière de l'Autriche et de la Hongrie, a donné dans son Elenchus vegetabilium et animalium per Aus- iriam inferiorem observatorum , Vienne, 1756, trente-huit poissons, qu'il range d'après les premières méthodes de Linnkidiiim. Gasterosteus. Spiraculis composilif i, Stromaleus. Scomber. Pelromjzon. Xijjhias. Mullus. liai a. PiSCES JUCULARES, Trigla. Squalus. Callionjinus. PiSCES ABD0W1KALE5 Chimœru. Vraiwsrojnis. Cohitis. Spiraculis solitariis, Trachinus. Amia. Lophius. Gadus. Silurus. Acijieiiser. Bleniiius. Teuthis. Cjclo/jterus. PiSCES TnoRACicr . Loricaria. Balistes. Ccpola. Salmo. Ostracion. Echeneis. Fistularia, Telrodon. Coryphtcna- Esox. Diodoit. Gchius. Elops- Centriscus. Coltiis. Argentina. Sjngnathus. Scoipa-iia. Mherina. Pegasus. Zeus. Mugil. PiSCES APODES, Pleuroiicclcs. Mormjrus. Muitena. Chietodon. Exocatus. Gjmnolus. Spiirus. Polyncmu.'' Trichiuius. Lahrus. Clupea. Jna, hichas. Sciivna. Cyprimis- Atitmodytes. Perça. M7 cent soixaiite-dix-sept. Mais les augmentations numériques sont ce qu'il y a le moins à con- sidérer dans les travaux de cet illustre natura- liste ; la précision des caractères , la commo- dité d'une terminologie bien fixée, la facilite qu'offraient à la mémoire les noms triviaux donnés aux espèces , cette nomenclature binaire introduite dans l'ichtyologie, comme dans tout le reste du système de la nature , étaient des avantages Lien autrement importans. Ce furent eux qui donnèrent à Linnaeus cette prééminence avouée en quelque sorte par tous les naturalistes de son temps, et constatée par l'adoption à peu près universelle de sa nomen- clature , et même par l'emploi presque exclusif de ses distributions , quelque impaifaites et ar- tificielles qu'elles fussent. Si quelques écrivains, tels que Duhamel ^^ 1. Henri-Louis Duhamel du Monceau, physicien et agronome habile et laborieux, mais très-mauvais icbtjologiste, né à Paris en 1700, mort en 1782, parmi une multitude d'ouvrages, a composé avec //. L. de Lamarre (je ne trouve rien de cer- tain sur la personne de ce collaborateur de Duhamel), un Traité général des pêches, qui a paru par sections de 1769 à 1782, in-folio. Il j traite aussi de l'histoire naturelle des pois- sons, mais de la manière la plus confuse, et qui ne suppose pas ]a moindre idée de ce que l'histoire naturrlle doit être. Néanmoins cet ouvrage est nécessaire aux ichfjologistes, à cause des nombreuses figures dont il est orné, et dont plusieurs sont très-belles et très-fîdéles , bien qu'il s'j en mêle aussi de i 1 8 LIVRE PREMIER. coiîtinuèrtent a suivre les anciennes routines ; ce fut par ignorance plutôt que par un dessein prémédité de résister à la révolution qui s'opé- rait. Pour l'ichtyologie en particulier, les véri- tables naturalistes qui écrivirent immédiate- ment après Linnaeus , ou se soumirent entière- ment à lui , ou n'eurent rien d'assez original ni même d'assez bon en soi dans les cbange- mens qu'ils proposèrent , pour avoir pu en- traîner les sutYrages. Pennant \ dans sa Zoologie britannique , s'il eut le mérite de remettre dans la classe des poissons les amphihia nantes , sous le nom de cartilagineux, eut le tort d'y remettre aussi les cétacés; et pour les poissons ordinaires il con- serva la division de Linnaeus, en apodes, jugu- laires , thoraciques et abdominaux. Son ou- vrage fut utile cependant par quelques bonnes figures et par des détails historiques peu connus. Gouan % sous le titre trop étendu d'Histoire très-rautives , selon les sources dont elles venaient. On j trouve aussi quelques faits intéressans fournis à l'auteur par ses cor- respondans. 1. Thomas Pennant, gentilhomme gallois, ne à Downing, dans le comté de Flint, en 1726, moit en 1798, a traité des pois- sons dans le troisième volume de la Zoologie britannique , im- primée en 17(^9, in-8.°;, et une seconde fois en 1776, in-4-" Il y a aussi quelque chose sur cette classe dans sa Zoologie arc- tique, et dans son petit essai sur la zoologie indienne. 2. Antoine Gouan, professeur de botanique à Montpellier, a HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. 119 des poissons , n'en donna que les genres, qu'il décrivit à la vérité avec beaucoup de détail , quoique sous des formes pédantesques. Sa dis- tribution fut celle d'Artedi, d'après la consis- tance du squelette et des rayons des nageoires, et il subdivisa ses classes d'après la position des nageoires, à la manière de Linnaeus, met- tant même , comme Linnœus l'avait fait dans sa dixième édition, les chondroptérygiens avec les amphibies. Ce n'était rien gagner pour la méthode; mais Gouan ajouta trois genres bien faits , les lépadogaster , les lépidopes et les tra- chiptères , à ceux que son maître avait établis. Forster\ dans son Enchiridion , ramena les nantes aux poissons , comme Pennant , et prit le contrepied de Gouan pour les poissons os- seux , qu'il divisa d'abord d'après labsence ou la présence des ventrales et leur position , et subdivisa d'après les rayons épineux ou mous, 11 ne fut pas même fort exact sous ce dernier été l'un des premiers propagateurs des mélhodes et de la no- menclature de Linnieus en France. Son Hisioria pîscium, im- primée à Strasbourg, in 4-°? fn latin et en français, en ijjo, n'était probablement que l'introduction à une véritable histoire générale de ces animaux, mais il ne l'a point exécutée. 1. Nous reparlerons un peu plus bas de Jean-Reinliold Forster, comme voyageur. 11 n'est question ici que de son En- chiridion historiœ naturali inseniens ; Halle, 1788, in-8.° On en a une traduction française, par M. Leveillé; Paris, 1799, i"-^°" 120 LIVUE PRECHER. rapport ; car il regarde le stromatée , le lépi- doj>e, l'athérine, comme des malacoptérygiens ; ropliidhim et l'elops comme des acaiithoptéri- gieas, ce qui est contraire à la vérité. Il ne propose que deux genres nouveaux , Y echidna ^ qui est une murène, eiYharpuruSy ne s'apercevant pas que c'est le même que le teutliis de Linnaeus. P allas \ qui à cette époque avait déjà aperçu, en homme de génie, une partie des vrais rap- ports des animaux confondus par Linnaeus sous le nom de i^ers, ne donna sur les poissons que quelquec> descriptions particulières , qui ne pouvaient entrer en comparaison avec les tra- vaux réunis de Linnaeus et d'Artedi ; il en a 1. Pierre Simon Pallas , le naturaliste du dix-liuitième siècle qui a eu pent-élre le plus d'étendue et de justesse dans l'esprit, naquit à Berlin en 1741 , et commença en Hollande, en 17G6, sa carrière scientifique par son Elenchus zoophytornm et ses Miscellnnecf zoologica ; après avoir passé ses dernières années en Crimée, il est venu mourir dans sa ville natale en 1811. Les cahiers sept et huit de ses Spicilegia zoologica, imprimés eu 17G9 et 17795 contiennent des descriptions et des figures très- Lien faites de vingt-six poissons étrangers, intéressans par leurs caractères. Son grand vojage en Sibérie dura de 1769 à i774' Il j paile aussi de quelques poissons et en décrit dix-huit nou- veaux, et il en a décrit d'autres dans les Mémoires de l'acadé- mie de Pétersbourg; mais son principal travail sur cette classe est dans le troisième volume de sa Zoogrnphia liossica, ouviage posthume imprimé sous la surveillance de M. Tilesius, et dont nous repailerons. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 121 inséré quelques autres dans les Mémoires de Pétersbourg: mais son principal ouvrage sur cette classe, le troisième volume de sa Zoogra- pliie russe, composé vers la lin de sa vie, n'est pas même encore livré au public. D'ailleurs l'impulsion que l'inlliience de Lin- Uccus a donnée aux reclierclies , quand il n'au- rait que ce mérite , suflirait pour immortaliser son nom. En rendant l'histoire naturelle facile , ou du moins en la faisant paraître telle, il en inspira généralement le goût: les grands s'en occupèrent avec intérêt; des jeunes gens pleins d'ardeur se précipitèrent dans toutes les direc- tions , seulement avec l'intention de compléter son système; et dn moins pour ce qni regardait les espèces des êtres, la nature fiitpartont mise à contribution au profit de l'édifice dont cet homme cxtiaordinaire avait tracé le plan. Une émulation noble, dont le roi d'Angleterre George III eut l'honneur de donner l'exemple \ et qui porta vers ce temps-là les souverains à ordonner de grandes expéditions maritimes , dans la seule vue d'étendre la connaissance du gloI)e , fournit à cette ardeur des naturalistes 1. Les premières expéditions faites dans cet esprit, furent celles deBjron, de Wallis et de Carteret , décrites par Hawkes- worth, avec la première de celle de Gook; Londres, lyyJ, r» vol. in -4." 4 22 LIVRE PREMIER. tous les moyens de s'exercer avec fruit ; et ils s'empressèrent de profiter de ces occasions pour étendre leurs découvertes. Comnierson ^ embarqué avec Boiigairn^ille', fut Liissé au retour à FLlr-de-ïrance pour en reconnaître les productions, et fit de Là une excursion à Madagascar. Infat'gaî ie au travail, plein d'ardeur et de .sagacité, il lit des collec- tions immenses dans le6 trois règnes , et laissa sur l'ichtyologie particulièrement une suite de descriptions plus exactes, plus détaillées qu'au- cune de celles de ses prédécesseurs; elles em- brassaient des poissons de l'Atlantique , de la cote du Brésil , de tout l'Arcbipel des Indes , et spécialement de l'Isle-de-France et de Mada- 1. Philibert Commerson, né à Clialilloii-les- Bombes en 1727, se livra avec passion à l'histoire nalurclle, dès le temps où il étudiait en médecine à Montpellier. On prétend même qu'il j fit, sur l'invitation de Limi;tus, une collection des poissons de ]a Méditerranée pour la reine de Suède, ce qui nous étonne- rait d'autant plus que Linnrrus n'en a jamais pai!é. F^mbarqué en 1766 avec Bougainvillo, il visita la cô'e du Brésil, Monté-Vidéo, Buénos-Ajres, les Malouines, la Torre-de-Feu, Otaïti , des îles voisines de la Nouvelle-Guinée, Java, demeura à l'Isle-de- France et j mourut en 1773. 2. Louis- Jntoine de Bougainville, né à Paris en 1729, célèbre par sa bravoure sur terre et sur mer, mort sénateur et membre de l'Institut en 1811, forma, en 1763, un établissement aux îles Malouines, qui a été décrit par doni Pernrltv, et a fait, de 1766 à 1769, le vojaîje autour du monde, dont il a publié lui-même la relation; Paris, 1771 , in-4% et 1772, 2 vol. in-S.*" lîTSTOIRE DE L ICHTYOLOGIE ' 425 gascar, au nombre de plus de cent soixante espèces, dont plus des deux tiers étaient nou- velles alors. Il y établissait plusieurs bons genres, qui ont dû être conservés. Des dessins, faits les uns par Sonnerat ou par Commerson lui-même, les autres , par un peintre nommé Jossigny , accompagnaient le texte ; et pour que l'on pût toujours en vérifier l'exactitude, Commerson y avait joint les poissons eux-mêmes, desséchés à la manière de Gronovius. Malheureusement ses travaux eurent le même sort que ceux de Plumier , auxquels ils étaient bien supérieurs. Les papiers et les collections qui les contenaient, envoyés après sa mort au ministère , turent re- mis à Buffon, qui en inséra quelques lambeaux dans son Histoire des oiseaux, et négligea le reste. Une partie de ce qui regardait les pois- sons a été employée depuis par M. de Lacépède, qui a aussi fait graver une partie des dessins; mais, n'ayant eu que des brouillons assez mal en ordre des descriptions, qu'il n'a pu tou- jouis rapporter aux ligures, l'usage qu'il en a iait n'est pas exempt d'erreurs et de confusions.' 1. li lui est arrivé tirs-souvent de faire trois ou quatre pois- sons différcns, de la description, des fijjurcs, et des phrases /■crites au dos de ces figures , et même de placer ces poissons imaginaires dans des genres diffcrens. Nous en verrons beaucoup d'exemples. ^ 24 LÏVRE PREMIER. INotre bonheur a voulu que M. Dumëril retrou- vât, il y a quelques années , les poissons des- sécliés, qui depuis le temps de Buffon étaient demeurés encaissés dans les greniers du Mu- séum, et que l'on découvrît, il y a quelques mois , dan > la bibliothèque de feu lïermann , de Strasbourg , deux manuscrits mis au net de la main de Commerson lui-même , sur les ani- maux de risle-de-France et de Madagascar , avec des renvois précis aux ligures, ce qui nous mettra à même de rendre enfin luie justice complète à cet excellent observateur , et de tirer de ses travaux un meilleur parti pour l'ichtyologie. Nous ferons connaître également les récoltes iclityologiques de Sonnerat \ l'un des collabo- ratesïrs de Commerson , mais qui était resté auK Indes , et •ï'était établi définitivement à Pondichéry. Prévenu en France eu \ 81 4 , il nous a remis les poissons qu'il avait rassemblés 1. Pierre Sonnerat, né à Lyon, neveu chi célèbre Poivre intendant de l'Isle-de-France, mort à Paris en i8i4 5 le jour même de la prise de cette ville par les coalisés, est bien connu du public par ses deux vojages : le premier à la Nouvelle- Guinée , en 1769, imprimé en 1776, in-4-°; le second aux Indes et à la Chine , de 1774 à 1781 , imprimé en 1782 , 2 vol. in -4." Il y donne beaucoup de planches de quadrupèdes et d'oiseaux, mais n'j parle pas des poissons, qu'il réservait pour un autre ouvrage. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 1 2l> 8iir cette cote et desséches à la manière de Com- nierson et de Gronoviiis; mais l'histoire qu'il en avait écrite , et que nous avons vue , est de- meurée dans les mains de ses héritiers , et nous ignorons ce qu'elle est devenue. Des hasards non moins singuliers nous avaient aussi réservé l'avantage de profiter , les premiers , d'une grande partie des récoltes faites vers la même époque par Banks ^ et Solander^, et peu de temps après par les deux Forster. Banks, accompagnant volontairement le ca- pitaine Cook^ dans son premier voyage au- 1. Joseph Bakrs, né à Londres en ijl^'^ , mort en 1820, conseiller privé, chevalier du Bain et président de la société royale, honnne recommandable pour avoir fait servir sa fortune à l'avancement des sciences et son crédit à la protection des savans. 2. Daniel Solander , né en Nordlande en 1736, élève de Lin- nœus , établi ea Angleterre , compagnon de Banks pendant le premier vojage deCook, de 1768 à 177* > mort en 1781. 3. Jacques Cook est encore un de ces hommes dont il n'est pas nécessaire que nous rappellions l'histoire. Nous marquerons seulement ici les dates de ses trois grands vojages , si féconds en découvertes, qui elles-mêmes ont élé si avantageuses à l'his- toire naturelle. Le premier, où furent Banks et Solander, dura de 1768 à 1771; il fut décrit par Hawkesworlli en 1773. Le second, où il emmena les deux Forster, de 1772 à 1775, a été décrit par lui-même, Londres, 1777? 2 vol. in-4.°, et par le jeune Forster, la même année, en deux volumes, traduits en allemand à Berlin: l'année suivante Forster, le père, publia séparément ses observations en un volume in-4.", Londres, 1778. Dans le troisième, commencé en 1776, et où Cook perdit la vie, il ne voulut plus ayoir de naturalistes; terminé en 1780, sous î 26 LIVRE PHEMIEK. ioiir du monde, avait cuimené avec lui Solaii- der, l'un des meilleurs élèves de Linnyeus. Ils recueillirent beaucoup de poissons dans ces plages si fécondes de l'Archipel des Indes et de la mer du Sud , et en fn ent dessiner plusieurs par Sidnej Parkinson^ ; mais, si l'on en ex- cepte dix espèces, que Broussonnet^ publia dans sa première et seule décade iclityologique, les poissons et les dessins sont demeurés dans le cabinet de Eanks. Heureusement des échantil- lons des poissons qu'il avait donnés à Brousson- net pour continuer son ouvrage, et qui étaient restés à Montpellier jusqu'à ce jour, viennent la conduite de Clcike et de Gore, il a été décrit par King; Londres, 1784? 4 >ol- 111-4." Tous les trois ont été traduits eu français: le premier, en 1789; le deuxième, en 1778, avec les observations des deux Forster, 5 vol. in-8."; le troisième, en i785, 4 vol. in-S." i . Sidnej Pakkinson, peintre anglais, emplojé dans le premier voyage de Cook, en a donné une relation; Londres, 1775; in-4.'' •2 . Pierre-Marie-Auguste Broussonnet , né à Montpellier en 1761 , secrétaire de la société d'agriculture de Paris, puis consul à Maroc, mort professeur à Montpellier en 1807, s'était fort occupé des poissons : on dit même qu'il en avait préparc une histoire générale, où il devait eu décrire douze cents es- pèces; mais il n'a publié que le fragment qui en conlirnl dix, imprimé à Londres en 1782 et dans le Recueil de l'aca- démie des sciences, un mémoire sur les squales, où en sont décrits vingt-sept, dont neuf nouveaux ; des mémoires sur l'anar- ihique, sur le voilier, sur le silure électrique, et des recher- ches sur les vaisseaux spermatiques des poissons, sur leurs çcaillcs et sur la reproduction de leurs nageoires. 427 de nous être communiqués avec beaucoup de libéralité par la faculté de médecine de cette ville ; et ce que l'on peut encore extraire de nou- veau des dessins de Parkinson, a été mis à notre disposition par M. Brown. Il en a été de même des dessins des deux F'oj^ster\ Ces savans naturalistes allemands fu- rent, comme on sait, appointés par le gouver- nement anglais pour accompagner Cook dans son second voyage , de \ 772 à i 775 ; et les pois- sons ne furent point oubliés dans leurs obser- vations : maiss'étant brouillés à leur retour avec l'amirauté, Forster , le père, se vit obligé de laisser ses dessins dans les mains de ses créanciers, d'oii ils passèrent dans le cabinet 1. Jenn-Reinhold Forster, né à Dirschau, dans la Prusse polonaise, en 1729, ministre protestant près de Danlzis^, trans- planté en Piussie , puis en Angleterre , paraît avoir été d'une humeur peu conciliante: il se brouilla avec Cook, et fut tniité fort durement à son relour par l'amirauté. Il se décida alors à passer au service de Prusse, et a été professeur à Halle de 1780 à 1798, qu'il j est mort. Nous avons à citer, parmi ses nombreux ouvrages, son Sficilegium zoologiœ indicœ rarioris; Halle, 1781 : réimprimé Londres, 1790? et Halle, i79'^- Jean- George -yl dam Fohster, fils de Jean Reinhold, né en 1754, compagnon et aide de son père pendant le vojage autour du monde, professeur à Cassai en 1778, à AVilna en 1784, puis à Majence, mort sur i'écliafaud révolutionnaire à Paris en 1794;. a concouru aux remarques de physique et d'histoire naturelle faites par son père, et qu'on trouve dans les f'dilions françaises du yojage. 128 LIVRE PREMIEK. de Banks , oîi ils sont encore. Le manuscrit de ses descriptions fut acheté , après sa mort , pour la bibliothèque royale de Berlin, ou Schneider en a pris des extraits , qu' il a insérés , en 1 80 1 , dans le Système posthume de Bloch. ^ La facilité que nous avons eue de consulter les dessins ^ , et de compléter par là ce que les descriptions laissaient encore de vague et d'in- certain sur les caractères des espèces 9 nous a donné moyen d'éclairer beaucoup de points obscurs de cette partie de l'ichtyologie , de rap- procher plusieurs de ces espèces de celles de Commerson, et de supprimer ainsi une quan- tité de ces doubles emplois si nuisil^les aux vrais progrès de la science. Plut à Dieu que nous eussions eu le même bonheur relativement à un observateur de ce temps-là, non moins zélé ni moins habile, et qui a aussi décrit beaucoup des mêmes poissons. iSous voulons parler de Forskal^ , envoyé en 1. Vojez la préface de ce système, p. XIV. 2. Madame Bondich, si connue par le courage avec lequel elle a accompagné son mari dans des expéditions périlleuses, et par les talens distingués qu'elle a consacrés à une science aimable, a bien voulu (avec l'agrément du dépositaire actuel, le grand botaniste, M. liohert Brown) nous l'aire des copies de tous ces dessins. Nous mettons au rang de nos premiers devoirs de lui marquer ici notre reconnaissance. 3. Pierre FonsRAL, né en Suède en lyôG, choisi par le roi de Danemarck, sur la recommandation de Linnœus, pour l'aire HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 1 29 Arabie par le roi de Danemarck Frédéric Y , généreux protecteur de toutes les connaissances. Il s'attacha particulièrement à étudier les nom- breux et beaux poissons qui peuplent la mer Rouge. Ses descriptions ont été publiées après sa mort par les soins de son ami Niehuhr^, mais sans figures. Comme il n'avait , lorsqu'il les fit , d'autre guide que la dixième édition de Linnaeus , il a souvent été embarrassé sur la vraie classification, au point qu'il prend le si- lure électrique pour la torpille , le centriscus scolopax pour un silure , l'élops pour une ar- gentine , etc. ; et malheureusement ses succes- seurs n'ont pas au qu'il se trompait, ce qui leur a fait inscrire autant de fausses espèces dans leurs systèmes. Cette partie de son ouvrage n'en est pas moins au nombre des plus précieuses productions ichtyologiques de l'époque. Il y dé- partie, comme naturaliste, de l'expédition savante envoyée en Arabie en 1761 , mourut dans ce pajs en 1765. Niebuhr rassembla ses papiers, et en tira les Dcscriptiones animalium quœ in itinere orientali observavit P. Forskal; Copenhague, 1775, in-4.''; Flora œgjptiaco-arabica, ib. , i']']^ , et Icônes rerum na- turalium qiias in itinere orientali depingi curavit , 1776. 1. Carsten Niebuhr, né en 1755 à Ludingsworth, dans le Lauembourg, mort en 181 5, de simple paysan devenu ingé- nieur, employé comme tel dans l'expédition d'Arabie, revenu seul en 1767, a donné en 1772 une description de l'Arabie, et en 1774 et 1778, en deux volumes in-4."? une relation du YOjage qu'il j avait fait. 1- 9 I 50 LIVRE PREMIKtl. dit, aussi bien qu'aucun des autres élèves de l'école linnéeune, cent vingt- une espèces ou variétés; et c'est dans son livre que paraissent pour la première fois les genres des scares et des sidjans. Pendant que les naturalistes de la France et de l'Angleterre parcouraient les mers et prépa- raient avec tant de peines et de dangers des tra- vaux qui devaient rester négligés dans leur pays, la Russie faisait faire par les siens une explora- tion générale de son vaste territoire , et prenait des mesures pour que les résultats en fussent plus utiles au public , en quoi elle se réformait elle-même et donnait aux autres Etats un exem- ple digne d'être suivi. Ses premiers voyageurs avaient aussi été fort négligés. Messerschniidt^j qui avait parcouru toute la Sibérie , de 1 720 à 1 72(> , par ordre de Pierre le Grand , et y avait fait d'importantes récoltes, était mort de chagrin et de misère en 1 7oS. Ses papiers demeurèrent dans les archives de l'académie, qui ne prit au- cun soin pour leiu' publication. Une expédition envoyée par l'impératrice Anne, petite-fille de Pierre, composée de plusieurs savans", avait 1. Daniel-Théophile jVIesser.schmidt , de Danlzig, né en i685, nioit en lyjB. Ses recherches paraissent avoir clé immenses. C'est à lui que l'on doit le premier crâne d'élcpliant fossile. "2. Delisle de la Croyère , astronome; iMiiller, Fischer, historiens: HISTOIRE DE LICHTYOLOGIE. 131 examiné le même pays avec beaucoup plus de soin, de i 755 à 1 745. Le hotankte, Jean-George Gnielin \ parvint .DI. Pallas et Tilesius en ont fait connaître quelques fragmens. Catherine II, conseillée par le comte Wla- Tchirikof, Behring, marins; Gnielin, botaniste; Sieller, zoologiste, etc. 1. Jean-George Gmelin, né à TuLIngue en 1709, suivit à Pétersbourg ses compatriotes Biilfmger et Duvernoj, et y rem- plit les chaires de botanique et de chimie. Après son retour de Sibérie, il donna les deux premiers volumes de la Flore de ce pays; Pétersbourg, 1747: et son neveu publia les deux au- tres en 1770. Retourné à Tubingue en 1749? il J mourut en 1755. Il a publié la relation du vojage auquel il avait pris part; Gœttingue, 1751 et 1762, en allemand, 4 vol. in-S." On en a un extrait français en deux volumes in-12, par Keralio, et un autre dans le dix-huitième volume in-4.'' de l'Histoire générale des voyages : il j parle peu des poissons. 2. George-Guillaume Stei.leu, un des plus courageux et des plus habiles naturalistes rjue la Russie ait eus à son service^ el 1 32 LIVRE PREMIER. dimir Oilof , veilla non-soiilement à ce que la troisième exploration, qu'elle ordonna en 1708, fût faite avec encore plus de soin et de régula- rité , mais à ce que la science profitât aussitôt qu'il serait possible des efforts des hommes qui y furent employés \ A cet effet, elle ordonna de ceux qu'elle a traités avec le plus d'ingratitude , était né en 1709 à Winsheim , en Franconie; il étudia, dans plusieurs universités allemandes, la théologie, la médecine et l'histoire naturelle, et fut admis comme médecin dans l'armée russe qui assiégeait Danlzig en ijS^. Le baron de Korff", président de l'académie de Pétersbourg, l'envoya en ijSS pour se joindre à l'expédition partie dès i734- Behring, qui devait reconnaître les îles situées entre la Sibérie et l'Amérique, l'invita en ly/ii à l'accompagner; il souffrit horriblement dans ce vojage, et se vit à la fin trompé sur toutes les promesses que ce capitaine lui avait faites. Se rendant à Pétersbourg pour réclamer jus- tice, on trouva mojen de lui faire envojer l'ordre de retourner à Irkutzk , pour se justifier lui-même de je ne sais quelle faute, qu'on lui imputait : il revenait de nouveau, lorsqu'il reçut un second ordre de la même nature, et cette fois la garde qui le conduisait le laissa geler sur une grande route, en 1746. Sa description du Kamtschatka a été publiée en allemand en 1774? pai' les soins de J. B. Scherei; employé des affaires étran- gères de France. Il j a de lui dans les Mémoires de Pétersbourg (devixième tome des Novi coinnientarii) , un excellent mémoire sur les phoques et les lamantins, et dans le troisième, des ob- servations générales sur les poissons, d'après lesquelles on peut juger qu'il les avait étudiés avec soin. 11 avait compose une ïcliijologie de la Sibérie, dont MM. Palîas et Tilesius ont donné d'intéressans fragmens dans leurs propres ouvrages. 1. 11 J eut dans l'expédition de 1768, outre les astronomes et les géomètres, cinq naturalistes et quelques élèves. Pallas se dirigea vers le Jaïk, la mer Caspienne, visita les HISTOIRE DE LICHTYOLOGIE. i 53 que l'on rédigeât les observations pendant clia- que quartier d'hiver, et qu'on les envoyât aus- sitôt à Pétersbourg- , avec les collections faites pendant l'année ; précaution qui se trouva d'au- tant plus sage que trois des naturalistes , Falk ^^ Gmelin ^ et Guldenstedt ^y perdirent la vie ou mines des monls Ourals, celles des monts Allais, dans le district de Kolywan, traversa le lac Baïkal, et s'approcha des frontières de la Tartarie chinoise; en revenant il toucha au Caucase. Gmelin marcha vers le Sud, vit les étahlissemens des cosa- ques du Don et Astracan, et fit deux excursions en Perse. Falk examina la province d'Orembourg et les pajs adjacens jusqu'à rOb. Georgi fut d'abord son adjoint et ensuite celui de Pal las. Guldenstedt se chargea particulièrement du Caucase. Lepechin visita surtout l'Oural , Astracan et les côtes de la mer Blanclip. 1. Jean-Pierre Faik, né en Suède en 1726, fut élève de Lin- nsus et ensuite professeur de botanique au jardin des apothi- canes de Pétersbourg : affecté d'hypocondrie et de souffrances de tout genre, il se lua à Casan en Mars 1774- Son voyage a été publié, par les soins de Georgi, en trois volumes in-4.'', 1785 et 178G. 2. Samuel-Théophile Gmelin, né à Tubingue en 1745, était le neveu de Jean-George , membre de l'expédition de 1733. Les trois premiers volumes de son vojage parurent de 1770 à 1774. Mais, étant mort cette année prisonnier du kan des Khaï- takes, la rédaction du quatrième fut confiée à Guldenstedt, et après sa mort à Pallas, qui le fit paraître en 1784- On y trouve quelques descriptions et trois figures de poissons, et beaucoup de détails sur les pêches. 3. Jean-Antoine Guldenstedt, né à Riga en 174^, étudia a Berlin : la faveur du czar de Géorgie lui procura beaucoup de facilités pour l'examen du Caucase ; mais il gagna dans ce pajs des maladies qui l'affaiblirent. 11 revint néanmoins à Pétersbourg, I 34 LIVRE PIŒMIEK. pendant le voyage , on dn moins avant de pou- voir mettre la dernière main aux relations qu'ils en avaient rédigées. Mais leurs collègues, et surtout Pallas , y suppléèrent, et rien ne fut perdu pour la science. L'ichtyologie a gagné à ces voyages la con- naissance de plusieurs poissons des rivières de la Sibérie, du lac Baïkal et de la mer Cas- pienne; et a ces premiers produits en ont bien- tôt succédé d'autres. Les correspondances éta- blies par les voyageurs ont fait arriver à Pé- tersbourg des espèces de la mer Orientale ; et en général c'est dans les Mémoires de l'académie où il niouiul en 1780, à trente-six ans, d'une fièvre putride qui j régnait. Son Voyage a été imprimé, sous la direction de Pallas, en deux Toluines in-4-°j 1787 et 1791 ; il y décrit quelques poissons. II en a de plus décrit et représenté plusieurs dans Jes Novi commen- iarii de Pétershourg, t. XVI, XVU et XIX. Jean-Théophile G^o^ci , né en Poméranie en 1758, envoyé en 1770 pour s'adjoindre à Falk, a aussi donné son vojage en deux volumes in-4-"j en 1776. Il j décrit quelques poissons. Sa Descrip- tion de la Russie, en huit parties iu-8.°, de 1797 à 1802, contient dans Ja septième une histoire des poissons de cet empire, mais incomplète. Lvnn Lfpechin, né vers 1750, mort en 1802, avait étudié à Pétersbourg et à Strasbourg, et fut en 1780 secrétaire de l'acadé- mie russe. Il a publié son voyage en iiisse, en trois volumes in-4.'', 1771, «772, 1780. On en a une traduction allemande, par Hase; Alten'.murg, i77:î> '775 et 1780. Il j décrit plusieurs poissons. Nicolas FiYTSCHKOw, l'un des élèves attachés à cette expédition, a aussi donné le sien en russe, et Hase l'a également traduit en alleniaïul; Riga, i774> in-8." HISTOIRE DE LICHTVOLOGIE. i 5i) des sciences de Russie que cette partie de l'his- toire naturelle a été traitée avec le plus de suite. Pallas et d'autres meud^rcs de ce corps ont continué à y donner des poissons intéressans jusqu'au moment oii j'écris/ Toutes ces reclierches, toutes ces descrip- tions étaient faites méthodiquement dans le style et dans l'esprit de Linnaeus. A la même époque , des naturalistes isolés s'occupaient des poissons des mers du Nord et les décrivaient avec une égale exactitude. Fahriciiis'^ , le célèl)re entomologiste en Nor- wége; un autre Fahricius^, sur les cotes glacées 1. Outre Jes nombreux mémoires de Kœlreuter dont nous avons déjà parlé et qui vont jusqu'au tome IX des Nova acla (pour 1791), on a dans les Nova acta , t. V (pour 1787), un carape, par Basile Zuiew : t. IX (1791), un esturgeon par Le- f.echin; t. XU (1794),, l'histoire du saumon de la mer Glaciale., par Oserezhovskj. 2. Jean-ChrisiianYA'ÈKmvs. né à Tondern, dans le duclié de Sleswic en 1742, professeur à Kiel, mort en 1807. Ses travaux immenses sur les insectes n'appartiennent pas à notre sujet ; nous ne citerons que son Vojage en Norwége, en allemand; Hambourg, 1779, in-8." : il j parle de quatorze poissons. Cet ouvrage a été traduit en français, par Millin. 3. Othon Fabkicius, ecclésiastique, employé dans la colonie danoise du Groenland, et ensuite en Norwége et en Dane- marck , est auteur d'une Fauna Groenlandica , Copenhague et Leipzig, 1780, in-8.% l'un des meilleurs ouvrages de ce genre, où il décrit exactement quarante-quatre espèces de poissons, et donne sur l'histoire de plusieurs des détails fort intéressans. D faut cependant se défier quelquefois de sa nomenclature. 156 LIVRE PREMIER. du Groenland; Olafsen et Powelsen^, sur celles de l'Islande , s'etïbrçaient d'appliquer aux pro- ductions de ces tristes climats les nomenclatures de Linnœus. Ils n'étaient pas toujours heureux; mais leurs descriptions, surtout celles à^Othon Fabjicius y suffisent pour réparer les petites erreurs dans lesquelles le défaut de secours littéraires les a induits. Ascanius^ donnait des ligures coloriées de quelques espèces de la mer d'Allemagne; Mïdler^ en introduisait dans sa 1. Le voyage en Islande dJEggert Olafsen, naturaliste islan- dais, né en 1726, mort en 1768, et de Biorn Powelsen, pre- mier médecin de cette île, mort en 1778, a été publié en da- nois à Soroë, en 1772 ; en allemand, à Copenhague, en 1774? 2 vol. in-4.° On j trouve des descriptions de poissons et (\e& figures , mais un peu grossières. Il y en a une traduction fran- çaise, par Gautier de la Pcjronnie; Paris, 1802, 5 vol. in-8.°, avec un atlas , où la nomenclature d'histoire naturelle est sou- vent estropiée. 2. Pierre Ascanius, inspecteur des mines de la Norwége sep- tentrionale , a donné plusieurs figures enluminées de poissons , dont quelques-unes sont nouvelles, dans ses Icônes rerum natu- ralium, ou Figures enluminées d'histoire naturelle du Nord; Co- penhague et Genève, 1767 — ^IJ^y in-folio. 3. Olhon-Fréderic Muller, né à Copenhague en 1700, mort en 1784; l'un des observateurs les plus laborieux et les plus exacts du dix -huitième siècle, et que ses découvertes micros- copiques ont rendu si célèbre, a donné quelques poissons dans la Zoologia danica , commencée en 1779» in-folio, et son exem- ple été suivi par ses continuateurs, MM. Abildgaardt , Viborg et Rathke. Il a inséré le catalogue général de ceux des pajs danois dans son Prodromus zoologiœ É^aw/fCE,- Copenhague, 1777? in-8." HISTOIRE DE LICHTYOLOGIE. \ 37 Zoologie danoise^ de toutes les côtes alors soumises a la couronne de Danemarck. Quel- ques autres donnaient des mémoires particuliers dans les recueils des académies du Nord sur les poissons de leur pays , et y joignaient même quelcpies poissons étrangers/ Thunbei^g^ y insérait des descriptions de ceux qu'il avait rapportés du Japon ^, et les récoltes qu'il y avait faites servaient aussi de matériaux à des mémoires de JIouttujn\ im- primés dans des recueils hollandais. Il paraissait aussi , mais en moindre quantité , quelques mémoires sur des poissons dans les Transactions philosophiques. ^ 1. On en trouve en grand nombre clans les collections de l'académie des sciences de Stockholm, de la société rojale de Copenhague, de la société des sciences de Noi-wége. Les auteurs les plus notables de ces mémoires sont Strœm , Euphrasen , Briiunich, Strupenfeld, Gissicr, Ankarscrona , Tonning, Vahl , Hornstedt, Holm, Relzius, Montin, etc. '2. Charles-Pierre Thunberg , né en i'j^5, élève de Linnaîus , professeur à Upsal. 3. Mémoires de l'académie de Stockholm, 1790, 1792 et 179J. Il V a aussi de lui une dissertation sur la murène et l'ophichte. 4. Martin Houttuyn, naluraiisle laborieux, mais peu instruit, qui a traduit et paraphrasé en hollandais le Sjstema naturœ; Amsterdam ,1761 — 1785. 5. Dans les Mémoires de la société des sciences de Harlem , t. XX, 2/ partie. 6. Jean-Fréd. Gronovius , sur lemisgurn, Trans. phil , t. XLIV, p. 45i ; Parsons, sur la baudroie, t. XLVI, p. 126; Cromw. Mortimer, sur le zeus luna, ihid., t. XLVI, p. 5x8; Farrington, 138 LIVRE PREMIER. Mais, si l'on excepte Broussonnet\ peu de Français s'occupaient alors de ces animaux d'une manière scientifique. Ce fut un Danois, Martin Brunnich^, cpii le premier, depuis les ichtyolo- gistes du seizième siècle, vint examiner les pois- sons de Marseille et de l'Adriatique, et s'efYorça de les ranger d'après le système de Linnaeus. Cetti^ donnait quelque indication de ceux de Sardaigne, mais légère, et telle qu'on pou- vait l'attendre de l'état oii se trouvait alors sur la truite des Alpes, ib. , t.XLIX, p. 210; Ferguson , sur la baudroie, t. LIU, p. 170; J. Alb. Schlosser, sur Je chœtodon rostraius, ib., t. LIV , p. 89, et LVI , p. 186; P. Sim. PaJlas, sur le toxotes, ih. , t. LVI, p. 187: Midi. Tjson , sur une perche de la mer du Sud , ib. , t. LXI , p. 247 ; Daines Barrington , sur la truite, ib., t. LXIV, p. 5io; Tlioni. Brown, sur l'exocet, ib. , t. LXVTII, p.79i;Will.Walson, sur le squale glauque, t.LXVIII, p. 78g; Will. Bell, sur le chœtodon nodosus , ib. , 1793, p- 7. 1. Broussoxnet, Mémoire sur le Aoilier, académie des sciences de Paris, 1786, p. 45o; sur différentes espèces de chiens de mer, 1780, p. 64 1, et dans le Journal de physique, t. XXVI, p. 5i. '2, Martin-Thomas Brunmcu , professeur à Copenhague, au- teur de Vlchtyologia ma'JJ^7/<;72J^.f, Copenhague et Leipzig, 1768» in-8."; il j décrit assez exactement cent et une espèces, dont quelques-unes étaient nouvelles. Il ne faut pas toujours se fier à sa nomenclature; son Perça pusilla , par exemple, n'est que le Zeus aper. A la fin est un appendice intitulé : Spolia maris Âdriatici , où il en indique encore treize espèces , mais qui ren- trent en partie dans les premières. 3. François Cetti, ex-jésuite, auteur de la Storia naturale cli Sarde gna , en quatre volumes in-12; Sassari, de 1774 ^^ ^71^- Il traite des poissons dans le troisième, mais assez en abrégé, si l'on excepte ce qui regarde le Thon. HISTOIRE DE l'ichtyologie. 1 Ti{) l'histoire naturelle dans le midi de l'Europe, oii les ouvrages de Linnaeus n'avaient pénétré cpi'avec lenteur. Yers la lin de cette épocpie, un travail ana- logue à celui de Cetti, mais plus détaillé, était exécuté sur les poissons de Gallice par Cor- mde\ et ini autre Espagnol, Antoine Parra, en pujjliait un sur ceux de l'ile de Cuba, infi- niment plus précieux, à cause des figures dont il l'enricliissait.^ Les Allemands, à leur ordinaire, se mon- traient plus laborieux et plus au courant de l'état de la science. Les recueils de leurs sociétés , parti- culièrement ceux de la société des naturalistes de Berlin^, l'ouvrage périodique intitulé le 1. Don JûJ^é-^^/i CoRMDE , régidor de Sant-Iago, auteur d'un Essai d'une histoire des poissons et autres productions mannes de la côte de Gallice, selon le système de Linné, en espagnol, 1788, in-12. 2. Description de différens objets d'histoire naturelle, surtout de productions marines , par Don Antoine Parra , en espagnol ; La Havane, 1787 , petit in-4.", avec soixante-quinze planches. C'est un des ouvrages les plus utiles à la connaissance des poissons du golfe du Mexique, non tant à cause du texte, qu'à cause des figures fort exactes où ils sont représentés. 3. La société des Amis scrutateurs de la nature de Berlin a commencé à publier ses ouvrages en 1775, in-8.", eu allemand. Les quatre premiers volumes portent le litre d'Occupations [Be- schdftigungen) ; les six suivans, de 1780 — 1785, (YEcrits {Schrif- ten); les cinq derniers de ce format, de 1787 — 179^? à' Ob- servations et découvertes [Beobachtungen und Enidechungen)', ensuite elle les a publiés iu-4.", sous le titre de Nouveaux écrits, etc. La 440 LIVRE PREMIER. Naturaliste^ y e<^c., recevaient un grand nom- bre d'écrits sur les poissons de l'Allemagne. FFiiJfp dressait, d'après le système de Linnaeus, un catalogue de ceux de la Prusse; Fischer^, de ceux de la Livonie; Birkholz^y de ceux du Brandebourg ; Sander ^ , de ceux du Rhin ; Seetzen ^^ de ceux de Westphalie. Leske ^ décri- collcclion in-8.° contient , pour l'époque dont nous parlons , plusirurs mémoires d'ichtyologie de Bloch , de Wartman, de Sander, de Scliœpf, de Walbaum , de Scliranck , d'Abildgaardt. 1. En allemand Naturforscher; recueil intéressant, imprime à Halle, de 1774 à 1793, en vingt-sept cahiers. Il j a des mé- moires ichtyologiques de Hermann , de Sander; un de Schœpf, sur une perche d'Amérique, ao/cah., p. 17, etc. 2. Jenn- C/iris/optie WvLFF , médecin de Kœnigsberg : Ichtjo- logia ciim amphihiis regni horussici meihodo linnœnna disposita; Kœnigsberg, 1765. C'est un catalogue de cinquante-trois es- pèces, quelquefois mal nommées; il fait, par exemple, im cjprin de la marène. 3. J. B. Fischer, Essai d'une histoire naturelle de Livonie, en allemand; Kœnigsberg, in-S.", 1778, réimprimé en 1791; il y parle de quarante espèces. 4. Jean-Christophe BmKiiOLz a donné avant Bloch, en allemand, une Description économique des poissons qui se trouvent dans les eaux de la marche électorale de Brandebourg ; Berlin, 1770, in-8." 5. Il j a de Henri Sander , dans le quinzième cahier du Na- turforscher, des Matériaux pour l'histoire des poissons du Rhin, et dans le vingt-cinquième, des remarques sur ce mémoire, par Bernard-Sébastien Nau. 6. Seetzen a donné le catalogue de ceux de la seigneurie de Jever, en Westphalie, dans le premier volume des Annales zoologiques , de Meyer, etc. 1. ISnthanaël-Godefroi Leske, professeur à Leipzig : Ichtyolo- gice lipsiensis spécimen, Leipzig, 1774? in-S." Ce sont des des- criptions délaillées de dix-sept espèces de cyprins. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 1 41 vait les cyprins des eaux de Leipzig; Meidinger" donnait de belles figures des poissons de l'Au- triche; Schrcmk' en décrivait quelques-uns de la Bavière. Pour les contrées plus éloignées, on avait, dans la Zoologie indienne de Pennant ^, un squale et un labre dessinés à Ceilan par Lot- sen , gouverneur de cette île. L'histoire naturelle de Sumatra par Marsden^, celle du Chili par Molina^, en offraient un plus grand nombre, mais décrits avec moins de précision. Forster^ en donnait d'Amérique et surtout de la baie 1. Charles baron de Meidinger, secrétaire des empereurs Jo- seph II et Léopold II, auteur d'un recueil de belles figures enluminées, intitulé : Icoves fiscium Austriœ indigenorum , en cinq décades, in-folio, Vienne, lySB — 179^, où sont repré- sentés plusieurs poissons intéressans du Danube et de ses af- fluens. 2. François de Paule Schrank , professeur à Ingolstadt, né en 17/17. Dans un Voyage de Buiière , Munich, 1786, il décrit une ou deux truites. 3. Indian zoology ; Londres, in-folio, avec douze planches : la seconde édition est de 1790, in-4.° 4. Will. Marsden, Uist. of Sumatra ; LonAies , 1784. Il j en a une traduction française; Paris, 1788, 2 vol. in-8.° La troi- sième édition est de 1811, in-4.° 5. Ignace Molina, ex-jésuite, a écrit de mémoire en Italie son Saggio sulla storia naturale del Chili; Bologne, 1782, in-8. : traduit en français par Gruvel ; Paris, 1789, in-8.° La seconde édition italienne est de Bologne, 1810, in-^." Ce livre contient plusieurs descriptions qui auraient besoin d'être confirmées. 6. J. Reinh. Forster, Catnl. of the animais of N art h- America ; Londres, 1771 , in-8.", et Account offishs sent from Hudsons haj. Trans. phil., t. LXUI, p. Ug- f 42 LIVRE PREMIER. d'Hudson ; ScJiœpf\ des États-Unis; Peunanf , de tout le nord du globe. Quelques genres nouveaux se montraient dans ces diiïerens écrits: c'est ainsi qu'Houttuyn^ a fait le genre Centrogaster ; le même que le Buro de Commerson et l'Amphacanthus de Bloch ; que Hermann "^ a décrit le genre Sternoptyx qui a été conservé; que Scopoli^ avait voulu séparer le cottus japonicus de Pallas sous le nom de per- cis, et le corypliaena vèlifera ou pleraclis de Gro- novius sous celui de pteridium; que Sevastianof avait fait avec les gi relies à long museau le genre Acarauna^. Tous ces genres ont reparu sous 1. Dans les Observations de la société des naturalistes de Berlin, t. n, 3.*" cahier, p. i38. C'est un mémoire remarquable, et ce que l'on avait de mieux avant M. Mitcliill. 2. Dans son Arctic zoology, t. 111. 3. Martin Houttuyn, outre le mémoire sur les poissons du Japon, que nous avons déjà cité, en a publié un sur quelques poissons étrangers (Mémoires choisis, en hollandais, t. X); un autre, sur les œufs des squales, ih., t. IX. 4. Jean Hermann, professeur d'histoire naturelle à Strasbourg, né en ijSS, mort eu i8oo, auteur de plusieuis mémoires in- sérés dans des collections allemandes, entre auties, de la des- cription du genre Sternoptyx. Il y a des vues sur les rapports des poissons dans sa Tabula aJJiniUitum anlmalium, 1782, 1 vol. in-4.'', et des espèces nouvelles dans ses O'oseixationes zoologicœ posthwnœ, ib. , i8o4j in-4.'' 5. Jean-Antoine Scopolf, né dans l'é^èché de Trente en 1723, professeur à Schcmnilz et ensuite à Pavie, a parlé de quelques poissons dans ses Deliciœ florœ et faunœ insiibricœ. 6 Nov. ad. petrop. , tome XIII, pi. 11. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. . 1 45 d'autres noms dans les écrivains postérieurs. Bloch^ préludait, dès i780, par quelques mémoires particuliers ^ au grand et magnili- que ouvrage dont il a enrichi Ficlityologie. Mais c'est ce grand ouvrage qui l'a mis hors de pair et qui le fait considérer encore aujourd'hui comme l'un des auteurs capitaux sur l'histoire des poissons. Nous en devons donc à nos lecteurs inie analyse étendue à aussi bon droit que de ceux de Willughhy, d'Artedi et de Linnœus. Il se compose de deux parties essentiellement distinctes; l'Histoire économique des poissons 1. Marc-Eliezer Bloch, chirurgien juif de Berlin, était né à Anspach en lyaS, de parens très-pauvres, ne chercha que fort lard à suppléer à son défaut d'éducation, et n'j suppléa que très-imparfaitoment, comme il est aisé de s'en apercevoir dans ses écrits. Ce n'est qu'à l'âge de cinquante-six ans qu'il com- mença à écrire sur les poissons, et il lui a fallu des prodiges de persévérance et d'industrie, pour amener à bien une entre- prise aussi considérable que sa grande Ichtyologie. Il est mort en 1799, âgé de soixante-seize ans. "2. Par exemple, dans les Occupations des naturalistes de Ber- lin, t. IV, 1779? Histoire naturelle de la Marène. C'est son début. Il a aussi donné, dans les Ecrits des mêmes, t. 1, 1780, une histoire naturelle économique des poissons des Etats prussiens, surtout des Marches et de la Poméranie. Plus lard on a de lui , dans les Nova acta de Pétersbourg, 1785, deux espèces de pleu- ronectes; dans les Mémoires de Stockholm, 1789, deux espèces de scorpènes ; dans les Nouveaux mémoires de la société des sciences de Copenhague, t. III, deux espèces de perches; dans les Obser- vations des naturalistes de Berlin, t. III, 1792, une description de deux poissons nouveaux et des remaïques sur le mémoire d'Abildgaardt , relatif au mjxine. ]AA LIVRE PREMIER. d'Allemagne et l'Histoire des poissons étran- gers'. La première, résultant principalement des observations de l'auteur, et ornée de figures dessinées sous sa direction et d'après le frais, contient de bonnes descriptions, des images fidèles et des observations intéressantes et vraies. Il y traite de cent quinze espèces, dont quel- ques-unes, dans les genres des Cyprins et des Saumons, n'étaient pas bien connues ou bien démêlées avant lui; mais il n'y comprend pas celles qui sont propres à la Méditerranée, bien que, par la côte de l'Istrie autricliienne, elles appartinssent aussi à l'Allemagne. Blocb a même en général très-peu connu les poissons de la 1, L'Histoire économique des poissons d' Allemagne a paru en allemand en trois volumes in-4.'', avec cent huit planches in-folio; Berlin, 1782, lySS et 1784, et in-S.", 1783, 178/1 et 1785, et en français, in-folio, en 1785 et 1786. L'Histoire naturelle des poissons étrangers, en neuf volumes in-4.°, avec trois cent vingt-quatre planches in-folio, de 1785 à 1795, et in-8.% de 1786 à 1796; en français, in-folio, de 1787 à 1797- Le tout a été réuni en français en douze volumes in folio, avec quatre cent trente-deux planches sous le titre d'Ic/itjologie ou Histoire naturelle générale et particulière des poissons , titre qui promet beaucoup trop; car l'auteur n'a eu ni l'intention, ni la prélen- tion de traiter de tous les poissons connus, mais seulement de ceux dont il pouvait donner des figures originales. Il j en a aussi une édition in-8.° M. Castel a réimprimé le texte, en le rangeant d'a|>rcs le système de Linné, mais en supprimant les svnonvmes et les autres citations savantes, à la suite du BuRTon do Déler- ville, eu dix petits volumes in-i 2 , avec tXcs figures très-rapelissées. HISTOIRE DE L ICHTYOLOLIE. 145 Méditerranée, ce qui n'est point étonnant, quand on songe à la position défavorable oii il vivait au milieu des sables du Brandebourg. Ce qui est plus extraordinaire, et ce que nous-méme avons eu peine à novis persuader, c'est qu'il y a des poissons très -communs dans l'Océan qu'il n'a pas bien connus. L'atlierine, par exemple, qu'il représente très-mal; la sardine, à laquelle il substitue , pi. 29 , une autre petite espèce de la Baltique , et l'alose , au lieu de la- quelle il donne, pi. 20, une figure de la feinte. Déjà dans ses poissons d'Allemagne Bloch mêle quelques figures de poissons étrangers, empruntées aux manuscrits de Plumier et de Margrave, beaucoup moins autbentiques ou moins correctes que. celles qu'il avait fait faire sous ses yeux. Il en a fait un usage encore plus fréquent dans la seconde partie, celle oii il traite ex professo des poissons étiringers , et qui se compose d'élémens très-dilférens. Les espèces que l'auteur possédait en nature, soit dessé- cbées, soit dans la liqueur, y sont le plus souvent bien dessinées et bien décrites, aux couleurs près, qui presque toujours sont fausses pour les nuances, parce que l'art ne peut les conserver après la mort. Leur bistoire est assez exacte lorsque les détails lui en ont été fournis avec les poissons par des voyageurs connus., 1. lO 446 LIVRE PREMIER. tels que le missionnaire John^ y l'iui de ceux qui lui ont été le plus utiles ; mais pour les espèces qu'il a achetées dans des ventes ou chez des marchands, c'est souvent au hasard qu'il indique leur origine et leurs habitudes, selon qu'il avait été plus ou moins heureux à les retrouver dans des auteurs qu'il était peu en état de consulter en critique éclairé. Il lui arrive en effet plus d'une fois de pren- dre une espèce pour une autre, d'en confon- dre une des Indes a^ec une d'Amérique, de regarder comme identiques des espèces qui ne sont que voisines , etc. , et même il s'est permis en quelques cas d'altérer les figures qu'il en donnait, pour les faire cadrer aA ec ses opinions, et en d'autres, les artistes qu'il employait ont été si négligens, que nous n'aurions pu recon- naître ses espèces, si nous n'avions eu la facilité d'examiner les originaux. Les figures qu'il emprunte aux manuscrits du prince Maurice et de Plumier, sont les moins sûres de toutes; non -seulement il y laisse la plupart des fautes que devaient avoir des ori- ginaux exécutés à une époque où l'on ne s'était pas fait des idées bien justes sur la structure des poissons; mais lorsqu'il veut corriger ces 1. Missionnaire danois à Tranquebar, sur la côte de Coromandol. HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. 1 47 fautes, il le fait quelquefois d'une manière peu heureuse, et en les changeant seulement contre des foutes différentes : ce n'est que par con- jecture qu'il compte les nomhres des rayons, auxquels les auteurs des dessins n'avaient ja- mais pensé à donner attention/ Assez peu au fait de l'anatomie des poissons, Bloch ne s'élève guère à des considérations phi- losophiques sur leurs rapports et leur distri- bution; néanmoins il a établi quelques genres^ fondés sur de bons caractères et sur des analogies réelles ; mais il en a aussi quelques-uns de pure- ment artificiels ^, et d'autres qui ne doivent être regardés que comme de simples subdivisions, plus ou moins bien faites, des genres naturels d'Artedi et de Linnseus/ Dans ce grand ouvrage, Bloch suit la mé- thode de Linnaeus, telle que Pennant l'avait modifiée, c'est-à-dire, en ramenant dans la classe des poissons, les aniphibia nantes, et 1. Voyez Schneider, dans la préface du Sjstema de Bloch, p. XV 5 et les Mémoires de M. Lichtenstein, dans les volumes de l'académie de Berlin de 1820 et 1821. 2. Ses batrachus , où il rapproche heureusement certains gades et certains cottes de Linnœus. 3. Par exemple, ses luijans , où il rassemble des perches, des sciènes et des labres, uniquement parce que leur préoperculc est dentelé. 4. C'est ainsi qu'il a séparé des perches ses epinephelus , ses anthias, ses holocenirus , ses bodianus , ses gymnocephalus. 148 LIVRE PREMIER. en les divisant, comme Artedi, en deux ordres, les bjYincMostèges et les chondj^optérygiens. Toutefois, dans ses poissons d'Allemagne, il renverse l'ordre de Linnœus et commence par les ab dominai LT y parce que c'e^t parmi eux qu'il y a le plus d'espèces susceptil)les d'être élevées avec profit. Mais sur la fin de sa vie, BIocli avait préparé un système général', où il plaçait non -seulement les espèces décrites dans son grand ouvrage, mais toutes celles dont les auteurs lui fomnissaient des descriptions suffisantes, et il avait imaginé pour les classer une méthode fondée uniquement sur le nombre des nageoires, conmie le système sexuel de Linnaeus l'est sur le nombre des étamines, et en subdivisant, d'après la position relative des ventrales et des pectorales, ce même caractère dont Linnaeus s'était servi pour sa division première. ^ 1. M. E. Blochli Sjstema ichthjologiœ iconibus CX illusiratum, posl obiium auioris opus inchoalum, ahsohit , correxil , interpolavit ^ Joh. Goitl. ScHKEiDER; Berlin, 1801, 1 roi. in-S.", avec cent dix planches. 2. Disposition des genres dans le sjslème posthume de Bloch, I. Hendecapterygii, 3. Abdominales, Ealrachus. Lepadogaster. Polrnemus. Uranoscopus. 11. DECAeTE;(YGll, III. Enneapterygii, Enchelyopus. 1. Jugularcs, Scomher. Trachinus. Gadus. IV. OCIOFTERYGII, PlO-cis. _ 2. Thoracici, 1. Jugulares, 2. Tlioracici, Trigla. Callionjmus. Piatrcephalus, HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 1 49 Il n'aurait pu mieux faire, s'il avait eu l'in- tention de tourner en ridicule les méthodes artificielles et de prouver à quels rapproche- mens absurdes elles peuA eut conduire. Jamais, en effet, il n'y en a eu de plus étrange; l'atlié- rine se trouve à côté du centrisque, la lori- caire près du squale; la raie est très-loin du squale et près du silure et du brochet ; les anguilles et les tétrodons sont dans la même classe, etc., etc. Des genres entiers y sont for- més par des rapprochemens non moins bizarres d'espèces : dans ses girwumstes , par exemple. Cnltus. Loricaria. Ophicephalus. Peiiophtalmus. Squalus- Lepidopus. Eleotiis. V. Heptaptebygii, Echeneis. Gobius. i. Jugiilares, Cepola. Johnius. Lophius. Labrus. Mullus. Pi er a dis. Spams. Sciœna. Pleuronectes. Scarus. Perça. Kfrtus. Corjphœna. Xiphias. Trichogaster. Epinephdus. Zeus. Cenlronotus. jdnthias. Brama. Blennius. Cephalopholis. 3Ionocentris. Perds. Calliodon. Lonchurus. Trichonotus. Holocentrus. Macrurus. 2. Thoracici, Liitjanus. ^gonus. Monoceros. Bodiaims. Ecjues. Grammistes. Cichla. 3. Abdominales, Scorpœna. Gjmnocephalits. Cataphractus. Synaiiceia. 3. AbUoniiriales, Sphjrœna. Cydopteriis. Adpenser. Atherina. Amphipi-ion. Chimœra. Centriscus. Awphacanthus. Pristis. Fistularia. Actinlhtirus. fihiiia. MugU. Chœtodon. hhinobatus. Gasterosteus. Alphestes. Raia. 1 50 LIVRE PREMIER. il en a rassemblé de dix-huit genres naturels difïerens, qui ne se tiennent que par les lignes longitudinales dont leur corps est marque; dans ses cichla de sept, etc. 11 y en a cepen- dant aussi de bons, qu'il a établis le premier; ses sjnanceia, par exemple, que l'on confon- dait avec les scorpënes , et il en a adopté avec raison plusieurs de Gronovius, de Brunnich et de quelques autres de ses prédécesseurs.' La plus grande utilité de cette production singulière consiste en ce que l'auteur y a in- séré plusieurs espèces nouvelles , qu'il avait re- Platyslacus. 2. Anali carentes, Tœnioides. Silurus. Trachypterus. Sfrlephorus- ^nahleps. Gymnelrus. IX. Triptekygii , Acanthonotus. YII. Pentapteryou, 1. Apodes, Esox. Apodes, Gymnonolus. Srnodus. Ophidium. 2. Acliiri, Salmo. Pomatias. Sjnhranchus. Clupea. Gnathoholus. Gymnothoiax. Exocœtus. Murœna. X. Dipterygii, Chauliodus. Stiomateus. 1. Apodes, Elops. Ammodjtes. Ovum. Alhula. Sternoptjx. 2. Apodes et achiri , Cobitis. jdnarrhichas. Petrowyzon. Cjprinus. Channa. Leptucephalus. jémia. Sternarchus. XT. Mokopterygii, Pœcilia. Ostracion. Apodes et achiri, Pegasiis. Tetrodon. Gastrobranchus- Monnjrus. Orthagoriscus. Sphagebranchus. Polyodon. Diodon. Fluta (monoptère). Argentina. Sjngnathus. Typhlobranchus. TI. HEXArTERYGll , Vni. Tetrapterygii , I. Ajiodes , Apodes, Batistes. Trichiurus. M/nchoLdella. Bogmarus. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 151 eues depuis que son grand ouvrage était ter- mine. Son éditeur, M. Schneider, y a fait lui- même des additions importantes, prises des papiers de Forster et de quelcpies auteurs plus récens. Il y a inséré aussi plusieurs remarques critiques dignes d'attention, et quelques ob- servations auatomiques, en sorte que c'est un recueil à peu près complet sur les poissons connus au commencement du siècle actuel. Le nombre des genres y est de cent treize; celui des espèces , de quinze cent dix-neuf. Mais dans le nombre il y en a bien une centaine de dou- teuses ou de répétées deux et trois fois. Ayant eu l'avantage , grâce à la complai- sance des naturalistes de Berlin, de pouvoir remonter aux sources employées par Bloch , d'examiner les poissons mêmes qu'il possédait dans son cabinet, et de ramener à leurs es- pèces tous les doubles emplois, nous ferons connaître dans le cours de cet ouvrage les a vé- ritables genres des espèces qu'il a ainsi dépla- cées, et nous n'y donnerons que trop souvent la preuve de la négligence avec laquelle il a travaillé. C'est pour ne point séparer les ditTérens écrits de Elocb , que nous avons conduit notre histo'ne jusqu'à son système posthume. Main- tenant il faut revenir sur nos pas, et rendre 152 LIVRE PREMIER. compte des ouvrages iclityologiques publiés pendant qu'il travaillait aux siens. L'apparition des premiers Aolumes de sa grande Histoire des poissons semble avoir été le signal de la reprise des travaux généraux sur cette classe d'animaux. A la vérité , Haiiy ne se doutait pas encore de son existence, dans le Dictionnaire icbtyo- logique de l'Encyclopédie métbodique qu'il ré- digea sous le nom de Daubenton , quoiqu'il ne Fait publié qu'en 1787; mais ce Dictionnaire, fait par un bomme qui ne connaissait nullement les poissons, ne consiste guère qu'en extraits de Williioldjv et des autres auteurs cités dans la ■&■ douzième édition de Linnaeus , des cabiers de Rîein et des Spicilegia de Pallas. Il n'y a point d'observations ni de vues propres à l'auteur. Bonnaterre'j cbargé de recueillir des figures 1. René - Jusi Hauy, né en 1745, devenu si illustre par ses découvertes cristal lographiques el par les excellens ouvi'ages dont il a enrichi la minéralogie, morl en i8a2, professeur au Muséum d'histoire naturelle, passa sa jeunesse dans les fonctions obscures de régent des basses classes d'un collège ; Daubenton , dont il suivit les cours , lui inspira le goût de l'histoire naturelle , et l'engagea à travailler à l'Encyclopédie mé- thodique sous sa direction et sous son nom. On peut remarquer que ce n'est qu'après la mort de Daubenton que Lacépède l'a cité comme auteur de ce Dictionnaire. '2. N. BoNNATiiRRE, prêtre du Rouergue, mort en i8o4, profes- eçiir à l'école ceutrale de Rhodes, avait été chargé par le libraire HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. i 53 pour la même entreprise, se crut obligé de re- faire un texte plus au niveau de l'e'tat de la science; dans les planclies d'ichtyologie, pu- bliées en 1 788 , il copia tout ce qui avait paru alors de Bloch, et compléta son travail avec des figures de Pallas, de Rœlreuter, de Gro- novius, de Broussonnet, du musée d' Adolphe- Frédéric, de Pennant, et, lorsque ces auteurs ne lui en fournissaient point , par celles de Catesby et de Willughby, et même de Rondelet et de Margrave ; il en réunit ainsi plus de quatre cents, mais cette collection, utile pour ceux qui ne possèdent pas les originaux , a besoin d'être consultée avec précaution. Elle n'a pas plus que le Dictionnaire d'Haûy une connaissance effective des objets pour base ; quand Bloch, Pallas et Broussonnet ne guident pas l'auteur, il suit les citations données par Linnaeus, et s'y perd quelquefois lui-même au point de mettre (n."* 24 2) Vonihre d'Auvergne Panckoucke de diriger la partie des planches de l'Ericjclopédie méthodique pour les mammifères, les oiseaux, les reptiles, les poissons et les insectes, comme Bruguière le fut pour les vers, et M. de Lamarck pour les végétaux. Bonnaterre rédigea un texte étendu sur les classes qu'il eut à faire représenter : il a eu pour continuateur, quant aux mammifères, M. Desmarest, plus en état que lui de remplir une pareille mission. Pour les vers , M. de Lamarck a succédé à Bruguière , et M. Lamouroux à M. de Lamarck. ^54 LIVRE PREMIER. {sahno thjmallus) à la place du sciœna um- bray et (ii.° 120) le pilote (scornber ductor) à la place du corjphœna pentadactjla , qui est un rason, etc. On doit porter un jugement peut-être en- core plus sévère de VArtedius j^enovatus , de TValbauin^, commencé aussi en 1788. C'est le texte d'Artedi , augmenté dans des notes d'additions prises de tous les auteurs posté- rieurs : Linnaeus, Forskal, Pallas, Gronovius, Blocli, etc. , et entassées sans comparaison, sans critique et dans les termes mêmes de ces écri- vains. Schneider a prouvé que Walbaum con- naissait fort mal les poissons, et sa compila- tion montre qu'il avait aussi peu de goût que de jugement.^ JNéaumoins ces sortes de livres sont néces- saires : si l'on ne peut s'en rapporter à leur seule autorité, ils donnent l'indication des autorités primitives, et épargnent ainsi beaucoup de temps a l'homme qui veut approfondir une 1. Jean- Jules Walbaum, médecin de Lubeck , né en 1724, mort en 1800. La Bibliothèque et la Philosophie de son Artedius renovatus parurent en 1788 et 1789; les Gênera, en 1792; les deux dernières parties, en 1793. Sous chaque genre il place les espèces décrites par les écrivains postérieurs à Artedi, et à la fin du volume les nouveaux genres avec leurs espèces. 2. Vojez la préface du Sjstema de Bloch , p. x\i. HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. i 55 branche spéciale de la science. Malheureuse- ment ils ne pourraient être bien faits que par ceux qui l'auraient déjà approfondie, et ce qu'il y a de plus rare, c'est que de tels hommes ne se croient pas au-dessus d'une tâche de cette nature; aussi la voit-on presque toujours tom- ber dans des mains incapables. C'est ce qui arriva à cette époque, d'une manière bien fâcheuse, pour le Sjstema na- turœ. Un second Linnaeus aurait été néces- saire pour en donner une nouvelle édition et pour y introduire les richesses acquises depuis trente ans, et ce fut un chimiste médiocre, à peu près étranger à l'histoire naturelle , Jean- Fréderic Qmeu^ ' enfin, qui se chargea de cette entreprise si vaste, et qui aurait pu être si honorable. Je crois qu'il n'avait pas vu un seul des animaux qu'il devait y ranger, peut-être même ne lut-il pas les ouvrages dont il y inséra des 1. Jean-Fréderic Gmelin , né à Tubingue en ly^S, de la même famille que les yojageurs en Sibérie , professeur de chimie à Gœltingue, mort en i8o4, auteur d'une multitude d'ouvrages, a donné son nom à la treizième édition du Sjstema iiaturœ; mais il suffit de dire qu'il en a fait paraître les sept premiers volumes, comprenant tout le règne animal , et formant plus de quatre mille pages, dans l'espace de trois ans, de 1788 à 1790, pour que l'on puisse juger que, malgré l'imperfection de sa compila- tion, il n'j a pas travaillé seul. 156 LIVRE PREMIER. extraits ; mais , comme il n'arrive que trop sou- vent en Allemagne, le travail s'exécuta en fa- brique, un certain nombre de jeunes gens se chargèrent de faire ces extraits, et l'éditeur se borna à les rassembler et à les classer. On accumula donc sous les genres de Lin- naeus les espèces indiquées ou décrites par Pallas, par Brunnicb, par Rlein, par Olaf- sen , par Soujew, par Strœm, par Forskal, par Fabricius , par Molina, par Hermann, par Houttuyn, par Pennant, par Meidinger, par Broussonnet , et surtout celles dont Blocb avait traité à cette époque, c'est-à-dire, dans ses Poissons d'Allemagne et dans les deux pre- miers A olumes de ses Poissons étrangers. On en recueillit aussi dans les différens voya- geurs dont nous avons cité les écrits , et l'on y ajouta, autant qu'il fut possible, les citations des auteurs plus anciens dont Linnaeus n'avait pas fait usage. Comme indication pour remonter aux sour- ces, ce grand recueil de citations est certaine- ment très-précieux ; on ne parviendrait qu'avec un très-long travail à en ré u air un aussi grand nombre : mais qui voudrait se fier aux résul- tats exprimés dans le livre, serait souvent in- duit en erreur. Gmelin range les espèces comme les auteurs d'oii il les tire; toutes les sciènes. HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. 4 57 les perça de Forskal, sont des sciènes et des perça pour lui; il ne manque pas de placer, comme ce voyageur , le centrisque dans les silures; le macroure, qui avait paru à Gunner une corjpliène, en e.^t une aussi pour Gmelin; il suit tout aussi aveuglément Houttujn, et comme ces diffërens observateurs ne se fai- saient pas les mêmes idées de leurs genres , comme plusieurs d'entre eux n'en avaient point de justes des genres de Linnœus, il ar- rive souvent que les espèces sont fort loin de leurs places , et plus souvent encore qu'une seule est multipliée deux et trois fois, ou da- vantage. Il est vrai que d'un autre côté des espèces différentes sont confondues comme si elles n'en faisaient qu'une; mais au total, le nombre ap- parent des espèces , qui est de liuit cent vingt- six, doit être diminué : il y en a au moins cin- quante de trop. Cinq genres seulement, les ster- noptyx, les leptocéphales , les kurtus, les scares et les centrogastres , sont ajoutés aux soixante- un de Linnaeus, en sorte que le total n'est que de soixante-six; les espèces qui composaient les autres genres nouveaux décrits par d'autres auteurs, sont réparties dans les genres anciens et souvent fort au liasard; mais pour la dis- tribution des ordres, Gmelin cède à l'opinion ] 58 LIVBE PREMIER. générale, ramené les cartilagineux dans la classe des poissons et les y place à la fin, comme Artedi, sous les dénominations de brancliiostëges et de cliondroptérygiens. Pour terminer l'histoire de l'ichtyologie avant M. de Lacépède, il nous reste à parcourir les travaux des anatomistes sur les poissons pen- dant le dix-huitième siècle , comme nous avons exposé] précédemment ceux des anatomistes du seizième et du dix-septième sur la même classe. Le zèle pour l'anatomie comparée s'était ra- lenti au commencement du dix-huitième siècle, lorsque les médecins eurent reconnu avec raison que l'homme devait être étudié sur l'homme lui- même, et que pour tous les détails de la structure d'une espèce, l'anatomie d'une autre espèce peut devenir un guide trompeur. Il resta néanmoins quelques imitateurs de Duverney, qui firent des observations comparatives sur dilïerens organes, et qui y comprirent quelquefois ceux des pois- sons. Ainsi Pou? fou7^-Dupelit\ dans ses Recher- ches sur les yeux, fit connaître les proportions du globe dans cette classe , la forme presque sphérique de son cristallin.^ 1. François Pourfour-Dupetit, né à Paris en i6G4, long-temps médecin des armées, membre de l'Académie en 17:^2, mort en 174'. 2. Mémoire sur plusieurs déconcertes faites dans les yeux de i59 Divers auteurs d'anatomie humaine donnè- rent aussi par occasion des figines de sque- lettes d'animaux ou de leiu's parties. Pour les poissons en particulier, Cheselden ^ représenta dans les vignettes de son Ostéograpliie le sque- lette de la raie et les mâchoires et les dents du brochet, du scare et du glossodonte. Il y eut d'ailleurs de ces figures de squelettes et d'autres parties intérieures de poissons dans des ouvrages , tels que ceux de Meyer et de Duhamel^, dont nous avons déjà parlé, et qui n'étaient consacrés essentiellement qu'à leur histoire naturelle. Mais vers le milieu du siècle, Ilaller rendit à l'anatomie comparée un nouvel éclat , par les applications importantes qu'il en fit à la physiologie générale; à peu près à la même épo- que, Buffon et Daubenton montrèrent qu'elle n'a pas moins d'importance pour la simple histoire naturelle et pour la distinction des l'homme , des quadrupèdes, des oiseaux et des poissons ; Mém. de l'académie des sciences de Paris, 1726, p. 69. Mémoire sur le cristallin de l'œil de l'homme, des animaux à quatre pieds, des oiseaux tt des poissons; ihid. , 1750, p. 4 — 26. 1. Guiilnume CuEsr.LD^y , célèbre chirurgien anglais, né en 1688, mort en 1762, auteur d'une Osiéographie ornée de belles planches j Londres, 1755, grand in-folio. '2. Mejera représenté ceux de toutes les espèces qu'il a figurées. Duhamel donne ceux de la carpe, de la raie, de la torpille , du tarrelet. ] 60 LIVRE PREMIER. animaux entre eux, et, à leur imitcition, les Monro, les Camper, leslhmter, les A icq-dWzyr^ les Scarpa s'en occupèrent sous ces nouveaux points de vue, et firent des de'couvertes dont la classe des poissons profita, comme toutes les autres, quoique les iclitjologistes de ce temps, renfermés dans les limites étroites des systèmes linnéens, les aient peu fait entrer dans leurs considérations. Ainsi Haller^ a donné lui-même d'excel- lentes descriptions de TœiP et du cerveau "^ de plusieurs poissons; il a surtout fait connaître les divers modes de sus])ension de leur cristal- lin , et cherché à déterminer la correspondance des différentes parties de leur encéphale avec celles du nôtre. 1. Albert DE Haller , poëte, botaniste, anatomiste , savant presque universel , célèbre principalement par ses ouvrages pbj- siologiques, né à Berne, d'une faiiiille patricienne, en 1708, professeur à Goettingue de lySG à 1755, ensuite l'un des magis- trats de sa patrie, où 11 mourut en 1777. La liste de ses ouvrages est immense; mais on peut la trouver partout, et ceux que je marque dans le texte sont les seuls qui nous intéressent pour notre objet. 2. Dans un mémoire envojé à l'académie des sciences de Paris en 17G2, et plus en détail dans un mémoire adressé à la société rovale de Goettingue en 1765, réimprimé dans ses Opéra minora, t. in,p. 25o. 3. Dans le tome IV de ses Élémcns de physiologie, p. 5g 1, et dans un mémoire envoyé à l'académie hoUaiKlaisc de Harlem en 1760, et réimprimé dans ses Opéra minora, l. 111, p. i<)8. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 161 Pierre Camper^, vers la même époque, a par- faitement décrit l'oreille des poissons, et donné en même temps des observations intéressantes, quoicpie incomplètes, sur leur cerveau, dans la morue, dans la raie, dans la baudroie, etc.^ Et cependant les sectateurs rigoureux de l'é- cole linéenne, attachés uniquement aux carac- tères extérieurs, ne donnaient aucune attention à ces découvertes. Qui croirait, par exemple, qu'en 1770, dans sa partie anatomique, Gouan assure encore gravement que le cerveau de ces animaux n'a c[ue trois lobes, et qu'ils ne pos- sèdent ni oreille interne ni oreille externe "^P 1. P/tf/-r<; Camper , analomiste plein de génie, et peut-être celui qui a le plus excité à l'étude de l'anatomie comparée par les dé- couvertes piquantes qu'il j a faites, né à Lejde en 1722, profes- seur à Franeker en 1749? ^ Amsterdam en 1765, à Groningue en 1763, membre du conseil d'Etat des Provinces-Unies en 1787^ mort de pleurésie à La Haje en 1789. Il n'a point publié de grand ouvrage; mais on a de lui une multitude de mémoires, insérés parmi ceux des principales académies. Après sa mort, son fils, Adrien Camper, a rédigé sur ses notes, et d'après ses dessins, ses Descriptions anatomiques de l'éléphant et des cétacés. 2. Dans un mémoire imprimé en 1762, dans le septième vo- lume de ceux de Harlem (il est réimprimé dans le premier volume, 2.''cab., de la traduction allemande de ses Opuscules parHerbell); et dans un mémoire envojé en 1767 à l'académie des sciences de Paris, et imprimé en 1774 dans le VI. ''tome des Savans étrangers, p. 177. Celui-ci est dans Herbell , t. Il, 2.*'cah., p. 1. On ne trouve ni l'un ni l'autre dans la collection française publiée par Jansen. 3. Gouan, Histoire des poissons, p. 2 et 79. Nous devons remarquer cependant que l'anatomie qu'il donne de celte classe 1. 1 1 162 LIVRE PREMIER. Ce ne fut que quelques années après que Ficq-d'Azyr^ commença à rattacher un peu davantage l'anatomie des poissons à leur his- toire naturelle. 11 lit entrer leur cerveau et leur oreille dans les comparaisons qu'il donna de ces deux organes dans les animaux vertéhrés. Il a fait aussi de cette classe, prise en général, l'ob- jet d'un examen comparatif; mais la division même qu'il y établit, en cartilagineux, en an- guilliformes et en osseux, qu'il appelle épineux, prouve qu'il n'en avait encore qu'une connais- sance assez légère. Ses figures le prouvent encore mieux. Toutefois ses mémoires contiennent plu- ofFre une nijologie assez nouvelle pour l'époque : mais l'ostéolo- gie n j est qu'ébauchée. 1. Félix Vicq-d'Azyr , médecin et anatomiste célèbre, et écrivain brillant , né à Valognc en 1748, secrétaire de la société royale de médecine en lyyJ, niembre de l'académie des sciences en 1774? et de l'académie française en 1788, professeur à l'école vétérinaire, mort en 1794- H a publié sur le cerveau plusieurs mémoires et un grand ouvrage orné de plancbes magnifiques , et il avait com- mencé pour l'Encjclopédie méthodique une suite de descriptions anatomiques particulières d'espèces extraites de toutes sortes d'au- teurs. M. Hippoljte Cloquet la continue. Les écrits dont nous parlons dans le texte sont, 1.° deux mémoires pour servir à l'his- toire anatomique des poissons, dans le tome VU des Savans étrangers, imprimé en 1776, p. 18 et 233; 2.° un mémoire sur la structure du cerveau des animaux, comparé à celui de l'homme; Acad. des se, 1783, p. 468 — 5o4- îls sont réimprimés dans la Collection des œuvres de Vicq-d'Azyr par M. Moreau , t. V, p. i65 et suivantes. On trouve aussi en tête de cette collection une vie de Vicq-d'jVzjr et une indication de ses écrits, rédigées l'une et l'autre avec beaucoup de soin pai l'éditeur. HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. 163 sieurs observations intéressantes qui n'avaient pas été faites avant lui. Mais l'auteur capital sur cette matière, c'est Alexandre Monro ^ le fils'. Dans son Traité du système nerveux ^ , il donne des figures du cer- veau et d'une partie des nerfs de la morue; clans son Traité de l'anatomie et de la physiologie des poissons^, il fait connaître les parties molles de ces animaux , et surtout leurs intestins , leur circulation , leur système nerveux , leurs or- ganes des sens, leurs a aisseaux muqueux, par de grandes et belles planches ; enfin , dans son Traité de l'oreille, il a parfaitement représenté celle de la raie.^ Après ces auteurs qui ont traité de tout ou de plusieurs parties de l'anatomie des poissons , nous devons aussi mentionner ceux qui se sont attachés seulement à quelqu'un de leurs organes en particulier. 1. Alexandre Monro , le père, né à Londres en 1697, pi'ofesseur à Edimbourg, mort en 1767, a lui-même laissé un petit traité d'analomie comparée, imprimé après sa mort. Celui dont nous parlons est son fils , nommé aussi Alexandre , et professeur à Edimbourg^. '2. Obseri^ations on the structure and functions of the nervous Sys- tem; Edimb. , 1783, in-foi. — 3. The structure and phjsîologj of fishes explained and compared u-ith those ofman and other animais; Edimbourg, 1785 , in-fol. Il j en a une traduction allemande par Scbneider. — 4. Observations on the organ of hearing in man and other animais, Edimbourg, «797, in-4.° 164 LIVRE PREMIER. Leur ouïe a occupé les physiciens non moins que les anatomistes. Klein, dès 1740, avait décrit les pierres de leur oreille \ Nollet , en 1743, avait fait des expériences qui prou- vent que l'on peut entendre sous l'eau \ Ar- deron en fit de directes en 1748, sur la fa- culté que les poissons ont d'entendre^. Geof- froy décrivit en 1 7iS5 le labyrinthe osseux de la raie'^; et indépendamment des découvertes de Camper et de Monro dont nous avons parlé tout à l'heure , sur le labyrinthe membraneux des divers poissons , lesquelles vinrent à la suite du mémoire de Geoffroy , il parut sur ce sujet en 1782 un mémoire de John Hiinter^, oii il assure avoir connu cet organe dès avant l'année 1 760 , et oîi il décrit pour la première fois l'orifice extérieur de l'oreille dans les chondrop térygiens. En 1789, M. Scarpa fit paraître son beau Traité^ de l'odorat et de l'ouïe, et y représenta 1. Dans le premier cahier de ses Missus , etc.. dont nous avons parlé ci-dessus p. iij. 2. Mémoires de l'académie des sciences de Paris pour 174^? p. 19g. — 3. Trans. plnl., t. XLV, n.''486, p. 149. — 4. Mém. des savans étrangers, t. il, p. iG4 j dans un mémoire sur l'oreille des reptiles. 5. Dans le tome LXXII des Transactions , p. 579, réimprimé dans ses Observations sur l'économie animale, p. G9 , et dans la deuxiénie édition, p. 81. 6. /inatomicœ disquisitiones de audit u et olfadu; Tioiai, 1789, HISTOIRE DE Lf CHTYOLOGIE. 1 61S les organes de ces deux sens dans les poissons par de fort belles ligures. Cojnparetti donna la même année un ou- vrage ' sur l'ouïe , oîi il décrivit aussi leur oreille avec beaucoup de soin, mais sans en donner des dessins aussi bien exécutés. En \ 788 , M. Ebel, dans ses Observ ations névrologiques ^, a décrit les cerveaux de plu- sieurs de leurs espèces. On puljlia aussi quelcpies observations sur les dents des poissons. Hérissant^ , en 1749, décrivit celles du requin ^ ; plus récemment , André a représenté celles de l'anarique et du cbétodon. ^ Broussonnet a écrit en 1785 nn mémoire sur leur respiration^; Spallanzani en a fait l'objet d'expériences importantes'^, qui ont été complétées par M. Silvestre^ , et à la fin de in-folio; par Antoine Scarpa , l'un des plus habiles anatomistes de nos derniers temps , professeur à Pavie. 1. Observationes anniomicœ de aure interna comparnin ; Padoue, 1789 , in-4/; par André Comparetti, professeur à Padoue. 'J. Obsermtiones nevrologicœ ex anatonie comparata , auct. J. Got. Ebel; Francfort sur l'Oder, 1788, in -8.°; réimprimé dans les Scriptores nei'rologici minores de Ludwig, t. III, p. i48. 3. François- David HtRisskfiT, anatomisle habile, membre de l'académie des sciences, né à Rouen en 1724, mort en 1773. 4. Mém. de l'Académie pour l'année 1749- — 5. Trans. phil., t. LXXIV. — 6. Mém. de l'acad. des se. de Paris, 1785, p. 174; réimprimé dans le Journ. de phjs., t. XXXI, p. 28g. — 7. Dans son Traité de la respiration.— 8, Bull, delasoc. phil., t. I,p 17. 166 LIVRE PREMIER. la période (en 1795) M. Gottîielf Fischer a appelé l'attention sur les rapports que leur vessie natatoire pourrait avoir avec cette fonc- tion'. Déjà en 1776 Erxlehen avait fait des recherches sur l'usage de ce singulier organe et sur l'origine de l'air qu'il contient.^ Quelques descriptions anatomiques d'espèces ajoutèrent à ce que l'on connaissait sur leurs viscères, et principalement sur ceux de l'ab- domen. ^ Il n'y eut pas jusqu'à leurs vaisseaux lym- phatiques qui ne devinssent pour Hewson^ l'objet de recherches suivies et difliciles. ^ Réaiunur^ avait fait co?:naître en 1716 la 1. Essai sur la vessie natatoire des poissons (en allemand); Leipzig-, 1795, in-8." 2. Dans ses Mémoires physiques et chimiques, p. 543. 3. Kœlreuter, dont nous avons déjà mentionné les Mémoires ichtjo logiques, imprimés dans divers volumes de l'académie de Pétersbourg , depuis i yôS jusqu'en 1 791, j- a joint beaucoup d'ob- servations sur leur splanchnologie, et il en a donné séparément sur les viscères de l'Esturgeon hausen et du sterlet. [iSovi comment. , t.XVI,p. 5ii,ett. XVU,p. 52 1.) Sieller disséquait aussi avec soin les poissons qu'il recueillait, et les descriptions extraites de ses papiers , soit dans les vo- lumes de l'académie de Pétersbourg, soit dans le tome III de la Zoographie de Pallas, offrent de très -bonnes observations splanchnologiques. 4. Guillaume Hewson, chirurgien de Londres, mort en 1774- 5. Transactions pliilosophiqnes, t. LIX, p. 198, et Journal de physique, introduction, t. I, p. 35o et 4oi. 6. René'Anioine Ferchaud de Réaumur , intendant de l'ordre de HISTOIRE DE l'ichtyologie. 1 07 matière qui colore les écailles des poissons, et que l'on en détache pour l'employer a la fabrication des fausses perles.' Baster décrivit les écailles de quelques pois- sons^, et il y eut aussi sur ce sujet un mémoire particulier de Broussonnet. ^ L'organe qui remplit le museau de certains squales, et qui sécrète une mucosité si abon- dante, fut décrit par Lamorier.'^ Les poissons électriques et les organes par lesquels ils exercent leur singulière faculté, occupèrent aussi beaucoup , pendant ce siècle , les anatomistes et les physiciens. En i714, Réaumur^ avait donné une idée de la structure de ces organes dans la tor- pille, mais en l'accompagnant d'une explica- tion très-fausse de leurs effets, La force de cette faculté dans le gymnote, donna lieu à s'en faire des idées plus justes. Richer l'avait éprouvée dès i677 à Cayenne; Saint-Louis, membre de l'académie des sciences, savant dans tous les genres, mais célèbre surtout par ses admirables mémoires sur les insectes, était né à La Rochelle en i683 , et mourut à Paris en 1757. 1. Académie des sciences, année 1716. p. 229. — 2. Dans ses Opuscula suhseciva et dans les Mémoires de Harlem, t. \T, p. 746. — 3. Journal de physique, t. XXXI, p. 12. — 4. Académie des sciences de Paris, année 1742, p. 02. 5. Son Mémoire sur la torpille est dans le volume de l'Académie pour 1714? p- 544- 1G8 LIVRE PREMIER. mais Allamand \ en 1 755 ^ , réveilla sur ce sujet rattention des physiciens, en annonçant qu'elle dépendait de la même cause que le phénomène de la bouteille de Leyde , qu'il ve- nait de découvrir. Adanson avança la même chose sur le silure en 1757^ Vandej^-Lott^^ Bancroft^, rendirent la conjecture d' Allamand de plus en plus probable, et fValsh la démon- tra en 1775^, par des expériences précises, laites non-seulement sur le gymnote, mais siu' la torpille. A cette occasion , John Hunier donna en \ IT^ une anatomie nouvelle et exacte des organes électriques de ces deux poissons ^ ; en 1787, Paterson ajouta un Tétrodon à la liste des poissons qui jouissent de cette faculté. ^ L'intérêt engagea plusieurs observateurs à traiter de la fécondation naturelle^ ou artifi- 1. Jean-lSicolas-Sébastien Allamand, professeur de physique et d'histoire naturelle à Leyde, né en lyiS, mort en 1787, connu, indépendamment de ses découvertes en électricité, par les sup- plémens qu'il a donnés aux animaux de BufFon. 2. Dans le deuxième Aolume des Mémoires de Harlem. — 3. Dans son Histoire naturelle du Sénégal, p. i54. — 4. Dans le sixième volume des Mémoires de Harlem. — 5. Dans son Histoire naturelle de la Guiane. — 6, Trans. j)hil. , t. LXJII , p. 4tji. — 7. Ihid., t. LXm, p. 48i, et t. LXV, p. 095. — 8. Ihid. , t. LXXVI, p. 582 , et Journal de physique, t. XXX, p. 19G. 9. André Helland , sur la génération du saumon, Mém. de Stockholm , 1745; If^. Grant , sur le même sujet, ibid- , i'jS2; Ferris , sur le même sujet, Journ. de phys. , t. XX, p. 021 ; Àr~ ^illander, fécondation du brochet, Mém. de Stockholm, 1765; HISTOIRE DE l'icHTYOLOGIE. 469 cielle* des espèces utiles, de l'âge auquel elles pai viennent ^ de la manière de les nourrir^, de les transporter''; des dommages que quel- ques-unes causent ^ , de leurs maladies ^ et même de leur castration. ^ Broussonnet fît des observations sur leurs vaisseaux spermatiques^. Bloch s'attacha à prou- ver que ces appendices singulières qui tiennent aux nageoires ventrales des raies et des squales mâles ne sont pas des pénis. ^ Houttuin, reproduction des squales, Méin. cliois. holland., t. IX, p. 480; Baiarra, de celle des raies, Mém. de Sienne, t. IX, p. 553; Thomas Harmes , fécondation des poissons , Trans. phil. , t. LVII. 1. Gleditsch, fécondation artificielle de la truite et du saumon, Mém. de Berlin , 1 764 ? 1 767. 2. Martini, sur l'âge des poissons, Recueil de Berlin, t. VIII; Hans Hederstrœm, sur l'âge des poissons, Mém. de Stockholm j 1 769 ; Baldinger, sur l'âge d'un brochet , Med. Journ. , S.*" cahier : il était panenu, disait-on, à deux cent soixante-sept ans. 3. J. lleinh. Forster, sur la méthode d'élever les carpes dans la Prusse polonaise, Trans. phil., t. LXI, p. 5io. 4. Manvitz, sur le transport de quelques poissons, Occup. des natural. de Berlin , t. IV, p. 91 5. 5. Martini, Recueil de Berlin , t. VU; Anderson , sur les poissons venimeux , Trans. phil. , t. LXVI, p. 544. 6. Antoine-Kolandson Martin, sur la gale des poissons, Mém. de Stockliolm , 1760 ; idem, sur les vers des poissons, ïbid., 1771 ; Bekman, sur le fie des poissons , Mag. de Hanovre, 1769. 7. Tull, sur la méthode de châtrer les poissons, Trans. phil., t. XLVni, et dans les Mém. de l'acad. des se. de Paris , 1 742 , p. 01 . 8. Acad. des se. de Paris, 1785, p. 170. — 9, Écrits de la soc. des natural, de Berlin . t. VI, p. 377 ; Observ. de la même société, 1. 11, p. 9. 1 70 LIVRE PREMIER. La reproduction de rangiiille fut surtout un problème dont on chercha beaucoup la solu- tion , et dont encore à présent on ne l'a peut- être pas trouvée. Allen\ Dale^ , s'en étaient occupés dès le siècle précédent; dans celui-ci, Valisnieri ^ , Marsi^li ^ , De^éer ^ , Monti ^^ Mondini^ , Spallanzani^ et plusieurs autres en firent l'objet de leins recherches. CavolinPy dans ses Observations sur la gé- nération des poissons, confirma entre autres faits curieux, celui de l'hermaphroditisme cons- tant du serran, qui déjà avait été annoncé parAristote. Des hermaphroditismes accidentels furent observés dans plusieurs autres espèces. ^° Tels étaient les progrès de la science ichtjo- logique vers la fin du dix-huitième siècle, lors- 1. En iGgSjTransact., t. XIX , p. GG/j. — 2. En 1698,, idem, t. XX , p. 90. — 3. Dans ses OEuvres, t. U, p. 89, et dans les Mém. des curieux de la nat. , App. ad cent., 1. 1 et II, p. i53. — 4. Giornale dei litierati d'Italia, t. XXIX , et dans les Act. vratisL, ient., t. y, p. 1690. — 5. Mém. de l'acad. de Stockholm, ijSo, p. ig4. — 6. Mém. de l'institut de Bologne, t. VI, p. 392. — 7. Ibid., t. VI, p. 4o6. — 8. Dans sesVoj'. dans les Deux-Siciles, taduction française , t. VI. 9. Philippe Cavolini , Memoria sulla generazione dei pesci e dei granchi; Naples, 1787, in-4." : traduit en allemand par Zinuner- mann; Berlin, 1792, in-8.° 10. Dans la carpe, par Alischer {BresL Samml. . ij^S) et par Brukmann [Commerc. lilltr. Norimb. , Noi\ 1734); da"s •» niorue, par Link [^Act. vralisl. , t. XyUI, p. G17). HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. i 7\ que M. de Lacépede'^ commença à en faire l'objet de ses ouvrages. Pendant les cent vingt années qui s'étaient écoulées depuis Williighby, des moyens aA aient été découverts d'assurer la nomenclature des poissons; un nombre consi- dérable de leurs espèces avaient été constatées par des descriptions détaillées et des figures cor- rectes; on avait essayé pour leur classement des distributions méthodiques très - diverses ; pres- que tous leurs systèmes organiques avaient été étudiés par des anatomistes habiles ; on avait fait des observations curieuses sur leurs habi- tudes et sur leur économie ; et il n'est pas dou- teux que cet écrivain éloquent , qui avait conçu le plan de son livre d'une manière grande et élevée , et dont le talent a su faire trouver du charme à l'histoire de ces êtres qui semblent 1. Berntud-Gennain- Etienne de la Ville, comte de LacÉpède, ne à Agen en i yBG , garde du Cabinet du Roi en i ySS , professeur au Muséum d'histoire naturelle en i 796 , membre de l'Institut en 1796, du sénat en 1800, grand-chancelier de la Légion d'honneur en 1802 , mort en 1826, écrivain d'une grande élégance, et homme d'une bonté parfaite, a publié des ouvrages sur la musique, sur la physique générale, sur l'électricité, et des histoires des qua- drupèdes ovipares, des serpens, des poissons, des cétacés, qui font suite à la grande Histoire des quadrupèdes vivipares et des oiseaux, dont les matériaux, rassembles en partie par Daubenton, Gueneau de Montbéiiard, elBexon, ont reçu du talent de Buffon une forme si admirable. L'histoire des poissons est imprimée en cinq volumes in-4.'' et en dix volumes in-12. i72 LIVt\E PREMIER. nous toucher si peti et n'éveiller par aucun coté notre i ma i^i nation; il n'est pas douteux, disons-nous, cpi'il n'eut élevé un monument imposant , s'il se fut trouvé dans des circons- tances moins défavorables ; mais ayant écrit son livre pendant les années les plus orageuses de la révolution, lorscpie la France était séparée des peuples voisins par une guerre cruelle, il ne put profiter de beaucoup de matériaux con- tenus dans de ^ ouvrages étrangers , et même la grande Ichtyologie de Blocli, cet ouvrage ca- pital, qui était entièrement terminé lorscpi'il commença à publier le sien \ ne lui était pas encore parvenu en entier , et ce ne fut que dans le quatrième de ses volumes qu'il com- mença à citer les six derniers de l'icbtyologiste de Berlin, comme Bloch lui-même, en compo- sant son Sjstema y publié après sa mort, et même son éditeur Schneider , n'eurent con- naissance que des deux premiers volumes de M. de Lacépède. On doit toujours faire atten- tion à ces circonstances , lorsque l'on veut com- parer les ouvrages de ces deux célèbres ichtyo- logistes. 1. Le douzième volume du Bloch fiançais est de 1797- Le pre- mier tome, in-4.", de l'Histoire des poissons de M. de Lacépède est de 1798 ; le deuxième, de 1800 ; le troisième et le quatrième, de i8o2 , et le cinquième, de i8o3. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. i 75 Une difriculté non moins grande , à nne épo- que où nous avions perdu toutes nos colonies, et où aucun de nos vaisseaux n'osait se hasar- der sur les mers , c'était celle de se procurer des poissons des mers éloignées et de les examiner sur nature. Le naturaliste français se vit donc obligé de prendre pour base principale de son travail les listes des poissons rédigées par Gmelin et par Bonnaterre, et c'est de là cpi'il tira les carac- tères de ses divisions et du plus grand nombre de ses genres , en y ajoutant cependant des es- pèces provenues de différentes sources. Le Cabi- net du Pioi lui en fournit quelques-unes; il en trouva davantage dans le Cabinet du Stad- houder, que l'on avait apporté à Paris en 1795. Un petit nombre lui fut donné par Le Blond, médecin à Cayenne. M. Bosc, savant naturaliste, qui avait été pendant quelque temps consul a New-York , lui remit des des- sins qu'il avait faits dans ce pays. Quelques particuliers, surtout M3L Noël et Mesaize , de Rouen , lui adressèrent des dessins et des notices des poissons que le hasard leur fournissait, et qui leur paraissaient remarquables; mais ses matériaux les plus abondans provinrent des manuscrits de Commerson , et des dessins qui avaient été faits sous les yeux de cet obser- 474 LIVRE PREMIER. vateur, auxquels il joignit ceux qu'Âubriet avait copiés dans les manuscrits de Plumier pour la collection des vélins. Malheureusement, comme nous l'avons dit plus haut, il ne put profiter des poissons eux-mêmes que Commer- son avait envoyés avec ses dessins, mais qui étaient demeurés inconnus depuis la mort de Buffon. Ces différens matériaux n'étaient pas de la même valeur. Les hommes qui fournissaient des notes, n'étaient pas tous à beaucoup près des ichtyologistes de profession. Les copies d'Aubriet avaient en plus d'un endroit altéré les originaux, et ces originaux eux-mêmes avaient souvent omis des caractères essentiels. Les dessins de Commerson n'étaient pas tou- jours rapportés à ses descriptions , et bien des fois M. de Lacépède fit une espèce de la description, et une autre du dessin; mais, ce que l'on croira diflicilement, il lui est arrivé plus d'une fois aussi de faire encore une es- pèce de la phrase caractéristique écrite sur ce dessin. On ne peut s'expliquer ces singulières aberrations que par cette circonstance, qu'il composa ses articles à la campagne, où le régime de la terreur l'avait exilé , loin des papiers qu'il avait consultés , et seulement avec les notes qu'il en avait prises, et par cette autre qu'il HISTOIRE DE LICHTYOLOGIE. ] 75 nomma les figures gravées sur ses planches suivant ce qu'il crut y reconnaître, et non pas d'après ce qui était écrit sur le dessin original qu'il n'avait plus sous les yeux. Comme beaucoup d'autres naturalistes, M. de Lacépède a aussi été exposé à ne pas recon- naître certaines espèces que des auteurs plus anciens avaient déjà décrites, soit parce que ses individus avaient perdu leurs couleurs ou leurs formes , soit parce que les descriptions elles-mêmes avaient été faites sur des individus altérés, soit enfin parce qu'il n'en avait pas sufîisamment saisi les expressions. Il est résulté de là qu'aux doubles emplois qui existaient déjà dans les écrivains systé- matiques auxquels il s'était rapporté avec trop de confiance, il en a ajouté un grand nombre d'autres, et que la totalité de ses espèces, qu'il porte à quatorze cent soixante-trois, doit être réduite de plus de deux cents; mais ses multi- plications de genres ont contribué bien plus puissamment encore à mettre de la confusion dans son ouvrage. La première source de ces multiplications a été encore ce défaut d'une comparaison suffi- sante entre les figures et les descriptions de Commerson. Tel genre fondé sur une note de ce voyageur, reparaît ensuite sous un autre nom 1 76 LIVRE PREMIER. d'après ses dessins, et souvent il se reproduit une troisième fois d'après quelque autre natu- raliste. ' La confiance implicite accordée à tous ses devanciers, a été une autre source de ces gen- res imaginaires. Toutes les fois que Brunnich, Houttuyn, Forskal, Gmelin, placent un pois- son sous un de leiu^s genres, M. de Lacépède, ne pouvant croire qu'ils se sont trompés, lui suppose tous les caractères^ communs de ce genre , et trouvant ensuite dans sa description particulière quelque trait qui lui paraît propre à le distinguer, c'est de la première supposi- tion et de ce caractère spécial qu'il compose son nouveau caractère générique. Il lui est arrivé enlin de faire des genres nouveaux d'après des poissons qu'il observait en natiue, sans remarquer qu'ils étaient déjà 1. Ainsi un dessin de Commerson est gravé sous le nom de synode renard. La note inscrite sur ce dessin donne lieu à établir le genre butirin et l'espèce du hulirin banane. Un autre dessin du même poisson, par Plumier, parait sous le nom de dupée macrocé- phale. Ce dessin de Plumier revient dans le Bloch de Schneider sous celui à'albula Phanieri; et ni M. Schneider, ni M. de Lacépède ne se sont aperçu que ce poisson est le même que Y'argentina glos- sodonta, qu'ils ont adoptée d'après Forskal. 2. C'est ainsi que le cenirisciis scolopax de Linn.xus , méconnu par Forskal, et donné par lui pour un silure, nommé silurus cornutus , est devenu dans M. de Lacépède le genre macroram- phose. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. i Hl dans son livre d'après d'autres auteurs et sous d'autres noms/ D'ailleurs les motifs d'après lesquels il s'est déterminé à détacher des espèces d'un genre ou à les y laisser, ont été sujets à des variations singulières. Il laisse, par exemple, les anchois dans le genre des Harengs, quoiqu'ils n'aient aucun des caractères qu'il assigne à ce genre, et il en distingue les clupanodons, qui diffèrent à peine des autres harengs. La distrihution générale, étahlie par M. de Lacépède, est celle de Pennant, en cartilagi- neux et osseux, avec la subdivision de Linnaeus d'après les ventrales, appliquée aux uns comme aux autres; mais entre ces deux partitions il en intercale une qui est fondée sur la présence ou l'absence des opercules et des rayons bran- chiostèges. Quand même les faits auraient été exactement suivis, cette division intercalaire aurait encore le défaut d'être bien peu natu- relle , puisqu'elle séparerait , par exemple , les murènes et les synbranches, des anguilles; mais ce qui est bien plus à reprendre, c'est que les caractères assignés aux classes n'existent pas toujours dans les poissons qui y sont rangés; 1. Tel est son genre pogonias , qui ne diffère en rien, pas même pour l'espèce; du pogonai/ie , qu'il donne d'après Commerson. 1. 12 478 LIVRE PREMIER. ainsi les baudroies, les balistes, les mormyres, ont des opercules, quoique M. de Lacëpède sup- pose le contraire ; et il y a des opercules et des rayons dans les murènes, les synbranches et les autres genres démembres des anguilles, aux- quels il rel'u; e les uns et les autres. ^ 1. Voici le tableau de la méthode de M. de Lacépède. CLASSE. POISSONS, i/* Sous-classe. Poissons cartila- gineux. I/^Div. Sans opercules ni mÉin- Lranes branchiales. 1."^ Ord. Apodes. Petromyzon. Gastrobranche. 2.* Ord. Jugulaires. 3.' Ord. T1. loracins. 4.* OiiD. Abdominaux. Raie. Squale, ^odon. II.* Div, Point d'opercules , une membrane branchiale. f>.* Ord. Apodes. 6." Ord. Jugulaires. Lophie. 2." 7.* Ord. Thoraclns. Balisle. 8.* Ord. Abdominaux. Chimère. IIÎ.* Div. Un opercule, point de membrane branchiale. 9." Oki). Apodes. 10.'' Ord. Jugulaire;, 11.*" Ord. Thoraciiis. 12.' Ord. Abdominaux. Polfodon. Esturgeon. IV.* Div. Un opercule et une membrane branchiale. 13." Op.d. .Apodes. Ostracion. Tétrodon. Ovoïde. Diodon. Sphéroïde. Syngnathe, i^." Ord. Jugulaires. i5.' Ord. Thoracins. Cjycloptère. Lépadogastere. 16.' Ord. Abdominaux. Macrorhynque. Pégase. Centristjue. Sous-CLASSE. Poissons osseux. I.'*Div. Un ojicrrule et une mem- brane branchiale. ly.*"" Ord. Apodes. Ce cilié. Monopt'ere. Leptocéphiile. Gymnote. Trichiure. I\'otoptèr e. Ophisurc. Triure. .4ptéronote. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. '| 79 L'histoire naturelle des poissons que Son- Régalec. Odontognathe. Murène. Amviodyte. Ophidie. Macrognathe. Xiphias, Makaiia. ^■4narfn(jue. Coméphore. Stromatée. Rhomhe. s 8.* Ord. Jugulaires. Murénoïde. Callionjme. Calliomore. Uranoscope. Trachine. Gade. Batrachoïde. Blennie. Oligopode. Kurte. Chrysostrome. 19." Ord. Tîioracins. Lépidope. Hialule. Ce pôle. Tœnioide. Gohie. Gobioïde. Gobiomore. Gobiomoroïde. Gobiésoce. Scombre. Scomhéroïde. Caranx. Trachinote. Caranxomore. Casio. Ctvsiomore. Caris. Gomphose. Wason. K)' phase. Osphramene. Trichopode. Monodactyle. Pleclorhinijue. Pogonias. Bostjjche. Bostrj choïde. Echenéis. Macroure. Coryphene. H émiplê ronole . Corjphéuoïde. Aspidophore. yéspidophoroïde. Cotte. Scorpene. Scoinhéromore. Gastérastée. Centropode. Cenlrogastere. Centronote. Lepisacanthe. Céphalacanthe Dactjlopt'ere. Prionote. Trigle. Péristédian. Istiophore. Gj'ninetre. Mulle. Apagon. Lonchure. Macrapode. Labre. Chéiline. Chéiladiptere. Ophicéphale. Hologymnose. Scare. Oslorhjnque. Spare. Diptéradon. Lutjan. Cer.tropanie. Badian. Tcenianoie. Sci'ene. Microptere. Holac entre. Pers'eque. Harpe. Piméleptere. Chéilian. i 80 LIVRE PREMIER. nini a fait imprimer à la suite de son édition de Pomalome. Léiustome. Centrnlophe. ChevaLier. Léiognathe. C'lu\:todon. ^canthinion. Chtxitodipthre. Pomacenire. Pomadasjs. Pomacanthe. Holocanthe- Enoplose- Glj'phisodon. yicanthure- ^spisure- ^canthopode. Séiene. Argyréiose, Zée. Gai. Chrrsolose. Capros. Pleuronecte. Achyre. ' Ord. Abdominaux. Cirrhite. Chéilodactjle. Cobite. Misgurne. Anahleps- Fondule. Coluhrinc. Amie. Butjrin . Triptéronote. Ompok. Silure. Macropi é ronote Malaptérure. Pimélode. Doras. Pogonathe. Cataphracte. Plotose. Agenéiose. Macroramphose. Ceniranodon. Loricaire. I/jpostome. Corydnras. Tachj sure. Salmone. Osmere. Corégone. Chararin. Serrasalme- Elope. Mégalope. Notacanthe. Ésoce. Synode. Sphyr'ene. Lépisostée. Polypt'ere. Scnmbrésoce. Fistulaire. Aulostome. Solénostome. Argentine. Athérine. Hydrargyre. Stoléphore. Muge. Mugiloïde. Chanos. Mugilomore. Exocet. Polynème. Polydactylc- Buro. Clupée. Myste. Clupanodon. Serpe. Mené. Dorsuaire. Xystère. Crprinodon. Cyprin. IL* Div. Un opercule, point de membrane branchiale. 21.' Ord. Apodes. Sternoptix. 22.' Ord. Jugulaires. HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. ] 81 Biij[fon\ et qu'il a donnée sous son propre nom, oîi il a même placé son portrait, n'est qu'une co- pie presque littérale de celle de M. de Lacépède, avec des articles préliminaires tirés d'Artedi, sur les auteurs d'ichtyologie, sur la terminologie, et avec quelques mémoires de Duverney et de Broussonnet sur diverses parties de l'organisation. On a commencé une traduction allemande de l'ouvrage de M. de Lacépède, par Philippe Loos; Berlin, in-8.'' ^ TeUe qu'elle est, cette histoire des poissons de M. de Lacépède forme aussi une époque en ichtyologie, et elle a servi, conjointement avec le grand ouvrage de Blocli , de base principale à ce qui a été écrit sur cette science jusqu'au moment présent. 23.* Ord. Thoracins. IV.* Div. Point d'opercule ni d» 24.' Ord. Abdonainaux. ■i III.* Div. Point d'opercule , une membrane branchiale. membrane branchiale. 29."" Ord. Apodes. Murène. GYtnnomiir'ene. Murénoblenne- 25." Crd. Apodes. Styléphore. S'ftagclranche. Unib ranch ayerture. 26.* Ord. Jugulaires. 3o.* Ord. Jugulaires. 27.' Ord. Thoracias. 5i.* Obd. Thoracins. 38." Ord. Abdominaux. 32.' Ord. Abdominaux. Mormyre. s 1. Histoire naturelle générale et particulière des poissons ; Paris, i8o3eti8o4, i3vol. in-S." 2. Le premier et le deuxième volume sont de 1799; le troisième, de i8o3i le quatrième, de i8o4. Je ne sais s'il en a paru davantage. 182 LIVRE PREMIER. A la vérité, cela ne s'applique point encore à \ Histoire des poissons de Fisagapatam de RusseP. Quoique imprimée en 1803, comme elle avait été composée aux Indes plusieurs an- nées auparavant, elle est encore entièrement calquée sur la méthode de Pennant, et il n'y a d'ajouté qu'un genre pris de Bloch. Mais, malgré ce que l'on peut y trouver de hasardé dans le placement des espèces, c'est incontestahlement l'ouvrage le plus important que l'on ait sur les poissons des mers orientales, et la compagnie anglaise des Indes, en ordonnant de le publier, s'est acquis un grand titre à la reconnaissance des naturalistes. Les espèces y sont au nom- bre de deux cents, très - exactement dessinées par un artiste du pays, et gravées avec soin en Angleterre. Il n'en est presque aucune qui ne présente suffisamment tous les caractères nécessaires pour la distinguer, et même pour la placer dans le genre et le sous-genre oîi elle doit aller. L'auteur ajoute dans le texte l'indi- cation de leurs principales coideurs et des faits intéressans sur leur histoire. L'influence de M. de Lacépède se marque davantage dans la partie des poissons de la 1. Descriptions and figures of iwo hundred fishes coUected at Ve- zagapatam on the coast of Coromandel , hy Patrick RrssEt, m. d.j Londres, i8o3, 2 vol. in-folio. HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. 1 85 Zoologie générale de Shaw \ Ce n'est guère qu'un développement du système de Gmelin , augmenté d'espèces tirées de Bloch et de Lacé- pède, et seulement de quelques-uns de leurs genres , les autres ayant été fondus dans ceux de Gmelin; du reste, nulle critique, ni sur les doubles emplois , ni sur la vraie place des es^ pèces. Un très-grand nombre des nouvelles sont réparties dans les anciens genres d'une manière que l'on peut qualifier d'absurde; par exemple, dans ses spares Sliaw place des serrans, des crénilabres, des girelles, des sciènes; dans ses labres il met des sciènes, des perches, etc. Pres^ que toutes les figures sont copiées deLacépède et de Blocli, si ce n'est cinq ou six, prises de pois- sons que Shaw avait observés dans le Muséum brit^innique , dont il avait la garde. L'un de ces poissons forme un genre nouveau , le Stjle- phorus; mais dont il serait dillicile de détermi- ner les affinités d'après ce qu'en dit l'auteur, et 1. George Shaw, né en 1 761 à Bicston , dans Je comté de Buckingham , mort en i8i5, garde de la partie zoologique du Muséum britannique, auteur de plusieurs mémoires parmi ceux de la société linnéenne de Londres, d'une collection de planches intitulée : Natumlists Miscellanj , d'une Zoologie de la Nouvelle- Hollande , etc., et surtout d'une compilation intitulée : General Zoologj, dont il a paru dix volumes de 1800 à 1816. Les lomes IV et y, divisés chacun en deux parties, et qui contiennent les poissons, ont été publiés en i8o3 et i8o4 , immédiatement après les derniers volumes de Lacépède. 1 »4 LIVRE PREMIER. d'après la figure qu'il en donne et qui est faite sur un individu altéré. ^ Les deux ouviages généraux rédigés vers cette époque par M. Duméril , pour l'usage des étudians, son Traité dhistoire naturelle (de 1804) et sa Zoologie analytique (de 1806), concoururent a rendre l'ouvrage de 31. deLacé- pëde plus populaire , en donnant plus de faci- lité pour déterminer ses genres. Le dernier surtout les disposa dans des tableaux synop- tiques, et les distribua dans des ordres et des familles dont les distinctions étaient fixées avec précision ; mais il y prit aussi pour base les caractères tirés de l'absence prétendue d'oper- cules et de rayons aux brancbies, que M. de Lacépède avait mis en avant. ^ 1. M. de Blainville en a donné une figure et une description beaucoup préférables. (Journal de physique, t. LXXXVII, p. G8.) 2. Voici un tableau des familles et des genres de M. Duméril ; mais, pour en faire sentir tout l'avanlage, il aurait fallu pouvoir j marquer les divisions et subdivisions par lesquelles il arrive des familles jusqu'aux genres. La place ne nous Ta pas permis. pQjj^l^Qjyi^^ Avec nageoires ventrales. CAKT.I.AGINFXX. ' ^°"*=^" transversale. Sans opercules. 2." Fam. Plagyostomes Sans membranes. Torpille. I.*"" ORD. Trématopnés. Haie. Bhinohate. Sans nageoires iienii aies, _ Bouche circulaire. qua me Sauale. i." Fam. Cyclostomes. Ao^on Lamproies. Gastrobranches. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. \ 85 Dès-lors l'ouvrage de l'iclityologiste français A membranes. IL* ORD. Chismopnés. 3."= Fa.u. Baudroie. Lophie. Batiste. Chimère. A opercules. Sans membranes. III.' ORD. Éleuthéropomes. ^.^ f'am. Pvlyodon. Pégase. Acipenser. A membranes. IV.'' ORD. TÉLÉOBRANCHES. A ventrales. Abdominales. 5.' Fam. Aphyostomes. Macrorhintjue. Solénostome. Centrisque. Thoraciques. 6/ Fani. Plégoptères. Cjclopthre. Lépadogastere. Sans ventrales. 7.*Fani. OstÉodermes. Ostracion. Tétrodon. Diodon. Syngnathe. Ovoïde. Sphéroïde. OSSEUX. A opercules. A membranes branchiales. V.* ORD. HOLOERANCHES. Sans Ventrales. I." Sous-ORD. Apodes. Manq. encore d'autres nag. 8.* Fam. Peroftères. Cécilie. Ophisure. Notoptere. Leptocéphale. Trichiure. Gymnote. Monoptere. Aptéronote. Régalée. Ne manq. d'aucune autre, g.* Fam. Partoptère. Murène. Ophidie. Anarrhique. Coméphore. Macrognathe. Xiphias. Ammodite. Stromatée. hhomhe. A ventrales sous la gorge. 11." SoL'S'ORD. Jugulaires. 10." F. Aochéaoptères. Callionjyme. Uranoscope. Batrachoïde. Murénoïde. Oligopode- Blennie. Calliomore. Vive. Gade. Chrysoslrome. Kurte. A ventrales thoraciques. 111." Sous-ORD. Thohaciqves. Corps alongé en lame. 1 1." Fam. PÉTALOSOMES. Bostrichte. Bostrichoide. Tœnioide. Lépidope. Gjmnètre Cépole. Corps arrondi. En cylindre. Ventrales réunies. i?..'Fam. Plécofodes. Gobies. Gobioïdes. 1 86 LIVRE PREMIER. fut pris par les auteurs de plusieurs traités Ventrales libres. i3.'F. Eleuthéropodes. Echenéis. Gobioinoroïde. Gobiomvre. En fuseau. i4.*Fani. Atbactosomes. Scombéroïde. Scombéromore. Trnrhinote. Scomhre. Gastérostée. Centronote. Cœsiomore. Lépisacanlhe. Céphalacanthe. Cœsio. Caranxomore. Pomatome. Centropode. Carnnx. Istiophore. A corps épais. Comprimé. Tête ordinaire. Lèvres charnues. Opercul. sans épines dent. iS.^Fam. LÉioroMEs. Chéiline. Labre. Ophicéphale. Chéilion. Chéilodiptere. Soloiiymnose. Monodactyle. Trichopode. Osphronème. Hiatule. Coris. Gomphose. Plectorinque. Pogonias. Spare. Diptérodon. Mulet. Màclioires osseuses. 16.* Fani. OsTÉObTOMES. Léiognathe, Scare. Ostkorinque. Dorsale très-longue. 17." Fain. LoPHioNOTES. Tœnianote. Coijph'ene. Centrolophe. Héiniptéronote. Cotjphéno'ide. Chevalier. Tête fort grosse. 18.* Fam. CÉPHALOTES. Asp idophoroïde. Aspidopbore. Scorpene. Gobiésoee. Cotte. Quelq. ray. isolés aux pect. 19.' Fam. Dactvlés. Péristédion. Prionote. Triple. Dactylopt'ere. A corps très-mince. Presque aussi haut que long. Yeux d'un côté. 20.' Fam. HÉTEROSOMES. Pleuronecte. .Ac.hjre. Opercules épin. ou dent. 21. 'Fam. AciNTHOPOMES. Holocentre. Pershqiie. Tœnianote Bodian. Microptere. Sciene. Lutjan. Centropome. Yeux des deux côtés. 22.' Fam. Leptosomes. Holaranthe. Enoptose. Pomaranthe. Pornarenlre. Poinadasjs. Acanthinion. HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. i 87 particuliers pour base de leurs travaux. Ainsi Chœtodon. Agenéiose. Chœtodiptere. Loricaire. Asyisure. Hypostome. Acanthure. Plusieurs flexibles. Glyphisodon. 26.' Fam. DiMÉRÈDES. Acanthopode. Chéilodactyle. Zée. Cirrhite. Argyréiose. Polyneme. Gai. Poljdactjle. Silène. Point de '. ray. dist. aux pect. Chrjysotose. Operci lies écailleux. Capros. Bouc! le sans dents. A ventrales sous l abdomen. 27.' Fam. LÉPiDOPOMEs. IV ' Soi:s-OBD. Abdominaux. Exocet. A corps cjlindrique. Mugilomore. Bouche au bout d'un long Chanos. museau. Dorsales à rayons. 23.'Fam. Siphonostomes. 28.' Fam. Gymkopomes. Antostome. Hydrargyre. Fistulaire. Argentine. Solénostome. Cyprin. Bouclie non prolongée. Stoléphore. 24.° F. Cylindrosomes. Athérine. Anableps. Buro. Amie. Mené. Misgurne. Xystere. Colite. Dorsuaire. Bulyrin. Serpe. Fondule. Chipée. Triptéronote. Clupanodon. Colubrine. Myste. Ompok. Mâcb cire simple. A corps coniq. ou comprimé. Dorsale adipeuse. Raj. aux pector. lib. ou dist. 29.' ' Fam. Dermoptères- Un seul, roide. Serrasalme. 25.' Fam. OrLOPHoRES. Characin. Silure. Salmone. Macroptéronote. Osmère. Malaptcrure. Corégone. Cataphracfe. Opercules lisses. Pogonaie. Mâch, . très-dével., ponct. Tachysure. 3o. " Fam SiAGo»OTES. Plotose. Élope. Macroramphose. Synodon. Corjdoras. Me g a lape. Centranodon. Èsoce. Doras. Lépisostée. Pimelode. Sphyrene. i 88 LIVRE PREMIER. M. delà Rocke^, jeune naturaliste, enlevé trop tôt aux sciences , ayant recueilli beaucoup de poissons à Iviça, à Majorque et à Bayonne, en donna , en i 809 , un catalogue de cent cinq es- pèces, d'après la méthode de M. de Lacépède, avec des notes sur leurs habitudes et leurs usa- ges, y ajoutant des descriptions détaillées de trente-deux espèces et des ligures de dix-huit, ou nouvelles ou mal déterminées jusque-là.® Ce travail, auquel il a joint des observations suivies sur les vessies natatoires, a été par son exactitude un accroissement d'autant plus im- portant pour l'ichtyologie, que l'auteur a déposé ses individus au Cabinet du Roi, oii l'on pourra toujours en vérifier les caractères. La première édition de l'Ichtyologie de Nice de M. Risso^j publiée en 1810, était également Polyptère. Sans membranes branchiales. Scombi ésoce. -.rTTT e r\nr>. r\ , , . , VIII* ORD. Ophichtites. Sans membranes branchiales. •'a « p VI. ^ ORD. Sternoptyges. * ,r . .^ j^-^ '' ' „ ■ Gymnomurene. Sternoptyx. Murénohlenne. Sans opercules. Vnibranchape,- Avec membranes branchiales. ture. VII.« ORD. CrvptoBRANCHES. Sphagebr anche. 32.* Fani. Siyléphore. Monnaie. 1. François-Etienne de la Roche, né à Genève en 1789 , mort à Paris en 1812. 2. Dans le tome XIII des Annales du Mus. d'hist. nat. , p. 3i5. 3. j4. Risso , pharmacien et professeur à Nice : Ichtyologie de HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. i 89 disposée, pour l'ensemble et les détails, d'après la distribution de Lacépède , même dans ce qu'elle a d'erronné ; car les murènes y sont en- core indiquées comme manquant d'opercules et de membranes branchiales. Mais l'intérêt de cet ouvrage tenait surtout à la connaissance qu'il donnait d'un grand nombre de poissons de la Méditerranée presque oubliés depuis Rondelet, ou même inconnus à cet ancien naturaliste, et par des détails neufs et précieux qu'il rap- portait sur leurs habitudes. Trois cent dix-sept espèces y sont décrites , et d'après nature , ayant toutes été vues par l'auteur, qui en a même déposé les plus intéressantes au Muséum d'histoire naturelle. Plusieurs sont nouvelles; quarante de ces dernières sont représentées; mais la nomenclature des anciennes n'y est pas toujours sans erreur, et il était en effet bien difficile de la constater d'après un ouvrage tel que celui de M. de Lacépède. L'auteur, qui a présenté à l'Listitut en i818 un supplément contenant encore des espèces in- téressantes, et qui en a décrit quelques autres dans les Mémoires de l'académie de Turin \ a Nice, ou histoire naturelle des poissons du département des Alpes maritimes; Paris, 1810, i vol. in-8.° 1. Tome XXV, p. 262; quatre scopèles et un nouveau genre, qu'il nomme alépocephale. \9Ù LIVRE PREMIER. travaille ensuite à une nouvelle édition de son Iclît} ologie , ou il a cherché à profiter des pro- grès de la science, et qu'il a augmentée encore de plusieurs espèces nouvelles ; elle est insérée dans le tome 111 d'un ouvrage général qu'il vient de faire paraître sous le titre ^Histoire naturelle de r Europe méridionale^ . Nous verrons ailleurs la méthode d'après laquelle il l'a disposée. La même année i 81 0, oii parut l'ichtyologie de M. Risso , un naturaliste d'origine française , étahli alors en Sicile, M. Rajînesque-Schmulz, publia deux petits ouvrages qui ont aussi de l'importance pour l'histoire des poissons de la Méditerranée : ses Caractères de quelques nou- i^eaux genres d animaux et de plantes de Si- cile^j, et son Catalogue d'ichtyologie sicilienne,^ Celui-ci, qui est le plus nouveau, porte le nombre des espèces à trois cent quatre-vingt- dix; environ cent quatre-vingts sont décrites comme nouvelles dans l'un ou dans l'autre , et soixante -treize y sont figurées. Un grand nombre sont nouvelles , en effet ; mais il s'en 1. Paris, 1827, 5 vol. in-S." 2. Caratteri di alci^ni nuoçi generi e nuoçe specie di animali e pianle délia Sicilia, etc. ; Palerme, 1 8 1 o, in-8." La (Jéclicace est du i ."Avril. 3. Indice d'ittiologia Siciliana, ossia catalogo meiodico dei nomi laiini, itallani e siciliani dei pesci che si rii'engono in Sicilia, disposti seconda un metodo naiurale , etc. ; Messine . 1810, iii-8. " La dédicace est du i5 Mai. 191 faut beaucoup que cette qualification puisse s'appliquer à toutes celles qui sont données pour telles, même en faisant abstraction de l'ouvrage de M. Risso. L'auteur ne paraît pas avoir eu à sa disposition tous les écrits de ses prédécesseurs, et surtout les mémoires épars parmi ceux des académies, ce qui l'a empê- ché de reconnaître que plusieurs de ses pois- sons avaient déjà été décrits. 11 a d'ailleurs inscrit dans son Catalogue sans examen tou- tes les espèces données par Lacépëde et par Linnaeus comme de la Méditerranée, ce qui lui en a fait compter plusieurs qui sont pure- ment imaginaires, et cela s'étend même à ses genres : ainsi son aodon, pris de Lacépëde, est la raie céphaloptëre ; son macroramphose, tiré de la même source, est le centrisque. Il a beaucoup multiplié les genres, et quelquefois sur des caractères légers, en sorte que, sans compter ceux qui sont étrangers à la Méditerra- née, il en a cent trente-neuf, et malgré sa faci- lité a les diviser, il ne le fait pas dans des cir- constances où cela serait impérieusement com- mandé par les lois de la méthode; il laisse, par exemple, les anchois dans le genre des harengs, les plies dans celui des soles, et avec le seul genre des squales de Linnaeus il en forme seize. La distribution générale dans le nremier & pn 1 92 LIVRE PREAUER. ouvrage est celle de Lacépède; dans le second, l'auteur l'altère seulement en intercalant les poissons cartilagineux avec les autres, leur assignant des places d'après ce que Lacépède dit de leurs opercules et de leurs branchies;^ car, à cet égard, M. Piaûnesque s'en est aussi entièrement rapporte au naturaliste français, et il croit, comme lui, que les baudroies ou les balistes n'ont pas d'opercules, et que les murè- nes n'ont ni opercules ni membranes bran- chiales. Les genres dans chaque division sont répartis en certains ordres, au nombre de soixante -onze; mais sans égard aux rapports naturels : les trachures , les labres , sont dans l'ordre des spares; les muges, dans celui des cyprins; les xiphias fort loin des tétraptures, etc. Ces deux écrits n'en sont pas moins très- dignes d'attention par quelques idées originales et à cause des poissons , dont ils offrent des des- criptions et des figures qu'on ne trouverait pas ailleurs, ainsi que par l'attention que l'au- teur a eue de nous donner les noms siciliens de la plupart de ses espèces. ^ 1. En voici le tableau. SOTTOCLASSE. POMNIODI. Gaidropsarus I Div. Giugulari. 2 Ord- Gadini. I Sez. Corisoflalmi. Gadus. 1 Ord. bleniiidi. Onus. Blennius. Slrinsia. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. i 95 D paraît, d'après ses citations, qu'il a pris une partie de ses matériaux, ou du moins qu'il 3 Ord. Trachinidi. Callionymus. Vranoscopus- Trachinus. Corystion. Oxycephas. 4 Ord. Curtisi. Chrj'sostroma- II Sez. Pleurostomi. 5 Orb. Acherini. Sjymphurus. 6 Ord. Pleronetti. Solea. Scophtalmus. Boihus. n Div. Toracicî. I Sez. Hemisferonoti. 7 Ord. Selenidi. 8 Ord. Zeusidi. Zeus. Capros. 9 Ord. Equenedi. 10 Ord. Chetùdonidi. 1 1 Ord. Acanturini. 12 Ord. Olacantini. II Sez. Tossonoti. i3 Ord. PerciJi. Lepipterus. Perça. Sciana. Lopharis. Centropomus. Holocentrus. Aylopon. Lutjanus. 14 Ord. Scaridi. Scarus. i5 Ord. Acaati. Centronotus, Hypacanthus. Naucrates. Ceulracanthus Notognidion. Gasterosteus. i6 Ord. Scomberini. Scomher. ly Ord. Sparidi. Trachurus. Lepodus. Cheilinus. Symphodus. Labrus- Spicara. Sparus. Diplodus. Dipterodon. Gonenion. Mullus. Apogon. Scorpena. III Sez. Ortonoti. i8 Ord. Dactipli. Daclylopterus. Trigla. Peristedion.ÇChabron- terus.) Oclonus. ( Malarmat.) Lepadogaster. 19 Ord. Echeneidi. Echeneis. 30 Ord. Corifenidi. Coryphœna. Zepimphis. Cottus. Gobius. al Ord. Islioforidi. Tetrapturus. 22 Ord. Cepolidi. Cepola. Lepidopus. z3 Ord. Girinetridi, Argyctius. Cephalepis. 24 Obd. Giniiurini. i3 494 LIVRE PREMIER. les a vus, dans l'ouvrage que Cupani avait préparé sous le titre de Panphjton siculum, et qui d'après cela devait contenir autre chose m Div. Addominali. I Sez. Fossogastri. 23 Ord. Poliiiemidi. 26 Ord. Salmonidi. Salmo. Osmerus. i'] Ord. Clupidi. Clupea. 28 Ord. Ciprinidi. Mu§iL Crprinus. II Sez. Ortogastri. 29 Ord. t'olittcrini. Polypterus. 30 Ord. Sairidini. Sajris. 3i Ord. Esocidi. Sphjrena. Esox. Sudis. 32 Ord. Notacantini. Notacantus. 33 Okd. Centrischini. Ceiitrisciis. 34 Ord. Loricarini. Loricarîa. 35 Ord. Siluiidi. Macvoi ainphosus. 36 Ord. Esocclini. Esocetus. Titus. Mfctophum. ^rgentina. ^therina. 2'] Ord. Ainidi. ^mia. 38 Ord. Rutirinidi. Butirinus. 3q Ord. Colunibriiiiili. 40 Ord. Olostoniidi. IV Div. Jpodi. I Sez. Macrosomi. 41 Ori. Signatidi. Typhle. Siphosioma. Hippocampus- Syngnathus. Nerophis. 42 Ord. Triuridi. 43 Ord. Trichiurini. 44 Ord. Ginnolini. Carapus- Ophisurus. Oxyrus. 45 Ord. Anguillidi. ^4nguilla. 46 Ord. Ofidini. Ophidiiim. y/mmodftes- Scarcina. 47 Ord. Zilidi. Xipluas. 48 Ord. Conieforini. II Sez. Brachisomi. 49 0.1D. Stromatini. Strornaieiis. Liivarus. 50 Ord. Ostracidi. Ostracion. 5i Okd. Odontini. Tetrodon. Diodon. Orthragus. Diplanchias. U SOTTOCL.ASSE. ATELIIVI. I Div. Pomanchidi. 53 Ord. Sternottidi. Slernoptyx. 54 Ord. Sphirionidi. Sturio. HISTOIRE DE LICHTYOLOGIE. i 9S que des plantes ' ; mais c'est un livre que nous ne connaissons pas. On doit aussi compter au rang des écrits idi. 55 Ord. Cogv Cugrtis. II Div. Omnanchidi. 56 Ord. Mormirini. 57 Okd. Chinierini. Piescephalus. 58 Ord. Balisiini. Batistes. Capriscus. 59 Ord. Lofidj. Lophius. 60 Ord. Echelini. Echelus. 61 Ord. Clopsidini. Chlopsis. Nettastoma. 62 Ord. Zitterini. Xypterus. III Div. Ginnanchidi. I Sez. Diplanchidi. 63. Ord. Monotteridi. Pterurus. 64 Ord. Dalofidini. Dalopliis. 65 Ord. Murenidi. 3Iurœna. II Sez. Polianchidi. 66 Ord. Chondropteri. Dalatias. Carcharias. IJeptranchias. 1. François Cupani, né en Sicile en lôSy, entré dans l'ordre des Minimes en 1681 , élève de Boccone, mort en 1711, avait préparé pour son Panphjton siculum jusqu'à sept cents planclies , qui, dit-on, sont conservées dans la bibliothèque du prince de la Gatolica. Bonanni avait commencé à le publier en lyiS. 11 y a des épreuves de soixanle-luiit de ces planches dans la bibliothèque de Banks. ^lopias. I sur us. Cerictius. Stjualus. Oxy notas. Rhiiia. Pristis. ^odon. Etinopterus. Tetroras. Galeus. Sphjrna. Hexanchus. 67 Ord. I^latosonii. haia. Leiobatus. Torpédo. Dipturus. Mohula. Cephaleutherus. Uroxis. .Apterurus. Dasjatis. 68 Ord. Laïupredini. Petromyzon. III Sez. Elteridi. 69 Ord. Atteridi. Orystomus. Helmictis. 70 Ord. Auoftalmini. C te ci lia. 71 Ord. Missinidi. Myxine. 196 LIVRE PREMIER. qui ont concouru à étendre la connaissance des poissons de la Méditerranée, les listes de noms vulgaires et les descriptions particulières données dans divers recueils par les natura- listes italiens ou par ceux cpii ont voyagé en Italie, MM. VivianV, Spinola^y Giorna^, Bon- nelli'^y Otto^y Ranzani^, Falenciennes.^ Je puis mettre également dans ce nombre les monographies que j'ai insérées dans les mé- moires du Muséum.^ 1. M. Dominique VrviANi, professeur à Gènes : Catalogue des poissons de la rivière de Gènes et du golfe de la Spezzia ; Annales du Muséum, t. Vlll (1806) , p. 568. 2. M. ylugust in ^fiiio\.k , naturaliste de la même ville, a décrit un serran, un apogon , un pleuronecte, une mendole, un lophie, etc. Il J a joint un catalogue des noms liguriens de plusieurs poissons; Annales du Muséum, t. X, p. 366. 3. M. GiORNA , professeur à Turin , a décrit le lophote de Lacé- pède dans les Mémoires de Turin, i8o5 — 1808. Je l'ai décrit d'après un individu plus entier; Annales du Muséum, t. XX, p. 393. 4. M. BoNNELLi , aussi professeur à Turin, a fait connaître un trachipterus , ou gjmnètre, dans les Mémoires de Turin, t. XXIV, p. 494. 5. M. Otto, professeur à Breslau, décrit plusieurs poissons de la Méditerranée dans son Conspectus animalium quorundam rnari- iimorwn nondum editorum; Breslau, 1821. 6. M. Ranzani, professeur à Bologne, primicier de la cathédrale de cette ville, a décrit, dans les Opuscoli scientifici de Bologne, un gvmnètre qu'il nomme epidesmus maculatus. 1. Monographie des marteaux , Mém. du Mus., t. IX, p. 266.J description du cnw' (polyprion) , ibid. , t. XI, p. 222. '8, T. I, p. 1, le maigre, ou fegaro, scicena umhra ; p. 228. HISTOIRE DE LICHTYOLOGIE. 197 Les poissons du golfe adriatique ont été étu- dies avec un soin remarquable par MM. Naccari * et Nardo % et d'après le programme que ce der- nier vient de faire paraître, on doit s'attendre de sa part à un beau travail, où ces poissons seront considérés sous tous les rapports. ' La Faune des Orcades"^ de George Low, pu- bliée en 1815, par le docteur Leach, ajoute des détails trës-intéressans à l'bistoire des pois- Yargentlne; p. 236, Yapogon; p. 5i2, Vophidlum imberhe ; p. 324, le razon ; p. 353, le casfagnau; p. 357, les crénilabres , etc.; p. 454 j divers spares ; p. 4^7, le nielet, etc. J'ai ajouté, t. III, p. 48 1 , un mémoire sur les chironecles; t. IV, p. 121 , sur les diodons; p. 444? sur les mjlètes ; t. V, p. 55 1 , sur divers autres salmones et sur le glossodontc. 1. Fortuné-Louis '^^cckKi, vice-consul desDenv-Siciles à Chiog- gia , et bibliothécaire du séminaire de cette ville, a donné dans le Journal de physique de Pavie, déc. Il, t. V (1822), p. 52G et suivantes, un mémoire intitulé : Ittiologia adriatica , ossia cata- logo de pesci del golfo e lagune di Venezin , et y a joint un supplé- ment, intitulé : Aggiunta aW ittiologia adriatica, dans le Journal de la littérature italienne de Padoue, Mai et Juin 1823, p. 188 et suivantes. 2. Dominique Nardo, du même lieu de Chioggia, a donné dans le Journal de Pavie, t. VII (1824), p- 222 et suivantes, des Osser- vazioni ed aggiunte alV adriatica ittiologia del signer Naccari. 3. Ce programme est inséré dans l'Isis, t. XX, 6.''cah. , p. 47^ et suivantes, et intitulé : Prodromus ohserçaiionum et disguisitiontmi ichtyologiœ adriaticœ. Il est disposé d'après l'ordre suivi dans mon Règne animal. 4. Fauna orcadensis , or the natural history of the quadrupeds f hirds, reptils and fishes ofOrknej and Schctland , bj therev. G. Lovv, from a manuscr. , in the possession of\N. Elford Leach 5 Edimbourg/ i8i5 , in-4.'' 198 LIVRE PREMIER. sons de la mer du Nord; mais le nombre des espèces n'est pas considérable : on n'y en compte que cinquante-deux. Feu M. George Montagii a laissé dans les Mémoires de la société wernérienne des des- criptions de plusieurs poissons rares de la côte méridionale de la Grande-Bretagne. ' Un beau mémoire posthume de M. Jiirine, sur les poissons du lac de Genève, vient d'être publié par la société de pliysique de cette ville.* Parmi les recherches particulières faites dans cette période sur les poissons de climats plus éloignés, on doit mettre au premier rang celles de M, Geoffroy Saint-Hilaire , sur les poissons du Nil et de la mer Piouge, insérées, soit dans les Annales du Muséum^, soit dans le grand ouvrage sur l'Egypte "^5 qui nous ont fait con- naître une multitude de silures singuliers, un genre très-extraordinaire, le polyptère, et qui 1. Mem. ofthe Wernerian Nat. kist. soc, t. II, 2/ part., 1818. 2. Dans les Mémoires de la société de plij^icjue de Genève, t. in, i/*^ partie. 3. Annales du Muséum, t. I, p. 67, le polyptère: p. i52, l'achire barbu; t. XIV, p. 46o, les salmones du Nil. 4. Description de l'Egvpte, publiée par ordre du gouvernement français depuis 1809, et qui compte déjà plusieurs volumes in- folio de texte et autant de planches, format d'atlas : la partie d'histoire naturelle forme trois de ces atlas. Il J a une édition in-S." du texte j Paris, Panckoucke, 1821 et suiv. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGTE. 4 99 nous ont procuré des notions plus exactes de beaucoup d'espèces incomplètement décrites par Hasselquist et Forskai. Ces reclierclies tirent un nouveau prix des l^elles figures laites sur le frais, par M. Redouté, le jeune; elles ont d'ail- leurs conduit l'auteur à des travaux importans sur fostéologie de cette classe, sur lesquels nous reviendrons bientôt. M. Isidore Geoffroy, son fils, vient de donner de ces descriptions une rédaction générale qui les présente avec ordre et clarté. M. de Lacépède lui-même a décrit séparé- ment quelques espèces dont il n'avait pas parlé dans son grand ouvrage , et tpii avaient été en- voyées de la mer des Indes par Péron. ^ Les différens dictionnaires d'bistoire naturelle publiés en France^ et dans l'étranger, contien- nent aussi sur les poissons des articles dont plu- sieurs sont importans , et dont il n'est permis de négliger aucun, lorsque l'on travaille sur cette classe. Nous citerons particulièrement parmi les naturalistes qui y ont inséré des observations 1. Annales du Muséum, l. IV, p. 201 et suivantes, une raie, trois lophies, un ostiacion, un tétrodon, un syngnathe, un labre, un prionure, etc. 2. Nouveau Dictionnaire d'histoire naturelle, cliez Déterviile : Dictionnaire des sciences naturelles, chez Levrault; Dictionnaire classique d'histoire naturelle, chez les frères Baudouin, 200 LIVRE PREMIER. originales, MM. Bosc„ B ojj- Saint- Vincent , Desniarest ^ et Hippoljte CÂoquet. Les membres de l'académie de Pétersbourg ont continné à décrire les poissons de la mer du Ramtschatka, et M. Tilesius surtout en a fait connaître de fort remarquables.^ Le tome troisième de la Zoograpbie russe dePallas^, imprimé par les soins de M. Tile- sius, avec de nombreuses additions de l'édi- teur et des extraits importans des observations de Steller, embrasse à la fois les poissons de la mer Noire, de la Baltique, de la mer Glaciale et de la partie septentrionale de l'Océan pacifi- que, ainsi que ceux des lacs et des rivières de tout ce vaste empire. On y trouve surtout des faits intéressans sur les poissons de la mer 1. M. Desmarest a donné une partie de ses articles à part, sous le titre de Décades ichf^ologiques. 2. Dans le t. II (i8o6 et 1807) des Mémoires il j a , p. 382, un mémoire de Pallas sur son genre labrax, où il en décrit six espèces. JM. Tilesius en décrit aussi une, p. 555, et legadus yach- nia, p. 55o. Dans le t. III (1809 et 1810), p. 225 et suivantes, M. Tilesius décrit un gastéroste , un blennie , iine lamproie, un pleuronecte, le cotlus hemilepidotus, le sjnanceja cervus ; dans le t. IV (181 1), quatre agonns, un cjprin, un épinéphélus et un trachinus; dans le t. VU (i8i4), p. 3o6, un baliste sans ventrales, qu'il nomme balistapus. 3. Zoographia rosso-asiaiica; Pétersbourg, i8i 1, 5 vol. in-4.° Cet ouvrage n'a point encore é(é publié; mais j'en dois un exemplaire aux bontés de M. le président de l'académie de Pétersbourg. il pa- rait que la perte des cuivres est ce qui a empêché ce livre de paraître. HÏ&TOIRE DE l'iCHTYOLOGTE. 201 Noire, que Pallas put observer par lui-même lorsqu'il s'établit en Crimée. Il s'en faut cepen- dant beaucoup que toutes les espèces de ces im- menses parages s'y trouvent réunies. Le nom- bre total n'y est que de deux cent quarante , distribuées en trente-buit genres, tous pris de Linnaeus, à l'exception de trois, les ela^orbous {comephorCy Lacép.) , les pbalangistes [a^o- nus, Scbn.) , et les labrax. Ils sont divisés seu- lement en deux ordres, les spiraculata ou cbon- droptérygiens , et les hranchiata , qui com- prennent tous les autres, et ces deux ordres ne forment avec les reptiles nommés pulmo- nata, qu'une seule classe , appelée monocardia ou animaux à sang froid. ^ i. Ces genres j sont peu multipliés, et distribués, sans autre subdivision , d'après certaines analogies extérieures , mais assez peu importantes, et comme il suit. ORDO II. Spiracdlata. Cottus. Scorpœna. Raia. CaUionjmus. Perça. Chimtera. Gohius. Sciœna^ Srjualus. Cohitis. Coracinus. Petromjzon. Blennius. Lahrus. ORDO III. BRàNcjiiATA, Ophidium. Sparus. Murœna. tiadus. Labrax. Cyclopteriis. Clupea. Cfprinus. ^narhichas. Scomber. Esox. Silurus. Mtigil. Salmo. Acipenser. Mullus. Pleuronectes. Phalangistes ( ( otti AmjHodYles. cataphracti). Gasleracanthus (gas- Syngnathus. tejosteus, LianJ. ElœorhousicalU onymuf Trigla. baicalensis). Trachinus. 202 LIVRE PREMIER. A mesure que la prospérité des Etats-Unis prend des accroissemens et que l'amour des sciences y fait des progrès , on en étudie mieux les productions, et au lieu qu'autrefois c'étaient les Européens qui allaient les recueillir, ce sont maintenant des indigènes ou des Européens établis dans le pays qui nous les font connaî- tre, et avec bien plus d'étendue et d'exactitude que ne pouvaient le faire des naturalistes voya- geurs. Ainsi l'on n'avait guère dans le dix-huitième siècle, sur les poissons de l'Amérique septen- trionale, que l'ouvrage de Catesby, et ce que Pennant en a inséré dans sa Zoologie arcti- que. Mais en 1815, le docteur Mitchill, savant naturaliste de New^-York, a donné' une his- toire des poissons qui se pèchent aux environs de cette ville, oîi il en décrit cent quarante- neuf, distribués d'après le système de Linnseus, avec des figures fort bien faites , quoique pe- tites , de soixante des plus intéressans. JN'ayant adopté que deux des genres établis depuis Lin- naeus , les bodians et les centronotes , c'est quel- quefois un peu au hasard qu'il a placé ses es- pèces, et parmi ses ésox, par exemple, il y 1. Dans les Transactions de la société littéraire et philosophique de Neiv-York, t. I, p. 355 , il en avait fait paraître auparavant un premier essai, in.i2, de vingt-huit pages ; New-York, i8i4« HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 203 en a d'assez hétérogènes. Il n'a pas toujours non plus démêlé la véritable nomenclature dans les ouvrages souvent si confus des naturalistes européens; mais il fournit lui-même dans ses descriptions les moyens de rectifier les erreurs qui lui sont échappées, et son mémoire est certainement ce qui a par» de mieux dans ce siècle sur les poissons du Nouveau-Monde. Il a donné depuis quelques espèces nouvelles dans des écrits périodiques.^ L'exemple du docteur Mitchill a excité d'au- tres naturalistes ; M. Lesueur surtout, peintre français , déjà bien connu comme le fidèle com^ pagnon de Pérou, dans son voyage aux terres australes, et qui s'est établi aux Etats-Unis, a publié les descriptions de plusieurs belles es- pèces, avec des ligures très-exactes, dans le Journal de l'académie des sciences naturelles de Philadelphie^ et ilans d'autres ouvrages pé- riodiques. 1. Dans le Journal fies sciences naturelles de Philadelphie, t. 1, a.*" part., p. 407, une anguille, un gade, wn salmone; dans les Annales du Ljcée d'histoire naturelle de New-York, Mars 1824, p. 82, un nouveau genre, le saccopimrjnx , le mèine qui est décrit par M. Harwood dans les Transactions philosophiques de 1827, sous le nom d'ophiognalhus. 2. Dans le t. 1 , 1 /*■ part. (1818), trois espèces de raies, cinq d'anguilles, deux de gades, une de cyprins, quatre d'hjdrargires , le genre entier des catostomus, détaché de celui des cjprins , et dont il décrit dix-sept espèces j dans le t. I, a.'^part. (1818), 204 LIVRE PREMIER. M. Rafinesque, le même dont nous avons cité les écrits sur l'ichtyologie de Sicle, s'étant transporté aux Etats-Unis, oii il occupe une chaire à l'académie de Lexington en Rentuky, s'est occupé aussitôt des poissons de la contrée qu'il hahite. 11 en a décrit trois genres nou- veaux dans le Journal des sciences naturelles de Philadelphie ^ et il en propose dix-sept dans un programme imprimé dans le Journal de physique^ de Paris, de 1819, auxquels il en ajoute plusieurs dans un écrit intitulé Annales de la nature pour i 820. Enfin , dans une his- toire de ceux de l'Ohio ^ et de ses alïluens , qu'il a fait imprimer en i 820 à Lexington , il ajoute deux squales, deux dupés, trois nicgalopes, deux corégones, un genre qu'il nomme platirostrn , un genre qu'il nomme hiodon , quatre ésoces ; dans le t. 11 ( 1821 et 1822 ), trois orphies, trois sciènes, deux exocets, plusieurs petits poissons voisins de la pœ- cilie ; dans le t. IV, 1/" part. (1824), six raies ou poissons de genres voisins; dans le t. IV, a/ part. (1825), deux nouveaux blennies: dans le t.V, i.'^'^part.( i825), quatre mursenophis, deux saurus ; dans les Mémoires du Muséum d'histoire naturelle de Paris, t.V, quelques poissons du haut Canada, six pimélodes, ■un esturgeon, un balrachoïde, un brosme, deux lingues. 1. T. I, 2.*" part., p. 417 > trois nouveaux genres, pomochis , sarchirus , exoglossum. 2. T. LXXXVIII, p. 4» 7? prodrome de soixante-dix nouveaux genres d'animaux, découverts dans l'intérieur des Etats-Unis d'Amérique en 1818 par C. S. Rafinesque. 3. IcHTVOLOCiA Ohiensis, ot Tiatural historj of thefishes inhahiting ihe river Ohio and ils tributarj streams , etc ; Lexington. Kenlu- cky, 1820, in-8.° HISTOIRE DE LICHTYOLOGIE. 205 encore quelques genres , et de'crit cent onze es- pèces, dont un grand nombre sont nouvelles et avaient échappé à MM. Mitchill et Lesueur. Il n'est pas douteux que ce vaste continent de rAmérique , ses côtes si prolongées et si en- trecoupées j ses grands lacs et les fleuves im- menses et innombrables qui l'arrosent , n'aient encore de riches contributions à fournir à l'ich- tyologie, et l'on ne peut trop désirer que les naturalistes qui l'habitent continuent leurs re- cherches avec l'ardeur qui les anime depuis quelques années ; ils rendront et au-delà à l'an- cien continent ce qu'ils en ont reçu d'instruc- tion et de lumières. Un zèle semblable anime aujourd'hui plu- sieurs des Anglais établis dans les Indes ou à la Nouvelle-Hollande, et a déjà produit d'excellens effets. Outre le grand ouvrage de Russel, dont nous avons parlé , il a paru en ] 822 une His- toire des poissons du Gange, par M. François Hamilton Buchanan \ qui en contient deux cent soixante-sept espèces , avec d'excellentes figures, des descriptions soignées et des détails pleins d'intérêt sur leurs habitudes. C'est la plus riche contribution qui ait été reçue des pays 1. yin accounl of the fishes found in the river Ganges and ifs branches, bj Fr. Hamilton [formerlj Buchanan), m. cl. ; Edim- bourg, i82>, in-4.'% avec un atlas de trente-neuf planches. 206 LIVRE PREMIER. lointains ponr l'ichtyologie. L'auteur y suit sim- plement les ordres de Linnaeus ou plutôt de Pennant; mais il adopte les genres de Lacé- pède et y en ajoute plusieurs nouv eaux. Comme tous les auteurs récens, et surtout ceux qui écrivent loin des secours littéraires, il n'a pas toujours bien saisi la nomenclature de Lacé- pède, ni même celle de Bloch, en sorte qu'il donne quelquefois pour nouveaux, des genres ou des espèces qui ne le sont pas; mais son ouvrage ne perd rien de son prix, pour un accident arrivé à tant d'autres. Les découvertes d'histoire naturelle sont au- jourd'hui considérées comme une partie essen- tielle d€ celles cpie doivent faire les grandes expéditions nautiques, et les derniers voyages des Rosses et des Français ont rempli ce Init d'une manière exemplaire. La relation de celui de M. de Krusenstern ^ présente des ligures de vingt espèces de pois- sons avec leurs descriptions , par M. Tilesius. 1. Le capitaine Krusenstern , aujourd'hui amiral , partit de Cronstadt le 7 Août i8o5 , toucha en Angleterre, aux Canaries et au Brésil, doubla le cap Horn, visita les Marquises, les \\t^ de Washington, remonta au Kamtschatka, et en partit pour le Japon, retourna au Kamtschatka, traversa la mer de la Chine, et revint par le détroit de la Sonde, le Cap, Sainte-Hélène et le nord de l'Ecosse : il était de retour à Cronstadt le 9 Août i8ot;. HISTOIRE DE LICHTYOLOGIE. 207 L'expédition du capitaine Baiidin ^ avait aussi procuré une grande quantité de poissons nou- veaux , grâce au zèle de MM. Pérou et Lesueur, mais les descriptions et les figures que ces ob- servateurs en avaient faites , n'ont point paru , et l'on ignore même ce qu'elles sont devenues depuis la mort du premier; heureusement les poissons eux-mêmes sont conservés au Muséum , et nous en protlterons pour notre ouvrage. Le Gouvernement a pris des mesures pour que dorénavant les travaux de nos naturalistes ne soient pas ainsi perdus pour le public, et déjà on a vu paraître la partie zoologique du voyage de M. de Frejcinet , avec des planches magnifiques, dans lesquelles entre autres se trouvent les figures coloriées de soixante-deux espèces de poissons ^ MM. Qiioj et Gajmard, 1. Le capitaine Baudin partit du Havre le 19 Octobre rSoo, avec les corvettes le Géographe et le Naturaliste; il passa aux Cana- ries en Novembre, à l'Isle-de-France en Mars et Avril 1801 , visita \gs côtes sud-ouest de la Nouvelle-Hollande, séjourna à Timor, se rendit à la terre de Van-Diemen, séjourna au port Jackson, revit diverses parties de la Nouvelle-Hollande , et revint par l'Isle-de- France et le Cap : il était de retour en Europe le 16 Avril i8o4- La relation de ce vojage a paru en deux volumes in-4.'' et deux atlas, Paris, 1807 et 1816, et pour la partie géographique, par M. Frejcinet, lui volume in-4.'' ^t un atlas, 181 5. Le Cabinet du Roi a reçu de cette expédition pins de deux cents espèces de pois- sons, mais trop souvent en individus de petite taille. 2. Le capitaine Freycinei , commandant la corvette l'ilranie^ partit de Toulon le 17 Septembre 1817, se rendit par les Canaries 208 LIVRE PREMIER. naturalistes de cette expédition, en ont rap- porté un nombre bien phis considérable, dont nous profiterons aussi. Déjà l'on commence a graver les planches du voyage de MM. Duper- rej et d Urville"^ . Il s'y trouvera plusieurs belles espèces de poissons, recueillies par MM. Lesson et Garnoty et dessinées avec beaucoup d'exacti- tude par M. Lesson. Outre ces auteurs, qui ont servi l'ichtyolo- gie, en faisant connaître des nombres plus ou moins considérables de poissons, il en est qui ont cbercbé à mettre la distribution de la classe à Rio-Janeiro, de là au Gip, à l'Isle-de-France, à Timor, à Rau- wac près de la Nouvelle-Guinée, aux Mariannes, aux îles Sand- wich, et retourna par le port Jackson et la Terre-de-Feu. 11 échoua aux ilesMalouincs, et revint sur un bâtiment américain par Monté- Vidéo et Rio-Janeiro : il était de retour au Havre le 1 5 Novembre 1820. Le Cabinet du Roi en a reçu environ cent cinquante espèces de poissons, et MM. Quoj et Gajmard en ontre présenté soixante- deux dans la partie zoologique qui a paru in-4.°j Paris, 1824 et 1825, avec un atlas in-folio. 1. Le capitaine Duperrey , commandant la corvette la Co- quille, appareilla de Toulon, le 11 Août 1822, se rendit au Brésil, aux Malouines, doubla le cap Horn, visita la côte du Chili e, du Pérou, les îles des Amis, la Nouvelle-Irlande, Wai- glou, les Moluques, doubla la pointe méridionale de la terre de Van-Diemen, se rendit au port Jackson, de là à la Nou- velle-Zélande, aux Carolines, à la Nouvelle-Guinée, et revint par Java, l'Isle-de-France, le Cap, Sainte-Hélène, l'Ascension : il était de letour à Marseille, le 24 Avril iSaS. Le Cabinet du Roi doit à ce vojage deux cent quatre-vingt-huit espèces de pois- sons , recueillies par MM. Lesson et Garnot. HISTOIRE DE LICHTIOLOGIE. 209 plus à la portée des commençans , ou à la per- fectionner, soit en l'établissant d'après de nou- veaux rapports, ou en y introduisant des sub- divisions plus nombreuses et plus précises; mallieureusement ils ont la plupart assez peu consulté les rapports naturels. M. Rafinesque, après la métliode iclityologi- que publiée dans son Catalogue des poissons de Sicile, et que nous avons déjà fait connaître, en a donné une autre, un peu différente, dans un ouvrage général intitulé Analyse de la nature, ou Tableau de V univers, imprimé en 1815.' 1. Paleime, 181 5, in-8." En CLASSE ICHTYOSIA. {les poissons.) sous-cl. holobrancuia. I." Ord. Deripia. I.*"^ Sous-ORD. Chorizopia. i/'Faui. Blemvidia. \.'^ S.-Fam. Monodactylia. Dactjleptus.{Muréiioide, LacépO Pteiaclidus. (Oligopode j Lacép.) 2." S.Fain. Poljdactjlia. Blennius. Phjcis. PhoUdus. Encheijopus. Pacanius j R. Ichtias , R. Dropsarus , R. 2." Fani. Gadikia. i.^^ S.-Fam. Merluccia. Gadus. Merlucciut. voici le tableau. Trisopterus , R. Sirinsui, R. Brosme. 2.^ S.-Fam. Tracliinia. Batrictius.{Batrachoïde, Lac.) Platjcephaliis. Cerintha. Taur.is. Callioiiiorus. Callionjmus. Oxjcephas. {Lepidole- prus.) Uraiwscopus. Trachinus. Corystion. 3.' Faïu. Brachomia. Chiysostroina. Kurtus. 11.^ SoTJS-ORD. Pleuropsia. 4."^ Faai. Plel KOKECTiA. i" S.-Fam. Achiria, Achirus. Syniphurus , R. Monochirus, 14 210 LIVRE PRExMIER. Il part toujours de la supposition que l'ab- sence d'opercules ou de rayons est réelle dans 2." S--Fam. Diplochiria. Pleuronectes. Scophtalinus , R. Bothus, R. Plagiusa- II.* Ord. Thoraxipia. I.*' Sous-ORD. Leptosomia. 5.' Faill. CuiETODONlA. \/^ S.-Fam. Leiobranchia. Chwtodon. Chœtodipterus. Teuthis. Acanthinion. 2." S.-Fani. Odobranchia. Pomadasys. Enoplosus. Holocantha. Pomacantha. Poviacentrus. 6.' Fam. Zfdia. i.^^ S.-Fam. Glyphisodia. Glyphisodon. jdcanthopodus. Acanthurus. Aspisurus. Nasonus. 2.^ S.-Fam. Aplodia. Zeus. Argjreiosus. Setene. Alectis. (Gallus , Lac) y.' Fani. Petalomia. 1." S.-Fam. Cepolidia. Cepola. Trachjpteius. Hostrictis. (Bostriche, L. Pterops. {Boslrichoide , Lac.) Tasica, R. Lepidopus. .'..^ S.Fam. Gymiietria. Gyinnetrus. Nemipus , R. hegalecus. Hiatula. yirgyclius , R. Cephalepis , R. Gymnurus , R. Tœnioides. IL* Sous-ORD. Toxonotia. 8.' Fam. Atractomia. 1." S.-Fam. Scouiberia. Scomber. Polypturus. (Scombéro- viore , Lac.) Orcjnus. (Scombcroide , Lac.) Trachinotus. 2." S.-Fam. Caranxia. Caianx. Trichopterus, R. Centracantha , R. Hypacantha, R. Hypodis , R. Centropodus. Notognidion, R. Centrolophus. Gasterosteus. Naucrates , R. Baillonus , R. Cesiomorus. Centronotiis. 9.* Fam. PoMODiA. i." S.-Fam. Notacandia, Lepisacantha. Gastrogonus. K. Cephiinnus , R. Gymiioceplialus. 2." S.-Fam. Percidia. Lepiptet us , R Holocentrus. Perça. Micropterus. Epinephelus. Sciœna. Bodianus. Pomatomus. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 211 tous les poissons oii elle est alléguée par La- cépède. Il continue de mettre ensemble les Panotus j R. Tœnianotus. Lutjanus. Johnius. yiptogon, R. Aiithias. Lopharis , R. Centropomus. Cepkacandia , R. Cephalacanthus. Ttachjchtis. Epigonus , R. 10.' Fam. Leiopoma. i." S.-Fam. Osteostomia. Leiognnthus. Scarus. Ostorhjnchus. 2. S.-Fam. Trichopodia. Monodactjlus. Trichopodus. Osphronemus. 3.' S.-Fam. Monotia. Trachurus , R. Cœsio. Qonurus j R. Lepodus, R. Harpe. Cheilinus. Pimelepterus. Hologjmnosus. Lep»inus, R. Pomagonus , R. Maciopodus. Xj-pkonus. Ophicephalus. Sparus. Diplodus , R. Mesopodus , R. Spicara, R. Lahrus. Cjnœdus , R. Pogonias. Acaramus , R. Sjrmphodus i R. Lonchuius. Gomphosus. Ceittrogasier. Plectorhjnchus. 4-' S.-Fam. Mullidia. Dipterodon. Gonenion , R. Leioslomus. Clodipterus, R. (Chéilo- dipt.. Lac.) Mullus.(U y laisse VApo- gon.) Macrolepis , R. III.* Sous-ORD. Orthonota. 1 I. Fani. LOPHIOKOTA. »•' S.-Fam. Isliophoria. Istiophorus. Tetraptuius , R. Guebuctis, R. Makaira. 2.^ S.-Fam. Corjphaenia. Macrui us. Coijphœna. Hemipteronotus. Micropodus , R. Cheilio. Megaphalus , R. Gohiesox. Pomacanthus , R. Leptopus , R. Oxima , R. Eijuetus , R. Branchiostegus. ( Cory- phénoïde, h.) Eleotris. Epipthalmus. (Gobiomo- roide , Lac.) Lepimphius , R. 12.' Fani. Plecopodia. Plecvpodus. (Gobioïde , Lac.) Umbra J Gron. Lepadvgaster. 21 2 LIVRE PREMIER. poissons auxquels il attribue ces caractères né- gatifs, soit qu'ils aient le squelette osseux ou Piecephalus , R. Cyclopterus. Lumpus. Liparius , R. i3.' Faiîi. Cepuoplia. \.''^ S.-Fam. Echenidia. Echeneis. 2.' S.-Fam, Cephalotia. Cottus. ^spidophorus. Perds ^ Scop. {Aspido- phoroide , Lac.) Ajgula. {Coris, Lac.) Scorpœna , L. m.*" Ord. Gastripia. \." Sous-ORD. Brachistomia. i4.^Fam. Dactylinia. 1." S.-Fam. Triglidia. Prionotiis. Trigla. Peristedlon. Octonus j R. 3.^ S.-Fam. Dimeredia. Dactjlopterus. Cirrhitus. 3.* S.-Fam. Poljneinia. Poljdactjlus. Poljnemus. Ch e ilodactylus. i5.'' Fam. Dermoptehia. Sahno. Osmcrus. Coregomts. Chaiacinus. Anostomus, Gasterodon , R. Seirasalmus. 16.'' Fam. Cyprikia. i." S.-Fam. Gaslerogonia Xystercis. Dorsuarius. Menetis. Buronus. Gasteroplecus. Clupea. Thrissa, (Clupanodon.) Mjstus , Gron. 2." S.-Fam. Gymnopomia. Cyprinus. Gonorhjnchus. Megalops , R. Mjctophum , R. Gotiostoma , R. Prinodon, R. Cjprinodon. Matiiacus , R. Edoniusj R. Atherina. y/rgentina. Hydrargyra. Stolephorus. Gonipus , R. Tirus, R. 3.' S.-Fam. Lepomia. Exocet us. Chaiws. Mugil. Myxonum, R. (Mugiloï- de, Lac.) Trichonotus , R.(Mugilo- more , Lac.) Soranus , R. 7.^ Fam. Opi.ophoria. 1.'" S.-Fam. Loricaria. Plecostomus , R. Hypostomus. Cordoiinus. Corydoras. Doras. Cataphracius. Pogonatus. 2.' S.-Fam. Siluridia. Silurus. Platiscus. Bagrus, R. Macropteronotus . Tachysurus. Pimelodus. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 215 cartilagineux , les chondroptérygiens comme les autres; il repartit ensuite les poissons où Malapterurus. Ploiosiis. u4geneiosus. Centranodon. Macroramphosus. Clarias, Gron. Aspredo , Gron. 18/ Fain. Cylindrosomia. Anahleps. Amiatus. {Ainia , L.) Misgurnus. Cobitis. Fitndulus. l\.^ Sous-ORD. Macrostomia. 19/Fam. SlAGOWlA. 1/' S.-Fam. Sphyrenidia. Sphjrœna. Sudis , R. Sajris.{Scomhresox , h.) Tripteronotus. z.^ S-Favi- Eso\iJia. Esox. liaphistoma. (Béloiie.) Lepisostus. Sjnodus. Megalops. Elops. Slomias , R- 3.',y.-Fûm. Notacantha. Notacanthum. Odamplius , R. Onopionus , R. 20." Fam. SiPHOSTOwiA. \ " S.-Fam. Colubrlnia Butjrinus. Cotubrinus. Gitaris , R. -t/ S.-Fam. Aulostonùa. Aulostomus. Fistularia. Solenostoma. Macrorhjnchiis Cenltiscus. IV.^ Ord. Jpodia. I/' Sous-ORD. Ostopodermia. 21.'^ Fani. Apuyostomia. Syngnathus. fjphlinus, R. Siphostoma , R. Hippocampus. Philophoriis , R. Homolenus , R. Kerophis , R. 22.* F'am. OsTEODiA. t.'" S.-Fam. Ostracidia. Osiracion. Gonodennus , R. 2.' S.-Fam. Odopsia. Teirodon. Orthragits. Diplanchias , R. Diodon. Cephalopsis , R. 3/ S.-Fam. Orbidia. Orbidus. (Sphéroïde, L.) Ovoidiis. {Ovoïde, Lac.) 11.^ Sous-ORD. Malacodermia. 23.'^ Fam. Pantopteria. 1.^' S.-Fam. Slromatia- Rhomhus. ■ Slromafeiis. Luvarus ; R. Tangus , R. Xeptœa , R. Piiatia, R. 2.^ S.-Fam. Xyphidia, Anarhichas. Comephorus. Opictus , R. Xiphias. Macrvgiialhus. ?i' S.-Fam. Aiigiiilliiiia. Eleulhuiiis , il. Mastarembclus. Scavcina , R. Ammodiles^ 214 LIVRE PREMIER. aucun de ces organes n'est supposé manquer, comme Linnaeus , d'après leurs ventrales : il ob- tient ainsi huit ordres, qu'il subdivise en trente familles , dont cbacune comprend deux ou trois sous-familles, et oii il fait entier trois cent soixante-dix-sept genres. Tous les genres de La- cépëde entrent dans ce nombre sans autre exa- men, ce qui reproduit toutes les erreurs et tous les doubles emplois de ce naturaliste. Les genres Ophidium. ^n gui lia. Triurus. Ictiopogon. (Bostrjche, L.-,c.) Pterops , R. ( Bostry- choïde , Lac. ) Ces deux prétendus genres sont déjà à la seiilieuie famille. 24.' Fam. Peropteria. i.^" S.-Fam. Gymnotia. Gymnotus. Carapus , R. Apteronotus. Dameiis , R. Neleus , R. 3.* S--Fam. Trichiuria. Trichiurus. Nemocltirus j R. Diepinolus , R. Symphocles , R. 3.' S.-Fam. Ophisuria. Tiotopleriis. Ophisurus. Leptocephalus. Oxyurus, R. V/ Ord. Ellropomîa. aS." Fam. Pomanchia. i.'" S.-I'am. Slernoplygia. Sternoptyx. Melanictis , R. 2." S.-Fam. Sturiouia. Polypterus. Acipenser. Polyodon. Pegasus. VI.* Ord. Chismopnea. 26.' Fani. Brakchismea. 1." S.-Fam. Cliimeria. Chimœra. Mormyrus. 2.^ S.-Fam. Balistia. Batistes. Capriscus , R. Fetula, R. Epimoiius , R. 3.' S.-Fam. Lophidia. Lophius. Chironectcs. Conomus , R. 27.* Fam. Meiopteria. I." S.-Fam. Echelia. Echelus, R. Stylephorus, 2.' S.-Fam. Chlopsidia. Chlopsis, R. Nettastoma , R. Xypterus , R. Monopterus. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGÏE. 21 S ajoutés font souvent eux-mêmes double emploi; et leurs caractères ni les espèces qu'ils doivent embrasser n'étant pas définis , il est diflîcile de se faire une idée netle de ceux que l'auteur n'avait pas publiés dans ses ouvrages précédens. Au surplus , il suflit de voir les rapprochemens des genres bien connus, celui du polyptëre, par exemple, avec l'estuigeon, et celui du mormyre avec la cbimèi'e, pour juger à quel point il con- Vn.* Ord. Tremapnea. 28.' Faiii. Ophictia. \." S.-Fam. Apteridia. Branderius. (Cérilie, L.) y^iiofisus. {Murénoblenn., Lac.) Gymnopsis. {Gyninomu- rene . Lac.) Helmictis , R. Oxjstomus , R. 2.' S.-Fam. Murœnidia. Rincoxis j R. Zebriscium , R. Poterurus , R. Dalophis , R. Murœna. 3.' S.-Fam. Calremia. Sjnhranchus. Sphagehranchus. 29.^ Fam. Plagiostomia. 1 "^ S.-Fam. Antacea. Carcharias , R. Heptranchias , R. Alopias , R. Isurus , R. Cerictius , R. Tetroras, R. Galeus, R. Sphjrnias , R. Hexanchus y R. Dalatius , R. Si/ualus. Oxjnotus , R. Squatiiia Pris lis. ytodon. Etinopterus , R. 2 ° S.-Fam. Platoso.niia. Rhinohaius. Platopterus , R. Leiohatus , R. Epinotus , R, Lymnea , R. Torpédo. Diplurus . R. Mohula , R. Ictœtus , R. Cephaleutherus , R. Sephenia, R. Me g abat us , R. Dasyatis , R. Uroxis , R. Apturus , R. 3o.' Fam. Cyclostomia. I ."' ly.-i^am. Lampredia. Lampreda. Prictis. ?.' S.-Fam. Myxinia. Gastrobranchus. Myxine. 216 LIVRE PREMIER. timie de demeurer étranger à la méthode natu- relle. Il n'en est pas moins vrai que plusieurs des genres qu'il indique, paraissent de nature à être conservés. M. de Bl'vinville a fait paraître sa distribution en i8I(], dans le tome LXXXIll du Journal de physique , p. 2iS4 , avec une classification générale du règne animal, et il l'a reproduite en 1822, en tète de ses Principes d'anatomie comparée, en la disposant seulement dans un ordre inverse, et en ajoutant des noms grecs à ses subdivisions. Elle ne diffère de celle de Gmelin que parce que les chondroptérygiens, qu'"l nomme dennodontes , y sont distingués des autres poissons appelés ^nathodontes , par les dents adhérentes seulement a la peau , et les branchiostèges , nommés hétérodeimes , des poissons ordinaires appelés squaimnodennes , par une peau (dit l'auteur) de stnictiu^e varia- ble; du reste la subdivision ultérieure repose, comme dans Linnaeus, sur la présence ou l'ab- sence, et sur la position jugulaire, thoracique, ou al)dominale des ventrales, ce qui détruit tout ordre naturel, éloigne par exemple les xiphias des scombres, met les batrachus entre les gades et les pleuronectes, les trichiures entre les am- moditcs et les gymnotes, etc.; les familles ne reposent que sur les caractères pris de la forme HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. 21 7 du corps, tantôt ordinaire , tantôt siluroide, tantôt longue et en bandelette, ou bien longue et un peu en bandelette. L'auteur n'a cité d'ail- leurs que quelques genres sous chaque division, comme pour servir d'exemples , et n'en a point donné une liste complète, en sorte que pour plusieurs on peut être en doute de la place qu'il leur assignerait. Il a du moins l'avantage de n'avoir point employé ces caractères erron- nés tirés des opercules et des rayons , qui depuis Lacépède avaient été introduits dans plusieurs méthodes. ^ 1. Voici le tableau de la méthode de M. de Blainville, telle qu'on la trouve, en i8i6, dans le Journal de physique, t. LXXXIII, p. 2 54, et, sous une forme un peu différente, en tête de son Ana- tomie comparée. G:\ATH0D0I\TES, ou osseux. Perches. (Acanihopom.) SQUAMMODERMES,ord. écaiU. De forme courte et com- TrxRAPODES. primée, leptosowes. Abdominaux. Chcetodons. De forme ordinaire, Fusiforme, METROSOMES. Brochets. ATRACTOSOMES. Scombres. Harengs. Grosse en avant Saumons. sse en cÉphalosomes. Carpes. Cotles. De forme siluroïde, Trigles. SU.UROSOMÏS. yj^];^ '-ongue et subcylindrique, SUBEKCIIÉLIOSOMES. De forme longue, g^j.^^_ SUHERCHELIOSOMES. Colites. TJioracvptes. CaUionymes. Longue et cylindrique. EiVCHÉMOSOMES. De forme ordinaire, j^^./^ eneis. MÏTBO.SOMES. Ce pôles. Labres. {Léiopomes. Gymneires. 218 LIVRE PREMIER. C'est en 1 81 7 qu'a paru mon tableau du Règne animal; mais j'avais indiqué les bases de ma méthode dès 1815'. J'y ai supprimé l'ordre des brancliiostèges. D'une partie de leurs genres j'ai créé celui des plectognathes, fondé sur un mode particulier d'articulation des mâchoires. Les au- tres ont été répartis dans les ordres des poissons Jugulaires. De forme ordinaire, MÉTEOSOMES. Gades. Très-épais en avant, CÉPHALOSOMES. Batrachoïdes. Non symétrique, hétÉrosomes. Pleuronectes- Longue et suLcompriniée, SUBENCHÏHOSOMES. niPODES. A co rp s f u s i f o r m e , ATRACTOSOMES. Xiphias. Très-comprimé , LEPTOSOMES. Stromateus. Long et un peu en bandel., subténiosomes. uémmodjtes. Long et en bandelette, TENIOSOMES. Trichiures. Long et subcjlindrique, SUEEWCnÉLlOSOMES. Gymnotes. liOng et cylindrique, ENCHÉLIOSOMES. Anguilles- 1. Dans le tome I." fies Méin ENCHELIOSOMES. Murènes. HÉTÉRODERMES, à peau de structure variée. Nageoires ventrales unies, SYNOPTÈBES. Cyclopteres. Nag. thor. en forme de bras, BBACniOPTÈRES. Baudroies. Point de ventrales, PELVOPTÈRES. Ostracions. Diodons. Dorsales épineuses, ACANTHOPTÈRES. Balistes. Très-var., quelquef. nulles, hétÉroptères. Syngnathes. DERMODONTES, ou CARTI- LiAGmEUX. Ventrales avant l'anus, HÉLIOPODES. Esturgeons. Ventrales entourant l'anus , PELVIPODES. Baies. Squales. Ventrales nulles , APODES. Lamproies. oires du Muséum. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 219 osseux , pour lesquels j'ai rétabli la division fondée autrefois par Artedi, sur la nature des rayons de la dorsale. Les acanthoptérygiens n'ont formé qu'un seul ordre ; mais pour les malacoptérygiens , je n'ai au aucun inconvé- nient à en distribuer les familles d'après la position des ventrales. Démontrant la fausseté des caractères tirés des opercules et des rayons, j'ai pu laisser ensemble beaucoup de poissons que les partisans de ces caractères avaient fort éloignés les uns des autres , notamment tous ceux de la famille des murènes. En général , c'est surtout à bien composer les familles naturelles que je me suis attaché. J'en ai établi vingt-une. ^ 1, Voici le tableau de ma distribution telle qu'elle était en 1817. J'ai cherché à la perfectionner dans le présent ouvrage. Je dois dire au reste que, lorsque j'ai publié mon Règne animal, je n'avais encore aucune connaissance des ouvrages de M. Rafinesque. POISSONS. Grisets. Pèlerins. CHONDROPTÉRYGIENS. Cestracions. A branchies fixes. aiguillais. Humantins. Suceurs. Leiches. Lamproies. Anges. Scies. Lamproies proprem. dites. ^4mmocetes. Raies. Gaslrobranches. Rhinobates. SÉLACIENS. Rhinas. Squales. Torpilles. Roussettes. Raies proprement dites. Stjuales propres. Paslenagues. Her/uins. Mourincs. Laniies. Céphalopteres. Marteaux. Chimères. Milandres. Chimères propres. Emisse tes. Callorinques. 220 LIVRE PREMIER. Tous les genres ont été soumis à un nouvel examen, débarrassés des espèces qui m'ont paru A branchies libres. Sturiokieks. Esturgeons- Poljodons. OSSEUX. PLECTOGN.nnES. Cyminodontes. Diodons. Tétrodons. Mules. SCLÉRODERMES. Balistes. Batistes propres. Monacanihes. y4lutères. Teiracaiithes. Cofi'res. LoPUOBRANCBES- Syngnatlies. Syngnathes propres. Hippocampes. Solénostomes. Pégases. MALACOPTÉRyGIEtlS .iBDOM I N .iV X. Salmones. Saumons. Saumons propres. Truites. Eperlans. Ombres, -argentines. Characins. Curimates. .Anostotnes. Serrasalmes. Piabufjues. Tétragonopt'eres. Raiis. Hydiocjns. Cjtharines. Saur us. Scopeles. Aulopes. Serpes. Sternoptjx. Clupes. Harengs. Harengs propres. Mégatopes. .Anchois. Thrisses. Odoutognathes. Pristigastres- ]\otopteres. Elopes. Chirocentres. Ér;.thrins. Amies. Vastrés. Lépisostées. Po'yptères. ESOCES. Brochets. Brochets propres- Galaxies. Microstornes. Sf'mias. Chauliodes. S al an X. Orphies. Scombrésoces. Demihecs. Exocets. Mormyres. Cypri^'s. Carpes. Carpes propres- Barbeaux. Goujons. Tanches. Cirihines. Brèmes- Labéons. Ahles. Gonorhynques. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 221 ne leur point appartenir, et subdivisés en sous- genres, propres à faciliter la répartition et la Loches. Anahleps. Pœcilics. Lebias. Oyprinodons. SlLCROÏDES. Silures. Silures propres. Silures spécialement dits. Schilbés. Macho irans. Pimelodes. Shals. Pimelodes propres. Bagres. .-àgénéioses. Doras. Hétérobr anches. Macroptéronotes. Hétérobranches propres. Plotoses. Callichies. Malaptérures. Asprèdes. Loricaires. Hjpostomes. Loricaires propres. MalACOPtÉrYGIEHS SUBBBACaiENS. Gadoïdes. Gades. Morues. Merlans. Merluches. Lotes. Mustiles. Brosmes. Phjcis. Raniceps. Lûpidolèprcî. Macroures. PolSSOKS PLATS. Pleuronectes Plies. Flélam. Turbots. Soles. Monochires. A dures. Discoboles. Lépadogastres. Lépadogastres propres. Gobiésoces. Cjcloptères. Lumps. Liparis. Echenéis. Ophicéphales. MALACOPTÉRyCfENS APODES. Anguilliformes. Anguilles. Anguilles propres. Anguilles spécialement dites. Congres. Ophisures. Murènes. Gjmnomurenes. Sphagébrauches. Aptérichtes. Synbranches. Alabes. Gjmnoies. Gymnotes propres. Carapes. Aptéronotes. Leptocépbales. Donzelles. Donzelles propres. Fierasfers. Equilles. AcANTHOrTÉRrClENS. TiEKIOlDES. Rubans. I.ophotes. Régalées. Gymnètres. Trachyptcres. Gymuogastres- 222 LIVRE PREMIER. reconnaissance des espèces. Je ne doute point que l'on n'ait reconnu dans cette partie de mon ouvrage un travail original, établi sur l'obser- Ceiutures. Jarretières. Stjléphores. COBIOÏDES. Bleniiies. Blennies propres. Pholis. Salarias. Clinus. Gonnelles. Opistogiiathes. Anarhiques. Gobies Gobies propres. Gohioïdes. Tçenioïdes. Périop h talmes. Eléotris. Sillage. Callionymes. Trichonotes. Coméphores. Labroïdes. Labres. Labres propres. Gir elles. Crénilabres. Sublets. Chéilines. Filous. Gomphoses. Rasons. Chrouiis. Scares. Labrax. Pebcoïdes. A dorsale unique. A mâchoires protractiles Picarels. A dents tranchantes. Bogues. A dents en paçé. Spares. Sargues. Daurades. Pagres. A dents en crochets. Dentés. Lutjans. Diacopes. Cirrhiles. Bodians. Serrans. Plectropomes. A dents en velours. Canthères. Gicles. Pris lipomes. Scolopsis. Diagrammes. Chéilodactyles. Microptères. Graiumistes. Priacanlhes. Polyprions. Soghos. demi Iles. Stellitéres. Rascasses. Rascasses propres. Sj'nancées. Ptérois. Tienianotes. A dorsale double. A dorsalt'S très-séparées. Ventiales abdominales. Athérines. Sphyrènes. Paralépis. Ventrales subbrachiennef. MuUes. Po ma tomes. Muges. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 223 vation directe des objets, et non pas un simple extrait des autres ichtyologistes. M. GoldfusSj, en i 820 , dans son Manuel de A dorsales rapprochées. ^ tête armée. Perches. Perches propres, Centropomes. Enoploses. Sandres. Esclaves. Apogons. Sciènes. Cingles. Omhrines. Lonchures. Sciènes propres. Pogonias. Ololithes. Aucylodons. Percis. Vives. ^ tête cuirassée. Uranoscopes. Trigles. Trigles propres. Malarmats. Pirabebes. Céphalacanthes. Lépisacanthes. Chabots. Chabots propres. y/spidophores. Platj'céphales. Batracoïdes. ^ pector. en forme de l Baudroies. Baudroies propres. Chironectes. Mallhées. SCOMBÉROÏDES. A deux dorsales. Sconihre.s. Maquereaux. Thons. Germons. Caranx. Citules. Sérioles. Pasteurs. Vomers. Sélènes. Gais. Argyreyoses. Tétragonures. A première dorsale divisée en épines. Rhinchobdelles. Macrognathes. Mastacembles. Epinoches. Epinoches propres. Gastrés. Cenfronotes. Liches. Ciliaires. A dorsale unique. Dents en velours. Dorées. Dorées propres. Capros. Equula. Menés. Atiopus. Trachichtes. Chrysotoses. Espadons. Espadons propres. Voiliers. Corjphènes. Centrolophes. Leptopodes. Coryphenes proprei. Oligopodes. Dents tranchantes. Sidjans. 224 LIVRE PREMIER. zoologie , tome II , a aussi cru devoir donner une distribution des poissons, et des noms grecs aux divisions : pour cela il prend tout simple- ment les divisions de Gmelin , en réunissant les jugulaires et les thoraciques sous le nom de steiYiopte/jgii, et les cliondroptérygiens et les branchiostëges sous celui de chondropterjgii ^ au lieu d'apodes, il dit peroptejj^ii ^ et au lieu d'abdominaux, ^asteropteiygii. Cliaque ordre est subdivisé en familles d'après la forme générale, celle de la tête, celle de la boucbe, ou tel autre caractère extérieur, mais de ma- nière que l'atliérine, par exemple, est entre la Acantliures. ylspisures. Prionures. Nasons. Squammipemnes. A dents en soie ou en velours. ChECtodons. Chœtodons propres. Chœlodons spéciale- ment dits. Chelmons. Platax. Héniochus. Ephippus. Hulacanthes. Acanthopodts. Osphroniônes. Osphromenes propres- Trichopodes. Archer». Kuries. Auabas- Cœsio. Castagnoles- A dents sur une seule rangée . Stroiiialées. Fiatoles. Sésérinus. Piniéleptères. Kyphoses. Plcctorliyiiques. Glyphisodons. Pomacenlres. Aiuphiprioiis. Proiiinas. A deux dorsales. Tuianodons. Chevaliers. Polynèiues. Souches en fi-ute. Fistiilaires. Fistulaires propre ^ Auloslomes. Ceiitrisqucs. Centrisijues propres Aiuph isiles. HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. 225 pœcilie et les cyprins, et le gnathobolus , qui est presque un hareng, à côté du pomatias^ qui n'est qu'une lune {o/^thagoriscus).'^ 1. Voici le tableau de la méthode de M. Goldfuss. Gasteropterygii. I j. Leptocephala. Clupea. Elops. Chirocenirus. S^nodus. {Erythrin.) Amia. Pcecilia. Atherina. Cyprinus. Salmo. Coiegonus. Characinus. Scopelus. Esox. Sudis. Polfpterus. Lepisosteus. 2. Rhynchocephala. Centrisciis. Mormj'rus. Acanihiotus. Fistularia. 3. Aptocephala. Mugil. Sphyrcena. Exocetus. Poljnemus. 4. Platycephala. Loricaria. Cataphractus. Cobitis. Anableps. Malapterurus. Platjstacus. Silurus. 1. III Pteropterygii. 1. Ophioidei. Leptocephalus. Ammodj'tes. Rhynchobdella. Ophidium. 2. Enchelioidei. Gyninoihorax. Apterjchtis. Anguilla. Trichiurus. G^innotus. 3. Xyphonoti. Gnathobolus. Gj'mnogaster. Potnateis. (Triure.) Rhombus. Stromateus. Siernoptjx. 4. Macrorlijnchi. Anarhichas. Step.noptep.ygii. Orthosoniata. Gadus. Mullus. Sciœna. Perça. Lahrus. Ophicephalus. Amphacanthus. Scarus. Xjiichtis. S parus. Lutjanus. Bodianus. Holocentrus. Coryphœna. Tseniosomata. Regalecus. Gyinnelhrus. Trachjpterus- Lepidopus. Cepola. Macroiirus. Lepidoleprus. Lophotes. Leptosomata. Pleuronectes. Pimelopterus. Gljphisodon. Plectorhjnchu Premnas. Monocentris. Gasterosteus- Scnmber. Tetragonurus- Xipbias. Zeus. Atropus. Acanthurus. Monoceros. Chœtodon. Toxotes. Kurtits. Brama. Anabas. Cephalotes. Batrachus. Uranoscopus. Echeneis. Blenniiis Gobius. i5 226 LIVRE PREMIER. Tout nouvellement (1827) M. Risso, dans la nouvelle édition de ses Poissons de Nice , a encore jugé nécessaire de disposer les poissons dans un ordre à lui. A cet effet il a pris pour base les ordres de Linnœus, en y ajoutant à leur nombre mes plectognatlies et mes lopliobran- clies : il a subdivisé ceux des poissons ordinaires, comme Forster, d'après leurs rayons dorsaux mous ou épineux, et y a réparti des genres tirés pour la plupart de mon Piègne animal , en un certain nombre de familles , qu'il appelle natu- relles, et dont plusieurs sont prises de la même source; mais sa première division, d'après Lin- nœus, l'a contraint à en disperser quelques-unes d'une façon qui répond peu à leur titre.' Trachinus. Oslrncion. 3. Macrostomala. Perds. Balisles. Cyclopteriis. Callionjymus- Syngnathus. Lepadogaster. Trigla. Solenostoma. Batrachopus. Scorpcena. Pegasus. Lophius. Cottus. Poljodon- 4. Plagiostomata. IV. Chokdropterycm. Acipenser. Chimœra. 1. Microslomala. 2. Cyciostoniata. Bhinolatus. Gnathodon.{Diodon, Gastrohranchus. Il ai a. Téirodon.) Petroiiiyzon. Srjualus. 1. Tableau de la distribution de M. Risso dans sa deuxième édition, en 1827. 1." SÉR. CHONDROPTÉRYGIENS. Lawla. T." Ord. a branchies fixes. Zygwna. Miislellus. i." Fam. Pétiomyzides. JS'otidanus- Lamproie .-icanthias. 2." Fam. Squalidcs Centrina. Scjltium. Scymnits. Car char ias. Sqiittlina. 227 On voit que les méthodes de la plupart de ces ichtyologistes, toutes variées cpi'elles paraissent dans leurs combinaisons, ne sont autre chose que des répétitions, sous d'autres noms, de celle de Linna^us,. altérée seulement dans quelques- unes par l'introduction de ces classes préten- dues imparfaites, fondées d'après Lacépède sur l'absence supposée de quelque partie des tégu- mens branchiaux, et dans d'autres par des ca- ractères pris de la nature des rayons telle que l'avait employée Artedi. Il était donc également impossible qu'elles n'éloignassent pas des êtres naturellement rap- prochés , et qu'elles n'oifrissent pas des carac- tères que l'on ne pourrait retrouver dans les objets eux-mêmes. Prisiis. IV/ Ord. Lophobranches. Fam. Raièdcs. Syngnathiis. Torpédo. Hippocampus. ^'''''- V/ Ord. Apodes. T, Mjliohatis. I." DIV. Apodes mai.acoptéryq Cephaloptera. i/" Fam. MuréniJes. 11/ Ord. a branchies libres. Murœna. -,." Fam. Eslurgconidcs. Murœnophis. Acipenser. Sphagehranchus AnsuUla. b." Fam. Baiulroi Lophius Congev. Leptocephalus. 11/ SER. POISSONS OSSEUX. 2.- Fam. Ophisurides. m.'' Ord. Plectognathes. Ophisures. Fam. Gyninodontfs. II." DIV. Apodes acahtho?tép>yg. Cepbalns. (Lune.) 3.' Fam. Xiphoïdes. Fam. Balistides. Xiphias. Balisles. Anwiodytes. Oslracion Ophidium. 228 LIVRE PREMIER. M. Oken a essayé d'une autre voie : on sait qu'il a entrepris de résoudre nn grand pro- blème philosophique des idéalistes, celui de déduire à prioîi de l'idée générale de l'être toute la diversité des êtres particuliers , ce qu'il croit pouvoir faire par des combinaisons d'idées de différens degrés. Arrivé à la classe dont nous VI.* Ord. Jugulaires. I/^ DIV. Jugulaires walacoptér. i/'Fam. Gadoïdes. Onos. Lota. Mora. Merluccius. Phycis. Merlangus. 2." Fam- Blennioïdes. Blennius. Salarias. Clinus. Tripterygion. 3.' Fam. Lépidoltprides- Lepidoleprus. 4.* Fam. Pleuronectides. Hippoglossus. Solea. Bhombus. Monochirus. II." DIV. Jugulaires ACAHTHorr- 5." Fam. Trachinidcs- Trachinus. Ufanoscopiis, Callionjmus. 6.' Fam. Dianides. Diane. y\l.'' Ord. Thoraciques. \." DIV. Thoraciques walacopt. ) ." Fam- Echencides- Echeneis. "' Fam. Gobioïdes. Lepadogaster. Gobius. 0. Fam. Fiaioloïdes- Jphie. Fiatole. 4' Fam. Tanioïdes. Lepidopus. Lophotes. Cepola. Gjmnetrus. P'oginarus. II.'DIV.T nORACIQTJES ACARTHOPI. 5." Fam. Labroïdes. Lahrus. Julis. Cienilabius. Coricus. Novacula. G.' ^ Fam . Corypliéiioïdes. Centrolophus. Oligopus. Corjphœna. Lanipris. Ausonia. ■■ Fam . Sparoïdei. Chromis. Smaris. Boops. Sargus. Churax. Aurata. Pagrus. Dentex. Cantharvs. HISTOIRE DE l'ichtyologie. 229 faisons l'histoire, il a du aussi chercher à dé- duire par ce procédé , de l'idée générale de poisson, celle de tous les poissons particuliers, et les combinaisons auxcpielles il a eu recours, descendant de degré en degré , forment une espèce de méthode. Il en a déjà donné trois ou cpiatre essais assez différens les uns des au- 8." Fam. Scorpénides. iS." Fam. Squanimipennes. Holocentrus- Chœtodon. Scorpœna- Brama. Serraniis- Lepterus. Ailopon. \m.' Ord. Abdominaux. Zeus. I.*^" DIV. Abdomikaux malaCopt. Capros. \.^' Fam. Cyprinides. 9.° Fam . Tétragonurides. Cjprinus. Tetragoniirits. Barbus. 10.^ Fam. Mugilides. Leiiciscus. Apogon. 3.' Fam. Exoccides. Mullus. Sioniias. Pomatomus. Chauliodes. Mugil. Belone. ii.« Fam. Triglides. Trigla. Scomberesox. Exocetus. Peristedion. .!.'■' Fam. Clupéoïdes. 12." Fam. Daciylopterus. Pcrcliides. Macrostoma. Alepocephalus. Clupanodon. Cottus. Engraulis. Perça. Alpismaris- Umbrina. -(•' Fam. Sal uionoïdes. Sciœna. Salmo. i3.' Fam. Scombéroïdes. Argent in a. Scomber. Sauras. Thjnnus. Scopelus. Orcjnus. II.'^DIV. AboDMINAI'X ACAKTHOPT. Caranx. 5.^ Fam. Athévinides. Citula. Seriola. Atherina. Sphyrena. 14.^ Fam. Centronotides. Parai épis. Gasterosteus. Microstoma. Centronotus- 6.^ Fam. Centriscides- Lichia- Centriscus. 250 LIVRE PPtEMIER. très , mais dont aucun ne nous paraît avoir groupé les genres d'après des rapports que la méthode naturelle puisse avouer. Nous ne voyons pas même comment l'on pourrait assi- gner à ses subdivisions des caractères précis. Dans sa Philosophie de la nature, en 1811, il se bornait à diviser les poissons, ou ce qu'il appelle ses aniinaux carniers (animaux oh la c!>air domine), selon la prédominance qu'il at- tribuait en eux à chaque partie du corps, en ventriers, thoraciers , membriers et tétiers ^ ; il les comparait respectivement aux infusoires ou aux mollusques, aux univalves et aux sei- ches ou aux méduses. En 181 G, dans le corps de sa Zoologie, il dispose cette classe en sept ordres, de manière à représenter, selon lui, sept des classes dans lesquelles il divise le règne animal" : chacun 1. Oken, Pliil. de la nat. (en allemand), t. III, p. 3oi et suiv. Animaux cerisiers {les poissons). Poissons membriers. Poissons ventriers. Fistulaires , Pégases , Les osseux sans écailles. Diodons, etc. Poissons thoraciers. Poissons téliers. Les écnilleux. . Lamproies, Squales. Raies 2. Oken, Traité de zoologie (en allemand), 2/ part., p. 12. I. POISSONS OSSEUX. 2.' Ord. Poissons vers, 1. Réguliers. Gades,Blennies,Scomhres L VE^TF,4^ES dérangées. 3.' OrD. PoiSSOTiS lïïSECTES, i,"Okd. Poissons zoophytes. Labres, Sciènes jénguilles , etc. HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. 231 des sept ordres est divise ensuite en quatre sous-ordres ou familles, et chaque famille en quatre genres, ce qui lui fait cent douze genres/ II. Ventrales abdominales. 4.' Ord. Poissons poissons. Muges, Cjprins. 5." Ord. Poissons reptiles. Colites, Silures, Salmones, Esoces. 2. Incguliers. 6." Ord. Poissons oiseaux. CaUionjmes , Gohies , Chœ- iodotis , Pleuronectes. II. POISSOIMS CARTILAGINEUX. •j." Ord. Poissons manimaux. ^cipensers ; Lophies , Dio- dons , Raies, Squales. 1. Voici le tableau de cette seconde méthode ichtjologiqiic de M. Oken. 11.*^ Sous-ORD. Ivlèques. 1." Genre. Echenéis. 2.' — Eléotris. 3.^ — Gohiomoroide. L" ORD. POISSOKS ZOOPHYTES. L"^' ' SoOS-ORD. Murènes. 1." Genre . Apterichte. 2." — Sjnhranche. 3.= — Sphagebranche. 4-' — Murène. 11 ° Sous-ORD. Anguilles. l." Genre . Anguille. 2.' — Gymnote. 3.' — Ophidium. 4-' — Ammodjyte. III .' Sous-OR». Cultriformes. 1." Genre . Trichiure. 2.° — Leptocéphale. 3.' — liégalec. 4-' — Anarhique. IV.' ' Sous-ORD. Cépoles. 1." Genre . Cépole. 2." — Gjmnètre. 3.' — Lépidope. 4-' — Centronote, BL II." ORD. POISSOPSS VERS. L'= "■ Sous-ORD. Lotes. 1." Genre . Blennie. 2.' — Phycis. 3." — Ptéraclis. 4.* — Gadus. III. "^ Sous-ORD. Thons. 1."^ Genre. Scomhre. 2." — Trachinote. 3.- _ Caranx. 4.^ — Pomatome. IV. " Sous-ORD. Épinoches. i.""^ Genre. Gasléroste. 2.' — Centronote , Lac. 3.'' — Lépisacanthe. 4.* — Centrogaster, III. ^ ORD. Poissons iksectes. I.*^"^ Sous-ORD. Perches. 1."'' Genre. Sciene. 2." — Bodian. 3.* — Perche. 4." — Holocenlrc. 11.^ Sous-ORD. Gremilles. i.'^'^ Genre. Gjninocéphalc- 2." — Anlhias. 3.' — Lutjan. 4.* — Grammisie. 232 LIVRE PREMIER. Mais dans le tableau qui est en tête du même ouvrage, voulant pousser plus loin sa méthode idéalistique, il réduit ses ordres à quatre, cor- respondant aux quatre classes de vertébrés; chaque ordre en quatre sous-ordres, répondant m/ Soi's-oKD. LabroïJes. 1 ."' Genre- faire. 2.' — Calliodon. 3.' — Ofjhicéphale. 4/ — Spare. IV/ Sous-ORD. Dorades. \." Genre. Mulle. 1." — Scare. 3." — Coryphene- 4.' — Macroure. ly.' ORD. Poissons poissoms. I." Sous-ORD. Mugiloïdes. 1.^'' Genre. Muge. 2." — Mugilomore. 3." — ydcanthonote. 4.' — Exocet. II.' Sous-ORD. Dactyles. 1.'' Genre. Polyneme. 2.' — Poljydactjle. 3.' — Cirrhite. 4.' — Chéilodactjle. III.' Sous-ORD. Harengs. 1." Genre. Clupe. 2.' — Mène. 3.' — Couttau. {Cyprin. Cuttratus.) 4.' — Gastéropélécus. IV.° Sous-ORD. Carpes. 1."^ Genre, ^thérine. 2.' — Argentine. 3.* • — Synode. 4.' — Cyprin. V.' ORD. PoiSSOKS REPTILES. I "■ Sous-ORD. Loches. 1."'' Genre. Cohite. 2.' — .4nahleps. 3.* — Pœcilie. 4." — .Amie. IL' Sous-ORD. Mais. !."• Genre. Silure. 2.' — Platystome. 3.' — Doras. 4.' — Loricaire. III.' Sous-ORD. Salmones. i."" Genre. Serrasalme. 2.' — Characin. 3.' — Corégone. 4.' — Saumon. IV.' Sous-ORD. Brochets. i."^ Genre. Elops. 2.' — Sphyr'ene. 3.' — Ckauliode. 4.' — Esoce. VI.' ORD. Poissons OISEAUX I." Sous-ORD. Grunips. 1." Genre. Callionyme. 2.' — Perds. 3.' — Liranoscope. 4.' — yive. IL' Sous-ORD. Ulques. 1.'' Genre. Gobie. 2.' — Cotte. 3.' — Scorpène. 4.' — Trigle. HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. 235 aux quatre ordres ; chaque sous-ordre en quatre genres, répondant aux quatre sous-ordres, ce qui fait une triple tétratomie (si l'on peut employer ce mot), et réduit les genres à soixante-quatre/ m." Sous-onD. Buttes. II. " Sous-OKD. Morques. 1.'' Genre. Pleiironectes. 1.*"^ Genre. Cycloptere. 2.' — Zéus. 2.' — Baliste. 3." — Chœtodon. 3.' — Coffre. 4.' — Stromatéus. 4.' — Gnathodon. (Dio- ÏW.' Socs-ORD. Bécatcs. don, Tétrodon.) i.*"^ Genre. Centriscus. m .* Sous-OR». Chirque.s. 2.° — Mormjre. i.^' Genre. Esturgeon. ^ 3.^ — Fistulaire. 2.° — Polyodon. 4.^ — Stjléphore. 3." — Kiphias. Tn." ORD. PoiSSOKS MAMMATJX. 4." — Istiophore. I." Sous-ORD. Querdes. IV ." Sous-oRD. Lophies. 1." Genre. Mjxine. i.""^ Genre. Baudroie. 2." — Lamproie. 2." — Raie. 3." — Syngnathe. 3." — Squale. 4." — Pégase. 4.' — Chimère. 1. Cette troisième méthode de M. Oken dispose les poissons comme il suit. ANIMAUX CARNIERS. Ccpole. Cotte. {poissons.) Gymneire. Gobie. Poissons poissohs. A nguilles-raies. Cycloptere. (Anguilles.) Anarhique. Gades-spares. Anguilles-anguilles. Xiphias. Pleuronecte. Apterichte. Zisius. Zéus. Sjnhranche. Poissons reptiles. Chœtodon. Sphagebranche. (Gades.) Stromatée. Murène- Gadts-anguilles- Gades-raies. Anguilles-gades. Gade. Cobite. Anguille. Echenéis. Silure. Gymnote. Gastéroste. Salmone. Ophidie. Scomhre. Ésox. Ammodyte. Gades-gades. Poissons OISEAUX. Anguilles-spares. Callionyme • ( Ura- (Spares.) Trichiure. noscopes, yiçes, Spares-anguilles. Leptocéphale. etc.) Scorpène. 254 LIVRE PREMIER. Enfin, dans son Traité d'histoire naturelle pour les écoles, publié en 1821, il divise la classe en cinq ordres, selon la prédominance qu'il croit y voir du germe, du sexe, des en- trailles, de la chair, ou des organes des sens; les quatre premiers ordres sont divisés chacun en trois sous-ordres , et dans les trois premiers chaque sous-ordre l'est en neuf genres ; dans le quatrième, chaque sous-ordre l'est en quatre tribus, chacune de trois genres, d'après les mêmes rapports que les quatre ordres; enfin le cinquième est divisé en cinq ordres, d'après les cinq sens. C'est cette division que M. Oken a fait imprimer en français, à Paris, en 1822.^ Trigle. Chipe. Raies-spares. Polyneme. ^thérine. Pégase. Exocet. Argentine. Esturgeon et Spares-gades. POISSOWS MAMMAUX. Spatulaire. Sciene. {Raies.) (Potyodon.) Perche. Raies-anguilles. Chimère. G remille. Cenlrisqiie. Baudroie. Mulle. Fislulaire. Raits-raies- Spares-spares. Stjléphore. Myxine. Lahre. Syngnathe. Lamproie. Spare. Raies-gacles. Raie. Scare. Mormyre. Squale. Coryphene. Bnliste. Spares-raies. Coffre. Muse. Gnathodon. 1. Voici le tableau de la quatrième distribution ichtjologique de M. Oken. POISSONS GERMIERS. Sphagcbranche. Anguille. Germiers spERMiEas. Synhranche. Gymnote. Apterichte. Murène. Ophidion. HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. 235 Nous n'avons point à juger ces essais sous le rapport métaphysique, ni à apprécier la solidité des bases sur lesquelles ils reposent : c'est aux métaphysiciens et non aux natura- listes qu'il appartient de le faire; mais quant aux résultats , chacun peut voir qu'ils s'accor- dent mal avec les vrais rapports des êtres, et quoique le dernier s'en écarte moins que les précédens, il ne sera jamais possible dans une méthode naturelle de mettre le xiphias auprès de l'esturgeon , le lepidoleprus auprès de la lo- On comprend d'ailleurs qu'il aurait fallu un grand hasard pour que les genres , tels que les Leptocéphale. Bleiune. Rhinchohdelle. Ammodjte. yànarhitjue. Gastérostéus. Germiers oviers. POISSONS SEXIERS. Scombre. Lophote. Sexiers reiniers. Seviers masccliers. Gymnetre. Gobie. Otolithe. Régalée. Péiiophtalme. Sciœne. Cépole. Éléotris. Perche. Trachyptere. Coméphore. Cichla. Gymnogastre. Tiichionote. Serran. Styléphore. Cal/ionyme. Deniex. Lépidope. Trachichte. Labre. Trichiure. Trigle. Scare. Germiers tétiers. Lépisacanthe. Spare. Pleuronecte. Sexiers eemelliers. POISSONS ENTRAILLERS. Échenéis. Chœtodon. Embaillers iktestiers. Platycéphale. Stromatée. Cobite. Macroure. Efjues. yinahleps. Phycis. Fomer. Pœcilie. Gade. Zéus. Pimelode. Centronote, Cotyphœne. Malaptéiure. 230 LIVRE PREMIER. auteurs précédens les avaient établis , se prêtas- sent à des arrangemens d'une symétrie si com- passée; aussi M. Oken a-t-il été obligé, tantôt d'en réunir un certain nombre en un seul, tantôt d'en subdiviser d'autres en plusieurs, et c'est ce qui lui est arrivé surtout dans son troisième essai, où il n'en admet que soixante- quatre. Ses réunions ne sont pas toujours beu- reuses. Lorsqu'il met, par exemple, les bolo- Silure. Sexiers. Triacanihe. Dotas. Uranoscope. Ostracion. Hétérohranche. Cotte. Sexiers. Cataphracte. Batrachus. Tétrodon. Ektraillers veiniers. Entraillers. Diodon. Athérine. Tœnianote. Oslhagoriscus. Syhjrene. Synancée. Entraillers. Polyptere. Scorpene. Platystacus. Érythrinus. Carniers. Loricaria. Lépisostée. Malthée. Lepidoleprus. Èsox. Antennaire. Carniers. Slernoptyx. Lophie. Polyodon. Gastéropélécus. Carniers mascuhers. Acipenser. Salmo. Germiers. Xiphias. Entraillers pulmonieks. Mulle. Syngnathe. Solénostome. POISSONS SENSIERS Muge. Sexiers. Peaussier. Clupe. Pégase. Murène. Élops. Entraillers. Nasier. Exocet. Fistulaire. Chimère. Gonorhynque. Aulostome. Languier. Cyprin. Carniers. Petromyzon. Centrisque- Oreiller. POISSONS CARNIERS. Amphisile. Baie. CaRTVIERS OSSIERS. Mormyre- Oculier. Germiers. Carniers merviers. Squale. Lépadogaslre. Germiers. Cyclopthre. Batiste. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 257 centriim ( soglio ) aA ec les canthères , sous le genre Ciclila, il est évident qu'il ne consulte ni les rapports apparens , ni les véritables analogies. Mais si la Philosophie de la nature n'a pas beaucoup contribué à perfectionner, sous le rapport des méthodes, l'histoire naturelle des poissons, elle a excité à des recherches anato- miques qui lui ont procuré des faits utiles. L'ostéologie de cette classe était à peine ef- fleurée au commencement du dix -neuvième siècle. Ce fut en 1800 que M. Autenrieth^y dans son Anatomie de la plie ^, commença à recher- cher l'analogie des parties du squelette des pois- sons avec celles des classes supérieures; il pré- senta sur leur appareil hyoïdien en particulier plusieurs des idées données plus tard comme nouvelles. En \ 807 , M. Geoffroy Saint-Hilaire com- para les os qui portent la nageoire pectorale à ceux de l'épaule , du bras , de l'avant-bras et du carpe des animaux supérieurs^, et lit connaître 1. Jean- Henri -Frédéric Autenrieth, professeur, aujourd'hui chancelier de l'université de Tubingue. 2. Insérée dans les Archives de zoologie et de zootoniie de Wiedemann, t. 1, 2.* cah. , p. ^y» 3. Annales du Muséum d'hisloire naturelle, t. IX, p. 557. 238 LIVRE PREMIER. les variétés et les usages de l'os grêle, placé eu arrière de l'épaule \ 11 s'occupa aussi de l'ap- pareil qui porte la menil)raue braucliiale, et le considéra comme formé de la réunion de certaines parties de l'os hyoïde, du sternum et des cartilages des côtes ^ Quant aux opercules , il les regardait alors comme des pariétaux dé- tachés du crâne. ^ M. Rosenthal commença en 481 i ses tra- vaux sur l'ostéologie des poissons, par un mé- moire oii il décrit les os de leur tête avec beau- coup d'exactitude, mais ou il n'est pas aussi heureux à saisir leur analogie"^. Depuis lors (de 1 81 2 a. ] 822) il a donné quatre cahiers de planches ichtyotomiques, oîi il a représenté avec beaucoup de soin les squelettes d'un assez grand nombre de poissons dont l'ostéologie n'avait pas encore été publiée.^ J'avais aussi dès-lors beaucoup travaillé sur ce sujet, et j'avais déjà rasseinl)lé plus de trois cents squelettes de poissons : je publiai en 1812% en 1814' et en 1817^ les idées que 1. Annales du Muséum d'histoire naturelle, t. IX, p. ^i3. — ■ 2. Ibid., t. X, p. 87. — 3. Ibid., t. X, p. 345. — 4. Dans les Archives physiolof^iques de Reil, t. X, p. 34o. — 5. Tables ichtyo- ioviiques, par Frédéric Rosenthal (en allemand); Berlin, 181 3 à 1822, in-4.° — 0. Annales du Muséum, l. XIX. — 1. Mémoires du Muséum, 1. 1. — 8. Dans les planches d« mon Règne animal. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 259 je m'étais faites de l'ostéologie de la tête dans cette classe , ainsi que divers exemples pris d'es- pèces particulières. Depuis quelques années MM. Burtin et Du- méril avaient fait voir les rapports du crâne avec les vertèbres ; en 1 807 , M. Oken avait essayé d'appliquer cette idée à la structure de la tète des animaux, d'après les principes de sa Philosophie de la nature : il la considéra comme formée de trois vertèbres ^ , mais il ne l'examina encore que dans les quadrupèdes. M. Spix développa ces vues et en modifia les détails dans son grand ouvrage du Cepha- logenesis^y imprimé en i8l5 : il y représenta plusieurs têtes de poissons, et donna des ligures séparées des os qui les composent. C'est là qu'il avança le premier, que les pièces operculaires répondent aux osselets de l'oreille. M. Geoffroy Saint-Hilaire, qui était arrivé de son coté sur les os operculaires à des idées peu différentes, les publia en i8i8, dans sa Philo- sophie anatomique. Il y en développa aussi 1. Dans un programme allemand ; Sur la signification des os de la tête; léna , 1807. 2. J. B. Spix, de l'académie de Munich, Ccphalogexesis, sive capitis ossei slructura , formaiio et significatio per omnes anima- liimi classes, etc.; Munich. i8i5; gr. in-folio. 240 LIVRE PREMIER. qu'il avait indiquées plus anciennement sur l'appareil des branchies , qu'il regardait comme analogue au sternum , à l'os hyoïde , au larynx , à la trachée et à ses bronches. 11 y donna sur- tout une description et une énumération très- exactes des pièces qui composent cet appareil.^ Cette même année i 81 8 , M. Bojanus publia dans risis^ des déterminations des os de la tête des poissons assez différentes des miennes et de celles de M. Geoffroy. Il en a encore paru d'au- tres en ] 820 ^ par M. Fermer, et en 1 822 , par M. Aiendt» Ce dernier les propose dans un traité spécial sur la tête osseuse du brochet."^ M. Carus publia en 1818 sa Zootomie, oîi il inséra une description générale du squelette des poissons, et quelques idées particulières sur leur appareil branchial, qu'il considère comme 1. Philosophie anatomique des organes respiratoires sous le rap- port de la détermination et de l'identité de leurs pièces osseuses , par M. le chevalier Geoffroy Saint-Hilaire ; Paris., 1818. 2. Isis de 1818, t. I, p. 498 el pi. 7. H J a une autre note sur le même sujet, Isis de 1821, t. II, p. 1 145. Louis-Hermann Bojanus, auteur d'une excellente monographie de la tortue d'Europe, mem- bre de l'académie de Pétershourg, ci-devant professeur à Vilna , mort en 1827. 3. De anaiome comparata et philosophia naturali commentatio , sistens descriptionem et significationem cranii ,encephali et nerçorum encephali in piscibus , auct. C. IV. H. Fenner; léna, 1820. 4. De capitis ossei esocis lucii structura singulari , diss. Ed. 4rendt ; Regiomonti, 1822. 241 le seul analogue du thorax '. 11 ne se prononça point sur la nature des pièces operculaires. Encore cette même année, M. Schultze inséra beaucoup de faits curieux sur l'ostéologie des poissons, particulièrement sur leurs vertèbres, dans un mémoire relatif aux premiers commen- cemens de l'ostéogénie, et au développement de la colonne vertébrale en général. " En 1820, M. IFeber, dans son Traité de l'o- reille des animaux^, proposa l'idée que les osse- lets de l'oreille sont ceux qui, dans la carpe, le silure, etc., sont placés entre le crâne et le haut de la vessie natatoire et qui communiquent en effet avec la cavité qui contient le labyrinthe. L'année suivante, M. Bojanus a écrit dans l'Isis un mémoire en faveur de cette nouvelle vue.* Mais en 1824 et 1825, M. Geoffroy reprit toute cette matière de la composition de la tête, et persista dans son opinion sur les opercules: il fit précéder son travail d'une tliéorie générale de la composition de la vertèbre, qu'il regarda comme composée de neuf pièces ou plutôt de 1. Charles-Gustave Carus , professeur à l'académie chirurgique de Dresde : Traité de zootomie (en allemand), p. 98. 2. Archives allemandes de la physiologie de Meckel, t. IV (1818), p. 32g. — 3. De aure et audit u hominis et animalium; part. I, de aur. anim. aquat., auct. Ern. Henr. Weber, prof. anat. comp.; Leipzig, •— 4. Isis de 1821 . t. I. p. 272 et pL 4- 1. 16 242 LIVRE PREMIER. douze; la tête elle-même est une suite de sept vertèbres, et contient, par conséquent, quatre- vingt-quatre os. L'auteur a fait une application spéciale de cette théorie à la tête du mérou ( serranus §îgas). ^ Le squelette entier des poissons a été le su- jet de deux ouvrages publiés en Hollande en i 822 ; la dissertation de M. Van-(ler-Hœi>en % et l'ostéograpliie de M. Bakker^. Ce dernier écrit est accompagné de belles figures litlio- grapbiées, représentant diverses parties osseuses de plusieurs poissons. Ces deux auteurs consi- dèrent l'appareil operculaire comme propre aux poissons; mais sur les appareils hyoïdien et brandi ial, ils se rapprochent des idées de M. Geoffroy. Le deuxième volume de l'Anatomie compa- rée de M. Meckel, imprimé en 1 824 , contient aussi un résumé très-bien lait sur l'ostéologie 1. Vojez les mémoires de M. Geoflfroj Saint-Hilaire : sur la vertèbre, Mémoires du Muséum, t. IX, p. 89; sur l'aile opercu- laire ou auriculaire des poissons, Mémoires du Muséum, t. XI, p. 420 ; sur la composition de la tète osseuse de l'homme et des Jouissons, Annales des sciences naturelles, Octobre 1824. 2. Dissert at io philosophica ijianguralis de sceleto piscium; Leyde, 1822, in-8.% p.'ir M. Jfl/zujVAN-DER-HŒVEN, aujourd'hui professeur de philosophie dans celle université. 3. Gerbrandi Bakker , professoris grœningiensis , Osteographia piscium, gadi prœsertim œglefini, comparati cum lampride gultato; Grœniugue, 1822, in-8.° , avec un cah. de planches in-4." HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 245 des poissons, et l'on ne doit pas en attendre de moins instinctifs snr les autres parties de leur économie dans les volumes qui doivent encore paraître. L'auteur n'adopte point la fu- sion du sternum avec l'os hyoïde, ni le dé- membrement de la mâchoire inférieure pour former les opercules, ni d'autres hypothèses de ce genre, et en général il ne se croit pas obligé de retrouver os pour os les mêmes pièces dans tous les animaux; il donne même des preuves que cette concordance n'existe point. ^ C'est ainsi que l'ostéologie des poissons, née en quelque sorte dans la période actuelle, s'y est élevée à une grande perfection. Leur myologie n'a pas été autant étudiée à beaucoup près, et se réduit presque à ce que j'en ai dit dans mes leçons d'anatomie compa- rée , et à ce que M. Carus en a donné plus ré- cemment dans sa Zootomie; mais j'ai fait sur ce sujet des travaux considérables pour ma grande anatomie, et j'en donnerai un extrait dans le présent ouvrage. On a travaillé davantage à leur névrologîe. M. TVeher fit des recherches sur leur nerf 1. J. F. Meckel, professeur à Halle, Syslème d'anatomie comparée (en allemand): il n'en a paru encore que deux volu- mes; Halle, 1821 et 1824- Mj^- Riester ti Alphonse Sanson vien- nent de publier la traduction française: Paris, 1827. 244 LIVRE PREMIER. sympathique pour sou Auatomie comparée de ce uerf , qui est de 1 807, et y représenta Fencé- pliale de la carpe/ Ijne dissertation sur leur cerveau, par M. Apostole-Arsaki , médecin grec, parut à Halle en i 81 5 , oîi les encéphales de plusieurs espè- ces sont décrits et représentés, et oii des idées nouvelles sont mises en avant sur les analogies de leurs tuhercules. ^ Feu M. Kiihl décrivit et représenta aussi plusieurs de leurs encéphales dans ses Maté- riaux d'anatomie comparée , imprimés en 1 820.^ La même année il fut encore question de leur cerveau dans la thèse de M. Fermer que nous avons déjà citée. L'ouvrage de M. Serre sur le cerveau, en 1824"^, et celui de MM. Magendie et Desinou- lins, sur le système nerveux en 1 825 ^, offrent également beaucoup d'encéphales de poissons, et dans le dernier il y a des recherches suivies sur la distribution de leurs nerfs. Les organes de leurs sens firent aussi l'objet 1. Anatomé comparata ner'vi sjmpathici; Leipzig, 1817,111-8." — 2. De piscium cerehro et medulla spinal i ; Halle, 18 13. — 3, Beiiriige zur vergleichenden Anntomie; Francfort, 1820, in-4." — 4. Anatomie comparée du cerveau dans les quatre classes d'animaux vertébrés, t. I ; Paris, 1824, 1 vol. in-S.", avec un allas. — 5. Anatomie des systèmes nerveux des animaux à ver- tèbres; Paris, 1825, 2 vol. in-8." et un atlas. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 245 d'observations intéressantes. M. de Sœmmering, le fils, dans son ouvrage sur la section hori- zontale des yeux , a donné des coupes instruc- tives de ceux des poissons \ MM. Massalien^ eijurine^ ont décrit l'œil du \hon',^\\Everard Home y celui du sgualiis maximus,'^ M.Weber, dans un ouvrage dont nous avons déjà parlé, est entré dans les détails les plus précieux et les plus nouveaux sur leur oreille interne et sur ses rapports avec l'extérieur. ^ Des dispositions particulières de cet organe ont été observées dans le lépidoléprus par M. Otto, dans un mormyre, un pimélode et une serpe, par M. Heusinger,^ Il y a des observations et des figures de l'o- reille de quelques espèces dans la dissertation sur les organes de l'ouïe de M. PohlJ M. Geojfroj a donné des idées qui lui sont propres, sur les pierres de leur sac auriculaire. 1. De oculorum hominis animaliwnque sectione horizontali com- mentatio; Gœttingue, 1818, in-folio. — 2. Diss. sistens descript. oculorum scombri, thjnni et sepiœ , auct. F. 0. Massalien ; Berlin, i8i5, in-4.° — 3. Mémoire sur quelques particularités de l'œil du thon, dans ceux de la Société de phjsique et d'histoire naturelle de Genève, 1. 1 (1821), p. 1. — 4. Leçons d'anatomie comparée, t. lU (1825), p. 246. — 5. De aure et auditu hominis et animalium. p. 1 , De aure animalium aquatilium; Leipzig, 1820, in-4.'' — 6. Archives de Meckel , 1826, n.^S, p. 324- — T. Expositio generalis anatomica organi auditus per classes animalium , auct. Ed. Pohli \ienne, 1818, in-4.° 246 LIVRE PREMIER. M. Duméiil a mis en avant quelques vues particulières sur le siège de leur odorat', et M. Geoffroy en a donné plus tard d'assez dif- férentes % ainsi que sur l'analogie des os qui entourent les narines. MM. Bailly et Geoffroy ont examiné la na- ture et le mécanisme des filets que la baudroie porte sur la tête. ^ M. Geoffroy a traité particulièrement du sac branchial de la baudroie. "^ Quant a la splanclmologie thoracliique et abdominale des poissons, c'est plutôt dans des monographies anatomiques qu'il faut la cher- cher, que dans des traités spéciaux. On a beau- coup de ces descriptions particulières. M. Duméril a donné celle des lamproies en gé- néral ^ et M. Rathke a traité de celle de la lam- proie de rivière, de manière à ne laisser en quel- que sorte rien à désirer sur ce genre si singulier.^ Sir Everard Home^ et M. de Blainville en 1. Dans un mémoire lu à l'Instilut en 1807, et imprimé parmi les Mémoires d'anatomie comparée de l'auteur. — 2. Annales des sciences naturelles, t. VI (iSaS). — 3. Ibid., t. H, p. 323. — 4. Annales du Muséum, t. X, p. 48o. — 5. Dissertation sur les poissons qui se rapprochent le plus des animaux sans vertèbres ; Paris, 1812, in'4.°, et dans ses Mémoires d'anatomie comparée. — 6. Observations sur la structure intérieure de la pricka ou lamproie de rivière (en allemand); Dantzig, i825, in-4." — 7. Description anatomique du squalus niaximus , de Linné j HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 247 ont donné de grands sqnales des mers du Nord/ M. Ratlike a publié celle du lump." Sir EverardHome, dans son magnifique ou- vrage intitulé Leçons cVanatomie comparée^, décrit et représente les estomacs et les intestins d'une trentaine d'espèces, tant européennes qu'é- trangères. Il y parle aussi des cœurs , des bran- chies et des organes de la génération de quel- ques-unes; ses observations sur la lamproie, le myxine, divers squales, sont particulière- ment dignes d'attention. Mais le traité le plus important sur les vis- cères abdominaux des poissons, qui ait paru dans l'époque actuelle, c'est celui de M. Henri Ratlike, de Dantzig, sur leur canal intestinal et les organes de leur généradon. Il y décrit les parties de la splanclmologie dans cinquante-six espèces, toutes de la mer Baltique. "^ Le même auteur a donné des mémoires in- téressans sur le foie, le système de la veine Trans. phil., 1809, et avec des notes de M. de Blainville, dans le Journal de phjsique de Septembre 1810. 1. Mémoire sur le squale pèlerin; Annales du Muséum d'his- toire naturelle, t. XVUl, p. 88. — 2. Arcliives allemandes de la physiologie, t.VII, p. 498- — 3. Lectures on comparative analomj; Londres, grand in-4.% t. I et II, de i8i4; t. III et IV, de 1825.— 4. Dans les Plus nouveaux écrits de la société des naturalistes de Dantzig, t. I, 3/cah.: Halle, 1824, in^." 24'8 LIVRE PREMIER. porte et l'oreillette du cœur des poissons % et une suite de belles observations sur leurs or- ganes génitaux % et la manière dont ces orga- nes se développent. MM. Tiedemann et Dœllin^er ont traité de leur cœur : le premier "^ représente cet organe dans trente-une espèces ; le second '^ le consi- dère sous un point de vue plus général , et a cru y remarcpier une cavité semblable au ven- tricule droit des oiseaux, mais qui ne prend point de part à la circulation. Tout nouvellement (1827), M. Fohmann^ vient de faire connaître dans un grand détail les vaisseaux lymphatiques des poissons, et leurs rapports avec les veines. Les sécrétions des poissons et les organes par lesquels elles s'exécutent, ont été étudiées avec un grand soin. A la connaissance que l'on avait déjà par Huuter et par d'autres des organes électriques de la torpille et du 1. Arch. d'anatomle et phjsiologie de Meckel , 1826, i/'cah., p. i52. — 2. Dans le ^"^ cahier des Mémoires de la société d'his- toire naturelle de Dantzig: Halle, 182 5. — 3. Anatomie du cœur des poissons (en allemand) ; Landshut, 1809, in-4.° — 4. Annales de la société d'histoire naturelle de Vctléravie, t. Il, 2/cah., p. 3ii ; Francfort, i8ii. — 5. Fohmtmn, Histoire naturelle du système l_ymphalique dans les animaux vertébrés 5 1/* part., dans les poissons (en allemand); Leipzig et Heidelberg, 1827, in-folio, avec seize planclics lithographiées. 249 gymnote, M. Geoffroy a ajouté celle des or- ganes qui exercent le même pouvoir dans le silure % et M. Rudolphi en a donné bientôt après une description plus détaillée ^. M. de Huinboldt^ a fait sur le gymnote les expé- riences les plus suivies et les plus précieuses. On a eu, sur la vessie natatoire, les obser- vations de M. de la Roclie"^ et les miennes^; sur l'air qui y est contenu , les expériences de M. Biot ^ et de M. Confi^liacchi \ et sur ses fonctions , un mémoire spécial de M. G. R. Treviranus , qui lui attribue surtout la faculté de faire prévoir les cliangemens du temps/ MM. de Humholdt et Provençal ont aussi examiné l'air de la vessie , et ont combiné leurs observations avec une iuA estigation très-exacte de l'action des poissons sur l'air dans lequel ils respirent.^ M. Ejinan a fait connaître des expériences i. Annales du Muséum, t. I, p. 092. — 2. Mémoires de l'aca- démie de Berlin pour 1824, p. iSj. — 3. Dans ses Observations zoologiques, t. I, p. 49 et suivantes. — 4. Annales du Muséum, t. XIV, p. i84. — 5. Ibid., t. XIV, p. i65. — 6. Mémoires de la société d'Arcueil, t. I, p. 262 , et t. II, p. 487 : il J a trouvé l'azote et l'oxigène en toutes proportions , depuis l'azote pur jusqu'à -^ d'oxigène. — 7. Sul analise delV aria conienuta nella vescica nata- torîa dei pesci; Pavie, 1809, iu-4.'' — 8. Dans les OEuvres mêlées d'anatomie et de physiologie de MM. Treviranus, t. II, 2.^cali.; Brème, i8i8, in-4.° — 9. Mémoires de la société d'Arcueil, t. H. p. 359 et suivantes. 250 LIVRE PREMIER. du plus grand intérêt, sur la décomposition de l'air atmospliérique dans les intestins du mis- gurn, et l'espèce de respiration qui en résulte. On a fait aussi quelques essais sur la com- position cliimi(|ue des divers organes de ces animaux. MM. Fourcroy et Vauquelin ont fait l'ana- lyse cliimique de la laitance de la carpe. ^ M. Chevreul a analysé leurs os, leurs carti- lages et jusqu'au liquide contenu dans leurs cavités intervertébrales. ^ Tel est l'exposé, aussi fidèle qu'il nous a été possible de le faire, des travaux qui ont mis l'icbtyologie dans l'état où nous la prenons; ils nous serviront de matériaux, en même temps que de point de départ, et nous nous efforce- rons d'en tirer , pom ' notre ouvrage , tout ce qu'ils renferment d'exact et d'utile, en ayant soin de rendre à chaque auteur la justice qui lui est due ; mais nous y joindrons beaucoup d'autres matériaux, qui ne sont point publics, et il est aussi de notre devoir d'en rendre compte dès à présent, soit pour faire connaître les sources d'où nous tirerons toutes les augmen- tations que cette nouvelle histoire des poissons 1. Annales du Muséum, t. X, p. 1G9. — 2. Ibid. , t. XVlil, p. i36 et i54. HISTOIRE DE l'ichtyologie. 2S1 va procurer à la science, soit pour témoigner notre reconnaissance aux personnes à qui nous devons des secours si considérables. Moi-même, depuis bien des années, je re- cueille une partie de ces matériaux. ' Dès 1788 et 1789, sur les cotes de Nor- mandie, j'ai décrit, disséqué et dessiné de ma main presque tous les poissons delà Manche, et une partie des observations que j'ai faites à cette époque m'a servi pour mon Tableau élémentaire de zoologie^ et pour mes Leçons d'anatomie comparée. ^ En 4803, dans un séjour de plusieurs mois à Marseille, je continuai ce genre de reclier- clies sur les poissons de la Méditerranée. Je le repris en 1 809 et 1 81 , à Gênes , et en 1 81 3 , dans divers lieux de l'Italie , et j'ai donné quelques écliantillons des observations que je fis à cette époque, dans les premiers volumes des Mémoires du Muséum. Ce fut surtout alors que je commençai à m'apercevoir combien toutes les ichtyologies 1. Nous avons cru devoir, pour compléter cette histoire de l'ichtyologie , reproduire ici l'exposé de nos travaux , tel que nous l'avons déjà fait connaître dans notre Prospectus. 2. Tableau élémentaire de l'histoire naturelle des animaux; Paris, 1798, 1 vol. in-S." — 3. Leçons d'anatomie comparée; Paris ; 1800 et i8o5, 5 vol. in-8." 252 LIVRE PREMIER. existantes étaient encore imparfaites, et dans le nombre des poissons qu'elles faisaient con- naître, et dans leurs rapprocliemens , et dans la critique des synonymes , et même dans les caractères qu'elles assignaient aux espèces. Je chercliai donc une occasion de faire une étude générale et comparative de toute la classe des poissons, et je la trouvai, lorsqu'il s'agit de disposer la grande collection que feu Péron avait rapportée de la mer des Indes. ]\ffl. de Lacépède et Duméril ayant bien voulu permet- tre que je me chargeasse de ce travail, je com- pris dans mon arrangement les anciens pois- sons du Cabinet du Roi, ceux du Cabinet du Stadhouder, ceux de Commerson, que M. Du- méril avait heureusement recouvrés et mis en ordre ; ceux que feu M. de Laroche avait rap- portés d'iviça, et ceux que feu M. Delalande était allé chercher à Toulon. C'est sur cette première revue que j'ai ré- digé, pendant les années si troublées de 1814 et de 1815, la partie des poissons de mon Règne animal publié en 1817\ 11 a dû être évident poiu^ tous mes lecteurs que, dans ce 1. Le Régne animal distribué d'après son organisation , pour servir de base à la zoologie et d'introduction à l'anatomie comparée; Paris, 1817, 4 vol. in-8.° On en prépare en ce moment une deuxième édition. HISTOIRE DE L^ICHTYOLOGIE. 255 livre, la méthode, les caractères des genres, leur division en sous-genres, la critique des espèces, sont les résultats d'une étude faite sur la nature même, et l'on a pu déjà y apercevoir de combien de corrections les ouvrages précé- dens étaient susceptibles. Depuis lors je n'ai pas cessé d'employer, de concert avec mes collègues, les professeurs d'ich- tyologie, tous les moyens à notre disposition pour accroître cette partie du Cabinet du Roi , et les ministres de la marine, les ofîiciers à leurs ordres , les chefs des colonies , ayant cons- tamment secondé mes efforts et ceux de l'admi- nistration du Muséum, la collection a été por- tée, en j^eu d'années, à un nombre surpre- nant , puisqu'il est au moins quadruple de ceux que présentent les ouvrages les plus nouveaux. Ces grandes augmentations sont dues prin- cipalement aux voyageurs qui , depuis i 8 1 G , d'après une institution proposée par le minis- tère de l'intérieur, et sanctionnée par le feu Roi , ont parcouru , aux frais du gouvernement , les diverses parties du globe. Notre premier fonds, dû aux efforts com- muns de MM. Pérou et Lesueur, embrassait déjà l'Océan atlantique, la mer du Cap, les îles de France et de Bourbon, une partie des Mo- luques et les côtes de la Nouvelle-Hollande. 254 LIVRE PREMIER. Toutes les autres mers ont successivement fourni leurs contingens. Feu M. Delalande est aile au Brésil en \ 81 7, et au cap de Bonne-Espérance en \ 820 ; et cet infatigable préparateur y a fait des collections également étonnantes pour le nombre et pour la conservation. M. Auguste de Saint-Hilaire , savant bota- niste, dans un long voyage au Brésil, n'a né- gligé aucune partie de Tliistoire naturelle, et pour les poissons en particulier il a fourni de beaux supplémens à la collection de Delalande. S. A. le prince Maximilien de ]\'euw'ied a bien voulu nous communicpier plusieurs pois- sons recueillis dans la même contrée, et nous en avons vu beaucoup et de très-intéressans des- sinés par feu M. Spix^ que ses béritiers ont jugé à propos de nous soumettre avant la publication très-procbaine qu'ils se proposent d'en faire. Cayenne est un point oii nous avons tou- jours eu des collecteurs en quelque sorte à poste fixe. Outre les poissons qu'y avaient recueillis autrefois MM. Ricliard et Lehlond , nous en avons reçu récemment par les soins de 31. Poi- teaii, pendant qu'il était cbef des cultures dans cette colonie, et de MM. Leschenauh et Ad. Doiunerc, qui y ont fait une course en 1821. Nons avons eu ainsi d'auq^les moyens d'é- HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. 255 claircir les poissons de Margrave, et ceux que Blocli a publiés d'après les dessins du prince Maurice de JNassau. Les Antilles et tout le golfe du Mexique ne nous ont pas fourni des renseignemens moins abondans. M. Plejy ce voyageur courageux, mort vic- time des souffrances que lui avait occasionées un séjour de six ou sept années dans ces cli- mats terribles, y a formé jusqu'à cinq collec- tions , les unes de la Martinique et de la Gua- deloupe, les autres de Porto-llico et de toute la côte de la Colombie. Egalement remarqua- bles par la grandeur des échantillons et par leur conservation , elles sont accompagnées de notes précieuses sur les habitudes des espèces, leurs qualités, et les noms qu'on leur donne dans les différens lieux. M. Lefort y premier médecin à la Martini- que, et M. Achard, pharmacien, nous ont en- voyé de la Martinique et de la Guadeloupe des échantillons dont les couleurs mêmes étaient aussi fraîches que si l'on fût venu de les pêcher. M. Ricard vient de nous en apporter de Saint-Domingue un assez grand nond^re tout aussi bien conservés. M. Poejy naturaliste instruit, habitant de la Havane, nons en a apporté de l'ile de Cuba, 256 LIVRE PREMIER. et nous av ons eu en communication un recueil de belles figures de ceux des cotes du 3Iexique, faites pour le feu roi d'Espagne , par M. Mocigno. 11 nous a été facile de reconnaître ainsi tous les poissons de Plumier, et de rectifier beau- coup des erreurs de Bloch à leur sujet. Tous ceux que Parra a décrits à Cuba, se sont aussi trouves parmi les nôtres, et nous avons été à même de vérifier et de compléter ce qu'il en a dit. Les poissons même des hautes vallées des Cordillères ne nous sont point demeurés étran- gers. L'illustre et savant voyageur, M. cîe Hinnholdt , a bien voulu nous en faire venir quelques-uns de ceux qu'il a décrits dans ses Observations zoologiques. ^ Nos ressomces pour les côtes de l'Amérique septentrionale ont été aussi exti'êmement mul- tipliées. Le célèbre naturaliste, M. BosCj, qui a été consul de France à la Caroline, nous a communiqué les poissons quil y a recueillis, et les dessins qu'il en avait faits, dont quel- ques-uns avaient déjà été publiés par M. de Lacépède, mais d'une manière qui avait be- soin d'éclaircissemens pris sur nature. 1. Recueil d'obsermiions de zoologie et d'anatomie comparée , t. 1, p. 17, 48 et suivantes, et pi. 6, 7 et 10; t. JI;p. i45,etpl.45 — 5a. HISTOIRE DE LICHTYOLOGIE. 257 Nous en avons dû surtout une quantité con- sidérable à M. Milbertj habile artiste, qui a séjourné long -temps à New -York. 11 nous a envoyé à peu près toutes les espèces décrites par M. Mitcliill et beaucoup d'autres, recueil- lies soit sur les côtes, soit dans les rivières et les lacs de cette partie du inonde. M. Lesiœur a ajouté nombre d'espèces intéressantes , prises surtout dans les eaux douces de l'intérieur, et dont il a décrit une partie dans les journaux scientifiques de ce pays -là. Il nous en est aussi parvenu quelques-unes par les soins de M. Dekaj, jeune naturaliste de New-York, qui a étudié au Muséum et qui a conservé de l'airection pour ce bel établis- sement. M. Mitchill lui-même en a adressé quelques autres, et a surtout envoyé à l'administration du Muséum des mémoires manuscrits , dont nous av ons profité. Les poissons de Terre-Neuve ont été obser- vés et décrits avec soin par M. de la Pjlaie, qui nous a libéralement communiqué ses notes et ses dessins, dont nous avons tiré plusieurs renseignemens utiles. Tout récenrinent M. Richardson a bien voulu nous faire voir ceux qui ont été pris pendant le 1. 17 â[58 LIVRE PREMIER. dernier voyage du capitaine Franklin au nord de rAmérique. * L'Afrique est la partie du inonde oii il est le plus difficile de voyager avec l'appareil né- cessaire pour faire de grandes récoltes; et ce- pendant M. RogePy gouverneur des établisse- mens français du Sénégal, nous y a fait ras- sembler une suite de poissons de ce fleuve, qui a eu pour nous un intérêt d'autant plus grand que nous avons pu la comparer à celle que M. Geoffroy Saint -Hilaire avait recueil- lie dans le Nil; ce qui, en y ajoutant les es- pèces des rivières du Cap , rapportées par Delalande, et quelques poissons que M. Mar- c es chaux y consul de France à Tunis, vient de faire pêclier pour nous dans le lac de Biserte, nous a permis de prendre quelque idée de la population des eaux douces de cette vaste contrée. Pour les mers orientales, nous avons eu une petite coîleclion de poissons secs, faite autre- fois par feu Sonnerai , et qu'il nous a donnée en 1814; mais surtout une très-grande, ra- massée pendant plusiems années à Pondicliéry et aux îles de France et de Bourbon , par M. Leschenaidt y ce qui nous a mis à même de 1, lis sont décrits dans l'appendice de ce vojage. HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. 259 bien connaître la plupart des poissons de Com- merson et de Rnssel. M. Mathieu, officier d'artillerie très-instruit , a envoyé de l'Isle-de-France plusieurs espèces rares et bien conservées. MM. Diard et Buvaucel, pendant un séjour assez long à Sumatra et à Java, y ont aussi recueilli un bon nombre de poissons; et les généreuses communications que le célèbre M. Temminck nous a données de ceux qui aA aient été rassemblés dans les mêmes îles par MM. Kiihl et Van-Hasselt, et des ligures qu'ils en avaient prises, a complété ce que nous pouvions dési- rer à cet égard. Ces deux jeunes et malbeureux observateurs avaient aussi été aux Moluques, et leurs col- lections, jointes à celles de Pérou, ont com- mencé à éclaircir pour nous les figures de Yalentyn et de Renard, et à nous convaincre que ces figures, si grossières qu'elles soient, représentent cependant toutes des objets réels. M. Reinwardt , savant professeur d'histoire naturelle à Leyde , n'a pas été moins généreux que M. Temminck, et nous a donné une pleine communication de tout ce qu'il a recueilli dans le pénible voyage qu'il a fait dans l'archipel des Indes. Nous mettons au nombre des envois les plus 260 LIVRE PREMIER. riches que nous ayons reçus, les poissons du Gange et de ses afïluens, queM. AlfredDuvaucel, mon beau-fils , a rassembles avec le plus grand zèle, et dont il a même tiré quelques-uns des rivières du Népaul. Ces envois, joints aux im- menses collections de quadrupèdes, d'oiseaux, de reptiles, d'insectes, de squelettes et de pré- parations anatomiques, qu'il a adressés au Cabinet du Roi, y rendront à jamais son sou- venir précieux. Sans le malheur que j'ai eu de perdre cet intéressant jeune homme, non moins spirituel et instruit qu'il était ardent pour ce genre de recherches, malheur du en partie aux tracasseries de quelques misérables qui redoutaient le voisinage d'un homme ca- pable de porter la lumière sur leur conduite, les sciences naturelles en auraient obtenu , dans tous les genres, des récoltes supérieures à ce qui a jamais été fait : qu'il me soit permis du moins de consigner ici les regrets que lui doi- vent les naturalistes. Cette partie de ses envois nous a mis en état de nous faire des idées plus complètes de la plupart des espèces que M. Ha- milton Buchanan a décrites dans son bel ou- vrage sur les poissons du Gange. M. Dussumier, négociant de Bordeaux , pas- sionné pour riîistoire naturelle, et qui, jeune encore, a déjà fait sur ses propres vaisseaux 2G1 plusieurs voyages à la Chine et aux Indes, a toujours eu soin de nous rapporter les objets les plus remarquables qu'il recueillait, et nous lui devons plusieurs poissons intëressans par leur rareté et la singularité de leurs caractè- res. 11 a même eu l'attention de faire faire à Canton et de nous confier des peintures très- soignées de plusieurs belles espèces de la Chine. Tout récemment il vient de nous remettre une riche collection, pêchée sur la côte de Malabar et aux îles Seichelles. M. Elirenhtr^, qui a recueilli les produc- tions de la mer Rouge ou du Nil avec un dis- cernement et une persévérance admirables, a poussé la complaisance jusqu'à nous commu- niquer ses dessins et ses descriptions, jusqu'à nous céder ses doubles pour le Cabinet du Roi. Nous ne trouvons pas d'expression pour ren- dre les sentimens que nous inspire un abandon si noble. Il nous a fourni les moyens d'éclair- cir la plupart des articles laissés par Forskal sur les poissons de cette mer, articles si nom- breux , mais sur lesquels il régnait encore tant d'obscurité. ^ 1, MM. Ehreiiberg et Hempiich ont fait, par ordre de l'aca- démie royale des sciences de Berlin, pendant les années 1820 à 1825, un vojage en Lj'bie, en Egypte, en Nubie, en Arable et sur la côte occidentale de l'Abysslnie, qui a produit les obser-- 262 LIVRE PRECHER. Il n'est pas, enfin, jusqu'anx poissons de la mer dn Japon et du Ramtscliatka, dont nous n'ayons dû quelques-uns à la bonté de M. 77/e- siuSy le savant compagnon du capitaine Rru- senstern, et M. Liclitenstein nous a communi- qué tous ceux qui avaient été rassemblés lors de la même expédition par M- Langsdorf, et cédés par celui-ci au Cabinet de Berlin, ainsi que tous ceux que Palîas s'était procurés pré- cédemment et dont il a donné des descriptions dans sa Zoograpbie russe. Enfin , M. Temminck vient encore de mettre sans réserve à notre disposition une grande collection de poissons de ces parages lointains, arrivée au Muséum royal des Pays-Bas. Pendant que ces généreux amis de la science accumulaient ainsi autour de nons les poissons des contrées les plus éloignées , il en était d'au- tres qui se faisaient un plaisir de nous procu- rer ceux de l'Europe. Outre les collections faites par Delalande, par La Boclie et par moi sur les côtes de la Méditerranée, M. Risso nous a envoyé ses es- pèces de Nice les pins intéressantes, et nous a communiqué les dessins qu'il en a fait faire valions les plus intéressantes pour toutes les branches des scien- ces naturelles. Voyez le rapport fait à ce sujet par M. de Hum- boldt; Berlin, 182G, 10-4.** '— 263 HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. sur le frais, et sans lesquels nous n'aurions pu nous en bien représenter les couleurs. M. Bon- nelli nous en a envoyé aussi et nous en a prêté quelques-uns des plus rares du Musée de Tu- rin; mais nous en avons dû surtout une col- lection superbe, aussi nombreuse que bien conservée, au zèle désintéressé de M, Savignj^ qui, pendant un voyage de près d'un an en Italie , n'a pas cessé de demander tous les pois- sons qui paraissaient sur les diffère ns marcbés; qui est même allé plusieurs fois en mer pour prendre ceux que les pêcbeurs négligent : il a procuré ainsi au Cabinet du IVoi près de quatre cents espèces toutes des plus beaux modules et de la plus parfaite conservation. Heureux, si l'état cle^sa santé avait permis à cet ol)ser- vateur si ingénieux de faire jouir par lui-même les naturalistes du fruit de ses eilorts. Nous nous empressons du moins de leur signaler ici les titres qu'il s'est acquis à leur reconnais- sance. M. Biberon^ l'un des employés du Muséum, est allé ensuite en Sicile, et y a recueilU en- core plusieurs espèces qui avaient écbappé à M. Savigny; M. le docteur Leach nous en a procuré quelques-unes de Malte; M. l'amiral de Bignjj, pendant la noble expédition (pi'il commande dans l'Arcliipel , s'est occupé de nous 2G4 LIVUE PREMIER. faire pêcher le scare, si fameux cliez les an- ciens, et qu'aucun moderne n'avait vu, si ce n'est Aldrovande. En ce moment même, nous attendons des produits des parages de l'Ar- chipel, oîi M. le docteur Bailli nous a promis de soigner, pendant le séjour cpi'il fait en Grèce, les intérêts de l'ichtyologie. Joignant à ces nom- breuses récoltes celles que M. Geoffroy a faites dans le Nil et sur la côte d'Egypte, nous osons nous flatter que rien ne nous manquera pour éclaircir ce qui a été dit sur les poissons de la Méditerranée depuis les temps les plus reculés. Nous avons encore à Marseille dans M. Po- Ijâore Roujc, conservateur du Musée de cette ville, un correspondant plein d'instruction et de zèle, qui veut bien nous donner tous les renseignemens que nous lui demandons , et qui se propose même, lorsqu'il aura terminé son Ornithologie de Provence, de publier des figu- res coloriées des beaux poissons de cette côte, encore si mal connus et surtout si incorrecte- ment représentés. Les poissons de nos côtes de l'Océan n'ont pas été reclierchés avec moins de zèle. M. (VOr- bigrijj, correspondant du Muséum à La l\o- ciicîie, nous a envové toutes les espèces du golfe de Gascogne, et nous a mis en état de commenter le Traité que (Jornide a donné de HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 2G5 ceux de la Galice. 11 nous a fourni les éléuiens de l'histoire du Germon, si intéressant et si oublié de la plupart des naturalistes. A Brest, M. Garnot , ingénieur de la ma- rine, veut bien, non-seulement nous envoyer des poissons, mais fixer sur le papier, d'après le frais et sur des dessins fort exacts, leurs cou- leurs naturelles. M. Bâillon, correspondant du Muséum à Ab- beville, dont le nom est si connu des naturalis- tes par les découvertes que son përe et lui ont faites sur les oiseaux, ne met pas moins d'ar- deur et de discernement à étudier les poissons de la Manche; et nous lui devons des espèces nouvelles et remarqualjles dans des genres tels que les pleuronectes , oii il est presque incon- cevable qu'il en reste à découvrir sur nos côtes. Feu Noël de la Moriniej^e , qui a péri en Norwége pendant un voyage qu'il y faisait pour étudier les pêches des mers du Nord, y avait rassemblé plusieurs des poissons intéres- sans de ces parages , et nous en avon$ dû d'au- tres aux bontés de M. Reinhajdt, professeur à Copenliague , à qui mon collègue , M. Bron- gniart, avait bien voulu les demander de notre part. Nous nous sommes particulièrement attachés à nous procurer les poissons d'eau douce de 2GC> LIVRE PREMIER. l'Europe, d'ordinaire si négligés dans les ca- binets. JNous avons recherché par nous -même avec beaucoup de suite ceux de la Seine et des ri- vières des environs de Paris. Mon collabora- teur, M. Valenciennes, est allé exprès à Anvers et a Dordrecht, pour y trouver ce prétendu tiiptéi^onote ou haiitin, si mal rendu par Ron- delet, et qui n'est autre que le lavaret. M. Hammer, professeur à Strasbourg , s'est occupé de nous procurer les poissons du Rhin et des rivières qui descendent des Yosges. M. De Candolle, ce célèbre botaniste, a pris la pehie, avec M. Major, conservateur du Cabi- net de Genève , et avec le concours de plusieurs naturalistes helvétiens , de nous procurer ceux du lac Léman, et des autres lacs de la Suisse et de la Savoie; ce qui nous a donné des moyens de débrouiller l'histoire de plusieurs espèces (ie truite: et d'ombres, encore fort mal éciaircie par Bloch et par ses correspondans. Il y a joint même des poissons des lacs de Lombardie, dont MM. Rose et Savigny nous ont aussi procuré plusieurs. Ceux du lac Trasimène nous ont été envoyés par M. Louis Canali, savant professeur de Pé- rugia. M, Bredin, directeur de l'école vétérinaire HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 267 de Lyon, nous a fait avoir l'api on du Rhône. Plusieurs poissons intéressans du Danube nous ont été envoyés supérieurement prépa- rés par les soins de M. de Sclireihers , le célè- bre directeur du cabinet d'histoire naturelle de Tienne. M. Lichtenstein, savant professeur de Berlin, nous en a fait avoir cpielques-uns du Brandebourg. M. Tliienemann , de Dresde, si connu par son voyage au Nord, nous en a envoyé beaucoup de Saxe. M. Nitsch nous en a fait une collection à Halle. Nous avons été surtout mis à même de bien connaître les poissons de l'Allemagne et de bien constater toutes les espèces de Bloch, par le voyage cpie M. Yalenciennes a récemment fait à Berlin, et par la faveur qu'il y a obte- nue à la sollicitation du célèbre M. de Hum- boldt, de rassembler jusque dans les étangs qui appartiennent au roi, toutes les espèces que l'on y nourrit , et en grands et beaux échan- tillons. Nous avons même reçu des poissons du Don et du Phase par les soins de M. Gamba, consul de France en Géorgie, et la communication que M. Lichtenstein a bien voulu nous accor- der des poissoes de Pallas, donnés au cabinet de Berlin par M. Puidolphi, nous a fourni beaucoup de lumières sur les espèces propres 268 IIVRE PREMIER. à la Russie; mais ce qui nous a pénétré de la reconnaissance la plus vive, c'est la gracieuse attention cjue S. A. I. la grande-duchesse Hé- lène a daigné nous marquer, en nous faisant envoyer en beaux échantillons les poissons les plus remarqualjles de cet empire avec leur no- menclature populaire. Qu'il nous soit permis d'exprimer ici notre respectueuse gratitude pour cette preuve qu'une princesse si distinguée a bien voulu donner d'un amour éclairé pour les sciences! Les grandes expéditions nautiques ordon- nées par le feu Roi ont complété cette lon- gue suite d'acquisitions, que l'expédition de Bandin avait commencée. M. Frejcinet et M. Diiperrejj d[in^ leurs voyages autour du monde, ont fait recueillir , d'après les instructions qu'ils avaient reçues du zèle pour la science qui anime le ministère de la marine, les poissons de toutes les mers qu'ils ont traversées, et ils ont été parfaitement secondés dans cette re- cherche, le premier par MM. Quoj et G«j- mardy le second par MM. Garnot et Lesson. Les relations de leurs voyages offrent au pu- blic les ligures et les descriptions des espèces nouvelles les plus remarquables qu'ils ont dé- couvertes; mais ils en ont rapporté beaucoup d'autres qui, même lorsqu'elles n'étaient pas HISTOIRE DE LICHTYOLOGIE. 269 nouvelles pour la science, avaient encore un grand intérêt pour notre travail, soit en nous permettant de les mieux de'crire que nos pré- décesseurs, soit par les particularités anatomi- ques et autres qu'elles nous ont offertes. C'est ainsi, d'ailleurs, que nous avons eu les pois- sons de la Nouvelle-Zélande, de la Nouvelle- Guinée , des Mariannes , des îles Sandwich , de la Terre de feu et du Brésil méridional. Nous en avons même reçu par d'autres occasions de la rivière de la Plata, et surtout de Buénos- Ayres; et nous en attendons de belles récoltes de la Nouvelle-Guinée, où MM. Quoy et Gay- mard, qui avaient déjà exécuté de si grands travaux lors du voyage de M. Freycinet, vien- nent de se rendre avec M. Durville. Animés d'un nouveau zèle, et fortifiés par l'expérience, ils ne peuvent manquer d'obtenir encore de plus beaux résultats. ^ Quant à nous , le seul vœu qui nous reste à former, c'est que l'ouvrage que nous avons entrepris ne soit point trouvé trop indigne, ni des écrivains illustres dont nous cherchons à continuer les travaux, ni des secours et des 1. En ce moment même, MM. Quoj et Gaymard viennent d'expédier du poii Jackson au Muséum , avec beaucoup d'autres objets , deux cent soixante-dix poissons de difTérens parages de Ja mer des Indes et de la mer du Sud. 270 encouragemens que nous avons reçus d'un si grand nombre d'amis et de protecteurs de l'his- toire naturelle. Heureux si nous pouvions espé- rer qu'à son tour il prendra rang parmi ceux qui font époque dans la science. C'est à quoi vont tendre tous nos eiYorts. LIVRE DEUXIEME. Idée générale de la nature et de l'orga- nisation des Poissons. GHAPITPxE PREMIER. CARACTÈRES GÉNÉRAUX ET NATURE ESSENTIELLE DES POISSONS. l^^LUS des deux tiers de la surface du globe sont couverts par les eaux de la mer; des parties considérables des îles et des continens sont ar- rosées par des rivières de toutes les grandeurs , ou occupées par des lacs , des étangs et des ma- rais, et cet empire des eaux qui surpasse si fort en étendue celui de la terre sèche, ne lui cède en rien quant au nombre et à la variété des êtres animés qui l'habitent. Sur la terre, la matière susceptible de vie est pour une grande portion employée à la formation et à l'entre- tien des espèces végétales; les animaux herbi- vores y puisent une nourriture qui, une fois animalisée par eux, devient un aliment propre aux carnivores, lesquels ne font guère plus de 272 LIVRE DEUXIÈME. la moitié des animaux terrestres de toutes les classes ; mais dans les eaux , et surtout dans la mer, où le règne végétal est beaucoup plus restreint, tout semble animé ou prêt à le de- venir; les animaux n'y vivent qu'aux dépens les uns des autres, ou de la mucosité et des autres détritus des corps des animaux. C'est là que le règne animal offre les extrêmes de la grandeur et de la petitesse , depuis ces myriades de monades et d'autres espèces qui auraient été éternellement invisibles pour nous, sans le pouvoir merveilleux du microscope, jusqu'à ces baleines et ces cachalots, qui surpassent vingt fois les plus grands des quadrupèdes terrestres. C'est là aussi que s'observent le plus de ces grandes combinaisons d'organes , auxquelles les naturalistes ont donné le nom de classes, et même, à bien dire, elles y ont toutes des représentans ; car, jusque parmi les oiseaux, ces êtres essentiellement aériens, il en est, tels que les manchots, que leur structure attache pendant leur vie presque entière aux flots de l'Océan. La classe des mammifères a dans les eaux non-seulement les phoques, les morses et les lamantins, qui ne peuvent s'en éloigner; mais tous les cétacés qui ne peuvent en sortir, bien que leur genre de respiration les oblige sans cesse à venir à la surface. Les reptiles y sont CHAP. I. NATURE DES POISSONS, 275 représentés par des tortues, des erocodiles, des serpeiis, et surtout par la famille entière des batraciens. Beaucoup d'insectes sont aquatiques, même dans leur état parfait, et un beaucoup plus grand nombre ne s'élève dans les airs, pour s'y reproduire et y mourir, qu'après avoir passé dans l'eau, sous l'état de larve ou de nym- phe , une partie bien plus considérable de leur vie. C'est dans les eaux qu'il faut chercher pres- que tous les mollusques , les annélides , les crus- tacés et les zoophy tes , quatre classes qui n'ont en quelque sorte sur la terre que des membres isolés et comme égarés. Aussi les anciens di- saient-ils, que tout ce qui existe ailleurs se re- trouve dans la mer, mais que la mer a beau- coup de choses qui ne sont point ailleurs : Quicquid nascatur in parte naturœ alla et in mari essej prœterque multa quœ nusquam alibi. ^ Mais parmi ces innombrables créatures qui peuplent et vivifient l'élément hquide, il n'en est point qui y dominent davantage, qui lui soient plus exclusivement propres, et qui s'y fassent plus remarquer par leur nombre, leurs formes variées, leurs belles couleurs, et sur- tout par les avantages infinis que l'homme en 1. Pline,!. IX, c. u. 18 - 274 LIVRE DEUXIÈME. retire, que ceux qui appartiennent à la classe des poissons; cette importance supérieure des poissons est même telle , qu'elle a fait étendre leur nom à tous les animaux aquatiques, en sorte que dans les auteurs anciens, et même dans les écrivains de nos jours qui ne sont pas naturalistes, on voit souvent ce nom ap- pliqué à des cétacés , à des mollusques et à des crustacés ; confusion qu'il est d'autant plus fa- cile d'éclaircir, que la classe des poissons est une de celles qui se laissent le mieux limiter par des caractères invariables. La définition des poissons , telle que l'ont adoptée les naturalistes modernes, est, en effet, on ne peut pas plus claire et précise. Ce sont des animaux vertébrés et à sang rouge, qui respirent par des brancliies , et par l'intermède de l'eau. Cette définition résulte de l'observation; elle est un produit de l'analyse, ou ce que l'on nomme en pbysique une formule empirique : mais sa justesse se démontre aussi par la mé- tbode inverse; car, une fois bien saisie, on en déduit en quelque sorte toute la nature des êtres auxquels on l'applique. Yertébrés, ils ont du avoir un squelette in- térieur : le cerveau et la moelle épinlère en- veloppés dans la colonne vertébrale; les mus- CHAP. I. NATURE DES POISSONS. 275 des en dehors des os; quatre extrémités seu- lement; les organes des quatre premiers sens dans les cavités de la tête, etc. Aquatiques, c'est-à-dire vivant dans un li- quide plus pesant et plus résistant que l'air, leurs forces motrices ont dû être disposées et calculées pour la progression ; mais l'élévation a pu se faire aisément : de là les formes de moindre résistance de leur corps, la plus grande force musculaij e donnée à leur queue, la brièveté de leurs embres, leur expan- sibilité, les membra^^' qui les soutiennent, les tégumens lisses ju ccailleux et non héris- sés par des plumes ou des poils. Ne respirant que par l'intermède de l'eau, c'est-à-dire, ne profitant, pour rendre à leur sang les qualités artérielles, que de la petite quantité d'oxigène contenu dans l'air mêlé à Teau, leur sang a dû rester froid; leur vitalité, l'énergie de leurs sens et de leurs mouvemens ont dû être moindres que dans les mammifères et les oiseaux. Ainsi leur cerveau, bien que d'une com- position semblable, a dû être proportionnelle- ment beaucoup plus petit, et les organes exté- rieurs des sens n'ont pas été de nature à lui im- primer des ébranlemens puissans. Les poissons, en efYet, sont de tous les vertébrés ceux qui donnent le moins de signes apparens de sen- 276 LIVRE DEUXIÈME. sibilité. N'ayant point d'air élastique à leur disposition, ils sont demeurés muets, ou à peu près, et tous les sentimens que la voix réveille ou entretient, ont dû leur demeurer étrangers; leurs yeux comme immobiles, leur face osseuse et fixe, leurs membres sans inflexions, et se mouvant tout d'une pièce, ne laissent aucun jeu à leur physionomie, aucune expression à leurs émotions : leur oreille, enfermée de toute part dans les os du crâne, sans conque exté- rieure, sans limaçon à l'intérieur, composée seulement de quelques sacs et canaux membra- neux, doit leur suffire à peine pour distinguer les sons les plus frappans , et aussi avaient-ils peu d'usage a faire du sens de l'ouïe, eux qui sont condamnés à vivre dans l'empire du silence, et autour desquels tout se tait. Leur vue même dans les profondeurs oii ils vivent aurait peu d'exercice, si la plupart des espèces n'avaient, par la grandeur de leurs yeux , un moyen de suppléer à la faiblesse de la lumière; mais dans celles-là même l'oeil cliange à peine de direc- tion ; encore moins peut-il changer ses dimen- sions et s'accommoder aux distances des objets : son iris ne se dilate ni ne se rétrécit, et sa pupille demeure la même à tous les degrés de lumière. Aucune larme n'arrose cet œil, au- cune paupière ne l'essuie ou ne le protège; CHAP. I. NATURE DES POISSONS. 277 il n'est plus dans le poisson qu'une faible image de cet organe si beau, si vif, si animé, dans les classes supérieures. ]Ne pouvant se nourrir qu'en poursuivant à la nage une proie qui nage elle-même plus ou moins rapidement, n'ayant de moyens de la saisir que de l'engloutii", un sen- timent délicat des saveurs leur aurait été inu- tile, si la nature le leur avait donné; mais leur langue, presque immobile, souvent tout-à-fait osseuse ou cuirassée par des plaques dentaires et ne recevant que des nerfs grêles et en petit nombre, nous montre de reste que l'organe est aussi émoussé que son peu d'usage devait nous le faire supposer. L'odorat même ne peut être aussi continuellement en exercice dans les poissons que dans les animaux qui respirent l'air, et qui ont sans cesse les narines traver- sées par les vapeurs odorantes. Enfin, leur tact, presque annulé à la surface de leur corps par les écailles , et dans leurs membres par le dé- faut de flexibilité de leurs rayons et par la sécheresse des membranes qui les enveloppent, a été contraint de se réfugier au bout de leurs lèvres , qui , même dans quelques-uns , sont ré- duites à une dureté osseuse et insensible. Ainsi les sens extérieurs des poissons leur donnent peu d'impressions vives et nettes; la nature qui les entoure ne doit les affecter que d'une 278 LIVRE DEUXIÈMlE. manière confuse; leurs plaisirs sont peu va- ries ; ils n'ont de souffrances k craindre du de- hors que les douleurs produites par des bles- sures effectives. Leur besoin continuel, celui qui seul, hors la saison de l'amour, les agite et les entraîne, leur passion dominante, enfin, doit être d'assouvir le sentiment intérieur de la faim ; de'vorer est presque tout ce qu'ils peuvent faire , quand ils ne se reproduisent pas : c'est uniquement vers ce but que semblent calculés toute leur structure, tous leurs organes du mou- vement. Poursuivre une proie , ou échapper à un destructeur , font l'occupation de leur vie : c'est ce qui détermine le choix des différens séjours qu'ils haljiteut , c'est l'objet principal des varié- tés de leurs formes , du peu d'instincts ou d'ar- tifices particuliers que la nature a accordés a quelques-unes de leurs espèces : les filamens pêcheurs de la baudroie , le museau subite- ment lancé en avant du filou et du sublet, la commotion terrible que donnent la torpille et le gymnote, n'ont pas d'autre objet. Les va- riations de la température elles-mêmes les affec- tent peu, non-seulement parce qu'elles sont moins grandes dans l'élément qu'ils habitent que dans notre atmospbère, mais encore parce que, leur corps prenant la température envi- ronnante , le contraste du froid extérieur et de CH/VP. I. NATURE DES POISSONS. 279 chaleur intérieure n'existe presque pas pour eux. Aussi les saisons ne sont-elles pas pour leurs mi- grations et pour les époques de leur propagation des régulateurs aussi exclusifs que parmi les quadrupèdes , et surtout que parmi les oiseaux. Plusieurs poissons fraient en hiver; c'est vers l'automne que les harengs viennent du Nord, répandre sur nos côtes leurs œufs et leur laite; c'est dans le Nord que la classe montre la fécon- dité la plus étonnante, sinon en espèces variées, du moins en individus dans les espèces, et nulle part ailleurs la mer ne nous offre rien d'appro- chant de ces innombrables myriades de morues et de harengs qui attirent chaque année des flottes entières dans les parages septentrionaux. Les amours des poissons sont froides comme eux; elles ne supposent que des besoins indivi- duels. A peine a-t-il été donné , dans quelques espèces , aux deux sexes de s'apparier et de jouir ensemble de la volupté ; dans les autres , les mâles poursuivent les œufs plutôt qu'ils ne cherchent leurs femelles : ils sont réduits à féconder des œufs dont ils ne connaissent point la mère , et dont ils ne verront pas les produits. Les plai- sirs de la maternité sont également étrangers au grand nombre des espèces ; quelques-unes seulement portent pendant quelque temps leurs œufs avec elles : à quelques exceptions près , les 280 LIVRE DEUXIÈME. poissons n'ont point de nid à construire , point de petits à nourrir et à de'fendre ; en un mot , jusque dans les derniers détails leur économie toute entière contiaste avec celle des oiseaux. L'être aérien découvre nettement un horizon immense; son ouïe subtile apprécie tous les sons, toutes les intonations ; sa voix les reproduit : si son bec est dur, si son corps a dû être enveloppé d'un duvet qui le préservât du froid des hautes régions qu'il visite, il retrouve dans ses pattes toute la perfection du toucher le plus délicat. Il jouit de toutes les douceurs de l'amour conjugal et paternel; il en remplit les devoirs avec cou- rage : les époux se défendent , défendent leur progéniture ; un art surprenant préside à la construction de leur demeure ; quand le temps est venu , ils y travaillent ensemble et sans relâ- che : pendant que la mëre couve ses œufs avec une constance si admiraljîe , le përe d'amant passionné devenu tendre époux, charme par ses chants les ennuis de sa compagne. Dans l'esclavage même, l'oiseau s'attache à son maî- tre; il se soumet a lui et exécute sous ses or- dres les actes les plus adroits , les plus délicats ; il chasse pour lui comme le chien , et il revient à sa voix du plus haut des airs; il imite jusqu'à son langage , et ce n'est qu'avec peine que l'on se décide à lui refuser une sorte de raison. CHAP. I. NATURE DES POISSONS. 281 L'habitant des eaux , au contraire , ne s'at- tache point ; il n'a point de langage , point d'affection ; il ne sait ce que c'est que d'être ëpoux et père , ni que de se préparer un abri : dans Je danger il se cache sous les rochers de la mer , ou se précipite dans la profondeur des eaux ; sa vie est silencieuse et monotone; sa voracité seule l'occupe, et ce n'est que par elle qu'on peut lui enseigner à diriger ses mouvemens par quelques signes venus du dehors. Et cependant ces êtres , à qui il a été ménagé si peu de jouissances , ont été ornés par la nature de tous les genres de beauté : variété dans les formes, élégance dans les proportions, diversité et vivacité de couleurs, rien ne leur manque pour attirer l'at- tention de l'homme, et il semble que ce soit cette attention que la nature ait eu en effet le dessein d'exciter : l'éclat de tous les métaux , de toutes les pierres précieuses dont ils res- plendissent, les couleurs de l'iris qui se brisent, se reflètent en bandes, en taches, en lignes onduleuses, anguleuses et toujours régulières, symétriques, toujours de nuances admirable- ment assorties ou contrastées, pour qui avaient- ils reçu tous ces dons , eux qui ne peuvent au plus que s'entrevoir dans ces profondeurs, où la lumière a peine à prénétrer; et quand ils se 282 LIVRE DEUXIÈME. verraient , quel genre de plaisirs pourraient réveiller en eux de pareils rapports? Aussi l'homme a-t-il de tout temps porté son attention sur les animaux de cette classe ; la nourriture abondante qu'ils lui fournissent, fait qu'ils sont des premiers qu'il s'attache a pour- suivre : beaucoup de peuples ichtyophages sont encore moins élevés dans l'échelle de la civi- lisation que les peuples pasteurs , et parmi les nations les plus civihsées, beaucoup de familles tirent de la pèche à peu près toute leur subsis- tance. Les habitans des îles et des côtes recher- chent et observent les nombreuses espèces qui se tiennent parmi leurs rochers , et des naviga- teurs plus hardis vont au loin attaquer au mi- lieu de l'Océan les phalanges des poissons voya- geurs ; et en contribuant ainsi à soulager les premières nécessités des peuples, les poissons n'en demeurent pas moins pour les riches des objets du luxe le plus raffiné. Rome, devenue le gouffre oii s'engloutissaient les richesses du monde, consacrait à ce genre de dépenses des sommes qui nous paraissent à peine croyables. On y entretenait d'immenses viviers pour les poissons de mer et d'eau douce; on y faisait venir vivans des poissons des mers éh)ignées ; on en apportait vivans sur la table, oîi l'on se plaisait à observer les changemens de cou- CHAP. I. NATURE DES POISSONS. 283 leur qu'ils éprouvaient en expirant'; et il pa- raît qu'à force de soins et de constance on y était parvenu à exercer sur les poissons un bien plus grand empire que leur naturel ne semblait le faire espérer. Quelques-uns y con- naissaient leurs maîtres , y avaient des noms propres, par lesquels on les faisait approcher; c'est du moins ce que nous rapportent quelques auteurs , mais ils en parlent comme de produits étonnans de l'industrie excitée par le luxe.^ 1. « MuUum expirantem versîcolori quadam et niirnerosa varietate speciari, proceres gulœ narrant , rubentium squmnarum multiplici mutatione pallescentem y utique si vitro spectetur inclusus. ^^ (Plin., ). IX, c. 17.) Vojez aussi Sénèque, Quest. nat., 1. III^ c, 18. Et Ingeniosa gula est , siciilo scarus œquore mersus /fd mensam vivus perducitur. ..... (Petron., Caim. de hell. civ., v. 33.) "2. Martial., 1. IV, ép. 3o, v. 3 : Sacris plscibus hœ natantur undœ Qui norunt dominum manumque lainbunt , IJlam qua nihil est in orbe majus. Quid quod nomen habent et od magistri Vocem quîsque sui venit citatus. Et 1. X, ép. 3o : Piscina rhombum pascit et lupos vernas- Natat ad magistruin delicata murœna. Nomenculator mugilem citât notum Et adesse jussi prodeunt senes mulli. Pline rapporte le même fait, 1. X, c. 70 : <, Speclaiur et in piscinis ccesaris , gênera piscium ad nomen venire. ijuosdamque singiilos, » 284 LIVRE DEUXIÈME. C'est en observant les poissons dans des vi- viers, ou en recueillant ce que les pêclieurs ont remarqué dans leurs expéditions, que l'on a appris le peu que l'on sait des mœurs de ces animaux; mais il est probable que beau- coup de leurs habitudes secrètes nous échap- pent dans les profondeurs oii ils passent la plus grande partie de leur vie. Les uns sont solitai- res , les autres vivent en troupes ; il en est qui parcourent des espaces immenses , d'autres qui , toujours sédentaires, ne quittent point le fond qui les a vu naître. La nature des fonds dé- termine aussi le séjour des différentes espèces. Il en est qu'on ne trouve que dans les en- droits rocailleux des bords de la mer; d'au- tres ne vivent que dans les eaux pures de la haute mer; d'autres encore aiment les eaux stagnantes, les eaux bourbeuses, ou se tien- nent même enfoncés dans la vase et dans le sable, et quelques-uns parmi ceux-là ne pé- rissent point même lorsque la vase, dans la- quelle ils s'enterrent , n'est plus couverte d'eau : potn- peu qu'elle conserve d'humidité, ils y subsi.\tent. L'immobilité de quelques-uns, tels que les raies , les baudroies j, contraste avec l'extrême rapidité du grand nombre , et sur- tout des divers scomhres. Il en est , comme les anguilles, lespériophtalnies^ qui peuvent vivre CHAP. I. NATURE DES POISSONS. 285 quelque temps à sec et ramper sur le rivage ; il en est, dit-on, comme Yanahas, qui grim- pent au haut des arbres et vont s'établir dans les petits amas d'eau qui se forment entre leurs feuilles; quelques-uns, les pirahehes, les exo- cets, ont des nageoires pectorales assez larges pour s'élever et se soutenir dans l'air, et y parcourir un espace étendu. L'industrie la plus remarquable dans toute la classe est peut-être celle de certains poissons des Indes, le toxo- tes et le cliœtodon ro stratus , qui savent, en lançant des gouttes à une certaine hauteur, faire tomber dans l'eau les insectes dont ils se nourrissent; mais toutes ces variétés dans les habitudes tiennent principalement à celles de la conformation, et ce serait en vain que l'on chercherait à s'en rendre compte, si l'on n'étudiait en détail la structure de toutes les parties du corps des poissons, les différences qui distinguent cette structure de celle des autres vertébrés , et les modifications qu'elle éprouve dans les familles, les genres et les espèces. C'est à cette étude que ce deuxième livre est destiné à nous préparer. Nous y examinerons d'abord le corps du poisson à l'extérieur ; nous décrirons ensuite la charpente osseuse qui le soutient et lui donne sa forme et ses propor- tions ; les muscles qui agissent sur lui et dou» 286 LIVRE DEUXIÈME. nent l'impulsion nécessaire à ses divers mouve- mens ; les organes des sens qui reçoivent les im- pressions des objets extérieurs : les nerfs (jui tranportent ces impressions ; le cerveau oii elles se réunissent, et d'où partent les ordres de la vo- lonté : les organes de la digestion, à commencer par les dents et à finir par les vaisseaux lactés cpii conduisent le chyle dans le sang; ceux de la circulation, soit qu'ils amènent le sang des diverses parties du corps dans les branchies, ou qu'ils le reportent des branchies sur tous les points du corps; ces branchies elles-mêmes, avec tout leur entourage ou les moyens par lesquels le sang reçoit du dehors la portion d'oxigène qui lui est nécessaire; les reins et les autres organes par lesquels le corps se dé- barrasse de substances qui lui sont inutiles; enfin, les organes de reproduction des deux sexes, et l'œuf ou les diverses enveloppes et provisions préparées au fœtus. Ce n'est qu'après avoir pris dans les articles qui vont suivre des notions générales de toutes ces parties de l'organisation animale, telles qu'on les trouve modifiées dans les poissons, que nous pourrons passer à l'histoire particu- lière des familles, des genres et des espèces. Nous donnerons à nos descriptions toute la brièveté qui n'exclura point la clarté ; nous y CHAP. I. NATURE DES POISSONS, 287 éviterons surtout l'emploi de cette foule de termes techniques, qui semblent n'avoir été inventés que pour rendre rebutante une science déjà hérissée de tant de difficultés intrinsèques ^ et qui étaient si peu nécessaires pour décrire des êtres de formes ordinairement aussi sim- ples que les poissons. 288 LIVRE DEUXIÈME. CHAPITRE II. EXTÉRIEUR DES POISSONS. Les poissons n'ayant point de cou, et leur queue à sa naissance égalant le plus souvent le tronc en grosseur , leur corps est presque gé- néralement d'une venue, diminuant seulement par degrés vers ses deux extrémités, à moins que l'une ou l'autre ne soit ou tronquée ou ter- minée en massue, ou que la queue (ce qui n'ar- rive guère que dans les raies) ne soit beaucoup plus grêle que le reste. Ce corps peut être ou arrondi , comme dans les diodons, ou cylindrique, comme dans les anguilles, ou comprimé soit horizontalement, comme dans les raies , soit verticalement , comme dans le très -grand nombre des poissons. La tête peut être ou plus grosse que le corps, comme dans les baudroies, ou plus pe- tite, comme dans beaucoup d'espèces; elle peut être ronde ou comprimée dans divers sens; elle peut être obtuse, comme dans les cottes, ou plus ou moins alongée, comme dans les fistulaires et les centrisques. Ils peuvent avoir les deux mâchoires prolongées en bec, comme dans les orphies, ou Tinférieure seulement , comme dans l'hémiramphe, ou leur mâchoire CHAP. 11. EXTÉRIEUR DES POISSONS. 289 supérieure peut former un museau saillant au- dessus de la bouclie, comme dans les raies, les squales et surtout dans les espadons. La bouche peut s'ouvrir ou en dessous, comme dans les raies, ou au bout du museau, comme dans la plupart des poissons, ou même en dessus et vers le ciel, comme dans les ura- noscopes; elle peut être plus ou moins fendue, depuis la forme d'un petit trou, comme dans les centrisques, jusqu'à celle d'une vaste gueule, comme dans les baudroies. On ne voit à l'extérieur que les organes de deux sens , les orifices des narines et les yeux ; mais les premiers peuvent être simples, comme dans les raies et les squales, ou doubles, comme dans la plupart des poissons osseux ; ils peuvent être plus ou moins rapprochés, soit des mâ- cîioires, soit des yeux, soit du bout du museau. Les yeux varient extrêmement par la gran- deur, selon les espèces, et même disparaissent cpielquefois sous la peau , comme dans les taenia- notes , les aptériclites ; leur direction ne varie pas moins que leur diamètre; le plus souvent dirigés sur les côtés, ils se relèvent, et quelque- fois au point de regarder tout-à-fait vers le ciel, comme dans les uranoscopes; le genre entier des pleuronectes les a même tous les deux d'un seul côté de la tête, soit du droit, soit du gauche. 1. IQ 290 LIVRE DEUXIÈME. Une famille de poissons seulement , celle des cliondroptéiygiens , a les bords extérieurs de ses branchies fixés à la peau, et autant d'ouver- tures pour fissue de l'eau qu'il y a d'interval- les entre ces branchies; mais tous les autres ont des branchies libres à leur bord externe, et l'eau qu'ils ont avalée sort par une seule ouverture (une seule ouïe) de chaque côté; cette ouïe a arie beaucoup pour la grandeur et pour le point plus ou moins reculé oii elle s'ouvre: les harengs l'ont énorme et contour- nant tout le côté de la tète ; dans les anguilles elle est petite et fort en arrière; quelques espèces de cette famille , les synbranches , n'ont même qu'un seul trou pour les deux ouïes. L'opercule , dont les battemens servent à la respiration , peut lui-même varier en grandeur et en iigure; la membrane qui le complète en dessous peut se joindre en tout ou en partie à celle de l'autre côté , ou à la partie voisine de l'épaule ; le nombre des rayons qui la sou- tiennent peut être plus ou moins considérable; . quelquefois, comme dans les tétrodons, les diodons , les coffres , une grande partie de cet appareil est masquée par la peau et ne se voit bien qu'à la dissection; il manque tout-à-fait dans les espèces à plusieurs orifices. Une partie des nageoires sont verticales , et CHAP. IL EXTÉRIEUR DES POISSONS. 29 I servent au poisson comme la carène ou le gou- vernail servent à un navire, et celles-là sont, ou attachées au dos : les dorsales ; ou sous la queue : les anales; ou au bout de la queue : la caudale; et diffèrent par le nombre, la hauteur, et la nature des rayons qui les sou- tiennent, et qui tantôt sont épineux, tantôt branchus et composés de beaucoup de petites articulations. D'autres nageoires sont disposées par paires et représentent les quatre membres des classes siq^érieures. Celles qui répondent aux bras ou aux ailes , nommées nageoires pectorales , sont toujours attachées derrière les ouïes; celles qui répondent aux pieds, nommées nageoires ventrales, peuvent au contraire être placées plus ou moins en avant, plus ou moins en arrière, depuis le dessous de la gorge jusqu'à la naissance de la queue. Les unes et les autres varient pour la grandeur, pour le nombre des rayons, pour leur structure simple ou articulée; une des paires , ou même toutes les deux , peu- vent manquer entièrement : les anguilles, par exemple , n'ont point de ventrales ; les murènes n'ont ni ventrales, ni pectorales; les aptérichtes n'ont aucune nageoire. On nomme ]\L\lacoptérygiens , les poissons osseux dont tous le§ rayons des nageoires sont articulés, et Aca^tiioptérygiens , ceux qui en 292 LIVRE DEUXIÈME. ont une partie simple et en forme d'épines; mais dans quelques malacoptéiygiens , comme les carpes et les silures, la soudure des articulations donne à certains rayons l'apparence d'ëpines. L'anus peut être fort loin derrière les na- geoires ventrales ou s'en rapprocher, ou avan- cer avec elles, et, quand elles n'existent pas, venir s'ouvrir jusque sous la gorge, comme on le voit dans les sternarchus. Dans certaines espèces , telles que les gobies et les blennies , il a à son arrière une languette qui paraît avoir quelque rapport à la génération, mais qui n'est pas une verge, car les deux sexes en sont munis; elle manque au plus grand nombre des autres poissons. Toutes les différences, que nous venons d'é- numérer, tiennent à la structure intime, a la cliarpente même du poisson; il en est de plus superficielles. Les mâchoires peuvent être armées de dents de toutes les sortes, et il peut y en a^ oir à toutes les parties de la bouche et jusque dans le gosier. Les lèvres peuvent être garnies d'appendices ou harhiUons y divers par la substance, le nom- bre et la longueur , comme dans les barbeaux , les silures, les pogouias. 11 peut y avoir des lambeaux charnus épars sur le corps, comme dans les scorpeneSy quel- CHAP. II. EXTÉRIEUR DES POISSONS. 293 ques-iins des rayons peuvent être dëtacliés de la nageoire et susceptibles de mouvemens in- dépendans, et cela, soit aux nageoires vertica- les, comme dans les baudroies, soit aux pecto- rales, comme dans les trigles. Enfin, la nature des tégumens, soit du corps, soit de la tête, soit des nageoires, peut varier; le poisson peut être nu, êcailleux, épineux , cui- rassé dans toutes ou dans plusieurs de ses par- ties ; ses écailles , les pièces de sa cuirasse , peu- vent varier à Tinfuii par la grandeur, les con- tours , les dentelures de leur liord , les inégalités de leur surface. Il peut en être de même des diverses pièces qui recouvrent la tête. La ligne formée de chaque côté du corps par luie suite de pores ou de petits tubes creusés dans les écailles, peut être plus ou moins marquée ou même hérissée ou cuirassée; elle peut être aussi plus ou moins droite, plus ou moins rappro- chée du dos. Si l'on joint à ces considérations ce qui concerne les couleurs, leur distribution, leurs nuances, et ce qui a rapport à la gran- deur et au poids du poisson , on peut se faire une idée de tout ce qui caractérise à l'extérieur les divers êtres de cette grande classe, et l'on voit que le langage ordinaire doit sullire à peu près pour exprimer et faire comprendre toutes ces diversités. 294 LIVRE DEUXIÈME. CHAPITRE III. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. Après cet exposé général , nous allons entrer dans l'examen des divers organes, et nous com- mencerons par ceux qui soutiennent tous les au- tres , c'est-à-dire par ceux qui composent le sque- lette ; mais avant de passer à l'étude des dilférens os, il est nécessaire de prendre connaissance de leur nature propre et de leur tissu intime. Tissu des Os des Poissons. Sous le rapport du tissu des os, on peut divi- ser les poissons en osseux, en Jihro-cartila^i- neux et en vrais cartilagineux. Ces derniers, autrement appelés chondrop- térjgienSj et qui , par l'ensemble de leur cliar- pente, par leurs branchies, dont le bord exté- rieur est ûxé a la peau et d'oîi l'eau ne s'échappe qu'au travers d'orifices étroits et multipliés, ainsi que par plusieurs autres détails de leur organisation, se distinguent des autres d'une manière bien tranchée, n'ont jamais de véri- tables os ; leurs parties dures ne consistent in- térieurement qu'en un cartilage homogène et demi-transparent, qui se revêt seulement à la surface, dans les raies, les squales, d'une couche CHAP. m. OSTEOLOGIE DES POISSONS. 29S de petits grains opaques et calcaires, serrés les uns contre les autres ; mais qui dans les lam- proies ne prend pas même cette enveloppe , et qui enfin demeure absolument membraneux dans les ammocëtes. L'esturgeon et la cbimëre partagent, jusqu'à un certain point, relativement à leur épine, cette mollesse de la lamproie ; mais le premier de ces genres a beaucoup des os de sa tête et de son épaule, au moins une lame de leur surface, complètement durcis et ossifiés. Les autres poissons ne diffèrent guère entre eux que par la dureté des pièces de leur sque- lette, et c'est mal à propos que \e?> Jibro-carti- lagineiLV ont été associés par quelques auteurs aux chondroptérj^iens, La matière calcaire, c'est-à-dire le phosphate de chaux, se dépose par fibres et par couches dans le cartilage qui sert de base à leurs os , comme elle le fait dans les poissons les plus osseux; elle y est seulement moins abondante , et le tissu de l'os ne devient pas aussi dur, et ne prend point cette homo- généité qui caractérise les os de certains pois- sons osseux. Par exemple dans le poisson lune ( tetrodon mola, L. ) , ce ne sont pour ainsi dire que des fibres éparses dans des membranes. La baudroie {lophius piscatorius) est le pois- 296 LIVr.E DEUXIÈME. SOU qui en approche le plus pour la mollesse. Les autres télrodons et diodous, les balistes, les coilVes, ont les os plus dius, plus homo- gëues , et il en est que l'on aurait peine à dis- tinguer de ceux des poissons que l'on a nom- més osseux. Ce qui est certain aussi , c'est que la charpente osseuse de ces lihro- cartilagineux est construite sur le plan de celle des poissons osseux, et non pas sur celui des chondroptéry- giens, et c'est contre toute vérité qu'Artedi et Linnaeus leur ont refusé, soit des opercules, soit des rayons hranchiostèges ; les l)alistes ont même de vraies côtes, dont manquent les té- trodons , les dindons et les coffres ; leur seule différence ostéologique réelle tient à l'engréne- ment de leurs mâchoires. Les syngnathes n'ont pas même cette différence-là ; mais ils manquent de côtes et de rayons hranchiostèges. C'est bien gratuitement aussi que l'on sup- pose au squelette des poissons ordinaires ou os- seux plus de flexibilité, une nature plus molle, plus extensible qu'à ceux des classes supérieu- res, et que l'on est même parti de cette sup- position pour expliquer la longévité observée dans c[uelques espèces. La plupart des poissons osseux ont les os autant et plus durs que les au- tres animaux; il y en a même dans le tissu des- quels on ne voit plus ni pores ni fibres , et qui CH.^P. III. OSTÉOLOGÏE DES POiSSOxNS. 297 paraissent homogènes et comme vitreux à l'œil. Aucun poisson , ni osseux ni cartilagineux , n'a à ses os ni épiphyses ni canal médullaire; mais il en est quelques-uns , comme les truites , oîi le tissu de l'os est plus ou moins pénétré d'un suc huileux. Il en est d'autres, comme la dorée , oîi l'intérieur de certains os demeure cartilagineux, tandis que leur surface est déjà parfaitement ossitiée. Il y en a enfin où, pen- dant que le reste du squelette prend une grande dureté, quelques parties demeurent toujours cartilagineuses : c'est ce qu'on voit, par exem- ple, dans la tête du brochet. Artieulations des Os des Poissons. Les articulations des os des poissons présen- tent les mêmes variétés que celles des autres animaux; seulement les arthrodies et les gyn- giimes, c'est-à-dire les articulations qui per- mettent des mouvemens déterminés, soit dans un plan , soit dans plusieurs , s'y montrent plus rarement , parce que leurs meml^res n'ont pas à exécuter des mouvemens aussi variés. C'est, par exemple , au moyen d'mi gynglime , que la mâchoire inférieure et l'opercule sont atta- chés à l'appareil ptérygo -palatin, et celui-ci au crâne. On en observe encore dans l'arti- culation des rayons des nageoires dorsales et 298 LIVRE DEUXIÈME. anales avec les os inter osseux , et dans celle du premier rayon de la nageoire pectorale avec l'os analogue au radius. Il y a même dans les poissons deux sortes d'articulations à mouve- mens déterminés, dont on ne trouve pas d'exem- ple dans les autres classes : celle qui se fait par deux anneaux, joints l'un à l'autre, comme ceux d'une chaîne , et celle qui , à la volonté du poisson, devient ou très -mobile ou très- fixe. Nous verrons des exemples de l'une et de l'autre dans la famille des silures. Les articulations à mouvemens déterminés offrent des ligamens, des cartilages à la surface des os, une liqueur synoviale, comme dans les animaux supérieurs. L'articulation des corps des vertèbres a lieu au moyen d'une substance fibro-cartilagineuse , qui traverse même ces corps, et prend quel- quefois , comme dans l'esturgeon et la lamproie, la forme d'une longue corde , et c'est aussi par des substances fd)ro-cartilagineuses que s'unis- sent entre elles les pièces operculaires , celles de l'appareil branchial, les os de l'épaule, du bras, du carpe, les os du bassin, et que ceux-ci s'at- tachent à ceux de l'épaule. Composition chimique des Os des Poissons. D'après les recherches et les expériences que mon savant confrère a l'Institut, M. Chevreul, CHAP. III. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 299 a bien voulu faire à ma prière , les os des pois- sons, comme ceux des autres animaux vertébrés, se composent d'une base organiG|ue pénétrée de substance terreuse. La substance terreuse consiste en phospliate de cliaux et de magnésie , avec de l'oxide de fer, que l'on peut croire uni à de l'acide pbos- pliorique : il y a aussi une certaine quantité de sous-carbonate de cliaux. Quant à la matière animale , elle est de deux sortes : l'une , de na- ture azotée, fait la base du cartilage ; l'autre, de nature grasse, est une liuile qui l'imprègne. Le cartilage des os de poissons n'est pas sem- blable à celui des mammifères et des oiseaux; car il ne donne point de gélatine lorsqu'on le fait bouillir dans l'eau. L'buile se compose, en grande partie, d'oléine, à laquelle s'ajoutent, en petite quantité , un prin- cipe odorant et un principe colorant jaune. Cette huile se change aisément en savon, et donne alors de l'acide oléique, de la glycérine et quelque peu d'acide margarique , en sorte que, si cet acide provenait de la stéarine contenue dans l'huile , cette stéarine ne devrait s'y trouver qu'en petite proportion. Des os de carpe et de perche, après avoir été exposés au vide et desséchés jusqu'à ce qu'ils ne perdissent plus d'eau , ce qui les avait ré- 300 LIVRE DEUXIÈME. duits à quatre-vingt-sept centièmes de leur poids primitif, ont donné sur cent parties : En matière azotée cartilagineuse 36,5 En matière huileuse, formée en grande partie d'oléine 1 9,5 En phosphate de chaux 37 En sous-carbonate de chaux 5,5 En phosphate de magnésie et oxide de fer... 0,7 En sous-carbonate de soude, sulfate de soude et chlorure de sodium ou sel marin 0,8 Total 1 00. Dans les poissons cartilagineux ou cliondrop- tërygiens il y a beaucoup plus d'eau ; la pro- portion des sels solubles, c'est-à-dire du chlo- rure de sodium, du sous-carbonate de soude, et surtout du sulfate de soude , y est beaucoup plus forte ; et celle des phosphates est au con- traire beaucoup moindre : mais leur matière animale est la même quant à sa substance azotée et à sa substance huileuse : les vertèbres du grand squale y dit le pèlerin, ou squalus inaximuSy analysées à l'état frais, ont donné sur cent parties : Eau 90 Matière azotée du cartilage et huile 6,485 Sulfate de soude i,859 Chlorure de sodium i,562 Sous-carbonate de soude 0,2 Phosphate de chaux, de magnésie; oxide de fer, alumine et silice 0,094 Total 100. CHAP. III. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 501 Ce qui, en supposant les vertèbres sèches, donne : Matière azotée et huile 64,85 Sulfale de soude 'S^Bg Chlorure de sodium i3,62 Sous-carbonate de soude 2 Phosphate de chaux , etc o,g4 Total 1 00. M. Chevreul pense que les sels solubles ne sont pas à l'état solide dans ces cartilages, mais bien en dissolution dans Feau , et il est assez remarquable cependant que le liquide des ca- vités intervertébrales de ce même squale n'offre que des traces légères de sulfate de soude , tan- dis que leur cartilage en contient une si grande quantité. Ce liquide contient en outre du chlorure de sodium, du sous - carbonate de soude et une petite quantité d'huile et de la substance azotée du cartilage. Disposition générale du Squelette des Poissons osseux.^ INous considérerons ici le squelette du poisson dans les espèces oii il prend sa forme la plus gé- 1. L'ostéologle des poissons a été long-temps négligée. On n'en voit point de squelette dans les recueils de Blasius et deValentin. Cheselden a donné la figure du squelette de la raie^ mais sans 302 LIVRE DEUXIÈME. nërale, c'est-à-dire dans les poissons osseux, en remettant un peu plus loin à traiter des par- explication '.Duhamel en a donné une autre ', et j a joint celle du squelette du carrelet^. Bonnaterre a ajouté celle du squelette de la carpe ^. Celui qui pendant le dernier siècle en a représenté le plus, est Jean-Daniel Mejer, qui donne les figures de vingt-quatre espè- ces \ Mais les explications de ces auteurs sont vagues et peu satis- faisantes. On peut en dire presque autant de celte espèce de figure idéale donnée par Gouan ^, avec une description où de graves erreurs d'omission et de commission se laissent encore remarquer; et ce qu'en a dit Vicq-d'Azyr dans ses mémoires sur les poissons n'est guère plus complet?. Ce n'est guère qu'en 1800 que M. Au- tenrieth a commencé à en traiter d'une manière vraiment scienti- fique^. Depuis lors on a eu les différens mémoires de M. Geoffroy dans les Annales et les Mémoires du Muséum et dans la grande Description de l'Égjpte, qui en ont éclairé plusieurs parties 9, et 1. C'est le cul-de-lampe de la préface de son Ostéographie. 2. Pèclies, 2.* part., sect. 9, pi. 7. — 3. Ihid., pi. 13. — 4. Encyclope'- die méthodique, planches de l'ichtyologie, pi. A. 5. Dans les Représentations d'animaux et de leurs squelettes, impri- mées à Nuremberg, 1748, 2 vol. in-folio. On y voit, t. I, pi. 7, la carpe; pi. 8, la carpe à miroir; pi. 9, le brochet; pi. 42, l'anguille commune; pi. 43, l'orfe; pi. 44, la truite; pi. 71, la lote ; pi. 72, la brème; pi. 73, la perche; pi. 74, le goujeon et la loche : t. II, pi. 10, le barbeau ; pi. Il, le nez; pi. 12, le chabot (cottiis gobio); pi. 5i, la tanche; pi. 62, Vomhre (salmo thymallus) ; pi. 53, le rotangle {cjprinus erjthrophtalmus) -^ pi. 54, le carreau {cjprinus caïassius); pl-92, le meunier (cjprinus dobula); pi. 93, le gardon {cjprinus jeses); pi. 94, l'orfe blanc; pi. gS , le misgura (cobitisfossilis); pi. 96^ le cobitis tœnia et le véron (cfprinus phoninus)? pi. 97, la vandoise. 6. Histoire des poissons, p. 58 et suivantes, pi. 2. — 7. Dans les Mé- moires de l'académie des sciences, savans étrangers, t. VII, et dans ses OEuvres recueillies par M. Moreau de la Surthe, t. V. — 8. Archives zoologiques et zootomiques de Wiedemann, t. I, 2.' cah., p. 47- 9. Annales, t. IX, sur les os de l'épaule et sur l'os furculairc (le Goracoïdien); t. X, sur le sternum (l'os hyoïde); Mémoires, t. IX, sur la vertèbre; Description de l'Egypte, histoire naturelle des poissons, pi. 2, le squelette du tétrodon ; pi. J, celui du bichir. Nous parlerons plus loin de ses travaux sur la tête. CHAP. III. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 505 ticularités qui distinguent celui des cliondrop- tërygiens. Ce squelette se compose de la tête, de l'ap- l'on peut y ajouter celui de M. Schulze, dans les Archives alle- mandes de physiologie de Meckel ', où il j' a plusieurs honnes observations. Mais l'ouvrage ex professa le plus récent sur cette matière, est le mémoire de M. Rosenthal, inséré dans les Archives physiologiques de Reil^, et qui a été suivi et appujé de plusieurs cahiers in-8.°, où sont représentés avec exactitude les squelettes d'un grand nombre d'espèces^. On a de bons résumés sur ce sujet dans la thèse de M. Van-der-Hœven, De sceleto piscium, Lejde, 1822, in-8.°, et dans VOsteographia piscium de M. Bakker, im- primée la même année à Groningue ; et M. Meckel en a aussi donné un très-soigné et très-bien fait, enrichi d'obsei'vations nouvelles , dans le t. II de son Anatomie comparée , publiée en 1824, p. 170 — 38i. Nous verrons plus loin les travaux spéciale- ment relatifs à la tête des poissons. Au reste, nous n'aurons pas besoin pour nos descriptions d'avoir recours aux figures de ces au- teurs, attendu que nous possédons tous les squelettes qu'ils ont fait connaître, et un grand nombre d'autres, qui montent aujourd'hui à près de mille. 1. T. IV, i8i8, p. 340 et suivantes. — 2. T. VII, p. 340 et suivantes- 3. Premier cahier, Berlin, 1812, pi. 1 , la brème; pi. 4, le hareng; 2.* cah., ib., i8i6, pi. 5, la marène; pi. 6, le saumon et le serrasalme; pi. 7, le brochet; pi. 8, la tète de l'orphie ; pi- 9, le silure ; pi. lo, le cohitis fossilis , l'anableps, le centriscus scolopax ; 3.* cah., ih., 1821, pi. Il, le fJet et le pleuronectes mancus; pi. 12, la castagnole (sparus raii), le rason (corjphcena novacula , L ) et le lalistes brasiliensis ; pi. i3, la dorée (zeus faber), les chcetodon cornutus et striatus , et un soi-disant corjphœna lutea; 4.' cah., ib., 1822, pi. 14, le sparus sciandra, Rudolph., qui est un canthère, Vanahase (perça scatidens , Dald.); pi. i5, un lahrus, que l'auteur nomme fuscus , et le phycis tinca {hlennius phy- cis y BL); pi. 16, le cernier, nommé mal à propos sciœna atjuila ; pi. 17, le corh , nommé sciœna umbra , le scomber sarda et le scorpena scrofa ; pi, 18, le trigla hirundo , Vuranoscopus scaber, la tète du malarm3t(<; j^/* cataphracta) ; pi. 19, le lump, le blennius ocellaris , le lophius histrio ', pi. 20, le rémora ) le gçbie noir et le lepadogaster balbis de Risso. 304 LIVRE DEUXIÈME. pareil respiratoire, dont la charpente osseuse est fort développée; du tronc, qui embrasse le corps et la queue, et des membres, qui sont les nageoires pectorales et ventrales; les na- geoires verticales, c'est-à-dire celles du dos, de l'anus et de la queue, peuvent être regardées comme appartenant au tronc. La tête , ayant l)eaucoup plus de parties mo- biles que celle des mammifères , a besoin d'être subdivisée en un plus grand nombre de régions. On peut y distinguer le crâne, les mâchoires, les os placés sous le crâne, en arrière des mâ- choires , et qui servent à leur suspension et à leur mouvement ; les os des opercules ou les espèces de battans qui ouvrent et qui ferment l'ouverture des branchies; les os presque exté- rieurs qui entourent la narine, l'œil ou la tempe, ou qui couvrent une partie de la joue. L'appareil respiratoire comprend l'os hyoïde et ses appendices, c'est-a-dire les rayons bran- chiostèges et les arceaux qui soutiennent les branchies avec les différentes pièces qui portent ces arceaux ou qui y sont suspendues, et qui toutes ensemljle remplissent les fonctions du larynx et de la trachée; enfin, les os placés à l'entrée du pharynx, et qui forment en quelque sorte de secondes mâchoires. Le tronc se compose des vertèbres du dos et CHAP. m. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 505 de la queue (car on ne peut guère dire qu'il y ait un cou, et il n'existe pas de sacrum), des côtes, des os «ouïmes interëpineux, qui donnent appui aux nageoires dorsales et anales, et des rayons de ces nageoires, ainsi que de ceux de la caudale. Ces rayons, qu'ils aient des bran- ches et des articulations, ou qu'ils soient sim- plement épineux, se laissent toujours diviser en deux moitiés sur leur longueur. 11 y a rarement dans les poissons un sternum proprement dit , et lorsqu'il existe , il se forme de pièces presque extérieures, qui réunissent les extrémités inférieures des côtes. L'extrémité antérieure, ou la nageoire pecto- rale, comprend l'épaule, demi-ceinture osseuse, composée de plusieurs os, suspendue dans le liant au crâne ou à l'épine, et s'unissant en dessous à sa correspondante : on pourrait y trouver des os analogues aux deux pièces de l'omoplate des reptiles, à l'humérus et aux os de l'avant-bras ; il y a même ordinairement en arrière un stylet composé de deux pièces, oul'on pourrait chercher à voir l'os coracoïdien, et même la clavicule. Ce qui est plus certain, c'est que les deux os que nous comparons au cubitus et au radius , portent sur leur bord une rangée d'osselets qui paraissent représenter ceux dn carpe, et qui eux-mêmes portent les 1. 2Q 306 LIVRE DEUXIÈME. rayons de la nageoire pectorale, excepté le pre- mier de ceux-ci , qui s'articule immédiatement à l'os radial. L'extrémité postérieure, beaucoup plus va- riable en position que dans les mammifères, et dont la partie extérieure et mobile, nommée nageoire ventrale, sort tantôt en avant, tantôt au-dessous, tantôt en arrière de l'exlrémité an- térieure, se compose de quatre os, dont les plus grands, qui sont aussi les plus constans, étant toujours au-devant de l'anus et des ori- fices de la génération, peuvent être considérés comme une sorte de pubis , et portent sur une partie de leur bord postérieur les rayons de la nageoire, sans osselets intermédiaires que l'on puisse comparer ni au fémur ni au tibia , ou au péroné , ni même aux os du tarse. Les rayons des nageoires paires se divisent longitudinaleinent en deux moitiés , comme ceux des nageoires verticales. Après cette indication générale des parties dans lesquelles se divise le squelette, nous allons procéder à l'examen spécial de chacune d'elles. Du Squelette de la Tête. Le crâne des poissons est généralement plus distinct , plus détaché de leur face, que celui d'aucun des autres vertébrés. Dans le plus CHAP. III. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 50/ grand nombre des espèces, l'intermaxillaire et le maxillaire se meuvent sur le crâne au moyen de diartliroses , et peuvent se mouvoir indé- pendamment l'un de l'autre, indépendamment même du système palatin ptërygoïdien et tym- panal, qui a ses mouvemens séparés.^ 1. L'histoire des recherches sur les os de la tête des poissons est toute récente, et date à peine de vingt ans. Gonan, dans son Histoire des poissons, en 1770, et Viccj-d'Azvr, dans ses Mémoires sur leur anatomie, en 177G (Mém. des sav. étr. , t. VII), n'avaient dit sur les os de leur tète que des choses excessivement vagues et en partie erronnées. Il n'avait été recueilli en 1798, dans mes Leçons d'anatomie comparée, que quelques mots insignifîans sur la composition de leur crâne. Il y fut parlé avec un peu plus de détail des os de la face, bien qu'encore très-imparfaitement : on j comparait le sphé- noïde au vomer, l'os maxillaire à l'arcade zjgomatique, etc. En effet, alors nos collections étaient dépourvues presque de tout secours sur l'ostéologie de cette classe, et c'est ce qui m'en- gagea à m'occuper sans relâche de remplir cette lacune. Les in- nombrables pièces que j"ai rassemblées, et dont je n'ai jamais refusé l'usage, ont servi en même temps de base au grand travail que je donne aujourd'hui , et aux mémoires de divers natura- listes, à qui il était facile de me devancer en apparence sur quel- ques points particuliers. Cependant je suis loin de me plaindre de publications et de recherches faites de mon aveu, et qui m'ont été utiles à moi-même. J'aurais désiré seulement que. travaillant avec ma permission sur les matériaujc que je recueillais pour rem- plir les vides de mon premier ouvrage, ils n'eussent pas affecté de prendre ce premier ouvrage pour objet de leur critique, et de laisser croire que j'en étais resté à ce point de mes recherches. Vers 1807, M. Geoffroy, à la suite de son Mémoire sur l'ostéo- logie de la tête du crocodile, inséré dans le tome X des Annales du Muséum , fit aussi quelques essais pour déterminer les os de la tête de la tortue et de quelques poissons,, et c'est alors qu'il 308 LIVRE DEUXIÈME. Le dernier système, comme dans les oiseaux et la phipart des reptiles, forme une lame plus conf icut l'idée (le regarder l'opercule comme un pariétal sorti du crâne ; idée qu'il publia dans son Mémoire sur les os de la lète des oiseaux, imprimé dans ce même tome X, p. 342. Je fus conduit à m'occuper aussi de la tète du crocodile, lors- que je donnai, dans les Annales, en 1808, t. XI, mon Ostéolo- gie des crocodiles vlvans , pour servir à l'explication des os fos- siles de crocodiles et d'autres reptiles. Mais dès ce temps-là je m'occupais de mon grand Traité d'anatomie comparée , et spé- cialement de ce qui regarde l'osléologie de la tète, et >e donnai ma théorie actuelle presque dans son entier à mon cours de 1811. J'en présentai le résumé très-abrégé, en 1812, dans une note sur les pièces osseuses qui composent la tête des animaux vertébrés. (Annales du Muséum, t. XIX, p. laS — 128.) Je décrivis avec plus de détail les os de la face des poissons dans mon Mémoire sur la structure de leur mâchoire supérieure, lu à l'Institut en Mars i8i4j et imprimé dans le tome I."" des Mémoires du Muséum. Je donnai dans le même volume, pi. 16, quelques exemples des variétés de configuration de ces os, pris de la coiyphène, de la girelle et du razon. Enfin, en 1817, ^^ publiai dans mon Règne animal trois figures de la tète de la morue, où tous les os sont désignés par leurs noms. C'est aussi en 1817 que M. de Blalnville a Imprimé, dans le Bul- letin philomatique, un Mémoire sur l'opercule des poissons, où il avance que le préopercule est l'os jugal , et que les trois autres pièces représentent celles qui se trouvent dans la mâchoire Infé- rieure des reptiles et des oiseaux de plus que dans celle des pois- sons. Mais l'auteur assure qu'il avait conniiuniqué ces Idées long- temps auparavant à ses auditeurs, et leur donne la date de 1812. Elles furent promplement réfutées par M. Geoffroy, à qui je fis voir dans mes préparations une mâchoire de lépisostée toute aussi compliquée que celle d'aucun reptile, bien que ce poisson ait des opercules également aussi complets que ceux d'aucun poisson. C'est en 1818, dans sa Philosophie anatomiquc, que AI. Geof- froj a fait connaître ce foit, et c'est là aussi qu'il a mis en avant CHAP. III, OSTKOLOfxIE DES POISSONS. 309 OU moins verticale , articulée par son angle postérieur supérieur au côté du crâne, cler- l'idée qvie les os de l'opercule répondent aux quatre osselets de l'ouïe, savoir, l'opercule à l'élrier, le subopercule à l'enclume, l'inleropercule au marteau, et un quatrième, souvent en vestige, à l'os len(ieulairc, tandis que le prcopercule serait le cadre du tjmpan. Cependant il avait paru en Allemagne des travaux importans sur l'objet qui nous occupe, mais dont la plupart des anatomistes parisiens, selon un usage qui commence cependant à diminuer, avaient pris peu de connaissance. Dès 1800, M. Autenrieth avait publié, dans les Arcbives zootomiques deWiedemann, un Mémoire sur l'anatomie des pleuronectes, où il présentait plusieurs considé- rations remarquables sur la tcte des poissons ; il regardait les rayons brancbiostèges comme les cartilages des cotes; les brandies osseuses qui les portent, comme formées de l'os bjoïde et de quelques parties du sternum, etc. ; opinion qui a été conçue aussi par M. GeofFroj en 1807, et a servi de point de départ à toute sa théorie de l'appa- reil branchial, qu'il a développée en 1818 dans sa Pliilosophie anatomique. L'opercule, selon M. Autenrieth , résulte de la divi- sion du cartilage thjroïde, etc. ; mais ce savant médecin s'occupait peu dans son Mémoire de l'analogie des os, si ce n'est de l'appareil tjmpanique, qu'il rapportait encore à l'apophjse condjloïde de la mâchoire inférieure, comme l'avait fait autrefois Hérissant pour l'os carré des oiseaux. En 181 1 il avait paru , dans les Archives de physiologie de Reil, un mémoire de M. Rosenlhal, sur le squelette des poissons, où l'auteur décrit tous les os de la tête avec une fidélité et une clarté fort remarquables, et où il s'occupe , mais avec moins de succès, de rechercher leur analogie. Selon lui, mon elhmoïde, mes deux frontaux antérieurs et mon vomer forment la mâchoire supé- rieure ; mes mastoïdiens sont des pièces détachées des pariétaux; mon frontal postérieur représente la partie écailleuse du tempo- ral, et ma grande aile, le rocher. 11 donne au sphénoïde anté- rieur et aux ailes orbitaires les noms de corps du sphénoïde et de ses ailes. Le sphénoïde proprement dit prend chez lui le nom d'os 310 LIVRE DEUXIÈME. riëre l'orbite, et par l'aiitërieur à la partie an- térieure du crâne au côté du vomer; cette extré- de la base du crâne. Sur les autres os du crâne ses déterminations et les miennes s'accordent. Quant à la face, M. Rosenthal ne donne pas des déterminations si précises. Mes intermaxillaires et mes maxillaires sont selon lui des divisions du seul intermaxiliaire : il appelle os carré, la pièce que j'ai nommée temporal, et ne donne aux autres os de l'appa- reil palatin et ptérygoïdien que des noms vagues et qui n'indi- quent point leur analogie. M. Oken, dans un programme de 1807, avait considéré le crâne comme un composé de trois vertèbres, et l'appelait la tête de la tète; le nez était pour lui le thorax de la tête, et les mâchoire& représentaient à son avis les bras et les jambes. Ces comparaisons éveillèrent diversement les esprits, et il s'en fit des applications aux poissons. En 181 5, M. Spix , dans son ouvrage intitulé Cephalogenesis ^ vit aussi dans le crâne des vertébrés trois vertèbres, mais les os qui entourent le nez, lui parurent les analogues de l'appareil hyoïde, et ceux des mâchoires, les représentans des extrémités antérieures et postérieures. Il j donna des figures de tètes de brochet, de morue, de truite, d'anguille, de silure et de carpe; mais il n'y représenta aucvui acanthoplérjgien. Dans son sjstème, mon ethmoïde est le nasal: mon frontal antérieur, le lacrymal; mon sphénoïde antérieur, l'ethmoïde; mon mastoïdien, le tem- poral écailleux; mon frontal postérieur, une partie du jugal ; mon rocher, une partie de l'occipital latéral. Sur le reste des os du crâne, il détermine comme moi. Pour la face, il rapporte les sous-orbilaires au jugal. Mon os transverse et mon palatin forment ensemble, selon lui, l'os ptérjgoïdien, et c'est dans ce que j'ai appelé ptérjgoïdien , qu'il cherche le vrai palatin. Les autres os de l'appareil ptérygo-tympanique répondent tous ensemble, dit- il, à la partie annulaire du tvmpan; mais il reconnaît, comme moi, l'inlermaxillairc et les maxillaires dans les os communément appelés des mâchoires et des m_yslaces. C'est à M. Spix qu'il appartient, si je ne me trompe, d'avoir vu CHAP. ni. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 511 mité antérieure porte en partie l'os maxillaire; l'angle postérieur inférieur donne la facette le premier les osselets de l'oreille dans les opercules : mais il les arrange autrement que M. Geoffroy. Selon lui, le prënpercule est le marteau; l'opercule est renclume; le sous-opercule, l'élrier. M. Oken, dans l'Isis, n.^2, de 1818, a traduit mes diverses notes sur cette partie, et copie les figures que j'avais insérées soit dans les Annales du Muséum, soit dans mon Règne animal. Dans le n.° 3 du même journal est une détermination des os de la tète des poissons, par M. Bojamis , académicien de Péters- bourg, accompagnée de figures au trait, faites sur la brème et sur le brochet. L'auteur ne difFère de moi sur le crâne que parce que, se con- formant à demi aux idées de M. Oken, il fait de mon frontal antérieur la lame cribleuse de l'ethmoïde, et du postérieur, l'os temporal écailleux. Il applique à l'inverse de moi les noms de rocher et de mastoïdien. Quant à l'occipital externe, il en fait un interpariétal, ne songeant pas qu'il est toujours en dehors des pariétaux. Mes sous-orbitaires forment pour lui un jugal, et il nomme mon jugai ptérjgoïdien interne ; mon temporal est sa caisse; ma caisse, son apophjse ptérjgoïde externe : l'os transverse et le ptéiygoidlen , il les regarde comme des démem])remens du palatin. Enfin, pour les opercules, il les cherche encore dans les pièces prétendues manquantes de la màclioire intérieure, idée que M. Oken admire , et qui n'est cependant que celle de M. de Blain- ville, publiée cinq ou six ans auparavant, déjà réfutée depuis deux ans par M. Geolfroj. M. Carus , cette même année à8i8, dans sa Zootomie, con- sidère aussi le crâne comme une réunion de trois vertèbres ; mais il ne voit à la vertèbre occipitale que quatre pièces, oubliant les occipitaux supérieurs et externes; à la sphénoidale, que cinq, ne songeant pas au rocher : nies mastoïdiens lui paraissent des tem- poraux; mon frontal antérieur, la lame cribleuse de l'ethmoïde; mon premier sous- orbitaire, le lacrymal; les autres, des repré- sentans du jugal. Il admet deux et trois palatins. 11 nomme mon iugal os dlscoidien ; et compare vaguement ceux qui sont au- 51 2 LITRE DEUXIÈME. pour l'articulation de la mâchoire inférieure. La face des poissons est enrichie en outre de dessus à l'os carré ou à la branche montante de la mâchoire inférieure; enfin les opercules lui semblent se mouvoir sur l'ap- pareil branchial, à peu près comme les omoplates sur le thorax; mais il rejette l'opinion qui fait de l'os h_)OÏde et des rayons branchiostèges une combinaison de rhjoïde avec des parties du sternum et avec les côtes sternales. En 1822, M. Bakker, dans son Osteographin piscium, a décrit les os de la télé de l'églefin et du lampris. Mon frontal posté- rieur lui paraît le rocher, bien qu'il ne reçoive aucune des parties de l'oreille; mon mastoïdien est pour lui le temporal; il prend mon rocher pour la grande aile; il nomme mes sous-orbitaires os jugal et os zjgomatique. Quant aux os qui remplacent l'os carré , il se borne à les désigner par les noms de sjmplecticum primum^ secundum , etc. M. Vfin-der-HcEi'en, qui a écrit aussi en 1822 sur le squelette des poissons, ne s"est point hasardé à déterminer les os de leur tète. M. Bfeckel, dans la deuxième partie du second volume de son Anatomie comparée, imprimée en 1824? a donné, page 324 et suivantes, une description générale des os de la tète, avec des observations siu' leurs variations dans quelques poissons. Autant qu'il est possible d'entendre son texte, dénué de figures, et où il ne met pas partout les sjnonjmes des autres auteurs, ses détermi- nations s'éloignent des miennes seulement en ce qu'il regarde ma grande aile comme le rocher; l'aile orbitaire comme la grande, et le sphénoïde antérieur comme l'aile orbitaire ; en ce qu'il fait de mon frontal antérieur une appartenance de l'ethmoïde, et qu'il rapporte le postérieur au temporal, et le préopercule et le jugal à l'os carré ou à la partie articulaire du temporal; enfin, en ce que ce sont mes sous-orbitaires qui lui paraissent remplacer le jugal. Il fait d'ailleurs très-bien remarquer à quel point il s'en faut que le nombre des pièces soit constant, soit dans le crâne, soit dans les appareils latéraux. Il ne parle pas des pièces mobiles de l'opercule. Enfin M. Geoffroy en est venu, en 1824 et en 1825, à la déter- mination des os de la tète des poissons, autres que ceux des opercules, dont il s'était occupé beaucoup plus tôt, et sur lesquels CHAP. m. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 313 deux appareils , inconnus dans les classes pré- cédentes , ou que l'on n'a cru du moins y re- il conserve son opinion que ce sont les os de l'oreille. Il distri- bue les pièces de la tète, non pas en trois ou en quatre vertèbres, comme ses prédécesseurs, mais il j voit et il admet de même dans toute autre tète sept vertèbres, ajant cbacune son corps, sa partie annulaire supérieure, composée de quatre pièces, et sa partie annulaire inférieure, aussi composée de quatre pièces, neuf par vertèbre et soixante-trois en tout. Depuis lors il a considéré chaque corps comme formé lui-même de quatre pièces, ce qui lui en fait en tout quatre-vingt-quatre. Voici le tableau de sa rédaction du 12 Décejnbre i825, qui paraît devoir être la der- nière, avec les réflexions qu'il m'a suggérées. Toute tête, selon M. Geoffroy , est ime réunion de sept ver- tèbres, coraposL-es chacune d'un anneau supérieur de deux paires d'c: , d'un corps impair et d'un an- neau inférieur de deux autres paires d'os, comme il suit. VERTEBRE. ■sdei.xetho Isupiîrieurs du c Anneau j super Les deux rhino- Fpliysaux ou cornets Corps. Leprotosphénal u cartilage du nez. Les deux adde lux _ou poniû Et ces pièces, selon le même au- teur, sont rrpié- sentées dans les poissons par les os que je nomme de la manière sui- vante. Les du nez. Les montar termax ipopbys Sur quoi je fais les remarques et observations que voici : Ce Un cartilage pla- On multiplierait beau- cé entre les pédicu- coup les os . si l'on en fai- les des Interiuaxil- sait de tous les cartilage. laircs et le vomer. Interarticulaires. rieurs daus les poissons , et placés au-dessus des nari- nes, ne peuvent être leurs cornets. Il est très-rare que ces apophyses soient séparées par une suture ; et cette suture ne prouve autre chose, sinon que le nombre des os n'est pas constant. Sur le total chaque vertèbre. Cette réunion d'os manque du caractère essentiel assigné par l'au- teur même a toute vertèbre; elle n'a de réceptacle ni pour le système nerveux ni pour le système sanguin. 1. 314 LIVRE DEUXIÈME. trouver qu'au moyen d'analogies très -suscep- tibles de contestations ; l'appareil des os sous- orbitaires, qui forment une chaîne allant du frontal antérieur au postérieur, et complétant par en bas le cadre de l'orbite, que le maxil- laire et le jugal ont abandonné, et prenant ainsi une fausse apparence de jugal, ou représentant. II." VERTÈBRE, Les deus nasaux L'ethmoïde. L'os que je nomme elb- Cette vertèbre-ci ou os propres du moide, est toujours simple. n'aurait pas d'an- nez. et on ne peut lui faire re- neau supérieur, ou Anneau présenter deut os. et sur- bien il serait dou- tout les deux nasaux; car ble; car l'ethmoï- «upér. il est entre les narines, et de le diviserait en non dessus. deux: de plus, les Les deux lacry- Les frontaux an- Ces os existent dans les adgustaux, qui seuls maux ou os ungnis. térieurs. crocodiles , dans les tor- peuvent être censés tues, etc., i côté des vrais faire l'anneau infé- lacrjmaux caractérisés pour rieur , sont séparés tels, et ne peuvent leur des autres pièces être substitués. par les palatins et Lerhinosphénal Le vomer. lesptérygoidlens. Corps, ou lame ethmoi- dale. LesdeuK adgus- Les Iransverses. taux ou portions Anneau palatines des raaxil- infér. laires. 1 Les deux vome- Parties supposées Ces os sont purement hy- Uaux ou le vomer. soudées au vomer. pothétiques dans les pois- 111.^ VERTÈBRE. Les deux fron- Les frontaux Cette vertèbre taux. principaux. est encore toute Anneau disjointe; les pa- super. Les deux palpd- Comment les cartilages latins et les pre- braux ou cartila- tarses , qui sont entière- miers sous-orbitai- ges tarses. ment détachés, pourraient- res sont séparés des ils contribuer à Tanneau frontaux par les supérieur, lequel est clos frontaux antérieurs; indépendamment d'eux? il n'est possible de voir ni anneau su- L'ethmosphénal Un cartilage pla- Voilà encore un carti- périeur ni anneau Corps, oulecorpsdereth- cé derrière Teth- lage interarticulaire érigé inférieur continu. moïde. mo.de. en os. Dans le système qui n'admet que [ Les deux adurbi- Les premiers trois vertèbres, cha- Itauxouportionsor- sous-orbitaires. que vertèbre a au . bilairesdesmaxil- moins l'avantage AnneauJ, . infér. Y d'être continue. 1 Les deux pala- Les palatins. taux ou palatins. CHAP. m. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 315 si on l'aime mieux, la partie de cet os et celle du maxillaire, qui, dans les mammifères, étaient sous l'orbite; et l'appareil des pièces operculaires, qui adhère au bord postérieur du système pala- tin et ptérygoïdien-tympanal , protège les bran- chies et s'ouvre ou se ferme, selon que le requiert le mouvement de l'eau qui sert à la respiration. IV.' VERTÈBRE. f Les deux pté- Les grandes ai- Cette vertèbre Iréaux ou grandes les. est la plus disjointe . Jailes du sphénoïde, s" ér { Lesdeuxingras- de toutes pour sou Les ailes orbi tai- anneau inférieur; car ni lessous-orbi- (biurrerdu %hé- taires postérieurs. [noïde. nilesplérygoïdien.'. ( L'entosphénal ou Lesphéuoïdean- nexion avec les trois Corps, corps antérieur du térieur. autres os; ils en (sphénoïde. sont même fort éloignés. ( Les deux jugaux Lessous-orbitai- Ici l'auteur abandonne Lu os de la' pom- res postérieurs. sa doctrine de l'identité du Imette. nombre des pièces, ou un Anneau! os ne doit être représenté infér. \ Les deux héris- Les ptérygoi- que par un os. Les sous- Iséaux ou apophy- diens. orbitaires postérieurs sont f ses ptérygo.de» iu- quelquefois très-nombreux. ^ ternes. V.^ VERTÈBRE. Les deux parié- Les pariétaux. Ici les deux an- Anneau taux. neaux sont aussi super. Les deux tem- Les frontaux pos- disjoints l'un que poraux. térieurs. l'autre; le sphënoi- de p„stérieur n'a ( L'hyposphénal ou Le sphénoïde aucune connexion. Corps. < corps postérieur du postérieur. ni avec les parié- (sphénoïde. taux et les fron- taux postérieurs. r Les deux serriaux Les temporaux. Dans ses premiers essais ni avec les tempo- lou grosses tubéro- M. Geoffroy parlait d'un os raux , la caisse et Isltés du cercle du syœplectique, qu'il nom- le jugal. Anneaujtympan. mait uro-sernal , c est-à- ■•"■ dire la partie grêle infé- rieure du cadre du tympan. f Les deu. coty- Le tympanal et Ici encore l'auteur aban- lUaux. le jug/l, nommés donne son identité de nom- par M. Geoffroy bre dans la représentation epicotyléal et by- des os; avec deux il n'en pocotyléal. fait qu'un. Je dois dire aussi que jamais le coty- léal, c'est-i-dire la caisse, ne m'a paru un os différent du cadre du tympan: il n'en est que U ceutinuation. 316 LIVRE DEUXIEME. Du Crâne. C'est entre ces quatre appareils, maxillaire, soiis-orbitaire , ptërygo-tympaniqiie et opercu- laire, qu est situé le crâne ou la boîte cérébrale, qui , comme a l'ordinaire , contient le nez et l'oeil dans des fosses extérieures , le labyrinthe de l'oreille dans une cavité latérale interne , et l'encéphale dans la grande cavité de son milieu. Ce crâne est, comme dans les autres animaux VL' VERTÈBRE. [ Les deux in ter- L'interpariétal. Je n'ai jamais vu l'inter- L'anneau supé- Anneau P"'^'""^- pariétal double dans les' rieur est encore poissons. disjoint; car l'in- ""P*^""- Les.peauK Les mastoïdiens. terpariétal et les (ou rochers. mastoïdiens ne se touchent pas. Le ( L'otosph^nal ou Je n-ai pu apercevoir de corps y manque. Corps.! portion antérieure division transverse du ba- [du basilaire. silaire. Les parties infé- Les préopercules. rieures*^ du cercle = \rE;..u Les interopercu- Les interopercules sat- Ifjaux ou marteaux. lachent i la miUlioire in- férieure , et aident i porter l'os hyoïde : ils n'ont point de muscle propre. Com- ment concilier cela avec les caractères du marteau? Vn."^ VERTÈBRE. Les deux suroc- Les occipitaux Tout le monde Anneau cipitaux. externes. reconnaît que le super. Les deux exocci- pitaux. Les occipitaux basilaire, les deux; latéraux. occipitaux latéraux et le supérieur re- Le Laslsphénal Le basilaire. présentent une es- Corps, ou portion posté- pèce de vertèbre. rieure du basilaire. et cette analogie, ( Les deux sta- Les opercules. Je crois avoir ample- saisie par M. Du- méril , est peut- Ipéaux ou étriers. ment réfuté la supposition être tout ce qu'il y l que les pièces operculalres a de vrai dans 1« 1 soient des os de Poreille, nombreux écha- infér. \ lorsque j'ai suivi la dégra- dation et la simplification faudages que di- vers auteurs ont de l'appareil de ces ns de- établis sur elle. 1 nui» l'hoiiiTiie iusau'.ï la I !alamandre.(V„y.n,esfie- 1 Lesdeuxincéaux Les iubopercu- cherches sur Us as foisiLes , les. î.<=édit.,t.V.) CHAP. III. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 31 7 vertébrés, une cage ou enveloppe composée de pièces unies fixement par des sutures. ' Le crâne des acantlioptérygiens fournit le point de départ le plus commode, c'est-à-dire que c'est celui où les pièces constituantes sont le plus au complet et le mieux développées; elles se modifient plus ou moins dans les autres ordres, mais de manière à ce cpi'une fois cpie l'on a bien saisi ce premier type, il est toujours facile de les y ramener. On y reconnaît aisément une grande analogie avec les crânes des reptiles et des oi- seaux ^, dont il n'est pas difficile d'y retrouver 1. Poui' f'iiciliter l'étude de l'osléologie des poissons, on a repré- senté dans tous ses détails celle de la perche sur les planches I, II et III. La planche I offre le squelette entier. La tète s'j voit entière par le côté. Les appareils de la face y sont en situation naturelle. Les figures I, II, III et IV de la planche II représentent le crâne et les pièces dont il se compose , vu fîg. I par le côté , fig. II en dessus, fig. III en dessous, fig. IV par derrière. La figure V est le crâne vu en dessous avec un côté de la face, vu inférieurement, l'appa- reil branchial étant enlevé. La figure VI représente, au contraire, le crâne dont on a enlevé les appareils de la face, pour montrer la manière dont s'j attachent les appareils des branchies et de l'épaule. La figure VII est une coupe verticale et longitudinale du crâne, montrant son côté droit par sa face interne, La figure VIII en est, une coupe verticale transverse, montrant son côté antérieur par dedans. La figure IX est la partie opposée de la même coupe, et montre en dedans le côté postérieur du crâne. Enfin, la figure X est une coupe horizontale qui montre le plancher de la cavité du crâne. Dans toutes ces figures le même os porte le même numéro. '2. On doit consulter sur le crâne des reptiles, les chapitres où je Tai décrit, dans mon Traité des ossemens fossiles, t. V, 2.* part. 518 LIVRE DEUXIÈME. presque toutes les parties, et c'est ce dont on aura la preuve, si l'on veut bien examiner avec nous un de ces crânes, celui de la perche commune, par exemple : les autres acantlioptérygiens pos- sèdent tous les mêmes os, et ne diffèrent les uns des autres que par les proportions de ces os et celles de l'ensemble; c'est pourquoi aussi nous nous bornerons à décrire ces os génériquement d'après leur nombre, leurs connexions et leurs fonctions , sans entrer dans les détails de leur configuration , qui seraient purement spécifi- ques , et ne serviraient qu'à rendre nos indica- tions plus difficiles à saisir. A la face supérieure, \e frontal principal (n.° I ) forme la Aoùte de l'orbite et la partie antérieure de celle du crâne \ Il a en avant et en arrière des os qui forment les piliers anté- rieur et postérieur de l'orbite , et qui répondent aux frontaux antérieur et postérieur des reptiles. hes front ai LT antérieiœs (n.*" 2) forment le pilier de devant , et laissent passer entre eux les nerfs olfactifs', comme dans tous les animaux oii ces os existent; mais \ Etlunoïdc (n.*^ o) for- mant ici une cloison verticale, c'est entre lui et le frontal antérieur, par une échancrure de ce dernier, que passe le nerf de chaque côté, très- 1. Il ne parait j avoir qu'une opinion sur cet os j tous les au- teurs le reconnaissent comme nous pour le frontal. CHAP. III. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 319 souvent même c'est par un trou du frontal anté- rieur, et non par une ëcliancrure; mais cet os n'en est pas moins toujours reconnaissable pour ce qu'il est. Dans le congre et l'anguille, il reste toujours à l'état cartilagineux, et disparaît quand les squelettes sont trop macérés. Ce frontal anté- rieur a à son bord inférieur une facette pour le palatin (n.° 22) , et souvent en dehors de celle-là une autre pour le premier sous-orbitaire (n.° 1 9).^ he frontal postérieur (n." 4) forme le pilier postérieur de l'orbite , et concourt à fournir une articulation à l'os que j'appelle temporal (n.°25V 1. M. Spix, conformément à son sjstème général, voit dans le frontal antérieur des poissons un lacrymal, et M. Oken un os planum. Nous avons à opposer à ces idées les mêmes raisons que nous avons déjà données dans notre Ostéologie du crocodile {^Recherches sur hs os fossiles , t. Y, a/ part., p. G7 ) , où cet os existe au côté d'un ethmoïde cartilagineux , qu'il enveloppe comme la partie antérieure du frontal enveloppe Fethmoïde des runii- nans. M. Bojanus, partant sans doute du trou qu'il a dans plu- sieurs poissons pour le nerf olfactif, en fait une lame crihleuse de l'ethmoïde; mais cette opinion, qui n'a pas ce soutien dans toutes les espèces, est réfutée d'ailleurs par les autres rapports de cet os avec les os voisins. Quant à M. Rosenthal, qui le classe comme partie du maxillaire supérieur, on ne peut expliquer son idée que par la supposition qu'il n'avait pas étudié les rep- tiles, où le frontal antérieur est séparé du maxillaire par un lacrjmal. M. (icoffroj et M. Carus appellent cet os lacrjmaî comme M. Spix. M. Bakker adopte ma détermination, mais il nomme l'os frontal , orbital. 2. Les auteurs varient beaucoup sur et frontal postérieur. Selon 320 LIVRE DEUXIEME. L'axe de la face inférieure est occupé, comme a l'ordinaire, par le basilaire (n.° 5) et le sphénoïde (ii.^ 6). Le sphénoïde se prolonge en avant, comme dans les oiseaux , en nne apophyse lon- gue, qui sert de hase à la cloison intcrorhitaire, laquelle reste le plus souvent memhraneuse/ Partant de ces premiers renseignemens , on arrive à des déterminations assez démontrahles des autres os; mais on arrive aussi, comme dans les oiseaux et les reptiles, à la preuve que leur nomhre n'est pas le même que dans le fétus hu- maii|, et, qui plus est, nous verrons qu'il n'est pas constant dans les différens poissons. On reconnaît aisément les deux pariétaujc (n.° 7) derrière les frontaux, mais ils ne se tou- chent que rarement^; presque toujours ils sont séparés l'un de l'autre par l'os impair (n." 8), M. Rosenthal et M. Bojanus , c'est la parlie écailleuse du tem- poral. Selon M. Spix, c'est une partie du ju^al. M. Bakker en fait l'os du rocher. M. Geoffroy suit l'idée de MM. Roscntlial et Boja- nus, et nomme cet os temporal. 1. Sur le basilaire et sur le sphénoïde postérieur tout le monde parait d'accord : seulement M. Geoffroy établit dans le premier une division transversale que je ne puis j Aoir. Il nomme le segment postérieur hnsisphénal ; l'antérieur, otosphénal ; le sphé- noïde, hjposphénnl. M. Rosenthal donne au sphénoïde le nom vague à'os de la hase du crâne. Par ce nom à'os de la base (Grund- beîn) , M. Meckel entend la réunion du basilaire, du sphénoïde et des os latéraux qui s'j attachent. 2. Il parait qu'enfin tout -le monde, et même en dernier lieu M. Geoffroy, est aussi d'accord sur les pariétaux. CHAP. III. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 321 duquel s'élève l'épine occipitale, qui est très- grande dans beaucoup de poissons, et s'y pro- longe souvent en avant en une vraie crête sa- gittale; dans ce cas on est tenté naturellement d'appeler cet os impair interpaTiétaV ; mais quelquefois aussi , comme dans la carpe , les pariétaux se touchent sur une grande partie de leur longueur, et alors l'os en question est en arrière d'eux, et pourrait être regardé comme un occipital supérieur; son rôle ressemblerait alors beaucoup à celui qu'il joue dans la tortue. Il y a des poissons, nommément dans la famille des silures , oii les pariétaux manquent tout-à- fait, et sont remplacés par un plus grand déve- loppement de cet os impair. Ce dernier a toujours à ses côtés , comme dans cette même tortue, deux paires d'os qui forment les parties latérales de l'occiput , et qui répondent rigoureusement à ceux que j'ai appe- lés, dans la tortue, occipital externe (n.*" 9) et occipital latéral (n.° iO). Si l'on aimait mieux appeler l'os impair dont j'ai parlé, interpariétal, les deux occipitaux externes pourraient être considérés comme un occipital supérieur (ïv\hé en deux ^ ; ils forment 1. M. Geoffroj a fini par nommer aussi cet os interpariétal, et je ne vois pas que personne s'éloigne de cette idée. 2. M. Geoffroj a aussi adopté cette détermination, et nomme 1. 21 322 LIVPxE DEUXIÈME. chacun le sommet de la première crête latérale du crâne , celle que j'appelle intermédiaire , à laquelle s'attache une des apophyses du sur- scapulaire. Dans l'intérieur du crâne, l'occipital latéral (n." iO) donne souvent une lame qui s'unit à celle de son correspondant pour former un plancher au-dessus des sacs oii sont renfer- mées les pierres de l'oreille. Il a quelquefois une conformation singulière , notamment dans la carpe, oii il est percé d'un grand trou, liJ occipital inférieiu^ ou hasilaire (n.° 5) oc- cupe sa place ordinaire, et c'est entièrement à lui qu'appartient la facette articulaire en forme de cône creux, par laquelle la tête s'attache au corps de la première vertèbre; mais les deux autres petites facettes qui , dans un grand nom- bre d'espèces, concourent à l'articulation de la tête avec les facettes articulaires de cette même vertèbre, appartiennent aux occipitaux latéraux (n.°10). De chaque côté du sphénoïde, en avant de l'occipital latéral et de l'inférieur, s'élève la grande aile ou aile temporale (n.° 1 1 ), qui va toujours se joindre par une suture au frontal postérieur (n.° 4)^ et fournit, conjointement ces deux paires d'os suroccipital et exoccipital. M. Bojanus appelle l'occipifal externe, interpariéial. 1. M. Georti'oj, qui a adopté enfin la même détermination. CHAP. III. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 323 avec lui, une facelte articulaire a Tos temporal. C'est par un trou ou par une ëcliancrure de cette pièce que passent les deux dernières branches de la cinquième paire. Il arrive souvent que. dans l'intérieur du crâne , cette grande aile donne sur le devant un plancher au-dessus de la glande pituitaire , comme les occipitaux laté- raux en donnent un sur les pierres de l'oreille. Pour compléter l'angle latéral postérieur et supérieur du crâne, il y a toujours de chaque côté, entre le frontal postérieur, le frontal, le pariétal, l'occipital interne, l'occipital latéral et la grande aile , un et souvent deux os : le premier (n.° 12) est manifestement le même que j'ai nommé mastoïdien dans le crocodile et dans la tortue \ Il contribue avec le frontal postérieur, et quelquefois avec la grande aile, à fournir la face articulaire pour le premier os de l'appareil palatin et tympanique, pour cet os que j'ai appelé temporal. Cet os mastoïdien la nomme pléréal. Tout le monde paraît maintenant d'accord sur cet os, si ce n'est M. Rosenthal et M. Meckel, qui le prenneut pour le locher. 1. A présent M. Geoffroj nomme mon mastoïdien prérupéal^ et mon rocher, postrupéal , et les croit tous deux des parties du rocher. M. Spix en fait le temporal écailleux et une partie de l'occipital latéral. M. Bojanus les nomme à l'inverse de moi. M. Bakker juge que mon mastoïdien est le temporal. M. Meckel est seul de mon avis, et regarde, ainsi que moi, cet os comme remplaçant l'apophjse masloïde. 524 LIVRE DEUXIÈME. se prolonge, dans les poissons, en une apophyse plus ou moins saillante, qui forme le sommet de ce que ]e nomme la crête externe du crâne , et donne attache à une des apophyses de l'os supérieur de l'épaule ou surscapulaire. Lorsque les os dont je parle, et qui complè- tent l'angle du crâne, sont au nombre de deux, et c'est presque toujours ce qui a lieu dans les acanthoptérygiens, je ne puis trouver au second (n.° 15) d'autre nom que celui de rocher, 11 est généralement petit, et placé entre le mastoïdien, l'occipital latéral et la grande aile; quelquefois, comme dans les gades , il est très-grand et des- cend jusqu'à l'occipital inférieur et au sphé- noïde ' ; souvent aussi il manque entièrement , comme dans le brochet, la carpe, l'anguille. En avant de la grande aile', plus vers le haut, une pièce (n." 1 4), que l'on ne peut appeler que Y aile orhitaire, s'engrène avec cette grande aile et avec le frontal postérieur et le frontal ^. C'est entre elle et sa correspondante que passent, dans le haut, les nerfs olfactifs, et dans le bas, les op- 1. C'est le rocher de l'églefin que M. Bakker a pris pour la grande aile du sphénoïde, dont il a en effet l'apparence dans le genre des gades. M. Meckel indique cet os, mais sans vouloir le déterminer. 2. M. Geoffroy, qui adopte ma détermination, nomme cette pièce ingrassial. M. Rosenthal la nomme simplement l'aile du sphénoïde. M. Meckel la prend pour la grande aile. CHAP. m. OSTÉOLOGIE DES POISSONS, 525 tiques ; il leur arrive quelquefois , comme dans la carpe, de s'unir l'une à l'autre en dessous, et de former ainsi un plancher sur les nerfs op- tiques. Au-dessous ou au-devant de ces ailes orbi- taires est un os impair (n.'^ 1 5), le plus souvent implanté par une seule lame sur le sphénoïde , et se bifurquant dans le haut, pour rejoindre tantôt les deux ailes orbitaires , tantôt les deux grandes ailes , quelquefois aussi pour rester sus- pendu dans la membrane interorbitaire qui unit toutes ces parties. Gest un sphénoïde antérieiœ^ fort analogue, dans le brochet, par exemple, à ce qu'il est dans les lézards ' ; mais quelque- fois, comme dans les cyprins, les silures, cet os est considérable et s'unit non-seulement au sphé- noïde et à l'aile orbitaire, mais au frontal et au frontal antérieur ; il remplace entièrement alors la cloison interorbitaire par une continuation de la cavité du crâne, qui s'étend jusqu'entre les frontaux antérieurs. D'autres fois, comme dans les sciènes , la cloison interorbitaire se trouve plus ou moins ossifiée par des productions du sphénoïde ou des frontaux antérieurs , ou même 1. Selon M. Rosenthal, c'est cet os qui serait le corps du sphé- noïde ; selon M. Spix, il est Vethmoïde; M. Meckel en fait Vaile orbitaire. M. Geoffroy adopte ma détermination, et nomme l'os eniosphénal. 326 LIVRE DEUXIÈME. de l'ethmoïde , qui s'étendent dans la membrane. Enfin , il y a des poissons oii le sphénoïde anté- rieur manque tout-à-fait, et oii toute cette partie est membraneuse. Cette reconnaissance faite , il ne reste plus à déterminer que les deux os qui forment le bout antérieur du crâne, l'un en dessus, l'autre en dessous. Celui de dessous (n.° 16) se continue avec le sphénoïde ; celui de dessus ( n.° o ) avec les frontaux et les frontaux antérieurs ; en outre ils se joignent l'un à l'autre verticalement, et les cavités des narines sont situées à leurs côtés, en sorte qu'à eux deux ils en fournissent la cloison. Celui de dessous est souvent armé de dents à sa face inférieure. Je n'hésite pas à croire que celui-ci est le vomerj, et l'autre Vethmoïde, c'est- à-dire ce que , dans les mammifères , on appelle la lame verticale de cet os. Toutes leurs con- nexions confirment cette détermination. ^ 11 arrive quelquefois, comme dans le congre, l'anguille, que l'ethmoïde et le vomer ne font qu'une seule pièce. 1. M. Rosenlhal, avec mon ellimoïde, mes deux frontaux an- térieurs et mon vomer, compose ce qu'il appelle la mâchoire suyérienre. Selon M. Spix, mon elhmoïde est le nasal. M. Gcof- froj adopte pour l'ethmoïde ma détermination, et le nomme ethmosy.hénal ; mais il regarde mon vomer comme la lame verticale de l'ethmoïde , et le nomme rhinosphénal. M. Bakker est d'accorci avec moi sur les deux os, et M. Meckel aussi. CHAP. III. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 327 Ainsi le crâne des poissons , lorsque ses pièces sont au complet, se compose de \ingt-six os; savoir : six impairs, le hasilaire (n.° 5) , le sphé- noïde principal (n.° 6), le sphénoïde antérieur (n."" 1 5) , le vomer (n.° \ 6) , Yethmoïde (n." 3) et \ interpariétal ou occipital supérieur (n.° 8) ; et vingt pairs, \e?> frontaux pjincipaux {n.^ 1 ), les frontaux antérieurs (n.° 2), les frontaux postérieurs (n.° 4), \es pariétaux (n.° 7), les mastoïdiens (n.° i2), les occipitaux externes (n.*^9), les occipitaux latéraux {^w!' 10), les rochers ( n.° 1 3 ) , les grandes ailes ( n.° 1 i ) et les ailes orhit aires (n.° 14). Pour terminer la description du crâne à l'ex- térieur, nous ferons remarquer qu'il a généra- lement à l'arrière de son occiput cinq pointes saillantes , qui se prolongent souvent en crêtes , soit en avant, soit en arrière : l'une de ces crêtes, que je nomme mitoyenne^, est impaire et répond à l'épine occipitale; elle appartient à l'interpa- riétal , et se prolonge souvent en avant sur la suture des frontaux , et en arrière sur celle des occipitaux latéraux : c'est à sa suite que viennent les apophyses épineuses des vertèbres dorsales, qui s'y attachent par un ligament analogue au cervical des quadrupèdes. La seconde, que je nomme inteiinédiairey et dont il y a une de cha- que côté, est sur l'occipital externe, se prolonge 328 LIVRE DEUXIEME. en avant sur le pariétal et quelquefois sur le fron- tal de son coté. C'est à son extrémité saillante que s'attache la branche supérieure de l'os supé- rieur de l'épaule, que je nomme surscapulaire. Enfin, la troisième crête, que j'appelle externe , appartient à l'os mastoïdien , et se prolonge en avant sur le frontal postérieur et le côté du fron- tal principal, et en arrière sur le rocher et l'occi- pital latéral; à son extrémité postérieure, qui appartient au mastoïdien , s'attaclie la seconde et quelquefois l'unique branche de l'os sursca- pulaire, dont la troisième branche, quand elle existe , s'attache plus profondément. C'est sous cette troisième crête, dans une fosse creusée sous le mastoïdien et le frontal antérieur, que s'ar- ticule en arrière l'appareil palatin et temporal , au moyen de l'os que j'appelle temporal-^ et c'est d'elle que se détache ordinairement celle qui va former l'apophyse postorbitaire du frontal pos- térieur. L'existence ou la non -existence de ces pro- longemens et leur plus ou moins d'étendue in- fluent beaucoup sur la forme particulière de chaque crâne, et même siu' celle de tout le corps du poisson : ainsi les poissons à corps comprimé, et dont le dos s'élève beaucoup au-dessus de la tête, ont la crête mitoyenne très-élevée aussi , et les latérales à proportion; au contraire, dans les CHAP. III. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 329 poissons oîi la tète est déprimée et le corps ar- rondi, ces crêtes sont elYacées, ou se réduisent à des épines sensibles seulement à l'occiput et d'avant en arrière. Quand le crâne est à la fois élargi et aplati , les crêtes externes en forment ordinairement les bords latéraux. Les voûtes plus ou moins larges , plus ou moins concaves , qui se trouvent quelquefois aux côtés du crâne , comme dans les cyprins et certains silures, sont au nombre des conformations les plus remar- quables, et toutefois il suffit, pour les former, que quelques parties des os que nous venons de dénombrer proéminent davantage ou s'unissent les unes aux autres par une ou deux sutures de plus , ainsi que nous le verrons dans le temps. On peut donc dire en général que dans les poissons osseux, quelles que soient les varia- tions de la forme générale de leur crâne, sa composition n'en demeure pas moins à peu près constante, et que les exceptions à cette règle, quoique bien certaines, sont néanmoins assez rares. Des Fosses du Crâne. La voûte supérieure de la grande cavité en- céphalique est formée par la partie postérieure des frontaux, les pariétaux, l'interpariétal et les occipitaux externes. Les frontaux postérieurs et 330 LIVRE DEUXIÈME. les mastoïdiens prennent part à ses parois laté- rales. Les ailes orbitaires sont aux deux côtés de sa paroi antérieure. Son plancher est formé par les branches supérieures du sphénoïde anté- rieur et par la grande aile ; enfin , cette cavité se termine en arrière en un canal entièrement entouré par les occipitaux latéraux. Ce canal forme, à proprement parler, la. fosse postérieure. \iSi fosse antérieure est le plus souvent à peu près entièrement membraneuse, et dans le sque- lette on ne voit qu'un grand trou , limité laté- ralement par les ailes orbitaires, en dessus par les frontaux, et en dessous par la bifurcation du sphénoïde antérieur. Il y a cependant des genres, tels que les cyprins et les silures, oii, comme nous l'avons dit, les ailes orbitaires et un très -grand sphénoïde antérieur s'unissent pour garnir de toutes parts la fosse antérieure de parois osseuses , sauf les orifices nécessaires pour le passage des vaisseaux et des nerfs. ha. fosse moyenne est limitée en avant par une arête transverse de l'aile orbitaire, et en arrière par une autre arête , qui règne sur la face interne de la grande aile et du frontal pos- térieur. Ces deux arêtes se réunissent en arrière. Au fond de cette fosse, derrière la partie bifur- quée du sphénoïde antérieur , et quelquefois , CHAP. m. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 331 comme dans la carpe , derrière la réunion des ailes orbitaires , est un trou qui conduit à un grand canal , lequel règne en arrière , sous la fosse moyenne et la postérieure, entouré supé- rieurement et latéralement par des lames de la grande aile, inférieurement par le sphénoïde, et se terminant en entonnoir dans le basilaire. Il loge en avant la glande pituitaire, et conduit les artères vertéljrales dans le crâne. Cette cavité n'existe pas toujours; elle manque, par exemple , dans la morue , qui a sa glande pituitaire peu encaissée. Entre la fosse moyenne et la postérieure sont les cai^ités de F oreille, qui, dans les quadru- pèdes , sont enveloppées dans le rocher , et for- ment une saiUie à l'intérieur; qui, dans les oi- seaux et les reptiles , occupent plusieurs des os voisins, et qui, dans les poissons osseux, com- muniquent ouvertement avec le crâne. Ces ca- vités consistent, i.° dans deux grandes fosses creusées au-dessous de la cavité qui contient le cerveau , et se prolongeant aux côtés de la fosse postérieure : elles sont entourées par la grande aile , l'occipital latéral et le basilaire , et servent à loger les sacs qui contiennent les grandes pierres de l'oreille ; 2." dans divers enfoncemens qui occupent l'angle latéral postérieur du crâne, s'étendent dans l'occipital externe, le mastoïdien, 332 LIVRE DEUXIÈME. l'occipital latéral, et même un peu dans le parié- tal , le frontal postérieur et la grande aile , et servent à loger les canaux semi-circulaires. Des Trous du Crâne. Suivant que la clôture du crâne est plus ou moins complète en avant , il y a des variétés , non pas précisément dans les trous dont cette cavité est percée, mais dans la manière dont ils sont entourés par les os. Ainsi , dans la plupart des acanthoptérygiens , et nommément dans la per- che , que nous prenons pour type , les nerfs ol- factifs et optiques, et ceux des troisième et quatrième paires, ne traversent que les mem- branes qui ferment la grande ouverture placée en avant entre les frontaux, les ailes orljitaires et le sphénoïde antérieur. Il en est de même dans la morue, qui, de plus, laisse soFtir la cinquième paire par une échancrure seulement du bord antérieur de sa grande aile; tandis que dans la perclie non - seulement il y a dans le milieu de cette grande aile des trous pour les branches de la cinquième paire, mais qu'il y en a même un près de son bord pour la sixième. La huitième paire sort par deux trous percés sur le côté de l'occipital latéral, et la dixième par un de sa face supérieure, non loin du trou occipital. CHAP. III. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 335 On peut aussi remarquer dans les crânes os- seux quelques solutions de continuité, qui, à l'état frais, ne sont fermées que par des mem- branes ou des cartilages : ainsi la perche et plu- sieurs autres acantlioptérygiens en ont une as- sez notable de chaque côté, entre le pariétal, le mastoïdien et l'occipital externe; on la voit aussi dans le brochet, qui en a encore une autre entre le frontal postérieur , la grande aile et le mastoïdien : c'est même au milieu de ce cartilage dans le brochet qu'est suspendu un très -petit vestige de rocher. Nous avons déjà parlé de l'énorme trou dont est percé chaque occipital latéral dans les cy- prins. Ces poissons en ont un petit impair entre les pariétaux et l'interpariétal ; quelques silures ont une fente au même endroit, et une autre plus en avant entre les deux frontaux, etc. De la Mâchoire supéîieure. Pour reconnaître aisément les interinaxil- laires et les maxillaires , il faut les considérer dans le saumon ou dans les truites proprement dites \ Les os dont nous parlons y sont situés 1. Ces parties dans la truite sont représentées, pi. III, fig.V, avec les mêmes numéros que dans les figures prises de la perche. La face entière de celle-ci est représentée en situation, pi. III, fig. Ij et tous ses os détachés les uns des autres, fig. lï. 534 LIVRE DEUXIÈME. comme dans tous les mammifères et les reptiles ; les intermaxillaires (n.° 17) sur le devant de la mâchoire, avec peu de mobilité; les maxillaires (n.° 18) sur les côtés, jusqu'à la commissure, armés de dents qui continuent la série des dents intermaxillaires. De chaque côté, en dedans des dents maxillaires, est une autre série de dents appartenant au palatin, comme dans les serpens, et au milieu il s'en trouve une bande adhérente à cet os longitudinal qui est, comme nous l'a- vons dit, l'analogue du vomer. Cette structure se retrouve dans les éperlans, les ombres ou corégones et dans toute la famille des dupes. Dans le polyptëre, la ressemblance avec les mammifères et les reptiles va encore plus loin ; ses maxillaires et ses intermaxillaires sont atta- chés fixement et sans mobilité au reste de la tête. 11 y a des structures plus ou moins analogues dans divers autres genres ; mais dans le plus grand nombre des poissons, notamment dans les cyprins et dans presque tous les acanthop- térygiens, Xintermaxillaire (n.° 17) forme la presque -totalité du bord de la mâchoire supé- rieure, et se meut en faisant glisser une apo- physe montante devant l'extrémité antérieure du crâne, formée, ainsi que nous l'avons dit, par deux os analogues à l'ethmoïde (n.° 5) et au vomer (n.° 1 6). Le maxillaire (n." 1 8) est placé CHAP. 111. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 335 parallèlement à l'intermaxillaire, et forme ce qu'on appelle communément Vos labial^ parce qu'il porte quelquefois un repli de la peau qui re- présente une lèvre, ou Vos des niystaces, parce qu'il représente une sorte de moustache , et parce que cet os se prolonge quelquefois en un bar- billon charnu ou véritable moustache, comme cela se voit surtout dans les silures. Cet os ma- xillaire (n." 1 8) s'articule par des articulations mobiles à l'intermaxillaire (n."" i 7) , à une facette saillante du vomer (n.° 1 6) et à une apophyse un peu courbée de l'os palatin (n.° 22). C'est ainsi que l'os intermaxillaire, l'os maxillaire et le pala- tin avec l'appareil qui est attaché à ce dernier , se meuvent les uns sur les autres et sur le crâne. Le maxillaire ( n.° 1 8 ) se subdivise quelquefois en deux ou trois pièces, comme dans les harengs, ou même en un beaucoup plus grand nombre , comme dans le lépisostée. L'intermaxillaire (n." \ 7) lui-même a quelquefois son apophyse montante distinguée du reste de son corps par une suture ' : c'est ce que l'on voit nommément 1. J'ai cru pendant quelque temps que l'os labial répondait au jugal ; c'est dans ce sjstème que M. Fischer en a parlé dans son Traité de l'os intermaxillaire, où il paraît regarder l'extrémité antérieure du crâne comme répondant à la mâchoire supérieure. M, Rosenthal adopte les idées de M. Fischer par rapport à ce dernier point , mais il veut que le labial ne soit qu'un démem- brement de riutermaxiilaire. C'est ea i8ii que j'ai recoauu le 336 LIVRE DEUXIÈME. dans le cernier\ Les cyprins ont quelque chose de plus particulier dans trois petits os places entre ceux de la mâchoire et le crâne , et sur lesquels nous reviendrons à leur chapitre. C'est en général de la forme des intermaxil- laires que dépend celle du museau des poissons, tantôt aplati horizontalement, ou comprimé par les côtés; tantôt ohtus ou arrondi; tantôt avancé au-delà de la houche , en proéminence plus ou moins saillante , et quelquefois même énorme, comme dans les xiphias ; tantôt s'alongeant en même temps que la mâchoire inférieure en une sorte de hec, comme dans l'orphie. C'est surtout de la longueur des pédicules montans de ces in- termaxillaires que dépend le plus ou moins de protractilité de la houche , c'est-à-dire , de cette faculté qu'a le poisson de la faire saillir tout d'un coup en avant du museau ; mais toutes ces circonstances, dont nous parlerons à l'article de chaque genre , n'influent point sur la composi- tion de ces parties, labial pour ce qu'il est, en l'observant dans les truites, et je vois que cette opinion a été adoptée depuis par tous les osléologisles, excepté M. RosenlLal. Elle est en effet évidente pour quiconque commence l'étude de cet os dans la truite et les autres espèces, où il fait partie du bord de la mâchoire. 1. C'est cette apophyse ainsi séparée que M. Geoffroy prend pour le cornet inférieur du nez, et qu'il nomme rhimsphtnah CH-4P. m. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 357 Des Os nasaux y sous-oj^bitaù^es et sui^temporaux. L'appareil nasal, sous-orbitaire et surtem- poral est le plus variable de tous dans les pois- sons, quant au nombre des pièces dont il se compose. Le premier sous-orhitaù^e (n.° 19), en général le plus prononcé dans ses formes, est articulé à une facette de l'apophyse inférieure externe du frontal antérieur; ce qui pourrait le faire regarder comme analogue du lacrymal \ Il forme le bord externe ou inférieur de la cavité de la narine, pendant que le bord interne ou supérieur est formé par le nasal (n.*^ 20) % qui s'articule dans le liant avec le frontal ( n.° \ ) , descend le long de la crête antérieure de l'eth- moïde ( n.° 5 ) , et couvre quelquefois par sa partie inférieure la jonction du palatin (n.° 22) avec le maxillaire (n.*^ 18), et de celui-ci avec l'intermaxillaire (n.° 4 7). Au premier sous-or- bitaire (n.° 19), dont je viens de parler, s'unit une chaîne d'os plus ou moins grands, plus ou 1 . C'est Vadorbital ou portion orhitaire du maxillaire de M. Geof- froy. MM. Spix, Bojanus, Bakker et Meckel le rapportent, ainsi que les suivans , au jugal. Pour M. Carus, c'est le lacryinal. Ce qui me fait considérer cet appareil comme différent de ceux des autres vertébrés, c'est qu'il recouvre les muscles, au lieu de leur donner attache. 2, C'est Vethmophjsal ou cornet supérieur du nez de M. Geoffroy. 1. 22 338 LIVRE DEUXIÈME. moins nombreux (n." 1 9) ', (jui finit par aller se rattacher au frontal po'tcrieur (n.° 4), après avoir cerné la moitié inférieure de l'orbite. Cette chaîne d'osselets représenterait tout au plus la portion de l'os jugal qui occupe la même place dans beaucoup d'animaux; quelquefois une par- tie de ces os donne même une lame qui forme sous l'orbite un plancher incomplet. Ce sont eux qui cuirassent la joue et couvrent le cro- taphyte et les muscles voisins dans certains poissons , tels que les trigles , les scorpènes , cer- tains salmones, etc. On voit assez souvent à leur suite d'autres petits osselets qui forment en arrière une chaîne semblable de chaque côté (n.° 21 ) sur l'intervalle de l'apophyse externe et de l'apophyse intermédiaire du crâne, et couvrent l'articulation de l'os surscapulaire (n.*^ 46) avec ces deux apophyses^; ceux-ci du moins sont bien certainement propres aux poissons, et nous n'apercevons pas oîi il serait possible de leur chercher des analogues dans les autres classes. JNous les appellerons surtempo- raux. 1. Ce sont les jugaux de M. GeofTroj. 2. M. Bakker, qui me parait seul avoir distingué ces petits os, les nomme suriemporaux [supra -temforaïia). Nous adoptons ce nom. CHAP. III. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 559 De r Arcade palatine, ou du Système palatin pté/'j-goïdien et temporal. ^ Ce système est composé de sept pièces de chaque côté. Il comprend assez manifestement le palatin en avant ( n.° 22 ) , le temporal en arrière (n."* 25), et ne peut être expliqué dans le reste de sa composition qu'autant que l'on y fait entrer \e ptérfgoïdien, le transe erse des reptiles et lejugal^ mais on rencontre bien des diUîcultés pour appliquer ces noms, si même leur application peut être faite pour tous avec quelque vraisemblance. Le palatin (n.° 22) n'offre pour sa part au- cune de ces difiicultés ; il est placé comme celui des serpens , et est de même très-souvent armé de dents. 1. M. GeofTroj, dans le tome IX des Mémoires du Muséum, pi. 6, donne des figures des lames palalo-temporales de la mo?ue et du mérou, mais sans explication. Plus tard (en 1824 et i8?.5) il en a donné une qui revient à peu près à la mienne, si ce n'est qu'il fait de mon jugal et de mon tjmpanal son hypocotjléal et son épicolyUal , ce qui signifie que ce sont des démembremcns d'un os de la caisse, lequel serait lui-même distinct des trois pièces qui composent le cercle du tjmpan selon M. Serre : de mon temporal et de mon préopercule il fait son serrial et son tjmpanal, ce qui signifie qu'ils représentent deux parties du cadre du tjmpan : en- fin, le septième os, il le nomme uro-serrial , c'est-à-dire qu'il le compare au filet grêle qui forme, selon M. Serre, une troisième pièce du cercle du tympan. 340 LIVRE DEUXIÈME. Derrière le palatin viennent deux os, dont l'un (n.° 24), étroit et arqué, forme le bord externe; l'autre (n.°25), plus large, plat et mince, la partie moyenne et interne de cette portion de l'appareil. Il est tout naturel de croire que ce sont les os analogues, le premier (n.° 24), à ce- lui que j'ai nommé dans ces reptiles Vos trans- i^erse^ et le second (n.°25), au ptéfjgoïdien interne. Pour cette dernière pièce (n."25), sa position semble indiquer son nom; l'autre (n.° 24) est placée aussi à peu près comme le transverse ; mais elle ne s'articule point au maxillaire, parce que ce dernier est plus libre dans ses mouve- mens que celui des lézards, et elle s'attache dans une autre direction au jugal (n.° 28), parce que celui-ci est placé beaucoup plus en arrière. ^ Je prends, en effet, pour \e ju^al, par les raisons que Ton a erra tout à l'heure , un os (n.° 26) large, ordinairement triangulaire, placé en arrière de ce transverse, et qui donne de son angle inférieur l'articulation à la mâ- choire inférieure par une facette gynglimoïdc. Au-dessus de cet os, et en arrière du ptéry- 1. RIM. Bakkcr el Meckcl dctermiiient ces trois os comme moi; M. Geoffiov aussi ; M. Bojunus en fait des tlémembremens du pa- latin, el M. Gains me parait en avoir la même idée. M. Spix fait de mon pféiyi^oidien son palatin; et c'est le transverse et le pa- latin ensemble qui lui représentent le plcry^^oïdicn. CHAP. III. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 341 goïdieii, en est un autre (n.° 27), large et plat, et au-dessus de celui-ci il y en a un grand (n.° 25), le même que j'ai déjà appelé temporal, articulé par gynglime avec les deux os du crâne que nous avons dit répondre au frontal postérieur (n." 4) et au mastoïdien (n.° 42). Ce temporal fournit en arrière un tubercule articulaire à la pièce principale de l'opercule (n.° 28), et donne inférieurement attache à un stylet osseux (n.° 29) qui porte la brandie de l'os hyoïde, et qui représente l'os styloïde des mammifères. C'est derrière ces trois pièces que règne, tout du long, l'os (n.° 50) qui sert comme de bord fixe pour les mouvemens de l'opercule, et que j'ai nommé préopercule. Mais il y a encore entre l'os plat intermédiaire et le préopercule un os long et étroit (n.*^ 5i ), qui se glisse en partie derrière celui auquel s'articule la mandi- bule, et qui fait un angle avec le styloïde. On peut se rappeler que , dans les oiseaux , Fos nommé carré, et que je regarde comme l'a- nalogue de la caisse, s'articule d'une part avec le crâne , de l'autre avec le ptérygoïdien interne et le jugal, et donne attache dans le bas a la mâchoire inférieure. Ses fonctions se trouvent remplies ici par les quatre os que je viens de décrire, ne comptant pas le préopercule; mais ces quatre os ne sont pas pour cela des démem- 342 LIVRE DEUXIÈME, bremens de la caisse ; il y en a trois , au con- traire, qui viennent se joindre à elle pour l'ai- der en quelque sorte à remplir le large inter- valle qui était nécessaire ici entre la tempe et la mâchoire inférieure, pour loger l'appareil branchial. Je crois les avoir bien déterminés par des comparaisons avec les lézards et les gre- nouilles. Dans les lézards, l'iguane, par exem- ple, ou le monitor, l'os que j'ai cru devoir re- garder comme analogue au temporal écailleux, s'articule au frontal postérieur et au mastoï- dien, et c'est à lui principalement qu'est sus- pendu le tjmpanal ou l'os de la caisse. Suppo- sons que ce temporal ait acquis de la mobilité, qu'il se meuve sur les deux os auxquels il s'ar- ticulait d'une manière fixe , il répondra au su- périeur des os que nous examinons maintenant (n.** 25), à celui qui joint l'appareil palatin et ptérygoïdien au crâne. Cet os serait donc, comme je l'ai dit, le temporal \ D'un autre coté, nous avons vu dans les grenouilles^ un jugal ou zygo- matique évidemment reconnaissable, se rendre du maxillaire au bas du tyiiqjanal, et prendre part à l'articulation de la mâchoire inférieure; 1. C'est le serrial de M. Geoffroy, le sjjnpïecticum priinimi do M. Bakker, Vos carré de M. Rosenthal, la caisse de M. Bojanus. -. Vojez mes Recherches sur les os fossiles, t. V, 2. *" partie, j>. 5f)o, CHAP. m. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 345 Bii quoi il rappelle un peu ce qui avait déjà lieu dans le kanguroo. Supposons qu'il évince le tympanal de cette articulation , comme le tym- panal en a évincé dans les autres ovipares le temporal écailleux; qu'il la prenne à lui seul, et que de l'autre part il ait aljandonné le maxil- laire supérieur, et ne s'y attache plus : nous au- rons alors notre os inférieur de l'appareil des poissons (n.° 26); celui qui offre une facette à l'articulation de la mâchoire inférieure. Cet os serait donc, ainsi que je viens de l'annoncer, le ju^al, et je le regarde comme tel, malgré toute la singularité de son cliangement de place et de fonctions \ La pièce plate et mince (n.° 27) placée entre le temporal et le jugal ne pourra plus alors représenter que le corps du tympanal ou de la caisse, dépouillé de ses facettes articu- laires, parce qu'il n'a plus hesoin de concourir à des mouvemens déterminés, auxquels contri- buent à sa place les deux os qui lui tiennent en haut et en bas, et réduit à un disque plat, parce qu'il n'a plus à contesiir ni la cavité de la caisse, ni les osselets de l'ouïe.^ 1 . C'est Vhypocotyh'al de M Geoffroy, Vos discoideum de M. Carus, 3 ptérjgoidien interne de M. Bojanus, !e sjmplectimm quarlum de I. Bakkei. 2. C'est Vepicotjléal de M. Geoffioj , le symplcciicum leriiiim c M. Bakker, V apophyse ptérjgoide externe de M. Bojanus. 544 LIVRE DEU3ÇIÈME. Il reste le septième os (n.° 51) , celui qui se cache en partie à la face interne du jugal; je ne lui trouve pas d'analogue dans les reptiles; car je ne veux pas prendre pour tel l'os en co- lonne grêle des lézards, et je lui donnerai le nom de sjmplectique,^ Ces sept os sont joints ensemble et au pré- opercule par syncliondrose , et n'ont que point ou peu de mobilité l'un sur l'autre ; mais ils for- ment ensemble une grande lame, qui se meut avec beaucoup de facilité sur les deux gonds que lui fournissent l'articulation antérieure du pala- tin (n.° 22) avec le maxillaire (n.° \ 8) et avec le vomer ( n.° 5 ) , et l'articulation supérieure du temporal ( n.^ 23 ) avec le frontal postérieur (n.° 4) , le mastoïdien (n.*' \ 2) et la grande aile (n.° \\), Ce mouvement écarte les bords infé- rieurs de la lame l'un de l'autre , et élargit la bouche, lorsque le poisson veut y faire entrer l'eau nécessaire à la respiration : un mouvement contraire l'en fait sortir. 1. C'est Vuro-serrial Ae M, Geoiïloj, le sjmplecticum secunàum de M. Bakker, le styloide de M. Meckel. Les autres anatoniistes paraissent avoir négligé cette pièce ^ qui n'est pas très-apparente. CHAP. m. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 345 Des Os opercidab^es,^ \je préopercule (n.° 50)' est un os ordinai- rement en forme d'équerre , qui entoure le bord postérieur et l'angle de la grande lame palato- temporale décrite ci-dessus, et qui appartient k cette lame plutôt qu'au système operculaire lui-même. Sa forme , les dentelures ou les épines dont son bord ou son angle sont souvent armés, varient beaucoup; et comme ces variations se voient à l'extérieur, on en a tiré de bons carac- tères pour la distinction des poissons. La pièce principale de \ opercule ^, à laquelle je laisse exclusivement ce nom (n.*^ 28), est pla- cée derrière le bord montant de ce préopercule, et s'y meut comme un battant de porte sur son chambranle ; mais à son angle supérieur anté- rieur, l'opercule a une fossette qui s'articule par diarthrose à un tubercule convexe que lui offre le temporal (n.'' 23). 1. Sur tout ce qui concerne le squelette de l'appareil respira- toire des poissons , on peut consulter avec fruit la Philosophie anatomlque de M. Geoffroy Saint-Hilaire, où les pièces de cet appareil sont décrites avec beaucoup de soin , et représentées fort exactennent , quoique l'auteur en donne , selon moi , une théorie peu satisfaisante. 2. Le tjmpanal de M. Geoffroy, le marteau de M. Splx. 3. Le stapéal de M. Geoffroy, l'enclume de M. Spix, Vopercule de tous les autres. 346 LIVRE DEUXIÈME. Sous le bord postérieur et inférieur de l'oper- cule est une autre pièce osseuse (n.° 32) , que je nomme sous-opercide^y et en avant de celle-là, sous le bord inférieur du préopercule et der- rière l'articulation de la mâcboire inférieure, il y en a une troisième (n.° 3o), que je nomme înteropercule^. Cet interopercule a une impor- tance particulière, en ce qu'il donne attache à la branche de l'os hyoïde, à l'endroit oîi elle s'at- tache elle-même à l'os styloïde qui la suspend au temporal; circonstance d'oii il résulte que les battans operculaires ne peuvent ni s'ouvrir ni se fermer sans que les branches hyoïdiennes n'exécutent un mouvement correspondant. Il est très-rare parmi les poissons osseux or- dinaires que cette espèce de volet mobile, qui ouvre et qui ferme les branchies , ne soit pas composée des trois pièces que nous venons de faire connaître. Nous avons vu que des anatomistes ingénieux ont cru y trouver les représeutans des osselets de l'oi-eille des mammifères; mais, outre les ar- gumens que dans un autre ouvrage^ nous avons déduits de la simplification successive de l'ap- pareil de ces osselets, et de leur réduction finale 1. Le m^'lléal de M. Geoffîoj. '2. Vincml de M. GcoflTroy, Yétricr de M. Spix. o. Recherches sur les ossemens fossiles , t.\, 2/ part. CHAP. m. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 547 à un seul dans les derniers des reptiles Jjatra- ciens; plus on examinera les pièces opercnlaires, plus on se convaincra que ni leurs connexions entre elles et avec les autres os, ni les muscles qui les mettent en mouvement, ne présentent le moindre rapport avec les osselets dont il s agit. De la Màchoû^e inférieure. La mâchoire inférieure est fonnée de deux branches léunies ensemble en avant et articu- lées chacune en arrière par inie facette creuse à ia poulie qui termine le jugal (n.° 2G) de son côté. Dans le trcs-grand nombre des poissons, du moins lorsqu'ils ont atteint quelque gran- deur, chacune de ces branches ne se divise qu'en deux os principaux : le dentaire (n.°34)', au bord supérieur duquel adhèrent les dents, et \ articulaire (n." 55)^, oîi est la facette pour l'articulation. Ils s'unissent principalement par une pointe du second, qui pénètre dans un angle rentrant du premier. Ln troisième os, plus petit (n.° 5fi), se laisse souvent aussi déta- cher de l'angle postérieur sous l'articulaire, et on peut le noimuer Yangulaire^ ^ et l'on en i. C'est le suhdi'ntal do M. Geoffroy, ''2. Le suhmalléaï de jM. Geoffroj. 8. Le suhcotyléal de M. Geoffroy. 548 LIVRE DEUXIÈME. trouve quelquefois un quatrième (n.^37) à la face interne de l'articnlaire : il répond a Voper- culaij^e des reptiles \ (>e n'est que dans un petit nombre de poissons, comme le lépisostée, que l'on trouve clairement les mêmes os que dans la maclioire inférieure des crocodiles, des tortues et des lézards. Néanmoins ce fait suOit pour que l'on ne puisse admettre l'opinion de M. de Blain- ville, adoptée momentanément par MM. Boj anus et Oken, qui suppose que ce sont ces os manquans qui se transforment en pièces operculaires. Les mâchoires inférieures des poissons ne varient pas moins dans leurs formes et ne sont pas moins constantes dans leur composition que les crânes et les mâchoires supérieures : tantôt tout-â-fait transversales , tantôt paraboliques ou arrondies en avant, tantôt formant un angle plus ou moins aigu, elles ont quelquefois leur symphyse alongée en pointe grêle et aiguë, comme dans l'orphie; et même dans l'hémi- ramphe cette pointe s'alonge sans que la mâ- choire supérieure y corresponde. Cependant l'inverse a bien plus souvent lieu. En résiunant le compte de ces os de la face, on voit qu'il y en a dix-huit ou dix-neuf paires de constans; savoir: une aux nasaux, deux à 1. Le uibçoméral de M. GeofFroj. CHAP. m. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 349 la mâchoire siipërieure, sept à l'appareil palato- temporal, quatre à l'appareil operculaire, et quatre ou même cinq à la mâclioire inférieure; à quoi il faut ajouter les sous-orbitaires et les surtemporaux, qui, dans la perche, forment encore huit paires : en y joignant les os du crâne , on trouve, pour la tête proprement dite, un total de soixante os ou à peu près; mais les subdivisions auxquelles l'os maxillaire supérieur est sujet, augmentent quelquefois sensiblement ce nombre. De l'Os hyoïde et des Rajons bianchiostèges.^ Les trois pièces operculaires ne ferment pas à elles seules la grande fente qui est de chaque côté entre la tête et l'épaule du poisson , et dans laquelle sont les branchies; la clôture en est complétée par la membrane dite hranchioste^e, qui adhère à \os hyoïde. Cet os (pi. III, fig.YI et YII), placé comme dans les autres classes de vertébrés, mais toujours suspendu au temporal, se compose de deux branches, chacune de cinq pièces; savoir : V osselet stjloïde (n.° 29) , qui le suspend au temporal^, deux grandes pièces 1. On a représenté l'os hjoïde vu par le côté, pi. II, fîg. VI, et pi. III, fig. I; et vu en dessus, ayec les os des branchies, pi. m, lig.vi. 2. Le styl'hyal de M. Geoffroy. 5o0 LIVRE DEUXIÈME. latérales (n."' 57 et 58), placées l'une derrière Faiitre , et formant le corps principal de la brandie (c'est la postérieure des deux [n.° 38] ' qui s'attache à l'interopercule) ; enfin deux pe- tites (n.°^ 5î) et 40) , placées l'une au-dessus de l'autre a l'extrémité antérieure de la Inanclie, et servant à la joindre avec sa correspondante^. En avant de cette jonction est Vos lingual (n." 41), comme dans les oiseaux et les reptiles, et en arrière, dans l'angle formé par la rencontre des deux brandies et sous les brandiies, est une pièce impaire, le plus ordinairement verticale (n." 12), qui représente la queue de Vos lijoïde^ si connue dans les oiseaux et les lézards ^ C'est cette pièce qui, en se joignant à la symphyse des huméraux, forme Y isthme qui sépare en dessous les deux ouvertures des ouïes. Au total, l'os hyoïde des poissons se compose donc de douze os. 1. M. Geoffroj, qui croit ces deux pièces principales dérivées du slernum , nomme l'antérieure hjo-sternale , et la postérieure hjpo-sternale. 2. La supérieure de ces deux petites pièces est nommée par M. GeolTroj apo-hjal , et l'inférieure céralo-hyal; parce qu'il les regarde comme répondant aux deux premières pièces de la corne antérieure de l'os hyoïde des mammifères. 3. C'est celte pièce impaire et verticale que M. Geoffjoj regarde comme l'analogue de l'apoplijse impaire antérieure du sternum des oiseaux, et nomme à cause de cela épislernal; mais l'epistcrn.il des oiseaux est toujours derrière la fourchette qui est leur clavicule. CHAP. III. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 351 Les JYijons (n.^ 43) qui soutiennent la mem- brane branchiostège adhèrent par articulation mobile, souvent même par de simples ligamens, au bord inférieur des deux principales pièces de chaque branche ^ : les antérieurs sont géné- ralement articulés au bord ; les postérieurs ne sont guère qu'attachés à la face externe près du bord. Leur nombre et leurs formes varient beaucoup : dans la carpe il n'y en a que trois , et dans l'élops il y en a plus de trente ; le nom- bre le plus commun, du moins dans les acan- thoptérygiens , est de sept , comme dans la perche. Cet os hyoïde peut s'élever et s'abaisser, et entraîne avec lui les branchies , et même la mâchoire inférieure. Il peut aussi , quand il est entraîné par l'écartement de la lame pa- lato-temporale , rendre plus ouvert l'angle de ses branches , et élargir ainsi , de concert avec l'opercule, l'ouverture des ouïes. Les rayons qui s'y attachent ont aussi leurs mouvemens particuliers d'écaitement et de rapprochement, et étendent ou plissent la membrane qu'ils soutiennent. 1. Ce sont les côles sternaïes de M. Geoffroy. 552 Livre deuxième. Des Os qui portent les Branchies, ^ Les poissons ne respirent qu'en faisant sortir par les côtés de leur cou l'eau qu'ils ont fait entrer dans leur bouche ; elle passe ainsi entre les branchies, qui sont des espèces de peignes, ordinairement au nombre de quatre de chaque côté, formés d'une grande quantité de lames membraneuses ou cartilagineuses, minces, étroi- tes et fourchues, placées à la fde les unes des autres. Ces quatre paires de branchies sont portées par quatre paires d'arceaux adhérens par leurs extrémités inférieures aux deux côtés d'une chaîne intermédiaire d'osselets, qui elle- même est attachée en avant dans l'angle de l'os hyoïde, entre les quatre pièces antérieures, et au-dessus de sa queue. Ces mêmes arceaux mon- tent en se recourbant, et attachent leur autre extrémité sous le crâne, mais seulement par de la cellulosité ou des ligamens. La chaîne intermédiaire des osselets fait en quelque sorte suite à l'os lingual. Il y en a ordi- nairement trois ^ : le premier (n.° 55)^ s'attache 1. Les os des branchies et les pharyngiens sont représentes en dessus, avec l'os hyoïde, et dans leur position naturelle, pi. 111, fig.VI; et ceux d'un côté, avec les deux parties de leurs arceaux étendus, pi. III, fig. VII. 2. M. Geoirroj les considère comme des articulations du corps de rh;y,)ide. 3. C'est le hasi-hyal de M. Gcoffioj. CHAP. ni. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 555 dans le fond de l'angle formé par les branches de l'os hyoïde; le second (n.° 54)' est à l'arrière du précédent, et donne attache à la première paire d'arceaux ; le troisième (n.° 55 )^ qui est le dernier , donne attache à la seconde paire : la troisième paire d'arceaux adhère à son extré- mité , et la quatrième s'attache dans l'angle de la troisième ; les pharyngiens inférieurs enfin (n.° 56) s'attachent dans l'angle de la qua- trième. Les arceaux se composent chacun de deux parties mobiles l'une sur l'autre. L'inférieure est celle qui s'attache à la chaîne intermédiaire d'os- selets, et dans les trois premières paires elle est formée de deux pièces, une interne^, plus courte (n.° 57), et une externe ^ plus longue ( n." 58) ; dans la dernière paire il n'y a qu'une pièce (n.° GO). La partie supérieure (n.°6l)^ beau- coup plus courte que l'autre, est simple dans tous les arceaux, excepté à la première paire, qui , n'ayant point de pharyngien supérieur à porter , est d'ordinaire suspendue au crâne par un petit stylet (n.° 59), que l'on peut, si l'on 1. Hento-hyal At M. Geoffroy. 2. Uuro-hjal de M. Geoffroj. 3. Les thyréaux et les arithéaux de M. GeofFroy. 4. Les pleuréaux inférieurs de M. Geoffroj. 5. Les pleuréaux supérieurs de M. Geoffroj. 1. aS 354 LIVRE DEUXIÈME. veut , considérer comme le phaiyngien de cette paire. Les deux parties de l'arceau sont unies en- semble par du cartilage qui leur laisse de la mobilité , et forment un angle qui peut s'ou- vrir et se fermer plus ou moins. Les arceaux s'attachent à la chaîne intermédiaire par des cartilages flexibles, en sorte que tout cet ap- pareil peut se mouvoir , soit en ouvrant ou fermant l'angle que font ensemble les deux parties de l'arceau, ce qui abaisse ou élève le fond de la bouche, et élargit ou rétrécit dans le sens vertical l'espace situé entre les bran- chies ; soit en portant chaque arceau plus en avant ou plus en arrière , ce qui élargit ou rétrécit les intervalles qui sont entre les bran- chies et qui donnent passage à l'eau pour sa sortie. La face externe des arceaux est creusée d'un sillon , et loge les vaisseaux qui fournissent des rameaux aux lames cartilagineuses que cette face porte et qui constituent la partie essen- tielle de l'organe respiratoire. Leur face interne est garnie de petites pla- ques, onde petits cônes, ou de petites lames os- seuses , ordinairement armées de dents très-dit- fércinment disposées selon les espèces, mais dont l'usage le plus général est d'arrêter les corps CHAP. m. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 3S5 que le poisson avale, de les empêcher de sor- tir avec l'eau de la respiration , et de s'em- barrasser dans les intervalles des lames bran- chiales. Ces petites pièces font dans leur genre le même service que l'épiglotte des mammifères ou que les dentelures des bords du larynx des oiseaux. ^ Dans notre perche, par exemple, les arceaux de la première paire en ont un rang extérieur ( n.° 65 ) de grêles et pointues comme les dents d'un râteau , et un rang intérieur en forme de petites plaques ; les arceaux suivans ont deux rangs de ces petites plaques toutes garnies de dents en velours ras. Des Os pharyngiens, A l'entrée de l'œsophage , et immédiatement derrière l'appareil branchial, sont les os pha- ryngiens, dont l'objet est d'exercer une seconde mastication, souvent beaucoup plus puissante que la première : à cet eiYet ils sont armés de dents très-variables , selon les espèces , pour le nombre et pour la forme. 11 y eu a ordinairement deux inférieurs et 1. Ces petites plaques ou pointes dentées qui arment les faces des arceaux, sont nommées trachéaux par M. Geoffroy, qui y voit les analogues des anneaux de la trachée. 556 LIVRE DEUXIÈME. six supérieurs. Les inférieurs (n.° SB) * sont at- tachés derrière les branchies dans l'angle que font ensemble les deux derniers arceaux ; le plus souvent ce sont deux plaques triangulaires qui servent de plancher au pharynx; quelquefois, comme dans les cyprins , ils se recourbent pour entourer une partie de rœsophage; d'au- tres fois , comme dans les labres et les scares , ils se soudent en une seule pièce , ou s'unissent du moins l'un a l'autre par une suture immobile. Les supérieurs ( n.° 62 ) ' consistent en trois pièces de chaque côté qui s'attachent sous l'ex- trémité interne des branches supérieures des trois derniers arceaux. Les trois du même côté s'unissent généralement en une plaque qui forme avec sa correspondante le plafond du pharynx. . Les os pharyngiens supérieurs restent adhé- rens sous la base du crâne et ont peu de mou- vement ; mais les inférieurs s'élèvent ou s'abais- sent en même temps que les branches inférieures des arceaux , et dilatent ou rétrécissent ainsi l'entrée de l'œsophage, en même temps qu'ils compriment les alimens qui y pénètrent. Dans les cyprins, les pharyngiens supérieurs 1. M. Geoffroy les nomme cricéaux , les considérant comme ïe& analogues du cartilage cricoïde. 2. Les pharjngéaux de M. Geoffroj. CHAP. III. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 357 sont petits et sans dents; une proéminence large et concave du basilaire, garnie d'une plaque de substance pierreuse , remplit une partie de l'es- pace qu'ils occupent ordinairement. Quelque- fois , comme dans les scares , il n'y en a qu'une paire ; mais on voit qu'en général l'appareil branchial et pharyngien contient trente -six pièces osseuses principales ; et si l'on voulait compter les pièces qui arment intérieurement les arceaux , le nombre en irait à plus de cent. Des Vertèbres, Les vertèbres des poissons se font reconnaître par la fosse conique dont leur corps est creusé à chacune de ses faces. Les doubles cônes creux qui occupent toujours ainsi l'intervalle entre deux vertèbres , sont remplis par une subs- tance membraneuse et gélatineuse molle, qui passe d'un de ces vides à l'autre par un trou dont chacune des vertèbres est presque tou- jours percée dans son centre, en sorte que ces portions molles forment un cordon ou chapelet gélatineux qui enfile toutes les vertèbres , et est alternativement mince et épais : et même il est bon de remarquer ici, que, dans quelques espè- ces de chondroptérygiens, comme la lamproie*, 1. J'ai fait connaître la nature de la corde de la lamproie dans le tome I.*^ des Mémoires du Muséum, p. ia8. 558 LIVRE DEUXIÈME. et en partie dans l'esturgeon , la chimère , le polyodon , le trou de communication est si large , que les corps des vertèbres peuvent être considérés comme des anneaux , et que le cor- don qui les enfde n'a point d'inégalités dans son diamètre et ressemble à une véritable corde, dont il porte aussi depuis long -temps le nom dans la lamproie. C'est ce qui a fait dire que la lamproie n'avait point de vertèbres ; mais il est aisé d'en voir les parties annulaires, et leurs corps même deviennent sensibles, pour peu qu'on y fasse attention. Les vertèbres ont dans les poissons, comme dans les autres animaux^, à leur partie supé- rieure, pour le passage de la moelle épinière, une partie annulaire du sommet de laquelle s'élève le plus souvent une apophyse épineuse {Cj, c^c), et en avant et en arrière de sa base se voient de petites apophyses qui répondent aux apophyses articulaires des autres animaux vertébrés, mais qui, le plus souvent, se bor- nent à se toucher ou à empiéter légèrement l'une sur l'autre, sans s'unir par des articulations à facettes lisses et se prêtant au mouvement. Quelquefois même il y a de ces apophyses ar- 1. On a représenté différentes vertèbres par plusieurs fjices. pi. m, %. X, de 67 à 69. CHAP. III. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 00^ ticiilaires d'un côté de la vertèbre et pas de l'autre, en sorte qu'elles ne trouvent pas à quoi s'articider. La partie annulaire de la première vertèbre est fort souvent séparée de son corps pendant toute la vie du poisson. Les autres, ou n'en sont point séparées, ou s'y soudent de très-bonne lieure. Dans quelques poissons, comme les murènes, une partie des vertèbres antérieures a au-dessous du corps une petite crête ou apopbyse verti- cale. Plusieurs ont aussi les corps d'une partie de leurs vertèbres soudés ensemble ; on en voit des exemples dans les cyprins , les silures et les fistulaires, et de plus marqués encore dans un grand nombre de cbondroptérygiens. Les vertèbres placées au-dessus de la cavité abdominale (n.°' G7, 67) ont des apopbyses transverses {a^ a) plus ou moins marquées, qui demeurent quelquefois , dans les cyprins par exemple, long -temps distinguées par des sutures et faciles à séparer du corps de la vertèbre. Dans certains poissons, entre autres dans le merlus, ces apopbyses transverses sont très-grandes , et donnent attache à la vessie na- tatoire. Tantôt les côtes se suspendent a ces apopbyses, tantôt elles s'attachent derrière elles au corps même de la a ertèbre. Il y a ]\ cet égard beaucoup de variétés. 560 LIVRE DEUXIÈME. Dans les vertèbres de l'arrière de rabdomen (n."^' 68, 68), les apopbyses transverses s'alongent d'ordinaire et se dirigent vers le bas; souvent les dernières finissent par s'unir l'une à l'autre par une traverse, et forment ainsi un anneau : il y a de ces anneaux inférieurs tout du long du dessous des vertèbres de la queue (n. ' 69, 69), où ils forment un canal qui loge les troncs des vais- seaux comme le canal supérieur loge le cordon médullaire, ce qui n'empêche pas que, dans plusieurs poissons, il n'y ait encore d'autres apopliyses transverses aux côtés de la queue. Il nait de ces anneaux inférieurs de la queue des apopbyses épineuses {h,b)\ mais qui sont dirigées vers le bas , comme celles de la partie annulaire supérieure le sont vers le haut, en sorte que la vertèbre semble à peu près pareille dans les deux directions. Les anneaux inférieurs ont souvent, comme les supérieurs , des espèces d'apophyses articu- laires qui, même, sont quelquefois grandes et branchues , et forment ainsi , autour du canal vasculaire, une espèce de réseau. On observe surtout cette particularité dans certaines espèces du genre des thons. Les vertèbres qui approchent du bout de la queue raccourcissent graduellement leurs apo- physes ; leur canal se rétrécit ou s'obstrue : les CHAP. III. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 361 dernières unissent lenrs apophyses ensemble et avec les derniers osselets interépineux, et for- ment ainsi, avec l'extrémité de la dernière de toutes , une placpie triangulaire et verticale ( n.° 70 ) , au bord postérieur de laquelle s'arti- culent les rayons de la nageoire caudale (n.° 71). Toutefois les poissons à queue alongée et pointue n'ont pas toujours cette disposition ; elle manque nommément dans l'anguille : dans d'autres pois- sons, tels que le brochet, elle laisse encore bien voir sa composition. Le nombre des vertèbres, leur longueur, leur largeur et leur hauteur relatives, les sillons ou les fossettes dont leur corps est marqué, la hauteur et la direction de leurs apophyses , varient à l'infini , et souvent même elles offrent d'une partie à l'autre de l'épine des différences très - remarquables ; mais on ne peut entrer dans ce détail que lorsqu'il s'agira de décrire les espèces : c'est alors surtout que nous ferons connaître les structures très -singulières de la partie antérieure de l'épine dans les ophidies, les loches, les cyprins, les silures, les nœuds de certains chétodons, etc. On doit dire seu- lement ici que le nombre des vertèbres n'est pas toujours proportionné à la longueur du poisson. 362 LIVRE DEUXIÈME. Des Cotes. ^ Les côtes (n."^ 72, 72) n'ont généralement qu'une tête; elles n'adhèrent chacune qu'à une seule vertèbre , comme dans les lézards , et man- quent de la partie sternale, si ce n'est que l'on veuille nommer ainsi , dans les poissons qui ont une espèce de sternum, les pièces écailleuses qui le forment ou des arêtes qui vont s'y joindre." Souvent les côtes ou plusieurs d'entre elles por- tent en appendice un ou deux stylett. (n.^^73, 75) adhérens à quelque point de leur longueur, qui se dirigent en dehors et pénètrent dans les chairs. 11 y a quelquefois aussi de ces stylets qui parte ;it du corps de la vertèbre au-dessus de la côte pour }éné}:rer dans les chairs. C'est ainsi que les arêtes des poissons se multiplient; on en voit un exemple notable dans la famille des harengs, dont presque toute la chair est traver- sée d'arêtes fines comme des cheveux. Les côtes elles-mêmes varient beaucoup; tantôt grêles et rondes , mais plus ou moins robustes , tantôt comprimées ou en forme de faux, tantôt très- courtes, etc. 1. On voit une côle séparée, pi. ïll, fîg. X, 72 et 70. 2. Il faut se rappeler que MM. Aulenrietli et GeofFroj ont cru retrouver les côtes sternales dans les rajons de la membrane bran- chiostège ; mais ce n'est qu'une hjpothèse sujette à contestation. CHAP. III. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 365 Dans certains poissons, tels que les cyprins , les liarengs , les côtes adhèrent à la vertèbre par le moyen d'un petit os intermédiaire qui s'insère dans une cavité latérale du corps de la vertèbre, et qui en est une apophyse transverse, mais sus- ceptible d'être détachée du corps. Comme les côtes n'ont point à agir dans la respiration des poissons, leur mobilité, en gé- néral , n'est pas grande ; il y a des espèces oii elles enceignent tout l'abdomen , et se fixent vers le bas de manière à être presque immo- biles. Quelques poissons n'en ont que de petits rudimens , d'autres en manquent même tout- à-fait; mais ceux-ci ne sont pas en si grand nombre qu'on l'a cru. Des Nageoires verticales. Soutenues par des rayons comme celles des quatre membres , les nageoires verticales des poissons ne peuvent cependant être comparées, parmi les autres vertébrés, qu'aux crêtes qui relèvent le dos de certains lézards ; encore ces crêtes ne sont- elles que des lambeaux écailleux et cutanés , tandis que les rayons des nageoires appartiennent vraiment au squelette. Chaque rayon est composé d'une partie in- terne, noinuiée os interépineux (n.''74, 74) ^ 1. M. Meckel les nomme apophyses épineuses accessoires. On a 564 LIVRE DEUXIÈME. qui pénètre dans les chairs «ntre les grands muscles latéraux, et sert en quelque sorte de racine', et d'une partie extérieure (n.°^ 75, 75), qui est le rayon proprement dit. Il y a assez souvent des os interépineux (n.° 76) qui ne portent pas de rayons, et l'on en voit aussi quelquefois qui en portent plus d'un, La forme de ces os est à peu près celle d'un poi- gnard à quatre tranchans , dont la pointe s'en- fonce entre les muscles, et dont le manche ou la tête est à fleur de peau pour porter le rayon extérieur. La partie qui porte le rayon , a une suture transverse qui en détache une sorte d'épi- physe («^ «), laquelle, dans plusieurs espèces, produit une petite pointe qui donne encore dans l'articulation du rayon suivant. Les interépineux sont ordinairement placés de manière que leurs pointes pénètrent entre les apophyses épineuses des vertèbres, et cha- cune de ces pointes s'attache par une membrane ligamenteuse devant l'extrémité d'une de ces apophyses ; mais il y a des poissons , comme les pleuronectes et, pour la nageoire anale, les représenté ces os par leurs difFérentes faces, et avec les rayons qu'ils portent, pi. III, fig. X, de 74 à 79. 1. Je ne sais pourquoi l'on a dit que les interépineux manquent au bichir : il en a, comme les autres poissons osseux, autant que de rajons ou de fausses nageoires. CHAP. III. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 565 silures, etc., oii l'on voit deux osselets pour une apophyse vertébrale, et d'autres où ces rapports ne sont pas même réguliers. On doit remarquer aussi que, dans plusieurs genres , tels que les anguilles , les opliicépliales et les gymnotes, les interépineux inférieurs sont séparés des vertèbres par la cavité de l'ab- domen, qui se prolonge au-dessus de la nageoire anale ; que , dans d'autres , les pleuronectes , il y en a jusque sur la tête. Ces circonstances, jointes à ce que , dans les parties du dos ou de la queue qui ne portent point de nageoires ver- ticales, il n'y a communément aucuns osselets interépineux , quoiqu'il y ait des vertèbres , em- pêchent que l'on ne puisse considérer ces os comme faisant partie des vertèbres, ou comme en étant démembrés.* 1. M. Geoffroj (Mémoires du Muséum, t. IX, p. 97) a imaginé d'établir que l'apophjse épineuse supérieure des mammifères, qu'il nomme épiai, et qu'il suppose divisée latéralement en deux parties , produit dans les poissons l'osselet interépineux et le rajon , parce que ses deux parties montent l'une sur l'autre : il fait un raisonnement semblable pour les rayons inférieurs, qu'il dérive de la proéminence épineuse, de l'osselet en chevron du dessous de la queue des mammifères, osselet qu'il nomme cataal. Mais, indépendamment des autres singularités de cette façon de voir, la plie, qu'il a prise pour exemple, était précisément le poisson qui aurait dû le désabuser ; car elle a pour chaque vertèbre deux osselets interépineux et deux rajons, et même la première vertèbre de la queue, à l'aide de l'os postabdoniinal 366 LIVRE DEUXIÈME. Les rayons des nageoires verticales (n.°^ 75, 75) s'articulent j)ar un ginglyme lâche chacun sur son osselet interépineux. A cet effet, leur base se sépare généralement en deux petites branches, terminées chacune par un tubercule articulaire, qui entre dans l'enfoncement latéral de la tête de l'osselet interépineux : entre ces deux tubercules est un petit osselet globuleux, sur lequel le rayon se meut en deux sens ; mais c'est dans le plan vertical qne leur mouvement est le plus pro- noncé : ils peuvent se redresser ou se coucher en arrière, élever ainsi la nageoire ou en réduire beaucoup la hauteur. Quelquefois ces deux bran- ches se rejoignent en dessous, et forment ainsi un anneau transverse qui s'enlace avec un an- neau longitudinal de l'interépineux, comme on le voit au n.'^ 76 et au n.° H , Une partie de ces rayons verticaux sont des os pointus , et on les nomme aiguillons ou rajons épineux : les autres ont seulement la base osseuse et solide ; mais le reste de leur longueur est formé d'une multitude de petites attaché au-devant de son apophjse inférieure, porte huit osselets et onze ra_yons de la nageoire de l'anus : on peut le voir dans Duhamel, part. II, scct. 9 , pi. i 2. Un autre argument non moins foi't contre ce système, c'est que tout rayon épineux ou articulé est lui-même divisible en deux moitiés, une de chaque côté; tandis que tout interépineux l'est lui-même en deux pièces, une supérieure et une inférieure. CH-'IP, III. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 567 articulations , et le plus souvent ramifié en un certain nombre de branches, qui elles-mêmes se subdivisent en rameaux : on les nomme rajons articulés, rajons mous, ou rajons hranchus. Très - souvent , et peut-être toujours, ces rayons , même ceux que nous venons d'appeler simples, se partagent longitudinalement par une suture en deux moitiés , une à droite et l'autre à gauche. Les rayons de la nageoire de la queue (n." 7\ ) sont toujours mous et articulés; mais à sa ra- cine en dessus et en dessous elle en a de petits (n.''' 78, 78), qui diminuent insensiblement en avant, et où il ne reste que la partie solide de la base. On peut remarquer ici que la nageoire de la queue a presque généralement un rayon de moins à sa moitié inférieure qu'à la supérieure ; cependant cette règle souffre des exceptions. Dans un grand nombre de poissons la ver- tèbre à laquelle se termine l'abdomen et oîi commence la queue, et même celle qui la suit (n."' C5, 83), ont de grandes apophyses épi- neuses inférieures, auxquelles vient se joindre un os plus ou moins volumineux (n." 79), qui descend jusque derrière l'anus, et limite ainsi en arrière la cavité abdominale. Dans la perche cet os est encore un interépi- 568 LIVRE DEUXIÈME* neux simple, comme le montrent nos figures (n.''79); mais clans d'autres espèces il paraît résulter d'un très-grand développement du pre- mier interépineux de la nageoire anale, ou de la soudure de quelques-uns des premiers de ces os : il n'en est pas moins vrai qu'il remplit une partie des fonctions du bassin. Les premiers interépineux, tant supérieurs qu'inférieurs, sont dans certains chétodons ren- flés en grosses massues. Nous n'avons pas besoin de rappeler ici toutes les variétés de nombre , de position , de lon- gueur, de grosseur, dont les rayons sont suscep- tibles : on voit ces circonstances dès l'extéi^ieur, et elles servent même à caractériser les espèces. Nous ferons seulement remarquer certains rayons qui se portent jusque sur la tête , au moyen d'un interépineux coucbé sur le crâne, et qui dans cette position représentent des espèces de panaches : on en voit de tels dans la baudroie, dans certains blennies , etc. Nous rappellerons aussi que dans quelques genres, principalement de la famille des scombres, les rayons épineux de la partie antérieure de la dorsale, et plus souvent encore une partie des rayons mous de la dorsale et de l'anale, ne se joignent point aux autres par des membranes complètes, et forment alors ce qu'on nomme pour les pre- CHAP. III. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 369 miers des épines libres y pour les autres des fausses nageoires. Le sternum n'existe pas, à beaucoup près, dans tous les poissons. Il consiste en une série d'os impairs, diversement configurés selon les genres , auxquels les côtes viennent se fixer. On le voit principalement dans les dupées , les vomers> Des Os de T Epaule et du Bras, ^ Dans les poissons osseux , immédiatement derrière l'orifice des ouïes se trouve de chaque côté une suite d'os qui limite cet orifice en ar- rière, et y forme une espèce de chambranle, sur lequel vient battre l'opercule quand il se ferme. Ces deux suites, tenant d'ordinaire chacune dans le haut à la tête, et s'unissant ensemble dans le bas, forment une ceinture osseuse qui entoure toute cette partie du corps. Leur sym- 1. Indépendamment de ce qui est dit sur ce sujet dans les ou- vrages généraux , il j a un Mémoire spécial sur l'épaule des pois- sons, par M. GeofFroj Saint-Hilaire , Annales du Muséum, t. IX, p. 357, qui est l'origine des recherches de ce savant naturaliste sur l'ostéologie de cette classe. Il en a reproduit la plus grande partie dans sa Philosophie anatomique, t, I, p. 407 et suivantes. Nous avons fait représenter les os de l'épaule dans leur con- nexion avec le crâne, et par leur face externe, pi. ÏII, fig. Ij détachés du crâne, mais encore réunis et vus à leur face interne» ib.y fig. IV; et séparés les uns des autres, ib. , fig. III. 1. 24 370 LIVRE DEUXIÈME. physe inférieure s'unit par des ligamens à la queue de l'os hyoïde (n." 42), et forme avec elle cette espèce d'isthme qui sépare les orifices extérieurs des ouïes l'un de l'autre dans le has, comme le crâne les sépare dans le haut. Un petit nomhre de poissons osseux seule- ment, tels que les anguilles, ont cette ceinture libre d'adhérence à sa partie supérieure , et ré- duite à un petit nombre d'os. Elle se compose, lorsqu'elle est complète, de trois os de chaque côté, qui représentent l'é- paule et le bras, auxquels il adhère en arrière un groupe de deux ou de trois autres, qui tiennent lieu d'avant-bras et qui portent la na- geoire pectorale, laquelle représente la main; enfin, il s'y suspend presque toujours un stylet composé d'un ou de deux os, oii je crois voir l'analogue de l'os coracoïdien. Le plus élevé des trois premiers os (n.° 46) est ordinairement fourchu, et s'attache par ses deux apophyses aux deux crêtes latérales du crâne (l'intermédiaire, formée par l'occipital externe , n.° 9 , et l'externe , formée par le mas- toïdien , n.° i 2 ). Souvent une troisième a|)o- physe pénètre plus intérieurement dans l'in- tervalle de ces deux crêtes. Cet os se montre à l'extérieur, an haut de l'ouverture des ouïes, comme une écaille plus grande que les autres. CHAP. m. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 571 et quelquefois son bord est dentelé : il manque dajîs quelques genres, tels que les anguilles, les baudroies ; dans d'autres , comme les dactylop- tères et certains sibues, il s'unit au crâne par une suture immobile. Le deuxième de ces os (n.'^ 47) continue le bord de l'ouverture des ouïes : il manque dans les silures ou s'y soude en une seule pièce avec le précédent. Le troisième (n.°48), qui est toujours de beaucoup le plus grand, complète la ceinture, en venant, comme nous l'avons dit, s'unir à son semblable sous la gorge. Il donne souvent à l'extérieur, au-dessus de la base de la nageoire pectorale , une épine ou un angle dentelé , et il a généralement deux lames , une externe et une interne, entre lesquelles est un sillon, où abou- tit le faisceau inférieur du grand muscle latéral du corps , et qui est en outre occupé par les muscles de la nageoire pectorale. Dans les anguilles ce troisième os prend une forme de simple cylindre comprimé et arqué. Il subsiste encore dans quelques poissons qui n'ont plus de pectorales , tels c|ue les synbran- ches, oii il est même assez fort, et qui ont aussi un vestige du deuxième; mais dans la murène {murœna helena , L.) ce troisième os n'est plus qu'un long filet cartilagineux, que l'on 572 LIVRE DEUXIÈME. découvre avec assez de peine dans les chairs. Presque toujours son union avec celui de l'autre côté se fait par des cartilages ou des liganiens ; mais quelquefois aussi , comme dans les silures, les platycépliales , etc., elle a lieu par une large suture dentée. C'est a la lame interne de ce troisième os qu'adhèrent un quatrième (n.° 51 ) et un cin- quième (n.° 52) , placés l'un au-dessus de l'au- tre, percés chacun d'un trou, ou échancrés du côté par lequel ils tiennent à l'os précédent. Cette échancrure donne même le plus souvent à l'inférieur des deux la forme d'une équerre. Leur côté libre porte la nageoire pectorale , mais par le moyen d'une rangée intermédiaire de quatre ou cinq osselets ( n." 55 ) , placés entre ces deux os et les rayons de la nageoire (le premier rayon excepté, qui tient immédia- tement à l'os supérieur, n." 52). Ces osselets rappellent tout-à-fait l'idée des os du carpe. Si cette comparaison est j uste , les deux pièces (n.°^ 51 et 52), auxquelles adhèrent les osselets, représenteront, comme nous l'avons insinué, le cubitus (n.° 51) et le radius (n.°52). Le troisième os de la ceinture, le grand os inférieur qui porte ces deux-là, répondra donc nécessairement à l'humérus, et le premier et le second (n.°' 46 et 47) représenteront l'omoplate. CUAP, III. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 375 En effet, l'omoplate de pliisieiii.s reptiles, sur- tout celle des grenouilles , est manifestement composée de deux pièces osseuses, et même la supérieure y est souvent fourchue , comme elle l'est presque toujours dans les poissons. Nous appellerons donc désormais les deux pièces supérieures de la ceinture sjirscapulaîj^e^ et scapidairé^y la troisième sera notre humerai^, et les deux sur lesquelles porte la nageoire , seront notre cubital et notre radiaL ^ Dans certains genres , notamment dans les saumons , dans les cyprins , ces deux derniers os en ont sur leur suture du côté interne un troisième, qui, par son autre extrémité, va s'ap- puyer contre le bord antérieur de l'humérus, et leur sert ainsi d'arc-boutant. Dans les silures ces trois os se soudent promp- 1. M. Bakker nomme l'os supérieur omoplate; c'est VomolUe de M. GeofFroj. Je l'avais appelé long-temps pédicule de l'épaule. 2. Ce second est l'omoplate de M. Geoffroy, Vacromion de M. Bakker. 3. Gouan nomme cet os clavicule; et en effet il en remplit jusqu'à un certain point les fonctions. M. GeofFroj a aussi adopté à la fin cette dénomination. M. Bakker le regarde comme composé de la clavicule et de l'humérus , et l'appelle cœnosteon. M. Meckel l'appelle simplement claçicule , comme M. GeofFroj. 4. M. Bakker a déjà nommé ces os ainsi : mais M. GeofFroj prend notre cubital pour V humérus , et ne parle point du radial, au moins d'une manière distincte: il prend, dans la baudroie et le poljptère, des os du carpe pour ceux de l'avant-bras. 374 LIVRE DEUXIÈME. tement ensemble, et même avec l'humérus, pro- bablement à cause de l'effort qu'ils ont à faire pour soutenir le gros rayon épineux de la pec- torale. Dans les anguilles , oîi il n'y en a que deux , ils sont comme suspendus sur la jonction du scapulaire et de l'huméral. On n'en voit plus dans les espèces où il n'y a point de pectorale. Il reste une espèce de stylet, composé pres- que toujours de deux pièces (n.°^ 49 et 50), dont la supérieure (n.° 49), plus ou moins aplatie, est suspendue à l'os (n.° 48) que je viens de comparer à l'humérus , et adhère à sa face interne et à son bord postérieur et supé- rieur. ' Ce stylet descend le long du côté du corps derrière la nageoire pectorale, et se prolonge 1. Je crois avoir parlé le premier de ce stylet dans mes Leçons d'anatomie comparée, p. 535. M. Geoffioy, Annales du Muséum, t. IX, p. 564, l'avait comparé à une moitié de la fourchette des oiseaux, quï, ainsi que je l'ai pi'ouvé, est leur vraie clavicule j et cette opinion a été adoptée par la plupart des anatomistes : cependant il est clair qu'elle est incompatible avec la position de cette pièce en arrière; aussi M. Geoffroy s'est- il réformé lui- même, et la nomme-t-il, dans sa Philosophie anatomique. Vos coracoidien ; mais il n'a pas fait observer qu'elle se compose presque toujours de deux pièces. M. Bakker, qui du reste nonune cet os comme nous, n'a pas fait non plus cette remarque. M. Van- der-Hœven, sur les os de l'épaule, se borne à extraire M. Geofifroj, CHAP. TH. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. o7]5 plus OU moins avant dans les chairs. On a cru y voir l'analogne de la clavicule ; mais il se dirige en arrière : c'est plutôt le coracoïdien qu'il représente, lecjuel se perd dans les chairs, faute de trouver, comme dans les oiseaux et les reptiles , un large sternum pour s'y appuyer. Il lui arrive aussi quelcpiefois de se joindre à celui de l'autre coté , et même dans les sidjans ' et les seserins il est très-fort et se porte jusqu'au commencement de la nageoire de l'anus. Une disposition non moins curieuse est celle des batrachus , où la pièce supérieure dépasse l'humérus en dessus, et va se fixer dans le haut à l'apophyse épineuse de la première vertèbre. Dans les cy})rins , au contraire , le stylet est réduit à un os grêle d'une seule pièce, et il man- que tout-à-fait dans les anguilles, les anarhiques et les silures. ^ 1. C'est une observation intéressante due à M. Geoffroj. 2. M. Geoffroy a cru retrouver le stjlet dans le premier rajon de la pectorale des silures, celui qui est épineux, et qui s'unit au radius par une articulation si remarquable, que nous décrirons ailleurs; mais il est aisé de prouver, comme nous le ferons en traitant de ce genre , que ce n'est qu'un rajon , et niènie un rajon articulé, qui ne parait épineux que parce que ses articulations se sont soudées ensemble. L'osselet qu'il juge analogue au stjlet dans le silure électrique, n'est que le troisième os de l'avant-bras dont nous avons parié page SyS. 376 LIVRE DEUXIÈME. Des Os du Carpe» Au bord externe de ces quatrième et cin- quième os que j'appelle radial et cubital (n.°' 51 et 52), adhèrent les petits os plats que l'on a comparés au carpe (n.° (34) : ils ne forment d'ordinaire qu'une rangée , et n'y sont qu'au nombre de quatre ou cinq^ ; mais quel- quefois ils se rétrécissent tellement dans leur milieu , qu'ils semblent former deux rangées. Leur fonction est de porter les rayons de la pectorale (n.° 65), quelque nombreux qu'ils soient, excepté cependant le premier (n.° 66), qui s'articule immédiatement sur l'os supérieur du bras, c'est-à-dire sur le radial (n." 52). Ce sont les os du carpe, et non pas ceux du bras ou de l'avant-bras , qui s'alongent et for- ment à l'extérieur des espèces de bras : dans les baudroies , où il n'y en a que deux ; dans les batrachus, où il y en a cinq; dans les polyp- tères, où il n'y en a que trois ^ Alors le cubitus et le radius sont d'ordinaire fort réduits. 1, M.Van-der-Hœven, p. 67, d'après M. GeofFroj, Annales du Mus., t. IX, p. 365 — 368, dit que les os du carpe manquent dans certains poissons, ou j sont confondus avec ceux des rayons. Je ne trouve pas que cela arrive dans aucun poisson osseux. 2. M. Geoffroj ( loc. cit. ) a cru que les deux os longs qui por- tent la pectorale de la baudroie, sont les os qu'il nomme radius et cubitus dans les aulres poissons 3 mais il n'en est point ainsi: CHAP. III. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. Vîl Des Os de r extrémité postérieure. L'os innominë, la cuisse, la jambe et le tarse, de cliaque côté, ne sont représentés que par un seul os {lu 80), en général de forme triangu- laire, mais plus ou moins compliqué d'apo- physes et de lames saillantes \ La pointe du triangle est en avant; et dans les poissons ju- gulaires et tlioraciques de Linnaeus, c'est-à-dire dans mes subbrachiens , cette pointe , ou les apophyses qui la remplacent , s'attachent à la symphyse des os que nous avons nommés hu- mérus. Dans les vrais abdominaux, elle demeure libre dans les chairs. Le côté postérieur, ordinairement le plus étroit , donne attache aux rayons de la nageoire ventrale , au côté interne desquels il donne soû- les deux os que nous regardons comme os de l'avant-bras, existent à leur place dans ce genre comme dans les autres; et les deux grands os qui forment le pédicule de la nageoire, sont de ceux que nous rapportons au carpe. M, Bakker adopte l'idée de M. GeoflTroj; il a bien aperçu la difficulté, mais sans la résoudre. M. Meckel déter- mine ces os absolument comme nous. Dans le bichirou poljptère, il j en a trois qui s'alongent pour porter la pectorale; et les pièces de la base des rajons y forment un second rang à cette espèce de carpe. M. Geoffroy a pris les deux extrêmes de ces trois os du carpe pour le radius et le cubitus. Les mêmes os s'alongent aussi dans les platjcépbales, les périophtalmes, et d'autres genres, où il est impossible de ne pas voir les os du bras au-devant d'eux. 1. M. Bakker nomme cet os coxa. Il est représenté, pi. III, fîg.VIII, par la face supérieure, et %. IX, par l'inférieure. 378 LIVRE DEUXIÈME. vent encore quelque apopliyse en arrière {b^ h). Presque toujours le cote interne s'unit à celui de l'os correspondant par une suture {a, a), 11 ar- rive quelquefois que ces deux os demeurent sépa- rés l'un de l'autre, soit en avant, comme dans les baudroies, soit en arrière, comme dans les batrachus. Chacun sait que nombre de poissons, les anguilles, les gymnotes, les xipliias , etc., sont entièrement privés de nageoires ventrales ; que d'autres, comme les lepidopus, n'en ont que des vestiges incomplets. Dans le premier cas, il n'y a point du tout d'os du bassin. Des Rajons des extrémités. Les rayons des extrémités, sans être aussi symétriques que ceux des nageoires verticales, se divisent de même longitudinalement chacun en deux moitiés. Excepté le rayon externe de la ventrale dans les acanthoptérygiens , ils sont presque toujours tous articulés; mais leur base est plus compacte que le reste de leur longueur, et les articulations ne s'y voient point ou pres- que point. Cette base s'élargit de manière à prendre une attache solide à l'os radial, à ceux du carpe et à ceux du bassin. Le premier rayon de la pectorale est rarement branchu , et même ses articles se soudent quelquefois de manière à simuler un rayon épineux; c'est ce qui arrive en- CHAP. III. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 379 tre autres dans les silures. La même chose arrive aussi quelquefois à l'un des jDremiers rayons de la dorsale, dans les cyprins, les silures, etc. ; en sorte que ce ne sont pas vraiment des rayons épineux, malgré cette apparence, et que ces poissons appartiennent à tous égards aux mala- coptérygiens. Les premiers articles des rayons pectoraux ou ventraux s'alongent quelquefois^ comme dans le bichir, de manière à représenter une deuxième rangée d'os du carpe et une rangée d'os du tarse. 11 n'est pas nécessaire que nous nous occu- pions ici des variétés de nombre et de propor- tion de ces rayons , qui sont assez connues par les simples descriptions extérieures. Yoilà l'exposé des élémens dont se compose le squelette des poissons ordinaires ou osseux, et sous cette dénomination nous comprenons même, conmie nous l'avons déjà dit, beaucoup de poissons appelés cartilagineux par nos pré- décesseurs, parce que leurs os sont moins com- plètement ossifiés, tels que les baudroies, les tétrodons , les balistes , etc. Si l'on excepte les vertèbres et les rayons des nageoires , il y a peu de variété dans le nombre et les connexions de ces élémens, et c'est seulement des différences de leurs formes et de leurs proportions que ré- 380 LIVRE DEUXIÈME. sultent ces innombrables différences de la forme générale des poissons. Ce* corps alongés comme des vers; ces antres, globnlenx ou prismatiques, ou aplatis horizontalement, ou tellement com- primés par les côtés, qu'ils ont l'air de disques ou de lames tranchantes; ces têtes monstrueuse- ment grosses, anguleuses, hérissées; celles dont la petitesse relative est si singulière; les museaux courts et larges j ceux qui se prolongent en pointe ou en épée, n'ont presque jamais ni plus ni moins d'os les uns que les autres dans leur composi- tion. Mais les poissons chondroptérygiens , les seuls que je place dans une grande division relative- ment à l'ensemble de leur organisation , diffèrent beaucoup des autres pour le squelette, et il est nécessaire d'en parler séparément. Nous ne le ferons ici qu'en abrégé , nous réservant de trai- ter en détail de leur anatomie, quand nous se- rons arrivés à leur histoire. Idée sommaire du Squelette des vivais Poissons cartilagineux y dits chondroptérygiens. Les pièces de ce squelette , dans les sélaciens , c'est-à-dire dans les raies et les chiens de mer, ne prennent point le tissu fibreux qui caractérise les os. Leur intérieur demeure toujours cartilagi- neux 5 et leur surface extérieure se durcit par de CHAP. III. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 581 petits grains calcaires qui s'y accumulent , et qui lui donnent cette apparence pointillée qui les distingue. C'est probablement ce qui fait que le crâne de ces poissons n'est point divisé par des sutures, et ne se compose que d'une seulq enveloppe, modelée d'ailleurs et percée à peu près comme un ciàne de poisson ordinaire, en sorte que l'on y distingue les mêmes régions, les mêmes fosses, les mêmes éminences et les mêmes trous, maïs non des os qui puissent être séparés. Leur face est aussi très -simplifiée. D n'y a que deux os à leur arcade palato-temporale : le premier descend du crâne à l'articulation des mâchoires ; l'autre tient lieu de mâchoire supé- rieure , et porte les dents ; le maxillaire et l'in- termaxillaire étant réduits à de petits vestiges cachés dans l'épaisseur de la lèvre. La mâchoire inférieure n'a également qu'un os de chaque côté (l'articulaire), lequel porte les dents, et il ne reste des autres qu'un seul vestige, aussi caclié sous la peau de la lèvre. L'appareil operculaire manque; mais l'appa- reil hyoïdien et branchial a de grands rapports avec celui des poissons osseux ; et il y a en outre dans les chiens de mer, vis-à-vis de l'attache extérieure de chaque branchie, un os grêle sus- pendu sous les tégumens, qui est un vrai vestige 582 LIVRE DEUXIÈME. de côte, mais bien différent des rayons bran- cbiostèges , que l'on a voulu considérer dans les poissons osseux comme des côtes sternales. L'ao- pareil branchial est placé plus en arrière que dans les poissons osseux, et sons le commence- ment de l'épine, ce qui recide d'autant la cein- ture de l'épaule. Celle-ci, qui dans les raies seulement s'at- tache à de larges apophyses de l'épine, mais qui est libre d'adhérence dans les squales, est dans les deux genres d'une seule pièce, qui en- toure le corps , et qui porte de chaque côté une rangée plus ou moins nombreuse d'autres pièces, servant de base à la nageoire pectorale, et aux bords desquelles adhèrent les rayons. Le bassin est de même d'une seule pièce trans- verse qui-ne s'articule pas à l'épine, et porte de chaque côté une lame ou une tige à laquelle adhèrent les rayons de la ventrale. C'est cette tige qui se prolonge en forme de massue dans les mâles , et y prend une structure très-com- pliquée, sur laquelle nous reviendrons. 11 y a des parties de l'épine oii plusieurs ver- tèbres sont soudées ensemble, ou du moins l'es- pace oîi elles devraient être n'est occupé que par un tube d'une seule pièce, percé de chaque côlé de plusieurs trbus pour autant de paires de nerfs. Tel est le commencement de celle des raies. Oa CHAP. III. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 385 peut aussi remarquer dans les raies et les squales qu'il y a deux fois plus d'anneaux supérieurs que de vertèbres. Outre les parties annulaires ordi* naires, il y en a qui répondent aux jointures des vertèbres ensemble. Les côtes spinales, quand il y en a, sont gé- néralement fort petites. Celles des raies surtout le sont beaucoup plus que celles des squales. Les esturgeons les ont assez grandes. Sur ce point, comme en ce qui touche la structure de ses branchies, l'esturgeon est inter- médiaire entre les genres dont je viens de parler et les poissons ordinaires. Plusieurs des os de sa tète, et tous ceux de son épaule, sont com- plètement durcis et comme pierreux à leur sur- face, mais non libreux^; et, d'un autre côté, la corde qui traverse les axes des corps de ses ver- tèbres, n'ayant point de rétrécissemens , le rap- proche de la lamproie. Dans ce dernier genre, toutes les parties du squelette sont plus simples encore que dans les sélaciens. Son épine surtout est beaucoup plus molle, et elle n'a point d'arcs branchiaux : ses branches n'adhèrent à l'intérieur qu'à un canal membraneux ; à l'extérieur , au contraire , un 1. Vojez la Lettre de M. de Bser sur le squelette intérieur et extérieur î Jlrc^iVw de Meckd, 1826, n." 3, p. Sa;. 384- LIVRE DEUXIÈME. appareil formé par ces espèces de côtes, dont les premiers vestiges s'étaient montrés dans les squales, et qui ici sont rameuses et s'attachent les unes aux autres, entoure ses branchies comme d'une espèce de cage. Les ammocètes n'ont pas même de squelette cartilagineux. Toutes les parties de leur char- pente demeurent toujours à l'état membraneux, et, sous ce rapport , ils ressembleraient à des vers plutôt qu'à des animaux vertébrés. La chimère a aussi la corde de son épine plus forte et plus marquée que le corps des vertèbres. Sur le devant, un certain nomljre de parties annulaires sont remplacées par une crête d'une seule pièce. On voit aussi inie corde très-forte dans le polyodon. Toutes ces variations dans le squelette des poissons chondroptérygiens seront exposées plus clairement, lorsqu'étant arrivé à leurs articles particuliers , nous pourrons entrer dans les dé- tails nécessaires. ' 1. On trouvera des faits intéressaiis sur cette matière dans le mémoire de M. Schultze , sur les premières traces du système osseux , et le développement de la colonne épinière dans les animaux , inséré dans les Archives allemandes de la Physiologie , de M. Meckel , i8i8, t.IV, p. 529. CHAP. IV. MYOLOGIE DES POISSONS. 385 CHAPITRE lY. MYOLOGIE DES POISSONS. Des niouvemens dont le Squelette des Poissons est susceptible. L'ëpine , composée d'un nombre plus ou moins grand de vertèbres , auxquelles les cartilages qui les unissent permettent quelque mouvement des unes sur les autres, se courbe avec facilité à droite et à gauche , sur une seule ou sur plusieurs courbures alternativement convexes et concaves, selon qu'elle est plus ou moins longue. Elle se ploierait de même dans le sens vertical , sans les apophyses épineuses supérieures et inférieures , qui empêchent d'autant plus les mouvemens, qu'elles sont plus hautes et plus rapprochées. Au total , c'est donc en frappant latéralement l'eau par les flexions alternatives de son tronc et de sa queue , que le poisson exerce son princi- pal mouvement en avant. La surface qui choque ainsi l'eau , augmente ou diminue de hauteur selon que les nageoires du dos, de l'anus et de la queue ont leurs rayons plus écartés et plus re- dressés, ce qui se fait au moyen de la mobilité de ces rayons sur les osselets interépineux aux- 1. 25 386 LIVRE DEUXIÈME. quels ils sont articules; mobilité qui, d'après la forme des articulations, a lieu en ayant, en ar- rière , ou sur les côtés , au gré du poisson , et qui produit des effets semblables à ceux des mou- vemens d'un gouvernail. Quant aux nageoires paires, les pectorales ont d'abord le mouvement de la ceinture de l'épaule, qui peut se faire d'avant en arrière, ou d'arrière en avant, dans une étendue qui dépend de la liberté de Farticulation de l'omo- plate, et de l'existence ou de la non-existence du sternum, mais qui est en général fort bor- née. Les os du bras sont rarement doués d'une mobilité particulière. Le carpe lui-même ne se meut séparément que dans les espèces oîi il est alongé. Mais les rayons ont tous la faculté de s'écarter ou de se rapprocher les uns les autres, et la nageoire qui en est composée, celle de se porter en avant ou de se coller contre le corps, de s'élever, de s'abaisser, ou d'incliner diverse- ment son plan à l'horizon. Elle agit sur l'en- semble du poisson à peu près comme ferait inie aile placée en cet endroit, et sa force dépend de sa surface et de la vigueur de ses muscles. On sait qu'il y a dans les pirabèbes et les exo- cets des pectorales assez grandes pour élever le poisson hors de l'eau et lui faire décrire dans l'air une courbe assez étendue. CHAP. IV. MYOLOGIE DES POISSONS. 587 Les ventrales ont le mouvement des os du bassin, qui se portent en avant, ou en arrière, ou de côté, et, lorsqu'ils ne sont pas soudés l'un à l'autre , s'écartent ou se rapprochent. Elles ont encore un écartement ou un rapprochement de leurs rayons , un mouvement d'ensemble vers la verticale, ou vers l'horizon, en se rapprochant du ventre , ou vers le côté : elles agissent par-la comme feraient des rames. Enfin, la tête, qui est un peu mobile sur l'é- pine, a beaucoup de mobilité dans ses mâchoires, ses arcades palato -temporales, son os hyoïde, ses arcs branchiaux, ses os pharyngiens et ses opercules. L'écartement ou le rapprochement de ces parties , très-utiles pour la déglutition et pour la respiration, contribuent aussi au mouvement du poisson en avant, par la pression qu'en éprouve l'eau qui est entrée dans la bouclie , et qui est forcée de sortir en arrière par les ouver- tures des ouïes. A ces divers mouvemens il faut ajouter ce- lui que le corps du poisson reçoit dans le sens vertical, du plus ou moins de compression que les côtes impriment à la vessie natatoire. Cette vessie, placée sous l'épine du dos et remplie d'air, suivant qu'elle est ou comprimée ou dila- tée , donne au corps du poisson une pesanteur spécifique , égale , supérieure ou inférieure à 588 LIVRE DEUXIÈME. celle de l'eau, et le fait ainsi rester en équilibre, ou descendre, ou monter. 11 s'agit dans ce chapitre de faire connaître les muscles qui impriment aux organes osseux les divers mouvemens que nous venons d'indi- quer. ' Nous décrirons d'abord les grands muscles qui agissent sur le tronc tout entier ; ceux des nageoires verticales viendront ensuite ; puis nous traiterons de ceux des nageoires paires , et nous terminerons cet examen par les muscles assez compliqués qui meuvent les unes sur les autres les diverses parties de la tête et de ses ap- pareils. Les muscles des poissons, comme ceux des autres vertébrés, se composent de fibres cliar- 1. La mjologie des poissons a été encore infiniment plus né- gligée que leur ostéologie. On trouve une description ébauchée des muscles les plus extérieurs dans Gouan (Hist. des Poiss., p. 6g etsuiv.), d'après un acantlioptérygien, peut-être un spare. Vicq- d'Azjra donné quelques traits incomplets de la mjologie des chon- droptérjgiens et de l'anguille. (Deuxième Mémoire sur les poissons, Acad. des se, Sav. étr., t. VII.) Nous j avons beaucoup ajouté, M. Duméril et moi, dans mes Leçons d'anatomie comparée, t. \." passim, pour le corps et les membres ; t. III, p. 90, pour les mâchoires, et t. IV, p. 353, pour les branchies et leurs opercules; mais nos descriptions n'ont pas encore toute la clarté et la géné- ralité désirables. Celles que je donne ici sont nouvelles , et fondées sur des obsenalions plus nombreuses ; mais j'ai pris , comme dans le reste de ce traité anatomique, la perche pour tvpe princi- pal: les exceptions les plus notables seront marquées eu leur lieu. CHAP. ;V. MYOLOGIE DES POISSONS. 389 nues de couleur plus ou moins rouge, et de fibres tendineuses de couleur blanche ou argen- tée, dans des positions respectives semblables. Mais on peut dire qu'excepté certains muscles particuliers, quelquefois d'un rouge foncé, la chair des poissons est plus pâle que celle des quadrupèdes et surtout que celle des oiseaux. Il y a même des espèces qui l'ont presque entière- ment blanche. Son odeur et sa saveur sont dif- férentes : elle exhale plus d'infection lorsqu'elle se décompose, et une infection d'un caractère particulier , que l'on a comparée à celle du gaz hydrogène phosphore , mais qui , selon M. Che- vreul , tient à un principe spécial. Des grands Muscles latéraux du Tronc. ^ 11 n'y en a essentiellement qu'un de chaque côté (n.° \ ) , allant depuis la tête dans le haut , et les os de l'épaule dans le bas, jusqu'aux cô- tés de la base de la nageoire caudale ; mais ce 1. On a représenté les muscles de la perche sur les planches IV, V et VI de ce volume : la planche IV est la couche latérale externe; la planche V, la couche latérale profonde. On voit, pi. VI, fig. I, les muscles du dessous de la tète et de la poitrine, coviche super- ficielle; fig. II, les muscles du dessous du crâne et de la face in- terne de la membrane branchiostège ; fig. III, les muscles propres des branchies. Le cœur j est aussi en situation. C'est sur ces trois planches qu'il faut chercher les numéros que nous donnons aux muscles dans ce chapitre. o90 LIVr.E DEUXIÈME. muscle unique est fort compliqué, et représente les trois faisceaux du sacro-spinal, faisceaux qui, les poissons n'ayant point de cou , s'étendent depuis la queue jusqu'à la tète, sans offrir les distinctions qui ont lieu dans d'autres animaux entre les portions cervicales et les portions dor- sales et caudales. Celui d'un côté est séparé de l'autre par l'é- pine et ses apophyses, par les muscles profonds des osselets interépineux (n.°^ 3 et 4), et par les côtes qui ceignent la cavité abdominale. Ils s'écartent l'un de l'autre inféricurement (en a), pour faire place au bassin, auquel ils donnent souvent chacun une languette, et pour laisser sortir les nageoires ventrales. Plus en avant (en Z>), chacun d'eux se divise en deux pour laisser passer la nageoire pectorale et les mus- cles qui lui appartiennent. La portion supérieure de cette division anté- rieure s'insère principalement au crâne (en d^ e) et aux os de l'épaule (en f^ g), et même, dans beaucoup d'espèces, à la partie de l'hu- mérus qui est au-dessus de la pectorale (en^). Il s'en arrête aussi une partie à la première côte, et de cette côte il en part quelquefois un lambeau (jk)> qui va jusqu'à l'os mastoïdien, et que l'on pourrait comparer à un scalène. Sa portion in- férieure s'insère à la partie inférieure de l'os CHAP. IV. MYOLOGIE DES POISSONS. 591 humerai (en r), et surtout à sa symphyse. Elle se continue par-dessous jusqu'au corps ou à la pièce impaire de l'os hyoïde (de c en d). C'est cette prolongation qui occupe ce que l'on nomme l'isthme. Cette division inférieure du grand muscle enveloppe l'os en stylet de l'arrière de Fépaule (en «^ Z>), a peu près comme, dans les quadrupèdes carnassiers , le vestige de la clavi- cule est enveloppé entre le grand pectoral et le sterno-cléido-mastoïdien , ou du moins cet os est attaché à sa surface par de la cellulosité serrée. Ces deux grands muscles sont divisés trans- versalement, par des lames aponévrotiques, en autant de couches de fd:>res qu'il y a de vertèhres. Ce sont ces couches qui , détachées par la cuisson ( lorsqu'elle a dissous la gélatine des tendons ) , font paraître la chair des poissons feuilletée. Ces lames aponévrotiques et les feuillets char- nus qu'elles distinguent, sont disposés plus ou moins ohliquement à l'épine, et généralement courhés de manière que leurs parties supérieure {i k, i a) et inférieure (/m^ / m) se dirigent obliquement d'arrière evi avant , la première en montant, la seconde en descendant, et que leur partie moyenne {^kl, k t) fait un angle ou un arc plus ou moins convexe, dont la convexité est dirigée en avant. Le muscle se divise ainsi dans le sens de sa longueur en trois bandes. Lors- 392 LIVRE DEUXIÈME. qu'on entame sa couche superficielle , on trouve que la bande supérieure se sépare aisément de la moyenne; et, en écartant cette bande supé- rieure des os à son bord inférieur, on observe que sa partie profonde et inférieure s'attache aux apophyses épineuses des vertèbres par des filets tendineux qui se portent obliquement en arrière. Si on l'écarté supérieurement des apo- physes épineuses et des os interépineux, on trouve que sa partie supérieure profonde donne aussi des tendons obliques aux apophyses épi- neuses , mais dirigés obliquement en avant. Sa partie plus superlicielle envoie aussi quelquefois, dans les endroits oii il y a des nageoires dorsales, aux interépineux de ces nageoires , surtout à ceux des aiguillons, des lanières également obli- ques et dirigées en avant. C'est cette bande qui nous paraît représenter \ épineux du dos. La bande moyenne nous seml)le représenter le long dojsal et le muscle qui , dans les quadru- pèdes à queue, a été nommé hmiho-sous-caudien latéral. Comme le bassin n'interrompt pas ici la continuité des muscles de la queue avec ceux du dos, il n'y a pas plus de distinction que dans le cou. Supérieurement sa partie profonde donne des languettes obliques et dirigées en arrière aux côtés des apophyses épineuses des vertèbres. Sur le reste de sa hauteur, ses libres les plus pro- CHAP. IV. MYOLOGIE DES POISSONS. 395 fondes vont d'une côte à l'autre , et les rappro- chent comme feraient des intercostaux. La troisième bande me paraît répondre dans la partie qui règne sous la queue au lombosous- caïuUen inférieur des mammifères; mais, dans toute la partie où elle longe l'abdomen , elle fait fonction des muscles abdominaux, surtout dans les espèces oîi les côtes n'embrassent pas toute cette cavité. Son union avec la bande moyenne est beaucoup plus étroite que celle de la bande supérieure. Le long de chaque flanc, au milieu de la hauteur du poisson, et par conséquent sur la bande moyenne du grand muscle latéral , règne un léger sillon, dans lequel est logé un vaisseau muqueux. Il répond aux extrémités des côtes accessoires ; mais il ne pénètre pas profondé- ment , et il n'y a point à cet endroit de sépara- tion entre les muscles, du moins dans la plupart des poissons à corps comprimé. Il n'en est pas toujours de même. Dans l'an- guille, par exemple, c'est à l'endroit de ce sillon qu'est la principale solution de continuité, en sorte que la bande supérieure a ses lames en forme de Y ouvert en avant. Dans la truite il y a trois solutions presque également pronon- cées, les deux ordinaires et une mitoyenne. Dans les poissons à corps déprimé, les bandes 394 LIVRE DEUXIÈME. supérieure et inférieure sont horizontales et pa- rallèles l'une à l'autre ; l'inférieure y prend en- core plus sensiblement le rôle des muscles abdo- minaux. Les grands muscles latéraux se terminent en arrière par une aponévrose, qui s'insère par des languettes tendineuses à la base des rayons de la caudale, qu'elle porte de côté. Sur cette aponévrose s'insèrent même quelques-uns des petits muscles propres de cette nageoire, et elle cache ses muscles profonds. Les bandes supé- rieure et inférieure s'insèrent plus particulière- mentaux rayons extrêmes, et paraissent concou- rir à les écarter des autres et a dilater la caudale. L'usage de ces grands muscles latéraux ne présente d'ailleurs aucune difficulté : chacun d'eux fléchit de son côté tout ou partie du corps du poisson, et ils lui impriment par conséquent ces mouvemens alternatifs de flexion et d'exten- sion qui transportent le poisson en avant ; car c'est par les coups que sa queue et, jusqu'à un certain point, tout son corps, donnent latérale- ment à l'eau , que le poisson se meut dans ce sens. La portion inférieure antérieure, qui se porte à la symphyse des os huméraux , et de là au corps de l'os hyoïde , et représente le sterna- et le cléido -hyoïdien, concourt avec le génio- hyoïdien , dont nous parlerons plus loin , à CUÂP. IV. MYOLOGIE DES POISSONS. 595 abaisser la mâchoire inférieure, et par consé- quent à ouvrir la bouche. La tête n'ayant point de muscles propres dans les poissons osseux, c'est uniquement à ces grands muscles latéraux qu'elle doit les mouvemens, au reste très-obs- curs, qu'elle peut exécuter. 11 n'en est pas de même dans les chondroptérygiens , où elle a des muscles à elle. Des Muscles grêles supérieurs et inférieurs du Tronc. Dans l'intervalle des deux grands muscles latéraux, soit du côté du dos, soit le plus sou- vent aussi du côté du ventre , régnent deux nuiscles grêles , qui d'ordinaire ne sont inter- rompus que par les nageoires dorsale et anale, aux bases antérieures et postérieures desquelles ils s'attachent : ils meuvent ces nageoires ; mais ils servent aussi a courber le tronc , soit vers le haut , soit vers le bas , lorsque la disposition des vertèbres rend ces mouvemens possibles. Dans la perche , oii les dorsales commencent dès la nuque, il n'y a qu'une paire supérieure de ces muscles , et on ne la voit qu'entre la deuxième dorsale et la caudale ( n.° 7 ) ; mais inférieurement il y en a deux paires , une (n.° ()) qui va de la partie postérieure du bas- sin à l'anale , et embrasse l'anus ; l'autre (n." 8) 396 LIVRE DEUXIEME. qui s'étend de l'anale à la caudale , et corres- pond à la portion dorsale (n.^ 7). Dans les poissons qui n'ont qu'une dorsale plus ou moins courte, comme les cyprins, il y en a deux paires sur le dos, et lorsqu'il y a deux dorsales écartées l'une de l'autre, comme dans les truites , il y en a trois paires ; mais si les dorsales , au nombre de deux ou trois , se tou- chent et occupent une grande partie du dos, comme dans les gades, les muscles de ce côté se réduisent à peu de chose. Les mêmes variations ont lieu pour ceux du ventre. Dans les poissons abdominaux, oii les ven- trales sont éloignées des pectorales, il y en a trois paires bien marquées; l'une allant des hu- méraux au bassin ; l'autre , du bassin a l'anale ; la troisième , de l'anale à la caudale : on les voit aussi très-bien dans la truite. Quelquefois, comme dans les cyprins, la première paire a des intersections tendineuses, et se rattache plus ou moins aux muscles latéraux. Dans certaines espèces à corps déprimé, comme la baudroie, les muscles inférieurs ne se distinguent pas de la portion inférieure des muscles latéraux, qui elle-même prend tout-à-fait l'apparence de mus- cles abdominaux. CnAP. IV. MYOLOGIE DES POISSONS. 597 Des Muscles propres de la Nageoire caudale. Il y en a de trois sortes : les uns superficiels , les autres profonds , les troisièmes allant d'un rayon à l'autre. Les superficiels (n.°' 11, 11) adhèrent d'une part à l'aponévrose qui termine le grand muscle latéral du corps, et par laquelle ce muscle s'in- sère à la caudale. Les petits muscles que porte cette aponévrose s'écartent en éventail, pour s'insérer obliquement a un nombre plus ou moins grand de rayons. Ceux qui vont d'un rayon à l'autre (n.°' 12,12) sont placés entre leurs l^ases , et se portent plus en arrière que les précédens. Les profonds (n.°' 9 et 1 0) ne se découvrent qu'après que l'on a enlevé le grand muscle laté- ral. Ils adhèrent à la fin de l'épine , et surtout a la vertèbre comprimée en triangle qui la ter- mine, et qui porte la nageoire caudale : l'un est supérieur, l'autre inférieur. On peut souvent les séparer en deux couches : leur insertion aux bases des rayons se fait par des languettes ca- chées par celles de l'aponévrose terminale du grand muscle latéral. 11 y a quelquefois , notamment dans la perche, un troisième muscle (n.' 15), qui naît du mi- lieu de la hauteur de la vertèbre , entre les deux 398 LIVRE DEUXIEME. prëcéclens, et qui a a en montant à la partie supérieure de la nageoire : il doit, ainsi que les muscles superficiels et ceux d'entre les rayons , concourir à rétrécir la nageoire. Les muscles profonds doiv eut, ainsi que les grands muscles latéraux, la porter de côté. Des Muscles propres des Nageoires dorsales et anales» La description de ces muscles est très-simple, parce qu'ils sont tous disposés uniformément, et chaque rayon en a six, savoir, quatre profonds et deux superficiels. Les superficiels ( n.°' 2 , 2 , 2 ) s'insèrent au rayon, aux côtés de sa base, un à droite et l'autre à gauche : ils sont couchés sur les grands muscles du corps, transversalement à leur di- rection, et adhèrent à la peau. Leur longueur et leur force sont d'autant plus considérables, que le poisson se sert davantage de ses nageoires verticales pour frapper l'eau à droite et à gau- che, et que le mouvement des rayons dans ce sens a plus de liberté. La perche, que nous avons prise pour sujet de nos dessins, les a de longueur médiocre. Les profonds sont cachés en grande partie entre les deux grands muscles du corps : ils adhèrent à l'osselet interépineux, deux en avant CHAP. IV. MYOLOGIE DES POISSONS. 399 (n.° 3) et deux en arrière (n.° 4), séparés les uns des autres par les arêtes de cet osselet , et insérés à la base du rayon, qu'ils peuvent re- dresser ou coucher en arrière, ou même porter de côté lorsque l'antérieur et le postérieur du même côté agissent ensemble; mais ce dernier genre de mouvement est presque toujours peu marqué. Des Muscles de ï Epaule. La ceinture qui constitue l'épaule des pois- sons , et qui se compose des os que nous avons nommés surscapulaire , scapulaire et humerai, n'est pas susceptible de mouvemens très-étendus , et sert plutôt de point fixe pour ceux du tronc, des branchies et de la mâchoire inférieure. Cependant , en supposant que ces autres parties soient elles-mêmes fixes momen- tanément, cette ceinture peut être tirée en ar- rière par les grands muscles latéraux du corps (n.° 1), dont elle reçoit une grande partie. On peut dire aussi que l'épaule éprouve quel- que mouvement en avant de la portion {^d, c) de ce même muscle qui se rend au corps de l'os hyoïde , et qui y trouve un point d'appui lorsque cet os est rapproché de la mâchoire par le génio-hyoïdien, et que la mâchoire elle-même est fermée par les crotaphites. 400 LIVRE DEUXIÈME. Enfin, il y a dans quelqnes espèces un muscle qui , de la partie postérieure , inférieure et laté- rale du crâne, va à la partie supérieure et anté- rieure de l'os humerai, et qui couvre en partie la membrane qui sert de diaphragme entre la cavité des branchies et celle du corps. 11 peut agir sur l'épaule, mais faiblement, et il est plus probable que sa destination est d'agir sur le diaphragme et de comprimer les intestins. Dans la perche il ne s'étend (n.° 1 0) que de l'arrière du mastoïdien au surscapulaire et au scapulaire. Le stylet coracoïdien n'a pas précisément de muscle particulier, mais, comme nous l'avons dit, il est enchâssé dans le grand muscle latéral du corps. Quelquefois seulement il donne atta- che à une couche musculaire mince et oblique, qui recouvre en partie ce grand muscle. Des Muscles de la Nageoire pectorale. Dans le grand nombre des espèces oîi les os du carpe sont petits, ces muscles s'insèrent seu- lement aux rayons. Il y en a deux couches à chaque face , qui se terminent toutes par autant de languettes ten- dineuses qu'il y a de rayons. La direction des deux couches de chaque face se croise un ])eu. La couche antérieure superficielle (n.' H) vient de l'os humerai , et est descendante : la couche CHAP. IV. MYOLOGIE DES POISSONS. 401 profonde (n.'' 1 5) vient de La face externe et du bord inférieur de l'os cubital ; elle est ascen- dante. C'est l'inverse aux coucbes postérieures : la couche la plus voisine des os y descend; l'au- tre y monte. Les deux couches de la face anté- rieure, lorsqu'elles agissent ensemble, portent la nageoire en avant, c'est-à-dire qu'elles lui font faire avec le corps un angle plus ou moins ou- vert; les deux couches postérieures la rappro- chent et la collent contre le corps. Chaque couche, agissant séparément, peut élever ou abaisser la nageoire suivant sa direction. Le plus souvent il se détache de la couche posté- rieure profonde un lambeau (n." 16), qui, portant son tendon sur le bord supérieur, de- vient un releveur spécial de la nageoire. C'est par la combinaison de ces différentes actions que la pectorale s'épanouit ou se contracte. Dans les espèces ou le carpe se prolonge, comme dans la baudroie, ces muscles spéciaux pren- nent plus de développement. Ce sont les couches dont nous avons parlé d'aljord qui, agrandies par degrés dans les squa- les, deviennent enfin les énormes muscles des ailes de la raie, lesquels forment la plus grande partie de la chair mangeable de ce poisson. 1. 26 402 LIVRE DEUXIÈME. Des Muscles du Bassin. Les os qui portent les nageoires ventrales, et auxquels on applique le nom d'o^ du hassin, sont mus en avant et en arrière par les muscles grêles inférieurs du tronc (n.° (>), dont nous avons déjà parle. Les antérieurs viennent de l'extrémité inférieure des liuméraux , et s'insè- rent à la face inférieure des os en question près de leur bord interne. Les postérieurs tiennent au bord postérieur des os du bassin , se rendent vers l'anus , qu'ils entourent , et se perdent sur les muscles latéraux , ou s'attachent aux pre- miers interépineux de la nageoire anale. Les antérieurs sont quelquefois subdivisés. Dans les poissons dont les ventrales s'attachent sous la gorge ou sous le thorax, ils sont fort courts, et s'unissent assez intimement aux grands muscles latéraux. Ces os du bassin sont mus l'un vers l'autre par des muscles transverses , placés sous leur face inférieure , dont une partie est quelquefois croi- sée, mais qui n'existent pas toujours. La perche, par exemple, ne les a pas, et ils manquent pro- bablement dans toutes les espèces oîi les os du bassin sont unis l'un à l'autre par une suture. Ils sont, au contraire, fort développés dans la baudroie, oii ces os sont éloignés l'iui de Fautrc. CHAP. IV. ISIYOLOGIE DES POISSONS. 403 Les os du l)assiii reçoivent des grands muscles latéraux, entre lesquels ils sont placés, une lan- guette qui les tire de côté ; mais en général leurs mouvemens , ainsi que ceux des os de l'épaule , ne sont pas très-prononcés. Des Muscles des Nageoires ventrales. Ils sont portés par les os du bassin ; les abais- seurs, à leur face inférieure (n.°' 17 et 18) ; les releveurs, à la supérieure. Deux couches à cha- que face , un peu croisées l'une sur l'autre , comme ceux des pectorales , se divisent en au- tant de languettes qu'il y a de rayons , et plus ou moins distinctes , selon que ces rayons sont plus ou moins écartés et jouissent de mouve- mens plus isolés. Les plus extérieures de ces languettes (n.'' 17) se séparent plus générale- ment, et servent à dilater les nageoires. Ces muscles propres des rayons des extrémi- tés, tant aux nageoires pectorales qu'aux ven- trales, peuvent être comparés aux courts flé- chisseurs et aux courts extenseurs des doigts des lézards , surtout du crocodile ; animaux qui les ont généralement ainsi disposés en deux couches à chaque face de la main et du pied , mais plus distincts, et secondés par des muscles longs, qui manquent entièrement dans les poissons. 404 LIVRE DEUXIÈME. Des Muscles des Mâchoires. Elles n'en ont qu'une seule masse (n.° 20), qui est commune aux deux mâchoires, et qui ferme la bouche en les rapprochant l'une de l'autre. Cette masse adhère à toute la face externe de la partie postérieure de l'arcade palato-tem- porale et à tous les os qui la composent, y com- pris le bord antérieur du préopercule. Elle est le plus souvent divisée en trois ventres , quelque- fois même en quatre ; sa fonne approche de la quadrangulaire, et elle donne de son bord anté- rieur deux tendons réunis par une aponévrose. Celui qui part de l'angle supérieur, et qui est le plus long, va dans le haut au maxillaire supé- rieur. Celui de l'angle opposé, qui est beaucoup plus court , s'insère à la mâchoire inférieure , derrière son apophyse coronoïde. L'aponévrose s'épanouit sur la membrane qui joint les deux mâchoires. C'est, comme on voit, une organisation bien différente de notre crotaphyte et de notre mas- séter; mais nous l'avons trouvée constante dans tous les poissons osseux , et dans aucun d'eux nous n'avons rien vu qui ressemblât aux mus- cles ptérygoïdiens. Quant aux poissons cartila- gineux, leurs muscles des mâchoires offrent des CHAP. IV. MYOLOGIE DES POISSONS. 405 différences importantes, que nous décrirons dans leur temps. Une différence non moins remarqualjle, c'est qu'il n'y a point de digastrique, ni de muscle cpii en tienne lieu, pour abaisser la mâchoire inférieure; elle n'opère ce mouvement, et la bouclie ne s'ouvre , par conséquent , que par Faction simultanée des muscles qui vont de l'épaule à l'os liyoïde et de celui-ci à la mâchoire inférieure. Ce dernier muscle (n.^^y) répond au génio- hyoïdien, et nous en reparlerons. Mais la mâchoire inférieure des poissons > pouvant dans beaucoup d'espèces rapprocher plus ou moins ses deux branches , a reçu un muscle propre destiné à cet usage (n.° 21). 11 est placé en travers dans l'angle que font ces brandies, et derrière leur symphyse , au-dessus de la terminaison antérieure du génio-hyoïdien. Des Muscles de F Arcade palato-tjmpanique. Il y en a toujours un ( n.' 22 ) qui occupe une portion considérable de la voûte du palais, et qui consiste en une couche épaisse de fd)res transversales , t|ui se rendent d'une partie plus ou moins étendue du dessous du sphénoïde et de la grande aile , transversalement au bord su- périeur de cette arcade et à sa face interne, s'in« 406 LIVRE DEUXIÈME. séraiît principalement au temporal et à la partie voisine de la caisse et du ptërygoïdien interne. Ce muscle abaisse l'arcade, et la rapproche de celle du côté opposé , ce qui resserre latérale- ment l'espace occupé par l'appareil branchial. Un autre abaisseur, plus gros et moins éten- du, est quelquefois plus en arrière, et vient du dessous de la partie latérale du crâne, en avant de l'aliaisseur de l'opercule; dans la perche, c'est tout au plus une sul)di vision légère. Le releveur de cette même arcade (n.° 24) naît derrière l'orbite, sous le rebord du frontal postérieur et en avant du releveur de l'opercule, et s'insère au haut de la face externe du tempo- ral et à une portion du ptérygoïdien externe. Il est l'antagoniste du précédent, écarte l'arcade pa- latine, et dilate l'espace consacré aux branchies. Ainsi , l'arcade palatine , composée des os que nous avons appelés palatin, ptérygoïdien interne et externe, jugal , caisse et temporal, se meut sur ses deux articulations, l'une anté- rieure, qui appartient au palatin, l'autre posté- rieure, qui appartient au temporal , et son mou- vement consiste à écarter sa partie inférieure de celle du côté opposé, ou à les rapprocher; mouvemciit qui écarte aussi les branches de la mâchoire inférieure et l'appareil operculaire, et dilate tout l'appareil branchial. CHAP. IV. MYOLOGIE DES POISSONS. 407 C'est une action essentielle à la respiration, et que le poisson continue pendant toute sa vie. Des Muscles de F Opercule. Les inouvemens de l'opercule sont assez sem- blables à ceux de l'arcade palatine, et les mus- cles qui les produisent sont placés en arrière de ceux de cette arcade. 11 y en a également un ex- terne (n.° 25), qui relève l'opercule, et un in- terne (n.° 26), qui l'abaisse. Ils se divisent quelquefois en plusieurs ven- tres. Il y a même des espèces oii les releveurs forment deux ou trois muscles distincts. Le releveur (n.° 25) adhère principalement le long de la crête externe formée par l'os mas- toïdien; l'abaisseur (n.° 26) tient à la face la- térale inférieure , dans une partie oii la grande aile et le rocber s'unissent ensemble et au mas- toïdien. Il est séparé de l'abaisseur de l'arcade palatine (n.° 24) par le faisceau des muscles supérieurs antérieurs des branchies. Le subopercule et l'interopercule n'ont pas de muscles particuliers; ils partagent les mou- vemens communs de l'arcade paîato-tcmporale et de l'opercule proprement dit. Il faut remarquer encore que les muscles qui rapprochent les branches de l'hyoïde, et qui contractent la membrane branchiostège, con- 408 LIVRE DEUXIEME. courent aussi à rapprocher les appareils palatins et operculaires. ^ Des Muscles de ïOs hyoïde. Le principal (n.° 27) répond au gënio-hyoï- dien ; il vient de la face interne de la branche de la mâchoire inférieure près de sa symphyse, et se porte sur les côtés de la branche hyoïdienne, ou il s'insère à la première de ses deux grandes pièces. Assez souvent des fibres transversales réunissent les deux génio-liyoïdiens en une seule masse, au moins dans leur partie moyenne, comme cela se voit dans la perche. Souvent une bande musculaire transversale réunit une bran- che de l'hyoïde à l'autre; mais la perche ne l'a point. Au reste, les muscles placés entre les rayons de la membrane branchiostège agissent aussi médiatement pour rapprocher les bran- ches de l'hyoïde. 11 ne faut pas oublier non plus la portion du grand muscle latéral du corps (n.° l) qui se rend au corps de l'hyoïde, et fait fonction de sterno-hyoïdien. 1. Une remarque non moins importante, c'est qii'il n'j a nulle analogie des muscles de l'opercule à ceux des osselets de l'oreille des mammifères. CHAP. IV. MYOLOGIE DES POISSONS. 409 Des Muscles de la Membrane branchiostège. Il y A géiiëralement une couche de fibres (n.' 28, 28) qui règne en travers à la face in- terne des rayons brancliiostèges , et qui y oc- cupe plus ou moins de place, selon les espèces. Une partie de ces fdjres jfi-ennent leur origine à la face interne de Topercule vers sa base ; mais il en vient souvent aussi du sulîopercule : elles passent sur les rayons , et n'y adlièrent que par de la celliilosité. Elles forment ainsi une espèce de bourse autour de cliaque cavité branchiale, bourse d'autant plus complète , que l'ouverture branchiale est plus peti te ; quelquefois celles d'un côté s'unissent à celles de l'autre par-dessous l'isthme, soit en totahté, comme dans les an- guilles, soit en partie, comme dans le cycloptère ou la baudroie; quelquefois même, comme dans les anguilles, elles se joignent par un raphé au corps de l'os hyoïde , et en général à la partie in- férieure et antérieure du tronc ; mais , lorsque les ouïes sont bien fendues , ces communications d'un côté à l'autre n'existent pas. H y a cepen- dant souvent une paire de muscles trps-remar- quables, qui vont, en se croisant mutuellement, du rayon inférieur d'une des membranes à l'ex- trémité antérieure de la branche opposée de l'hyoïde (n. ' 29, 29). Ils étendent la membrane 41 LIVRE DEUXIÈME. et la rapprochent de celle de l'autre côté. Quant à la couche fîhreuse qui règne sur les rayons, son effet général est de les rapprocher les uns des autres et de contracter la membrane bran- chiostège. Il y a aussi de petits muscles particuliers à chaque rayon branchiostëge , qui ont leur autre attache à la partie voisine de la branche de l'os hyoïde, et qui, suivant les espèces et la direc- tion, contribuent à dilater ou à contracter la membrane; mais ils n'existent pas toujours. Je ne les vois pas dans la perche ; mais il^ sont aisés à observer dans la baudroie et le cycloptère. Des Muscles de T Appareil branchial et pharyngien. On peut les diviser en plusieurs groupes, dont les uns suspendent cet appareil au crâne , d'autres à l'épine, d'autres s'attachent à l'os hu- merai, d'autres au corps de l'hyoïde; il y en a enfin qui sont propres à l'appareil , et unissent ses parties les unes avec les autres. Un premier faisceau est attaché au crâne, entre l'abaisseur de l'arcade palatine et celui de l'opercule, à la partie de la grande aile et du rocher qui est sous la rainure articulaire offerte au temporal par le frontal postérieur et le mas- toïdien. CH.VP. IV. AH^OLOGIE DES POISSONS. 41 1 Ce faisceau se divise en deux ordres de ru- bans , quatre externes et deux ou trois internes. Les quatre externes (n.°' 50, 50) vont s'insé- rer au dos des pièces supérieures des quatre ar- ceaux des lîranchies ; les internes, aux deux pre- miers pharyngiens. Ces muscles soulèvent la partie supérieure de l'appareil , et la rapprochent du crâne ; en même temps les extérieurs portent les arceaux en avant, et dilatent les intervalles des bran- chies. Un deuxième faisceau s'attache au crâne, der- rière l'abaisseur de l'opercule, et tient à l'extré- mité de l'os mastoïdien. Il se compose de deux rubans : un antérieur (n.° 52), qui va à la pièce supérieure du qua- trième arceau, plus en dehors que le dernier des externes du faisceau précédent, et un postérieur (n.° 55) , qui aboutit au tissu du pharynx, der- rière le troisième pharyngien supérieur. Ce deuxième groupe a presque les mêmes fonctions que le premier. Un troisième faisceau ne se compose que d'un muscle, mais considérable (n.°41 , pl.\ I, fig. IV), qui prend du bord interne et postérieur du troi- sième pharyngien supérieur, et, passant au tra- vers des fd^res du pharynx , va o])liquement s'attacher à l'épine. 41 2 LIVRE DEUXIÈME. Ce muscle entraîne tout l'appareil en arrière , et en même temps le soulève comme les deux précédens. La partie supérieure du deuxième arceau a un muscle particulier attaché au côté de la base du crâne, à peu près sur la jonction de la grande aile au basilaire, et qui va horizontalement s'insérer à l'arceau, au-devant de l'insertion du faisceau externe que cet arceau reçoit du premier fais- ceau. L'action de ce muscle rapproche les deux ran- gées d'arceaux Tune de l'autre et de l'axe de la base du crâne , secondée en cela par les muscles transverses propres de l'appareil que nous dé- crirons bientôt. Trois muscles agissent sur l'appareil par le moyen du pharyngien inférieur, auquel ils s'in- sèrent. L'un ( n.^ 55 ) vient de la crête supérieure du corps de l'os hyoïde , au-dessus de l'insertion du grand muscle latéral. 11 se rend au pharyngien en montant obliquement en arrière; il le tire en bas et en avant , et est l'antagoniste de celui qui s'attache a l'épine. Les deux autres ( n.' 50 et 57 ) viennent de l'os humerai ; n.° 56, de sa partie inférieure et en montant en avant; n.° 57, de sa partie moyenne et en marchant presque horizontalement : n.^5G CHAP. IV. MYOLOGIE DES POISSONS. 413 abaisse Tappareil en le tirant en arrière ; n.° 57 le tire en arrière simplement. C'est entre ces trois muscles et leurs congé- nères du côte opposé que sont situés le péri- carde et le cœnr du poisson. Les muscles propres de l'appareil sont, les uns transversaux , les autres obliques. Ces der- niers sont , a la face inférieure , au nombre de quatre de cbaque côté, et vont de la cliaîne impaire des osselets à la partie inférieure de cbaque arceau. Leur action consiste à abaisser cette partie. Les transverses supérieurs (n." 39) sont au nombre de trois, et vont de cbaque pbaryn- gien à la portion voisine de l'arceau. Le der- nier est commun aux pharyngiens et aux ar- ceaux des deux côtés. Il n'y en a qu'un inférieur (n.° 40) , qui est épais , et va d'un pharyngien à l'autre. Ces deux derniers muscles ont pour objet de rapprocher les pharyngiens et de rétrécir un peu l'appareil dans le sens transversal. C'est aussi jusqu'à un certain point l'effet des premiers. Cette description des muscles des branchies, prise principalement de la perche , convient au grand nombre des acantlioptérygiens ; mais elle ne s'appliquerait pas à tous les poissons 414 LIVRE DEUXIÈME. sans des modifications assez importantes pour le nombre et la direction des rubans apparte- nant aux différens faisceaux ; modifications qui dépendent, comme on le comprend aisément, de la forme générale de la tête et des diffé- rentes grandeurs des pharyngiens , ainsi que des fonctions auxquelles les appellent les diffé- rentes manières dont ils sont armés. Nous en verrons des exemples dans la suite. Mais des diiïérences encore plus essentielles sont celles que l'on observe dans les cbondrop- térygiens. Leur appareil branchial n'a point d'opercule, et est entouré d'une enveloppe mus- culaire générale , souvent renforcée par des es- pèces de côtes. Nous en donnerons des descrip- tions détaillées lorsque nous serons arrivés à cette grande division de la classe des poissons. Quant aux analogies de ces muscles, tout ce que l'on peut en dire , c'est que le faisceau des suspenseurs a quelque rapport avec les stylo- hyoïdiens et les stylo-pharyngiens de l'homme, et que les transverses supérieurs peuvent se comparer aux hyo- et aux crico-pharyngiens ; mais ce sont des rapports tellement éloignés, qu'ils ne peuvent établir de véritable analogie. CHAP. V. CERVEAU ET NERFS DES POISSONS. 41 3 CHAPITRE Y. CERVEAU ET NERFS DES POISSONS. Après avoir décrit le mécanisme des mouve- mens, nous passons au système des organes sensitifs , c'est-à-dire aux ressorts qui mettent ce mécanisme en jen. Ce système se compose, comme dans les ani- maux supérieurs, des sens extérieurs, d'un appa- reil médullaire central et de nerfs qui établissent leur communication. Comme dans ces animaux supérieurs aussi, l'appareil médullaire central, c'est-a-dire l'encéphale et la moelle épinière , occupe la cavité comprise dans le crâne et le canal vertébral. Du Cerveau.^ Ce qui frappe le plus à l'aspect du cerveau des poissons , c'est son extrême petitesse , non- 1. Le cerveau des poissons a été de bonne heure étudié et décrit avec un peu plus de détail que leurs muscles, et dans ces derniers temps l'on a examiné avec soin la distribution de leurs nerfs. En i685, Collins a donne des figures de cerveaux d'un certain nombre de poissons, médiocrement dessinées, et avec des expli- cations peu approfondies et peu concordantes : pi. 6o, d'un squale; pi. 6i , d'une raie blanche ; pi. 62 , d'une raie bouclée et d'un ange; pi. 65, d'une morue, d'une lamproie, d'une truite et d'un ombre; pi. 64 j d'une carpe; pi. 65, d'une barbue, d'une plie, d'une 11- 41 6 LIVRE DEUXIÈME. seulement par rapport à la totalité du corps, mais par rapport à la masse des nerfs qui en mande, d'un flet, d'une sole et d'un turbot; pi. G6, d'un merlan, d'une perche, d'un goujon et d'une anguille; pi. 67, d'une dorée, d'un éperlan, d'une grémllle, d'un hareng et d'un poisson qu'il nomme gurnet, mais que je ne crois pas le grondin ; pi. 68, d'une orphie, d'un saumon, d'un muge et d'un maquereau; pi. 69, d'un brochet, d'une tanche et d'une perche. Sa planche 70 repré- sente l'origine de la moelle a longée d'un muge, d'un grondin, d'une carpe, d'un brochet et d'un goujon. En 1761, Camper, dans son Mémoire sur l'oreille des poissons écailleux, imprimé en 1762 parmi ceux de la société de Harlem, donna une description et une figuie du cerveau de la morue ; et en 1762 , dans un mémoire sur l'oreille des poissons en général, imprimé en 1774 dans le tome VI de ceux des savans étrangers de l'académie des sciences, il décrivit et représenta ceux de la bau- droie, du brochet et de la raie. Il est le premier qui ait cherché à en déterminer les parties d'après l'apparence la plus sensible : il nomme hémisphères , les lobes creux placés en avant du cervelet, et tubercules quadrijumeimx , les petites éminences qu'ils renfer- ment ; les lobes inférieurs lui paraissent des éminences mamil- laires. En 1766, Haller, à la fin du tome IV de sa Physiologie, plaça une description du cerveau de la carpe ; et la même année il adressa à l'académie de Harlem un mémoire sur le cerveau des oiseaux et des poissons, inséré en 1778 dans le tome III de ses Opéra minora, p. 191, dans lequel il décrivit ceux de la carpe, du meunier, de la tanche, du ferra, de la truite du lac de Genève et de celle des Alpes, de l'ombre chevalier, de la perche et de la lote. Ses descriptions sont détaillées; mais une application singu- lière qu'il fait des noms des parties , et le défaut de figures , les rend difficiles à entendre. Il nomme les lobes ^w\.ç.ï\ç,\x\s> tubercules olfactifs antérieurs; ceux du dessous, tubercules olfactifs inférieurs ; les lobes creux avant le ceiTclet, couches optiques : cependant il appelle cornes d'Anunon, les grands tubercules de leur intérieur; et, tout en reconnaissant le cervelet comme analogue de celui des CHAP. V. CERVEAU ET NERFS DES POISSONS. 417 sortent, et même à la cavité du crâne dans la- quelle il est logé. quadrupèdes , il donne le nom de corps cannelés aux lobes d'après le cervelet, et celui de glande pinéale au globule qui est entre eux dans les cvprlns. Ces dénominations ne sont pas beureuses; mais l'auteur n'avait pas l'intention d'j altacber l'idée de concordance des parties. En 1776, Vicq-d'Àzyr, dans ses deux mémoires sur l'anatomie des poissons, imprimés parmi ceux des savans étrangers présentés à l'Académie, t. VII, inséra quelques observations sur les cerveaux des poissons, et représenta, mais assez mal, ceux du congre, de l'anguille, d'un labre, de la vive, de la plie et du turbot. Il ne parait pas avoir eu d'idées bien arrêtées sur les dénominations des parties. En X785, Monro, dans son Anatomie des poissons, donna, pi. 34 , une assez bonne figure du cerveau de la raie ; mais ce qu'il dit dans son texte, p. 44 > du cerveau des poissons en géné- ral, se réduit à peu près à rien. On trouve dans une thèse de M. Ebel, intitulée : Ohservatloius nevrologicœ ex analome comparata , publiée en 1788, et réimpri- mée en 1795 dans les Scriptores nevrologici minores de Ludwig, t. III, des figures du cerveau du brochet, de la carpe et du silure : il nomme les parties comme Camper. C'est après ces différens auteurs que j'ai publié, en 1800, dans mes Leçons d' anatomie comparée, t II, p. 166, ma description du cerveau des poissons. J'j ai considéré, à l'exemple de Camper et d'Ebel, les lobes moyens comme les vrais hémisphères, les tuber- cules qu'ils contiennent comme les quadrijumeaux; les lobes infé- rieurs m'ont paru les couches optiques. J'y ai donné, t. V, pi. 17 et 18, des figures détaillées des cerveaux de la carpe, de l'anguille et du poisson lune. J'ai fait connaître plusieurs circonstances gé- nérales de la distribution des nerfs, et j'y ai représenté ceux de la tète et des parties adjacentes dans la carpe. En 181 3, M. Aposiole-Arsahy, dans une thèse soutenue à Halle, De cerehro et medulla spinali piscium, a représenté les cerveaux du congre, du xiphias, du merlus, de la mustèle , de l'uranoscope, de la cépole, de la rascasse^ de la dorée, de la sole, de la casta- 1. 27 418 LIVRE DEUXIÈME. Il ne remplit point cette cavité à beaucoup près, et l'intervalle entre la pie -mère, qui le serre de près, et la dure -mère, qui tapisse le crâne intérieurement, est occupé seulement par gnole, du savgue, de la saupe, du bogue, du sauiel, du surniu- lel, du grondin, du poisson lune, du requin, du marteau, de la roussette et de la raie. C'est le recueil le plus riche et le plus exact en ce genre. L'auteur j considère les lobes creux immédiatement en avant du cervelet comme analogues des tubercules quadrljumeaux, et ceux qui sont placés en avant de ceux-là, comme représentant seuls les hémisphères. En 1817, M. Weber, dans son ylnatomia comparaia nervi sjm- pathicl, imprimée à Leipzig, donne de nouveau l'encéphale de la carpe, et continue de nommer les lobes creux hémisphères ; mais c'est dans le lobe impair, ou cervelet, qu'il croit voir l'analogue des tubercules quadrijumeaux , et il nomme cervelet les lobes derrière l'impair, ceux qui bordent et couvrent le quatrième ven- tricule. En 1820, dans son traité De aiire et audiiu hominis et animalium, il repiésenle encore le cerveau de la carpe, et y ajoute celui du silure. On doit d'ailleurs à cet habile anatomiste d'im- portantes découvertes sur la névrologie des poissons, notamment celle du nerf longitudinal supérieur, qu'il croit toujours né de la cinquième paire, mais auquel la huitième contribue souvent aussi. La même année 1820, M. Fermer, dans une thèse imprimée ù léna. De anatomia comjmrata et naturali philosophia commenlatio , etc., tient encore à l'idée, que le vrai cerveau est dans les lobes creux, et place les couches optiques dans les lobes inférieurs. La même année encore, M. G. 11. Treviranus, dans un mémoire sur le cerveau, inséré dans le troisième volume du recueil qu'il publie avec son frère , donne aussi sa théorie du cerveau des •poissons. Les lobes antérieurs lui paraissent représenter les lobes olfactifs du cerveau des mamn)ilères : les lobes creux devant le cervelet, ou, comme il les appelle, les hémisphères postérieurs, répondent à la partie postérieure des couches optiques ; mais il leur attribue its fonctions du grand cerveau : les tubercules qu'ils CHAP. V. CERVEAU ET NERFS DES POISSONS. 41 9 une celliilosité lâche ou espèce d'arachnoïde, imprégnée assez souvent d'une liiiile, ou même quelquefois, comme dans l'eslurgeon et le thon, d'une graisse assez compacte. contiennent sont les quadrijumeaux; les lobes inféiieius, les énii- nences mamillaires. Ainsi l'on voit qu'il s'éloigne peu de Camper et de ceux qui l'ont suivi. L'Académie des sciences avait proposé, sur ma demande, pour sujet d'un de ses prix de 1821, la description comparative de l'en- céphale dans les quatre classes de vertébrés, et celte question ex- cita à de nouvelles recherches. L'auteur couronné, M. Serre, a publié son ouvrage en 1824. Il y décrit et _y représente les cerveaux de la raie, du requin , de l'ange, de l'aiguillât, de l'esturgeon, du congre, de l'anguille, de la morue, du merlan, de l'aigrefin, du turbot, de la sole, de la carpe, du barbeau, de la tanche, du brochet, de la perche, du grondin et de la baudroie. Malheureusement ses figures sont gravées avec trop de négligence. Le grand volume et la cavité des tubercules quadrijumaux dans les fétus de mammifères Je déter- minent à prendre, comme M. Arsakj, les lobes de devant le cerve- let pour les analogues de ces tubercules, et à considérer en général l'encéphale des poissons comme représentant à beaucoup d'égards celui des fétus des animaux supérieurs. M. DesmouUns , qui avait aussi travaillé pour ce prix, a publié avec M. Magendle un ouvrage plus étendu que celui qu'il avait soumis à l'Académie. Il j décrit dans le 11." livre, t, I, p. \^o — i85, le système cérébro-spinal des poissons, et j donne dans les articles du III.'' livre plusieurs observations sur leurs diflTérens nerfs. Ses descriptions sont appujées de figures des cerveaux et d'une partie des systèmes nerveux de la raie bouclée, de la raie ronce, de la torpille, de la lamproie, de plusieurs squales, de l'esturgeon, du poisson lune, de deux trigles, de la vive, du muge, du baf- beau, de la carpe, de la morue, du merlan, de la lote, du lump, du turbot, de la carpe et du congre. Il adopte, comme M. Serre, les idées d'Arsaki sur les diirérens lobes. 420 LIVRE DEUXIÈME. On a remarqué que ce vide entre le crâne et le cerveau est beaucoup moindre dans les jeunes sujets que dans les adultes, ce qui prouve que leur cerveau ne croît pas dans la même propor- tion que le reste de leur corps ; et effectivement nous en avons trouve les dimensions à peu près les mêmes dans des individus dont l'un est d'ail- leurs double de l'autre. Les lobes qui composent l'encéphale sont pla- cés à la file les uns des autres, et représentent souvent une espèce de double chapelet. Il y a cependant aussi des tubercules, et même quel- quefois assez nombreux , cachés dans l'intérieur ou sous quelqu'un des grands lobes. * Pour arriver à reco! maître l'analogie de ces divers lobes et tubercules avec ceux des cer- veaux des autres classes , il faut d'abord partir d'un point fixe, que nous prendrons dans le cervelet («, pi. VI, fig.Y, YI, YII et IX). C'est en effet une partie sur la nature de la- quelle on ne peut se tromper, caractérisée comme 1. On a représenté Je cerveau de la perche en situation, et avec les nerfs de la tète et de l'épaule, pi. VI, fig.V : il est dessiné à part, par sa face supérieure, ib. , iig. VI; par le côté, fig.VH; par- dessous, fig. VIU; et on l'a dessiné, fîg. IX, tel qu'il parait lors- que les hémisphères ont été ouverts et le cervelet jeté sur le coté, après avoir coupé une de ses jambes. Les nerfs superficiels du corps sont représentés avec les muscles, pi. IV (la première de la n)jologie), et les nerfs profonds, pl.V. CHAP. V. CERVEAU ET NERFS DES POISSONS. 421 elle l'est parce qu'elle est impaire, et par sa po- sition eu travers sur le haut de la moelle, qu'elle joint par les côtés, comme ferait un pont. Or, en avant de ce cervelet on voit sans dis- section à la face supérieure une première paire de lobes {h , b , ih.) , dont l'intérieur est cons- tamment creux, et qui sont précédés par une et quelquefois par deux autres paires (c^ c^ ih.), généralement solides. Dans l'intérieur des lobes creux, sur leur plancher, et en avant du cer- velet, sont fort souvent une ou deux paires de petits tubercules {d, ib., fig. IX). A la face inférieure il y a sous les lobes creux une autre paire de protubérances {e, e, ib., fig.MII), que nous pouvons appeler lobes inféiieim'iy et entre elles, en avant, est suspendu un corps impair (/) qui répond à ce que l'on nomme la a^lande pitidtaire. En arrière du cervelet sont d'autres lobes {^ , g ) , différens par le nombre et la configuration, dont les classes supérieures n'of- frent tout au plus que des vestiges , et que nous appellerons les lobes postérieurs. Certains anatomistes prennent les lobes cieux pour les hémisphères du cerveau, les lobes pla- cés plus en avant pour les analogues des protu- bérances olfactives des classes supérieures, et les lobes inférieurs pour les analogues des lobes optiques des oiseaux; d'autres regardent les lo- 422 LIVRE DEUXIÈME. bes inférieurs comme des analogues des protu- l)érances mamillaires des mamniifères, les lobes creux comme ceux des lobes optiques des oi- seaux ; placent le cerveau proprement dit dans les lolics antérieurs, malgré lenr petitesse et leur simplicité, et ne veulent reconnaître de protu- bérances olfactives cpie dans les lobes qui précè- dent quelquefois ceux-là, ou plutôt qui en sont quelquefois distingués par un étranglement. Avant de décider entre ces deux opinions, il est nécessaire d'entrer dans plus de détails sur les formes et la composition de ces parties, et sur les principales variations qu'elles éprouvent dans les diverses espèces. La grandeur relative du cervelet {a) est assez considérable, et il surpasse souvent en volume les parties situées en avant de lui : ses lobes latéraux ou n'existent point ou ne forment que de légères proéminences. Dans les poissons osseux, dans la percbe par exemple, sa forme est le plus souvent celle d'un cône mousse dont le sommet se recourbe en ar- rière , à peu près à l'inverse d'îm bonnet phry- gien ; et cependant il y en a aussi , comme le maquereau , oii son sommet se recourbe en avant; d'à astres, comme le thon, oîi il s'étend en avant et en arrière, de façon à recouvrir presque tout le reste de l'encéphale. CHAP. V. CERVEAU ET NERFS DES POISSONS. 425 Dans les clioiiflroptéiygiens il prend des for- mes et des voUiines très-diiférens; tantôt pres- que léduit à une barre transversale, comme dans les esturgeons et les lamproies , tantôt rond ou ovale, ou lobé, et fort volumineux, comme dans les raies et surtout dans certains squales. Il a aussi quelquefois , notamment dans plu- sieurs squales, dans le tlion, sa surface sillonnée transversalement; et même, lorsqu'elle est lisse, comme c'est l'ordinaire, on voit dans l'intérieur de sa substance un axe médullaire, qui envoie des ramuscules de même nature dans la matière corticale , et qui est creusé d'une cavité qui communique dans le quatrième ventricule. Les lobes creux {by b), placés immédiatement au-devant du cervelet, et sur la nature desquels on varie, sont de forme ovale. Dans le plus grand nond>re des poissons os- seux leur coque offre deux coucbe%, le plus sou- vent faciles à séparer, une extérieure, grise, une intérieure, blancbe. Les fibres de la couclie extérieure, dirigées obliquement d'arrière en avant , aboutissent pour la plupart au nerf optique ; mais elles concourent à sa formation avec d'autres libres venues les unes du lobe inférieur , les autres de la moelle alongée, quelques-unes même, comme 424 LIVRE DEUXIÈME. il est facile de le voir dans les raies , du lobe an- térieur. Les fibres de la coucbe interne du lobe creux, bien plus apparentes que les autres (dans les poissons osseux), sont dirigées transversale- ment, et tapissent la voûte du ventricule com- mun renfermé dans les lobes creux. Elles semblent naître d'un bourrelet demi- circulaire {h^ h, fig. IX), de matière grise, qui occupe de chaque côté la base de ce ventricule, comme les fdMes du plafond des bémispbères dans l'homme naissent des corps cannelés. Les voûtes des lobes creux s'unissent ensem- ble dans la ligne médiane, ce qui forme une espèce de corps calleux et une arête saillante en dedans ; mais il n'y a point de septum com- plet. Sur le plancher de ce ventricule se voient (dans les poissons osseux) deux ou quatre tu- bercules de substance grise (r/, fig. IX), et pla- cés au-devant de la base du cervelet, sur l'aque- duc qui conduit du ventricule des lobes creux dans celui qui est sous le cervelet et à son ar- rière, lequel répond au quatrième ventricule des classes supérieures. Le nombre et les formes et proportions rela- tives de ces tubercules varient selon les genres. Dans certains poissons, comme la carpe, la CHAP. V. CERVEAU ET NERFS DES POISSONS. 42^ paire antérieure est longue, et se dirige en ar- rière, en se recourbant comme une corne de bélier. Dans d'autres , tels que le maquereau , c'est la paire postérieure qui est la plus grande : elle se courbe en avant, et semble se replier comme un intestin. Dans le thon il y a jusqu'à trois tubercules de chaque côté, placés les uns à côté des auîres, et semblables à autant de replis d'intestins. Ils manquent entièrement dans les chondrop- térygiens , oii l'on ne voit pas non plus de fdjres distinctes à la face interne des lobes creux. Mais dans le très-grand nombre des poissons osseux, notamment dans les perches, les bro- chets, les dupées, les gades, etc., les tubercules intérieurs sont au nombre de quatre , peu diffé- rens par la grandeur. Le nerf de la quatrième paire naît en arrière des lobes creux et des tubercules qu'ils renfer- ment, et dans le sillon qui les sépare de la base antérieure du cervelet; quelquefois un peu sur le côté, mais non pas, comme on l'a dit, tout- à-fait en dessous. Il n'est pas difficile de suivre la moelle alon- gée dans sa marche vers les parties antérieures, et de la voir se rendre, après qu'elle a dépassé le cervelet , p|ir ses fibres plus extérieures dans 426 LIVRE DEUXIÈME. les lobes creux {h, h), ei par les plus internes dans les lol)es antérieurs (c^ c). Ces derniers, quand ils ne sont pas entière- ment soudés ensemble , comme cela arrive dans les raies et dans les squales , communiquent l'un avec l'autre, au moins par une et quelquefois par deux commissures (A). Leur surface est quelquefois sillonnée de circonvolutions : on en voit dans l'anguille , dans le surmulet , mais surtout dans la morue. Leur proportion varie : d'ordinaire ils sont plus petits que les lobes creux; l'anguille les a plus grands ; leur supé- riorité est énorme dans les raies et les squales. Les nœuds ou les tidjercules {i, i) qui sont encore quelquefois en avant de ces lobes anté- rieurs, dont on peut même quelquefois distin- guer deux paires , comme dans l'anguille , ne s'unissent point entre eux par une commissure; mais ils se joignent chacun au lobe devant le- quel il est, et l'on peut suivre le nerf olfactif sous leur face inférieure jusqu'à la commissure {k) des lobes antérieurs (c^ c). 11 y a toujours aussi une commissure (ni) qui unit les parties antérieures de la base des deux lobes creux; et c'est derrière elle, et en avant des quatre tubercules contenus dans ces lobes, qu'est ouvert le ventiicule analogue au troi- sième de l'homme, qui conduit, comme à l'or- CHAP. V. CERVEAU ET NERFS DES POISSONS. 427 (linaire , à rinfundil)iiluin et vers la glande pi- tuitaire, à la face inférieure de l'eiicëpliale. Aux côtés de rinfundil)uliim, eu dessous, se montrent les deux lobes {e^ e) que nous avons appelés inférieurs. Us sont généralement assez grands, en forme d'ovale ou de rein, et l'on ne trouve que rarement un ventricule dans leur intérieur. Lorsqu'il existe, il communique avec le troisième ventricule, et par son intermédiaire avec le grand ventricule commun aux deux lobes creux. Ces tubercules inférieurs {e, e) fournissent sensiblement des fibres au nerf optique. C'est à leur airière , et même souvent dans le sillon qui les distingue du reste de la moelle alongée, que naît le nerf de la troisième paire. Ils m'ont paru plus volumineux dans le sur- mulet que dans aucun autre poisson. Ils y sont creusés d'un ventricule et sillonnés à leur sur- face. La dénomination que l'on doit donner aux paires de lobes que nous venons de décrire , et qui sont placées au-devant du cervelet, dépend de l'importance relative que l'on attribue, soit à la complication de leur structure , soit a l'ori- gine du nerf optique. Si l'on s'attache à l'origine du nerf optique, il est certain qu'on peut trouver de l'analogie 428 LIVRE DEUXIÈME. entre les lobes creux {h, h) et cette paire externe des lobes du cerveau des oiseaux à laquelle on avait donné le nom de coucbes optiques, et que M. Gall aime mieux considérer comme les analogues des tubercules quadri jumeaux. Mais si l'on a égard à la composition des lobes creux, à ce bourrelet demi-circulaiie (^), espèce de corps cannelé qui fait la base intérieure de leur enveloppe , et d'oîi partent les fibres trans- verses de leur plafond , à la position du troi- sième ventricule, à celle de la commissure {m) placée en avant de l'entrée de ce ventricule, et qui nécessairement répond à la commissure antérieure du cerveau, aux petits tubercules (J) cacbés dans leur intérieur, et qui ressemblent si bien par la position, la figure, les rapports, aux tubercules quadrijumeaux des mammifères, on y pouria reconnaître aussi tous les caractères essentiels du cerveau des vertébrés. Une comparaison avec quelques mammifères oii la partie antérieure des bémisplières , d'oîi naît immédiatement le nerf olfactif, est séparée du reste par un sillon assez profond , et repré- sente les lobes antérieurs {c, c) des poissons, confirmera cette analogie. La tortue , le crapaud et beaucoup d'autres reptiles la confirmeront également. Le lobe ol- factif de leur cerveau ressemble aux lobes an- CHAP. V. CERVEAU ET NERFS DES POISSONS. 429 teneurs des poissons. Leur cerveau ressemble aux lobes creux. 11 a les mêmes corps analo- gues aux cannelés , les mêmes commissures , la même entrée pour le troisième ventricule et pour l'infundibulum. Seulement dans les rep- tiles les tubercules analogues des quadrijumeaux sont grands et creux comme dans les oiseaux , rapprochés l'un de l'autre en dessus comme dans les quadrupèdes , et visibles au dehors , tandis que dans les poissons ils sont à la fois , comme dans les quadrupèdes, solides, rappro- chés l'un de l'autre, petits et cachés par l'hé- misphère qui se porte en arrière jusque près du cervelet. On a beau avoir remarqué que dans les em- bryons de quadrupèdes et d'oiseaux les hémi- sphères sont à peu près aussi petits, et les tu- bercules quadrijumeaux aussi grands à pro- portion que les lobes antérieurs et les lobes creux des poissons. Les hémisphères n'y sont pas pour cela des masses solides, et les tuber- cules , quoique creux, ne montrent pas dans leur intérieur des corps cannelés et d'autres tuber- cules plus petits. Ce n'est pas sous eux qu'est la commissure antérieure du cerveau, et ils n'in- terceptent pas le troisième ventricule. Dans les reptiles , que l'on a voulu aussi faire entrer en comparaison , il est vrai , ainsi que nous venons 430 LIVRE DEUXIÈME. tle le (lire , que les tubercules optiques suut creux connue dans les oiseaux; mais les hémisphères le sout aussi, et conlieiinent un corps cannelé, ressemblent, en un mot, de tout point à ces lobes creux des poissons, et ils lein- ressesnblent d'au- tant plus, qu'ils ont aussi en avant des espèces de lobes solides qui sont leurs lobes olfactifs. Un argument plus plaiisilile est celui que l'on tire de la position de la glande pinéale. A la vérité, cette partie ne se voit pas dans le grand nombre des poissons ; mais il est bien diilicile de ne pas reconnaître pour telle dans l'anguille, et surtout dans le congre, un petit globe de matière grise, placé au-devant des lobes creux , et inséré par deux petits cordons à la base postérieure des lobes solides qui sont devant eux. Dans la morue et dans d'autres poissons oii il n'y a pas de globule, on voit au moins un petit lilet médidlaire flottant a cet endroit. Si ces parties représentent la glande pinéale et ses pédicules, on sera obligé d'a^ouer que, quel que soit le système d'analogie que l'on adoptera , il y aura dans le cerveau des pois- sons au moins une transposition des connexions. Le troisième ventricule et l'infundibulum se- ront rejetés en arrière dans l'hypothèse oh les lobes creux seraient les analogues des tuber- CHAP. V. CERVEAU ET NERFS DES POISSONS. 451 cules qiiadrijuiiieaux. La glande pinéale sera porte'e en avant dans l'hypothèse qui regarde ces lohes comme les hémisphères. Quant aux lobes inférieurs {e_, e), comme ils donnent manifestement une partie des fibres des nerfs optiques, je les avais regardés autre- fois comme les analogues des lobes optiques des oiseaux, qui seraient descendus encore plus bas que dans la classe volatile, et auraient le plus souvent perdu leur cavité; mais d'autres ana- tomistes préfèrent de croire que ce sont les ana- logues des protubérances blanchâtres ou ma- millaiies de l'homme et des mammifères, pro- tubérances f|ui manquent dans les oiseaux et dans les reptiles, et qui, selon cette opinion, reparaîtraient ainsi subitement dans les pois- sons et beaucoup plus grandes que dans les mammifères. J'avoue que je ne puis encore trouver que les argumens qu'ils allèguent soient suffisamment péremptoires ; et j'ai peu vu dans la série des êtres de ces résurrections d'organes se remon- trant sul)itement dans une classe après avoir disparu dans une ou deux de celles qui la pré- cèdent dans l'échelle. Ijne particularité du cerveau des poissons non moins remarquable que toutes les précé- tlentes, consiste dans les lobes {g, g) qu'ils ont 452 LIVRE DEUXIÈME. derrière le cervelet , sur les côtés du quatrième ventricule, et qui forment même souvent, conmie le cervelet, un pont en travers sur ce ventricule. Les variétés de leurs proportions, de leurs formes, de leurs connexions, sont très -nom- breuses. Dans les raies et les squales, et même dans l'esturgeon, ce sont des replis ou des cordons qui prolongent de chaque côté le bord postérieur de la base du cervelet , et se portent en arrière en bordant le quatrième ventricule. Dans la plupart des poissons ils consistent en deux tubercules ou renflemens des côtés de la moelle , derrière le cervelet , lesquels se tou- cîient par quelque point ou s'unissent par une commissure. Dans les cyprins, leur volume est considé- rable : ils couvrent toute cette partie de la moelle. Ony distingue deux bosselures en avant, une au milieu, et leurs parties latérales sont striées transversalement. Je les trouve aussi fort grands dans le surmu- let , oii leur surface est marquée de sillons tor- tueux comme celle d'un cerveau. Dans les trigles, on voit jusqu'à cinq renfle- mens de chaque côté, placés à la file les uns des autres, arrondis, occupant un espace qui s'élend jusqu'à la deuxième vertèl>re, et qui égale près- CHAP. V. CEPtVEAU ET NERFS DES POISSONS. 435 que en longueur le reste de l'encéphale. C'est du dernier de ces tubercules que sort la deuxième paire des nerfs spinaux , laquelle aboutit aux rayons libres, qui, dans ce genre, sont attachés au-dessous de la pectorale. On a comparé ces lobes à la petite bandelette grisâtre qui est placée dans les mammifères en travers du corps restiforme, ou de ce cordon médullaire qui va en arrière du cervelet à la moelle et borde de chaque côté le quatrième ventricule; mais il faut convenir qu'ils en se- raient un développement prodigieux. On voit sur le fond du quatrième ventricule de légers sillons longitudinaux qui marquent déjà la division des faisceaux médullaires dont les externes se rendent dans les lobes creux et aboutissent à ce bourrelet (ji, h) que j'ai nommé corps cannelé, et dont les médians se continuent jusqu'aux lobes antérieurs {c^ c). On y distingue aussi des linéamens qui paraissent indiquer les origines des nerfs de la cinquième, de la septième et de la huitième paire. En dessous il n'y a rien qui ressemble à un pont de varole ; mais on y voit des sillons qui paraissent distinguer les mêmes faisceaux dont nous venons de parler. Les médians re- présentent les pyramides ; mais on n'y apei xoit aucun croisement de libres. Il n'y a point de 1. 28 454 LIVRE DEUXIÈME. corps olivaires, à moins qu'on ne veuille les chercher dans les tuhercules du dessus de la moelle (g^ g) ; mais ils seraient alors heaucoup plus remontés que dans les mammifères. Sur les côtes de la moelle sont les faisceaux dits restiformes qui aboutissent au cervelet. La glande pituitaire (/) est placée, comme à l'ordinaire, sous le cerveau, à l'extrémité de l'in- fundibulum. Elle est généralement grande dans les poissons, et des appendices membraneuses et vasculeuses de formes diverses l'y accompa- gnent souvent. Ces appendices sont surtout fort remarquables dans les raies. Quelquefois, comme dans la baudroie, l'aigreim , etc. , l'infundibulum se prolonge en un filet grêle, et la glande pitui- taire est fort loin en avant. 11 n'est pas plus facile de reconnaître ses usages dans les poissons que dans les autres classes d'animaux. Des Neifs et de la Moelle épinieTe. Les nerfs olfactifs (o, o) sortent des tuber- cules antérieurs {cy c), et très-souvent il y a encore à leur racine un autre renflement {i, i) : ils varient beaucoup pour la grosseur et la com- position; tantôt simplement capillaires, tantôt gros, quoique simples, tantôt doubles ou tri- ples, ou enlin composés de filets plus ou moins nombreux, réunis en faisceaux. Dans plusieurs CHAP. V. CERVEAU ET NERFS DES POISSONS. 455 poissons ils se renflent en un ganglion avant de se distribuer à la membrane pituitaire, et l'on a remarqué que cela arrive surtout dans des espèces où il n'y a point de renflement à leur base en avant des lobes antérieurs. Les nerfs optiques (z?^ n) se croisent au-de- vant de l'infundibulum (/), et, dans la plupart des poissons , sans s'unir ni se coller l'un à l'au- tre, si ce n'est par quek[ue cellulosité. Il est trës-aisé , dans la perche , dans la morue par exemple, de les décroiser et de voir que le nerf de l'œil droit vient du côté gauche de la moelle , et réciproquement. Mais dans les raies ils sont unis au point que leur croisement est aussi problématique que dans les mammifères. Leur structure, dans un certain nombre de poissons osseux, a cela de très -remarquable, que leur substance médullaire n'est qu'un large ruban mince, plissé longitudinalement pour remplir le tube que lui donne la dure-mère; mais il est d'autres poissons oii ils se compo- sent, comme à l'ordinaire, d'un faisceau de filets nerveux. Nous avons déjà indiqué l'origine des nerfs de la troisième paire (p), et de la quatrième (q). Ceux de la cinquième, ou les trijumeaux (/), naissent des côtés du quatrième ventricule, au- 436 LIVRE DEUXIÈME. dessous et tout près de la partie ante'rieure des lobes (g) placés derrière le cervelet, ou des jam- bes du cervelet lui-même. Ou peut eu suivre les raciues plus profondëmeut et daus des directions diverses. Les nerfs de la sixième paire {u^, u) naissent, comme à l'ordinaire, à la face inférieure de la moelle alongée, à quelt[ue distance l'un de l'au- tre, et à peu près entre les racines postérieures de la cinquième; ainsi que ceux de la quatrième, ils sont tout aussi grêles que dans les autres classes. Ceux de la huitième ou de la paire vague {t), qui sont presque aussi considérables que ceux de la cinquième, naissent derrière ceux-ci, le plus souvent par plusieurs fdets sortant sur une seule ligne longitudinale des côtés de la moelle, sous les lobes de derrière le cervelet, et qui s'unissent en un ganglion (/) avant de se sub- diviser. Entre ces deux paires (la cinquième et la liui- tième) on reconnaît les nerfs acoustiques (^^v), et il y a d'ordinaire en avant de la huitième un nerf particulier ((^^ i>) qui répond au glosso- pharyngien. On ne peut apercevoir dans les poissons de nerf de la neuvième paire. Les nerfs spinaux, à compter de la dixième paire , naissent , comme dans les classes supé- CHAP. V. CERVEAU ET NERFS DES POISSONS. 457 lieiires, de la moelle, par deux ordres de ra- cines; mais ils ne naissent pas toujours dans le voisinage des trous de la colonne vertébrale par lesquels ils doivent passer. Il y a même des es- pèces, telles que le poisson lune, oii la moelle épinière est tellement raccourcie, qu'elle ne semble qu'une petite proéminence conique de Fencépliale , de laquelle les différentes paires de nerfs partent comme une fjueue de cheval. * Dans d'autres, telles que le lump, elle est prolongée et renflée vis - a - a is de chaque paire. En général , elle ne se termine que vers la fin de l'épine. Les nerfs des racines supé- rieures se renflent à peine d'une manière sen- sible en ganglion dans les cliondroptérygiens, et l'on a même nié qu'ils se renflent aucune- ment dans les poissons osseux. Il est certain ce- pendant qu'ils forment des ganglions suiîisam- ment marqués dans le bar, la perche, etc. Les premières paires de nerfs de l'épine se réunissent plus ou moins en plexus pour se rendre à la nageoire pectorale. Dans les raies, oii cette nageoire est si énorme, elle reçoit des nerfs de beaucoup d'autres parties de l'épine. 1. Il est très-faux qu'il j ait, comme l'ont dit Arsakj et d'autres d'après lui, rien d'approchant dans la baudroie. Sa moelle règne presque tout le long de l'épine; mais elle est enveloppée et cachée par les nerfs, qui naissent beaucoup plus haut qu'ils ne sortent. 438 LIVRE DEUXIÈME. Le nerf grand sympatliicjue (X, X, fig. lY) tire des racines, comme à l'ordinaire, des dif- férens nerfs spinaux , et forme divers plexus et ganglions en se rendant aux viscères. Sa ténuité est généralement extrême, et même on a voulu nier qu'il existât dans les chondrop- térygiens; mais c'est une assertion erronnée, car je l'ai vu fort distinctement dans les raies. Dans le poisson lune, ses ganglions sont assez grands. On peut le suivre dans la tête jusqu'aux nerfs de la cinquième paire; mais on n'a pu voir encore assez nettement sa jonction avec ceux de la sixième. Nous croyons cependant l'avoir aperçue dans la morue. La distribution de ces différens nerfs est re- marquable surtout par la ressemblance qu'elle conserve avec ce que l'on voit dans les classes supérieures. Chaque paire garde toujours la même destination : la première va à l'organe de l'odorat; la seconde produit, par son expansion, la rétine de l'œil; la troisième, la quatrième et la sixième vont aux muscles de l'œil, et cha- cune aux mêmes que dans les quadrupèdes ou les oiseaux, savoir, la troisième à peu près à tous ; la quatrième à l'oblique supérieur ; la sixième à l'abducteur. La troisième pénètre aussi dans l'intérieur du globe, et donne les filets de sa membrane choroïde; mais il paraît CHAP. V. CERVEAU ET NERFS DES POISSONS. 459 qu'elle ne forme point de ganglion oplithalmi- que , du moins n'a-t-on pu encore le découvrir. La cinquième et la huitième paire sont les plus importantes et celles qui se rendent à plus de parties différentes. La cinquième sort du crâne par un trou de la grande aile, qui est souvent divisé en deux par un filet osseux. Sa division en branches (pi. YI, fig. Y) se fait à différens endroits de son cours, selon les espèces; mais elle donne constamment : ] .° une branche o])hthalmique (a), qui passe dans le haut de l'orbite, se rend vers la narine et se distribue aux parties adja- centes jusqu'au bout du museau et à l'os inter- maxillaire ; 2.° une branche maxillaire supé- rieure (/3) , qui passe sous l'œil , se distribue à la joue, à l'os maxillaire supérieur, envoie une branche vers la narine et s'anastomose avec la ptérygo- palatine ; o.° une branche maxillaire inférieure (^), qui n'est souvent qu'une division de la précédente, donne des filets à la partie postérieure du palais et aboutit à la mâchoire inférieure et à son canal dentaire. Souvent les filets du palais sont fournis par une branche particulière ; 4.° une branche ptérygo-palatine (a), qui se porte en avant, traverse le fond de l'orbite sous les muscles de l'œil, suit la direc- tion du vomer , passe entre cet os et le palatin , 440 LIVRE DEUXIÈME. pour finir au bout du museau , où elle con- tracte souvent des anastomoses remarquables avec le maxillaire supérieur; 5.^ une branche operculaire (/w), qui traverse un canal de l'os temporal, donne des rameaux au crotapbite, à la joue, aux muscles de l'opercule, à l'opercule lui-même, pénètre plus intérieurement, se joint en avant au nerf maxillaire inférieur, et se dis- tribue en arrière aux pièces operculaires infé- rieures et à la membrane brandi iostège; enfin, presque toujours, G." une branche (|) qui re- monte vers le haut du crâne, s'unit avec une branche de la huitièuie paire (ô) pour sortir par un trou du pariétal et de l'interpariétal , et régner tout le long du dos (en ©) , aux côtés des nageoires dorsales, recevant des filets de tous les intercostaux, et en donnant aux muscles et aux rayons de ces nageoires. Cette branche est superficielle jusqu'au mo- ment oii elle plonge sous les petits muscles ex- ternes des rayons. Elle a quelquefois des ra- meaux également superficiels qui descendent aux parties antérieures des muscles du tronc au-dessus des peclorales , et d'autres qui se rendent jusque vers l'anale, oii ils forment un nerf longitudinal semblable à celui du dos. Ce nerf est très-fort dans les silures, et a été décrit par M. Weber dans le silure commini et CHAP. V. CERVEAU ET NERFS DES POISSONS. 4^ 1 dans la lote ; mais on le trouve, quoique plus faible, dans bien d'autres poissons et probable- ment dans tous. ' La septième paire de nerfs (s, s), consacrée à l'ouïe comme dans les autres vertébrés, naît sur les côtés de la moelle alongée, entre la cin- quième et la liuitième, et se divise diversement pour pénétrer dans les sacs qui contiennent les pierres et dans les ampoules des canaux semi- circulaires. Elle contracte aussi des unions avec la dernière brancbe de la cinquième paire (//), et en a surtout une constante avec la première branche de la huitième ou le glosso-pharyngien C'est principalement dans la distribution de cette huitième paire que l'on peut admirer la constance avec laquelle chaque nerf s'attache dans toutes les classes aux mêmes fonctions. Le glosso-pharyngien sort du crâne tantôt par un trou de l'occipital latéral, tantôt, comme dans la morue, par un trou du rocher, et se distribue à la première branchie, à quelques 1. Nous l'avons vu dans la lote, clans la morue, dans la perche, dans le bar, dans la carpe, dans le silure ordinaire, dans ie bagre, etc. Celui de la carpe ne vient que de la huitième paire, et non de la cinquième : celui du silure, au contraire, ne vient que de la cinquième; mais dans la morue, dans la perche, etc., il vient des deux paires à la fois. 442 LIVRE DEUXIÈME. parties environnantes, et va jusqu'à la langue, oii il s'épanouit. Le nerf vague proprement dit sort du crâne par un trou de roccipital latéral plus grand que le précédent, et se dilate quelquefois, comme dans la carpe, tout près de son origine; d'autres fois, comme dans la perche, à une plus grande distance, en un ganglion (^') qui fournit des rameaux aux trois dernières branchies et aux pharyngiens inférieurs. Le tronc du nerf se continue sur le pharynx et suit l'œsophage jus- qu'à l'estomac. Cette distribution est, comme on voit, la même que dans les autres vertébrés, quant aux fonctions auxquelles le nerf préside , avec cette circonstance , que ce nerf a dû modifier sa mar- che pour se rendre dans l'organe respiratoire, parce que cet organe lui-même a changé de place. Mais cette paire donne encore un nerf, et quelquefois deux, dont les rapports avec ceux des classes supérieures sont moins apparens. Le premier est une branche qui sort tantôt de la base antérieure de cette paire, tantôt du bord postérieur de son ganglion , et se rend en ligne droite jusqu'à l'extrémité de la queue. Dans beaucoup de poissons, notamment dans la per- che, après avoir donné un filet superficiel (^) CHAP. V. CERVEAU ET NERFS DES POISSONS. 445 qui suit le commencement de la ligne latérale, ce nerf marche en ligne droite (tt) dans l'épais- seur des muscles latéraux, entre les côtes et leurs appendices , recevant de tous les nerfs de l'épine des fdets particuliers différens des inter- costaux, et en donnant à la peau, au travers de tous les intervalles des couches musculaires. Dans d'autres, tels que la morue, il est su- perficiel dans toute sa longueur, et on ne lui voit pas de communication avec les nerfs de l'épine , ou du moins elles sont diiïiciles à voir. Dans la carpe ces communications ont lieu par des filets trës-fîns. ^ Le second de ces nerfs (ô) est celui qui s'unit à une branche de la cinquième paire, pour for- 1. M. "VVeber a pensé que c'était un caractère propre du nerf dorsal de recevoir des filets des nerfs spinaux; mais le nerf la- téral, venu de la huitième paire, en reçoit aussi dans beaucoup de poissons, et il est probable qu'on en découvrira dans tous. On voit planche IV (en ©) une partie du nerf dorsal formé par la cinquième et la huitième paire avant qu'il s'enfonce sous les petits muscles latéraux des rayons, et (en p, p) le nerf superficiel sorti de la huitième paire, qui marche sous la ligne latérale. Nous avons représenté, pl.V, le nerf dorsal (0, ©) dans toute son étendue, avec les filets qu'il reçoit de tous les nerfs de l'épine; et le nerf latéral profond (tt-, tt, tt) de la huitième paire, qui passe sous les appendices des côtes, reçoit aussi des filets de tous les nerfs de l'épine, et va se terminer en un plexus sur le côté du bout de la queue. La branche du premier, qui (dans la morue par exemple) suit la base de l'anale, n'a pu ^tre représentée, parce que nous ne l'avons pas vue dans la perche. 444 LIVRE DEUXIÈME. mer le nerf dorsal (0), dont nous avons déjà parlé. C'est aussi du nerf de la huitième paire que sort le rameau {(p) qui donne des fdets au dia- phragme. Le dernier des nerfs du crâne (^) sort de la moelle alongée , après la huitième paire ; il donne un rameau à la vessie natatoire, puis son tronc principal se distribue à la partie an- térieure de l'épaule et va jusqu'aux muscles qui se rendent de l'humérus à l'os hyoïde ; mais il en sort des branches qui s'anastomosent avec le premier nerf spinal , et ce plexus forme le tronc d'oii naissent les nerfs des muscles ex- ternes de la nageoire pectorale et de ceux de sa face antérieure. La deuxième paire de l'épine (eu) donne des nerfs aux muscles internes et à la face posté- rieure de cette même nageoire. Cette paire est remarqual^le dans les trigles par la grosseur qu'elle prend en sortant du ca- nal vertébral et par les grosses branches qu'elle donne aux rayons libres placés dans ces poissons sous la nageoire pectorale. Elle y naît au côté de la dernière des cinq paires de tubercules qui suivent le cervelet dans ce genre d'une organi- sation singulière. Dans les poissons dont le bassin est suspendu CHAP. V. CERVEAU ET NERFS DES POISSONS. 44 5 aux os de l'épaule, soit que leurs ventrales sor- tent en avant des pectorales, ou sous elles, ou en arrière, c'est de la troisième et de la qua- trième paire spinale que les ventrales tirent leurs nerfs ; la troisième en donne à leurs mus- cles attaches au bassin; la quatrième y fournit aussi, mais se distribue surtout a. leurs rayons: il vient aussi aux muscles quelques filets de la cinquième. Dans les poissons appelés j ugulaires , oii les ventrales sont attachées plus avant que les pec- torales , ces nerfs se recourbent en dessous pour aller trouver sous la gorge les parties auxquelles ils sont destinés; mais ils partent des mêmes paires. Il n'en est pas de même des poissons dits ab- dominaux. Les nerfs de leurs ventrales vien- nent de paires plus reculées. Dans la carpe, ce sont la septième et la huitième paire spinale qui les fournissent. Les chondroptérygiens ne diffèrent pas beau- coup des autres poissons pour la répartition des nerfs du crâne; mais leurs nerfs de la pecto- rale viennent d'un bien plus grand nombre d'o- rigines. Au surplus, nous traiterons spéciale- ment de leur névrologie quand nous serons arrivés à leur histoire. 446 LIVRE DEUXIÈME. CHAPITRE Yï. ORGANES DES SENS EXTÉRIEURS DES POISSONS.' L'odorat, la vue, l'ouïe sont donnés aux poissons par des organes analogues à ceux des autres classes et placés de même ; si leur goût paraît faible, il y a lieu de croire néanmoins qu'il réside aussi dans les tégumens de la lan- gue, à moins que les tissus singuliers qui se voient aux palais de quelques espèces , telles cpie les cyprins , n'en soient aussi le siège. Quant au tact, indépendamment de leurs té- gumens généraux, dont la sensibilité varie à l'infini , des dispositions particulières de cer- taines parties, qui deviennent plus ou moins prolongées , plus ou moins mobiles , selon les espèces, lui fournissent des organes quelquefois très -singuliers et très- remarquables. De rOEil^ L'œil des poissons est suspendu dans un or- bite dont nous avons déjà décrit la composi- 1, On a représente les organes de la vue, de l'ouïe et de l'odo- rat d'après la perche, pi. VII; savoir: les narines, %•!!; l'œil, fig. m à VIU ; l'oreille, %. IX et X. '2. La membrane plisséc qui forme le nerf optique, a été décrite et représentée par Malpiglii dans le xiphias. Il y a de bonnes observations sur l'œil des poissons dans \ts CHAP. VI. SENS EXTÉRIEURS DES POISSONS. 447 tioii au chapitre de l'ostëologie ; voûté eu dessus par le froutal priucipal , limité en avant et en arrière par les frontaux antérieur et postérieur , cet orbite a son cadre complété en dessous par mémoires de Pelit le médecin, insérés parmi ceux de l'académie des sciences pour 1726 el lyjo. Dans ce dernier surtout il a traité avec détail des formes et des courbures de ses parties, et nommé- ment du cristallin de plusieurs poissons de mer et d'eau douce. Haller en a étudié et décrit toutes les parties avec beaucoup d'exactitude, à la vérité sur des poissons d'eau douce seulement, dans les Mémoires de 1762. Son travail, présenté de nouveau, avec des additions , à la société de Gœttingue en 1 766 , a été réimprimé en latin dans ses Oj^iera minora, t. III. Il j fait bien connaître le ligament falciforme du cristallin, les deux lames de la rétine, etc. : il prend le corps rouge d'entre la ruischienne et la sclérotique pour un muscle. Vicq-d'Azvr ne parle point de l'œil dans ses Mémoires sur les poissons ; et Monro se borne à quelques détails sur ses humeurs, considérées sous le point de vue dioptrique. J'ai ajouté quelques faits dans mes Leçons d'anatomie compa- rée, t. III, où j'ai fait connaître surtout les différences des jeux des chondroptérjgiens , et on en trouve quelques-uns de plus dans un mémoire de M. Rosenthal , imprimé en 1811 dans le dixième volume des Archives physiologiques de Reil. M. de Sœmmering, le fils, dans sa Dissertation sur la coupe transversale de Fœil (Gœttingue, 1818, in-folio), donne de belles figures des coupes de l'œil de l'esturgeon, de l'aiguillât, de la raie , de la morue et du brochet. On trouve aussi quelques faits utiles dans la thèse AeM.Angelj, sur l'œil et les organes lacrimaux (Erlang, i8o3); dans celle de M. Muck , sur le ganglion ophthalmique (Landshut, i8i5), et dans celle de M. Massalien, sur les veux du thon et de la seiche (Berlin, 181 5). Enfin, M. Jurine a inséré en 1821, dans le pre- mier volume de la société de physique de Genève, des observa- tions sur l'œil du thon, à propos duquel il fait des remarques importantes sur celui de plusieurs autres poissons. 448 LIVRE DEUXIÈME. la chaîne des os soiis-orbitaires ; son fond est occupé par le sphénoïde antérieur et les mem- branes qui s'y attachent; son plancher, enfin, est en partie soutenu par le ptérygoïdien et par nne portion plus ou moins considérable des autres os de l'appareil ptérygo- palatin. La position, la direction et la grandeur des yeux des poissons varient à l'infini. Dans les uns ils regardent le ciel , et sont souvent très -rapprochés l'un de l'autre; dans d'autres ils sont très -écartés sur les côtés, ou même un peu dirigés vers le bas. Mais, de toutes les directions, la plus extraordinaire est celle qu'on observe dans le genre des pleuronectes (turbots, plies, soles, etc.), ou les deux yeux sont placés, l'un au-dessus de l'autre, du même côté de la tète. Il y en a dans certains poissons des genres anguille et silure de si petits qu'on a peine a les apercevoir ; et dans d'autres poissons , tels que le priacanthe ou le ponia- tome , ils surpassent par le diamètre propor- tionnel tout ce que l'on connaît dans les classes supérieures. Cependant on peut dire en général que les poissons ont l'œil grand , et surtout que sa pupille est large et ouverte , comme il convenait qn'elle le fût pour rassembler les rayons dans le fond des eaux, oîi ils arrivent en si petite quantité. CHAP. VI. SENS EXTÉRIEURS DES POISSONS. 4 49 11 n'y a point de vérital)les paupières : la peau passe toujours au-devant de l'œil, et y forme une conjonctive peu adhérente cpii, le plus souvent, prend la transparence nécessaire pour que les rayons puissent arriver à l'organe. Dans cer- tains poissons, comme l'anguille, elle y passe sans faire le moindre repli : il y en a même, comme la cécilie, le gastrobranche, oii elle de- meure opaque et cache le vestige d'œil. Dans d'autres, tels que le maquereau, le hareng, elle forme un repli adipeux en avant et en arrière; mais ces replis sont fixes et sans muscles ni mo- bilité : les squales en ont un plus mobile au bord inférieur de l'orbite. Quelquefois, connue dans le poisson lune, la peau se renfle autour de l'œil , et est garnie intérieurement de fibres qui composent une espèce de sphincter, et dont l'action est contre-balancée par plusieurs fais- ceaux de fibres dans des directions rayonnantes. Le globe de l'œil ' est assez peu mobile. Comme 1. La figure lil, pi. VII, représente Je globe de l'œil, entier, vu par derrière, les muscles écartés, et montrant l'entrée des nerfs : le corps graisseux parait au travers de la sclérotique. En figure IV la sclérotique est ouverte et ses lobes écartés ; le nerf optique est débarrassé de son enveloppe et déplissé : on voit à nu le corps graisseux placé sous la sclérotique. En figure V ce corps graisseux est enlevé, ainsi que la coucbe argentée qui enveloppe la choroïde , et l'on voit à nu le corps rouge et en forme de fer à clieval , place entre celte coucbe et la choroïde. La figure \'l est le globe dépouillé de sa^ sclérotique et de sa cornée, et vu par le 1. 29 450 LIVRE DEUXIÈME. celui de l'homine, il a six muscles, dont quatre droits ' (u.°' 1,2,5,4, fig. 111), venant du fond de Forbite en arrière et à peu près du contour du trou optique, et deux obliques {a^ Z>), venant de la paroi antérieure de l'orbite , et s'insërant transversalement au globe, l'un en dessus, l'au- tre en dessous. L'oblique supérieur n'a point la poulie qui change sa direction dans les quadru- pèdes. Le muscle en forme d'entonnoir des qua- drupèdes manque aussi. C'est à l'oblique supérieur que s'insère le nerf de la quatrième paire , et à l'abducteur celui de la sixième ; les autres reçoivent leurs nerfs de la troisième paire, absolument comme dans le reste des vertébrés. Les intervalles restés entre l'orbite, le globe, ses muscles , ses nerfs et ses vaisseaux , sont gar- nis d'une cellulosité làclie, remplie d'un fluide gélatineux ou de graisse, très-propre à faciliter les mouvemens de l'oc^il. côté , montrant la saillie du cristallin hors de la pupille. La figure VU est une coupe du globe de l'œil dans le sens vertical , et montrant l'emboitement mutuel de toutes les parties. Enfin, la figure Vlll est le globe coupé en travers, et montrant le ligament du cristallin. 1. Si l'on prend leur direction par rapport à l'axe de l'œil, ou à sa surface extérieure, ils y sont souvent très-obliques : c'est apparemment ce qui a fait dire à feu Albers que la dorade {cory- phœnn) a deux muscles droits et quatre obliques j mais j'ai suivi la nomenclature usitée pour l'homme. CHAP. VI. SENS EXTÉRIEURS DES POISSONS. 451 Il n'y a iii glande lacrymale, ni points la- crymaux , et en effet cet appareil n'était pa^ nécessaire à des animaux dont l'œil est sans ceyse lavé par l'eau dans laquelle ils habitent. Dans les raies et les squales le globe de l'œil est porté sur un pédicule cartilagineux nu)l)ile5 attaché au fond de l'orbite entre les origines des muscles droits; circonstance qui doit donner de la force à ses mouvemens. La ïace antérieure de l'œil {c, lig. YIÏ) est gé- néralement plane ou peu convexe, et l'humeur aqueuse peu abondante; le reste de la surface du globe est en sphéroïde plus ou moins appro- chant de la sphère, mais quelquefois assez irré- gulier. Les raies ont le dessus plat, en sorte que leur œil présente la forme générale d'un quart de sphère. t n œil très-singulier est celui de l'anableps, qui a deux cornées séparées par une ligne opa- que et deux pupilles percées dans le même iris , en sorte qu'on le croirait double; mais il n'a qu'un vitré, qu'un cristallin et qu'une rétine.* Le cristallin des poissons (d^ fig.YI,\ ÏI, V iJI) est sensiblement sphérique, très-volumineux, et laisse pour le vitré une place moindre que dans 1. Voyez Lacépède , Mém. de l'Institut, se. math, et phys.. t. II. 452 LIVRE DEUXIÈME. les yeux des animaux qui vivent dans l'air. Sa consistance est très-grande; son noyau, très- dur, demeure transparent même dans l'esprit de vin; ses couches extérieures sont nombreuses, et se divisent en fibres dans la direction des mé- ridiens de ce petit globe : sa capsule est molle ; elle est attacbée dans une fosse du vitré par un ligament circulaire produit par la membrane du vitré, qui l'entoure à peu près comme l'horizon d'un globe géograpbique. Il y a de plus dans un grand nombre de pois- sons un ligament en forme de faux (e^ fig. VllI) qui passe par un sillon de la rétine et pénètre dans le vitré, dont il est le seul lien. Ce ligament commence à l'entrée du nerf optique, et suit la concavité intérieure en descendant vers le bas de l'œil; il contient des a aisseaux et des nerfs : sa pointe inférieure, la plus voisine de l'uvée, s'attache à la capsule du cristallin par sa face inférieure , tantôt au moyen d'une simple proé- minence ou d'une lame un peu plus opaque; tantôt, ainsi qu'on l'observe dans le thon^ au moyen d'une espèce de grain ou de tubercule transparent, et plus dur que le vitré dans le- quel il est plongé'. 11 y a des poissons, tels que 1. C'est ce que M. Jurine nomme le ganglion du ciislallin. Ne l'ajant \u que dans des jeux allérés par l'esprit de vin, il le sup- posait opaque. CHAP.VI. SENS EXTÉRIEURS DES POISSONS. 4iî5 les salmones , les dupées , oii ce ligament est opaque et noir, comme la face interne de la ruyschienne. Les cliondroptéiygiens n'ont pas ce liga- ment, ni beanconp de malacopteiygiens , no- tamment les carpes. Dans le congre on voit deux très-petits liga- mens , un antérieur et nn postérieur, qui re- tiennent le cristallin comme par deux pôles. On distingue à l'œil des poissons quatre et même cinq tuniques. La plus extérieure (/,/) , ou la sclérotique, est épaisse, fd^reuse, soute- nue en partie, dans la plupart des espèces, par deux pièces cartilagineuses, intercalées dans son tissu , et qui laissent un vide entre elles en arrière : elles s'ossifient plus ou moins dans les grands poissons , et même dans certaines espèces , dans l'espadon par exemple , elles forment à elles deux une enveloppe spliéiique complètement osseuse, sauf les orifices pour l'entrée du nerf et pour l'encliâsseinent de la cornée. Dans les cliondroptéiygiens la sclérotique n'a point ces pièces , elle est uniformément cartilagineuse; dans les raies et les squales son cartilage a en arrière une proéminence pour l'articulation avec le pédicule qui porte le globe. Très-souvent sa partie fibreuse prend aussi dans 454 LIVRE DEUXIÈME. les poissons ordinaires de l'épaissenr en arrière, et y forme une tubérosité. L'ouverture antérieure de la sclérotique en- cadre la cornée, qui y est sertie dans un cercle souvent un peu plus épais. La cornée est lanielleuse comme dans les autres classes, et sa lame la plus interne est quelquefois teinte en jaune ou en vert ; c'est ce qu'on voit dans la perche. Sous la sclérotique est d'aborfl, dans beau- coup de poissons, un tissu cellulaire de nature graisseuse {g, g, fig. lY), plus ou moins étendu, et qui forme quelquefois une couche épaisse. Il mancpie dans la morue et dans d'autres espèces , mais il est très -épais dans le maigre : dans la perche il forme différens lobes au pourtour du globe. Plus intérieurement est une membrane très- mince, presque sans consistance, qui ne semble au premier coup d'œil qu'un enduit de couleur argentée ou dorée, et qui enveloppe toutes les parties plus intérieures. C'est même cette couche qui se continue sur le devant de l'iris et lui donne la belle couleur métallique qui le rend presque toujours si éclatant dans les poissons. La pupille des poissons n'a généralement point la faculté de changer de diamètre ; mais on doit remarquer la singulière production dé- CHAP. VI. SENS EXTÉIUEUKS DES POISSONS. 455 coupée en forme de palme cpie son bord supé- rieur forme dans les raies , les pleuronectes , et qui peut fermer l'ouverture de la pupille, comme ferait une jalousie. La face postérieure de l'iris, ou l'uvée, est formée par une autre membrane, rpii tapisse tout l'intérieur de l'oeil , et dont la face interne est d'ordinaire garnie d'un enduit ou d'une sorte de vernis plus ou moins noir. Cette membrane, trës-finement vasculeuse , peut être divisée en deux lames: l'interne, plus mince, plus simple, est une vraie ruyscbienne; l'externe, cpil est pro- prement la lame vasculeuse , est assez épaisse ; c'est la choroïde. Dans les grands yeux la rujscliienne forme sensiblement, à la face interne de l'uvée, a l'en- droit oîi sont les procès ciliaires des mammifères, un cercle de plis rayonnans et très-fins; mais ces plis ne sont pas aussi saillans et n'atteignent pas juscpi'à la capsule du cristallin, en sorte qu'on ne peut pas dire que ce soient de véritables pro- cès ciliaires. Ces plis, ainsi que le reste de l'uvée, touchent immédiatement au corps vitré et y ad- hèrent avec force; et la convexité antérieure du cristallin saille même souvent au travers de la pupille, en sorte que l'humeur aqueuse n'a point de chambre postérieure. Entre la choroïde et la membrane de cou- 4o6 LIVRE DEUXIÈME. leur métallique qui l'enveloppe, est un appa- reil entièrement propre aux poissons, et même aux poissons osseux, car les chondroptérygiens ne l'ont pas. C'est une bande ou un bourrelet diversement courbé (/?, h, lig.V), et formant un anneau irrégulier et incomplet qui entoure à quelque distance l'entrée du nerf optique. Ce bourrelet est divisé quelquefois en deux parties; d'autres fois il représente un large croissant, mais il a toujours une solution de continuité à sa partie inférieure. Il est toujours très-rouge; son tissu offre principalement des vaisseaux sanguins , transverses , serrés , parallèles entre eux. 11 en sort d'autres vaisseaux, souvent très- tortueux, toujours très-ramifiés, et qui forment dans l'épaisseur de la clioroïde un réseau fort serré , que Haller a considéré comme une mem- brane particulière. La nature de ce bourrelet n'est pas facile à déterminer. Quelques-uns Font cru musculaire ; mais les stries rouges que l'on y voit, sont vas- culaires et non fibreuses : d'autres l'ont regardé comme glanduleux ; mais il ne paraît en sortir que des vaisseaux sanguins. Peut-être est-ce un tissti érectile, anab)gi5e à celui du corps caverneux, et qui a quelque influence pour ac- commoder la forme de l'œil aux distances et à la densité des milieux. CHAP. VI. SENS EXTÉRIEURS DES POISSONS. 4o/ Le nerf optique {i, i, fig. III àYIï) , ainsi qne nous l'avons dit, se compose flans ])eaucoiip de poissons (du moins parmi les acanthoptérygicns) d'une meoîbrane plissëe , enveloppée dans une tunique plus ou moins forte qui se termine à la sclérotique : il se rend dans un point de l'œil assez éloigné du centre, et y pénètre le plus souvent obliquement. Après avoir percé la sclé- rotique, il a souvent encore un assez long tra- jet à faire au travers du tissu graisseux et entre les brandies du bourrelet vasculaire, avant de percer la cboroide et la ruyscbieune. Son dia- mètre se rétrécit beaucoup au moment oii il se montre en dedans de la ruj^scbicnne; tantôt il paraît à l'intérieur de l'œil comme un point ou une tacbe blancbe et ronde ou irrégulière, tautôt comme une ligne. Lorsque le nerf est plissé, la rétine elle-même a sa lame interne très-plissée : elle tapisse d'ailleurs, comme à l'ordinaire , toute la concavité intérieure de l'œil jusqu'à la naissance de l'uvée, et enve- loppe ainsi presque tout le vitré. Dans les pois- sons qui ont un ligament falciforme, elle est fendue pour le laisser passer , mais elle le serre de très- près, et sa fente se marque souvent par deux lignes blancîiâtres qui suivent de ce coté toute la concavité de l'œil. On divise aisé- ment la rétine en deux lames , dont l'interne est 458 LIVRE DEUXIÈME. plus mince et plus fibreuse ; l'externe est plus pulpeuse. D'après cette structure générale de l'œil des poissons, la sphéricité à peu près complète de son cristallin , l'immobilité de sa pupille , la difficulté où il est de changer la longueur de son axe, on ne peut douter que leur vision ne soit très-imparfaite. Les images ne peuvent que se peindre confusément sur leur rétine ; et il est en conséquence peu probable cju'ils soient sus- ceptibles d'avoir des perceptions bien distinctes des formes des objets. Il est vrai de dire cepen- dant qu'ils reconnaissent leur proie même de loin, et qu'ils la reconnaissent par la vue, puis- que des mouches artificielles les trompent, et les font mordre à l'hameçon comme des appâts véritables. De r Oreille, ' L'oreille des poissons ne consiste en quelque sorte que dans le labyrinthe, et encore dans un labyrinthe moins compliqué à beaucoup d'égards que celui des quadrupèdes et des oiseaux. 1. Casserius avait déjà au dès 1600 et 1610 plusieurs parties importantes de l'oreille des poissons, et la connaissait mieux que celle de l'homme; car il représente passablement [Venlesttseiony p. 224) les canaux semi-circulaires et les pierres du brocliel. Slénon, dans les Àcla medica de Copeniiague pour iGyâ, dé- CHAP.VI. SENS EXTÉRIEURS DES POISSONS. 4^0 Ils n'ont point d'oreille externe, à moins qn'on ne veuille donner ce nom à une petite cavité, cpielcpiefois uq peu contournée en spi- cilt l'oreille interne de l'émissole en abrégé, mais assez exacte- menf , rjuoiqae sans figures. On peut conclure de quelques mots de Sa^armuerdam [Bibl. nnt., t. I, p. m) que le labyrinthe des poissons ne lui était pas non plus inconnu. Mais son l'ivre n'a été imprimé qu'après sa mort, en ijSj. Duverney, dit-on, le connaissait aussi; mais ses observations a ce sujet n'ont jamais élé imprimées. Bromcl, professeur d'Upsal, a donné un catalogue des pierres d'oreilles de poissons qu'il avait recueillies. Klein, dans son premier Missus hîstoriœ piscium promoçendœ , imprimé en 1740, a parlé en détail de ces pierres, et a représenté exactement celles du brochet, du saumon , de la truite, de l'om- bre, de la marène, du hareng, de la morue, du dorscli, de la lote, du sandre, de la perche, de la gremille, de l'épinoche, du turbot, de la plie, de la barbue, de ia carpe, du barbeau, et de plusieurs autres cjprins, etc., mais hors de leur position et de leur liaison avec le labjrinthe. En 1753, Etienne-Louis Geoffroy, médecin de Paris, présenta à l'Académie un mémoire ex professa sur l'oreille des poissons, qui n'a été imprimé qu'en 1 778. Il j décrit généralement bien l'oreille de l'anguille, du merlan, du brochet, de la carpe, du gardon, de la limande et de la perche ; seulement il a voulu trouver un méat auditif externe dans quelques trous du crâne, qui ne pa- raissent point avoir cette destination. Les figures annexées dans l'origine à ce mémoire ayant été perdues, il n'j en a point dans l'imprinié. Ce qui concerne la raie était compris dans un mémoire sur l'ouïe des reptiles, présenté en 1702, et imprimé dès 1755. Pierre Camper avait fait ses Recherches en 1761 : elles parurent d'abord dans les Mémoires de Harlem en 1762. Il en envoya de plus développées à l'académie des sciences en 1767, qui parurent dans le tome VII des Savans étrangers, en 1774- H J décrit sur- tout l'oreille de la raie, de la morue, du brochet et de la bau- 4 GO LIVRE DEUXIÈME. raie , qui est au-devant de l'espèce de fenêtre ovale qu'a la raie ; cavité entièrement cacliée sous la peau. Les poissons osseux n'ont ni cette droie, avec des figures à sa manière, c'est-à-dire un peu vagues. Il ajouta peu à ce qu'avait dit Geoffroy, si ce n'est qu'il dénia trop généralement l'existence du canal extérieur, et qu'il parla d'un organe qu'il nommait iensur hursœ , et qui ne paraît qu'un appendice ou plutôt un ligament plus prononcé dans le brochet que dans beaucoup d'autres poissons. En 1773, dans le dix-septième volume des Novi Comment arii de Pétersbourg, KœJreuter a donné une description et des figures très-exactes et très-délai liées de l'oreille do deux espèces d'estur- geons, Yordinaire et le hiizo. ^Monro dit ne s'être occupé de l'oreille des poissons que sur la nouvelle qu'il eut des observations de Camper; mais cette nou- velle fut tardive, car elle ne lui arriva qu'en 1779. Ses observa- tions ont paru dans son Anatomie des poissons, en 1785, avec de belles figures. Il a mieux décrit que ses prédécesseurs et que ses successeurs l'oreille extérieure des cliondroptéiygiens, et l'a sur- tout bien représentée dans son recueil de Trois traités sur le cer- veau , l'œil et l'oreille, imprimé à Edimbourg en 1792. John Hunier assure avoir découvert l'oreille interne des pois- sons dès avant 17G0; mais il n'a publié ses remarques qu'en 1786, et par extrait seulement, dans ses Observations on certain paris ofthe animal œconomy. I) j reconnaît avoir été devancé par Geoffîoy sur la raie. Mais la description la plus nette et les plus belles figures de l'oreille des poissons sont dues à M. Scarpa, dans ses Disijuisitio- nes de auditu et olfnctu , imprimées à Pavie en 1789. Il y repré- sente d'après nature l'oreille de la raie, de la roussette, de la baudroie, du brochet. Il nie mal à propos la communication avec le dehors, découverte par Monro dans la raie. La même année 1789, M. Comparetti a fait paraître à Padoue ses Observations sur T oreille interne, où il décrit avec soin et repré* sente avec exactitude, bien que sans élégance, celles de la raie, de l'ange, de l'aiguillât, de l'émissole, de l'esturgeon, du thon, CnAP.VI. SENS EXTÉRIEURS DES POISSONS. 4G I cavité, ni même aucune fenêtre ovale : quel- ques - uns d'entre eux , comme les lepidolepi us ou macroures , certains mormyres , ont seule- de l'amie, de languille, du flet, du brochet, de la donzelle, dé la carpe el du goujon. C'est d'après les recherches de ces auteurs, et celles que j'ai faites moi-même, que j'ai décrit l'oreille des poissons dans mon Anatomie comparée. J'ai ajouté quelques faits relativement à l'esturgeon, au poisson lune, à la distribution des nerfs, etc.; et je ne crois pas que cette description, en tant que générale, ait eu des modifications à subir. Mais dans un ouvrage latin, imprimé à Leipzig en 1820, sur l'oreille de l'iiomme et des animaux, M. Ern. Henri IVeber a donné beaucoup de détails intéressans sur celte partie dans les poissons , avec des descriptions fort claires , et des figures très- belles et très-exactes; et y a proposé une hypothèse toute nouvelle sur des osselets adhérant aux premières vertèbres de l'épine des cjprins, des silures et des loches, que l'on avait regardés jusqu'à présent comme exclusivement affectés à la vessie natatoire, mais dont M. Weher a montré qu'ils sont aussi en rapport avec le sac de l'oreille des poissons; ce qui lui fait penser qu'ils représentent les osselets du tympan de l'homme et des animaux supérieurs, et que non-seulement ces osselets, mais la vessie natatoire elle- même, sont au nombre des organes qui servent à l'ouïe. Cette opinion a été soutenue parM.Bojanus dans l'Isis de 1818. M. Geoffroy l'a combattue , du moins en ce sens qu'il a l'ait voir que ces osselets sont plutôt des démembremens des pre- mières vertèbres que les vrais osselets de l'ouïe, qu'il continue toujours à croire représentés par le^ pièces operculaires. Plus nouvellement j'ai reconnu des rapports entre l'oreille et la vessie natatoire dans des poissons où l'on n'en avait pas soup- çonné, et notamment dans le myripristis. Il y a enfin des observations curieuses de MM. Otto et Heusinger sur des ouvertures du crâne dans les lepidoleprus et dans les mor- myres, qui peuvent transmettre à l'oreille interne quelque chose des vibrations de l'élément ambiant. 462 LIVRE DEUXIÈME. ment au crâne des ouvertures bouchées par la peau, par lesquelles les trémoussemens du li- quide ambiant peuvent être médiatement con- duits jusqu'au labjrintlie. Dans d'autres , tels que les myripristis, le crâne est ouvert en des- sous , et son orifice est bouclié par luie cloison membraneuse, à laquelle adliëre la Aessie na- tatoire; mais ces connnunications sont fort dif- férentes de celle qui a lieu par le moyen du tympan, et encore plus de celle qid a lieu par la trompe d'Eustache. Les poissons manquent en effet du tympan et de ses osselets , ainsi que de la trompe d'Eustache. Ceux qui ont voulu retrouver dans les os de l'opercule les quatre osselets de l'o- reille de l'homme, subitement et prodigieuse- ment développés , n'ont conçu une pareille idée que d'après le système très -hasardé que les pièces osseuses doivent se retrouver en même nombre dans toutes les têtes , et en effet ils ne peuvent alléguer aucune autre raison en leur favem- : ni la forme, ni les rapports, ni les fonctions de ces os, ni les muscles qui s'y attachent, ni les nerfs qui s'y rendent, ne peuvent se prêter à la comparaison ; or , cette identité du nombre des pièces souffre tant d'exceptions, qu'elle ne peut en bonne logique servir à elle seule de preuve à une autie CHAP. VI. SENS EXTÉPJEURS DES POISSONS. 465 proposition, elle-même tout aussi douteuse. (juant a ceux qui ont cru voir clans la vaste et quintuple communication des branchies avec la bouche un développement de la trompe d'Eustache, ils n'ont pas même cherché à ap- puyer leur système sur quelque ressemblance dans le nombre et la structure des parties. Il y aurait quelque chose de plus plausible à alléguer en faveur de Tidée de M.Weber, le- quel voit les analogues des osselets de l'oreille dans les pièces osseuses qui sont aux côtés des premières vertèbres, et qui soutiennent la vessie natatoire des cyprins et des silures. On ne peut contester , en effet , que ces pièces osseuses n'aient, comme nous le verrons ailleurs , une connexion médiate avec le labyrinthe ; mais cette connexion n'est pas semblable a celle des osselets de l'ouïe dans les animaux supérieurs; et fût-il démontré qu'ils concourent à l'exercice du sens de l'ouïe , ils n'en resteraient pas moins , ainsi que M. Geoffroy l'a établi , de simples dé- membremens des apophyses transverses des premières vertèbres. L'analogie ne rend point d'ailleurs vraisem- blable qu'il doive y avoir des osselets de l'ouïe dans les poissons, puisque l'on voit ces osselets décroître, pour le nombre et pour le volume, depuis les quadrupèdes jusqu'à la salamandre 464 LIVRE DEUXIÈME. et à la simie, où ils sont rcduils à iisie seule et unique petite plaque, <[ui représente la dernière moitié de l'étrier. Le labyrinthe membraneux dans les raies est entièrement renfermé dans un labyrinthe osseux plus large, creusé sur les cotés de l'arrière du crâne, dans l'intérieur duquel il est soutenu par des vaisseaux et de la cellulosité, et il adhère par une espèce de ligaîiiesit à un endroit de la face supérieure du cnnie , percé d'une petite ouverture , et fermé par une membrane , sur laquelle est une petite cavité membraneuse, recouverte par la peau : c'est là toute la com- munication de ce labyrinthe avec l'extérieur , et il n'en a avec l'intérieur du crâne que par les trous qui laissent passer les nerfs. L'estingeon , le poisson lune, ont seulement leurs canaux semi- circulaires enveloppés dans des canaux creusés dans le cartilage du crâne; mais le reste de leur labyrinthe est dans le crâne même. Il y a aussi quelque chose d'ap- prochant dans les brochets. Daiîs le très-grand nombre des poissons osseux tout le labyrinthe membraneux * est suspendu 1. L'oreille gauche de la perche est reprcsenlée planche VII, fig. IX, vue par sa face externe, dans un crànc dont les parties latérales ont élc enlevées à cet effet , cl où l'on a montré en même temps la sortie des différens nerfs. L'oreille du côté opposa CHAP. VI. SENS EXTÉRFEURS DES POISSONS. 4G5 dans nue ca\iÎL' du craue, qui n'est qu'un en- foncement latéral de la grande cavité oii est l'encéphale. Il ne reste de vestiges du laljy- rintlie osseux que quelques brides osseuses ou membranenses, autour desquelles tournent les canaux semi - circulaires et une cavité plus ou moins profonde , creusée dans la base du crâne au-dessus de l'os basilaire, où s'enfonce le sac dont nous parlerons bientôt. On doit remarquer cependant un principal ligament qui suspend les deux canaux semi- circulaires verticaux à la voûte du crâne, près du bord postérieur du pariétal , et qui est fort analogue à celui qui communique avec la fe- nêtre ovale des raies. La liqueur huileuse ou mucilagineuse qui enveloppe d'ordinaire le cerveau, pénètre aussi dans les cavités et entoure le labyrinthe mem- braneux. Les canaux semi -circulaires membranenx , au nombre de trois, renflés chacun en une am- poule qui reçoit les fdets du nerf acoustique, ne diffèrent de ceux des classes supérieures que par une plus grande étendue. Il y en a un inférieur, presque horizontal, qui se porte vers est représentée, fig. X, par sa face inlerne, dans un crâne fendu verticalement par le milieu, et où l'on voit aussi les racines des difFérens nerfs prêles à traverser les trous de ce crâne. 1. 3o 466 LIVRE DEUXIÈAIE. le côté du crâne, et deux presque verticaux, l'un antérieur et l'autre postérieur. Ces deux derniers s'unissent par une de leurs extrémités , en sorte qu'à eux trois ils n'alioutissent que par cinq orifices dans la cavité commune qui re- présente le vestibule membraneux. La forme de cette cavité Avarie beaucoup : tantôt c'est un canal alongé, tantôt un sac ovale ou une pyramide triangulaire , etc. Ce que l'on nomme le sac, est un appendice de ce vestibule, qui en est distingué par un étrangle- ment. On assure que l'étranglement est clos, et que les injections ne passent pas d'une cavité dans l'autre; mais cela n'est pas exact, du moins pour les cliondroptérygiens. La membrane qui forme le vestibule et le sac paraît uniforme, et est plus mince et plus failjle que celle des canaux semi-circulaires. Le sac est en général au-dessous et le plus souvent en arrière du vestibule ; il est logé dans une concavité du planclier du crâne , et quelquefois cette conca- vité est recouverte par une lame osseuse, au point de ne laisser que l'orifice pour la partie étranglée qui joint le sac au vestibule. La liqueur qui renq^lit tout le labyrinthe, est un peu gélatineuse et parfaitement trans- parente; le sac et le vestibule en sont gonllés: ils contiennent de plus des corps d'une nature CHAP. YI. SENS EXTÉRIEURS DES POISSONS. 467 particulière , de consistance d'amidon dans les cliondroptérygiens, de nature tout-à-fait pier- reuse dans les poissons osseux. Dans ceux-ci il y: a généralement un de ces corps dans le Acstibule, et deux dans le sac, nu grand et un petit ; ces derniers sont séparés l'un de l'autre par une cloison nieml^raneuse. Ces pierres et ces masses de consistance d'a- midon sont entièrement calcaires, et se dissol- vent dans les acides avec une vive effervescence. On ne leur aperçoit rien qui ressemble à l'or- ganisation des os : les pierres tout-à-fait dures des poissons osseux ressemblent plutôt à des coquilles. Leur forme est très-déterminée, souvent très- singulière et parfaitement constante pour clia- que espèce, au point que l'on pourrait distin- guer les poissons osseux par les pierres de leur oreille presque aussi aisément que par aucun autre caractère : par exemple, celles des gades sont elliptiques, crénelées dans leur bord, re- levées dans leur milieu; celles des sciènes soni; ovales , très-épaisses , tuberculeuses en quelques endroits, et marquées d'un sillon courbe qui en parcourt la surface , etc. ^ 1. On peut consulter le traité que Klein a donné de ces pierres, mais qui pourrait être fort augmenté. 468 UVllE DEUXIÈME. Le nerf acoustique sort de l'encéphale à peu près vis-à-vis la jonction du sac avec le vesti- bule; il donne supérieurement un filet à chacun des canaux semi- circulaires ; ce filet pénètre dans l'ampoule du canal aucpiel il appartient, et s'y épanouit. Une autre portion du nerf va au vestibule; mais la plus considérable se ré- pand par une infinité de filets , qui forment un très-bel appareil , sous la paroi du sac qui con- tient la grande pierre. Dans les raies et les squales les canaux semi- circulaires sont un peu autrement disposés que dans les poissons osseux, et ils aboutissent à un vestibule en forme de tube, dont l'extré- mité supérieure adhère à la fenêtre ovale : ce vestibule, après avoir reçu les canaux semi- circulaires, aboutit à un grand sac ovale, qui a lui-même deux appendices, un antérieur et un postérieur. On ne peut guère douter que cet appendice ne représente la petite cavité, seul vestige de limaçon qui soit demeuré aux rep- tiles, d'autant ([ue dans le,> reptiles elle contient aussi une petite masse gem]>lable à de l'amidon. Cette conclusion doit prol>ablement s'étendre au sac des poissons osseux, malgré sa position en arrière; d'autant plus qu'il est souvent, et peut-être toujours, divisé en deux cavités par imc cloison memlnaneuse. CHAP.VI. SENS EXTÉRIEURS DES POISSONS. 4G9 Les oreilles , telles que nous venons de les décrire, sont, comme on voit, beaucoup moins parfaites cpie celles des quadrupèdes, des oiseaux et même de la plupart des leptiles. Dépourvues de tympan, d'osselets et de trompe d'Eustaclie, elles ne peuvent guère recevoir l'impression des vibrations de l'élément ambiant qu'autant que ces vibrations se communiquent au crâne; en- core, les os ne serrant pas de près le labyrinthe membraneux , le crâne ne peut transmettr.e ses mouvcmens à ce labyrinthe que d'une manière fort affaiblie. L'absence d'un véritable hmaçon et de sa lame fibreuse ne permet pas de croire que l'oreille des poissons puisse être affectée par la différence des tons. Tout ce qu'elle offre au physiologiste, c'est un appareil membraneux fort sensible , oii les lilets nerveux , qui se dis- tribuent dans les ampoules des canaux semi- circulaires, doivent partager tous les mouve- mens du fluide dans lequel ils plongent; où ceux qui s'attachent aux sacs et au vestibule doivent être encore plus vivement agités parles secousses que ces mouvemens impriment aux pierres con- tenues dans ces cavités. 11 est donc probable que les poissons enten- dent ; que le bruit produit en eux une sensa- tion forte, mais qu'ils ne distinguent ni cette infinie variété de tons et de voix , ni ces arti- 470 LIVRE DEUXIÈME. dilations flont nous voyons tous les jours les quadrupèdes et les oiseaux être si vivement frappes. Aussi , tout ce que l'expërience nous apprend sur le degré auquel les poissons jouis- sent de la faculté d'entendre, c'est qu'ils s'ef- fraient facilement des sons subits et inconnus; c'est que les pêcheurs sont obligés d'oliserver un silence profond pour ne pas les mettre en fuite; c'est qu'ils s'habituent à se laisser appeler pour recevoir leur nourriture , et à reconnaître les sons que l'on emploie pour cela. ]Nous avons vu ailleurs que les Romains en avaient accoutumé à connaître leurs propres noms; mais nous ne savons pas si les modernes ont poussé leur éducation aussi loin. Quant à ces appareils spéciaux qui n'ont été accordés qu'à quelques genres, aux cyprins, aux silures, aux loches, aux lepidoleprus , et dans lesquels on a cru reconnaître les suppléans ou même les analogues du tympan ou des osselets de l'oreille des mammifères , comme ce sont des organes d'exception , qui sont loin d'appartenir à la classe entière, nous remettons à les décrire lorsque nous traiterons des genres qui en sont pourvus. CHAP. VI. SENS EXTÉRIEURS DES POISSONS. 471 Des Narines. Les narines des poissons ne sont point dis- posées de manière à être traversées pai' Tair on par l'ean lors de la respiration. Elles ne consistent qn'en denx fosses creusées vers le devant dn museau, et tapissées d'une mem- brane pitnitaire , qui est relevée de plis très- réguliers. Dans les poissons ordinaires, l'os que nous regardons comme le nasal leur sert de voûte , et le vomer , le maxillaire et l'inter- maxillaire contribuent à soutenir leurs parois ; le premier sous-orbitaire forme leiu' bord in- férieur. Leur forme est tantôt oblongne, tantôt ovale on ronde. Elles sont placées ou au bout du museau ou sur ses côtés, quelquefois à sa face supérieure , et même , dans les raies et les squales, à sa face inférieure près des angles de la bouche. La lamproie les a rapprochées sur le sommet de la tête et s'ouvrant par une petite ouverture commune. Dans le très-grand nom- bre des poissons, peut-être même dans tous les osseux, elles s'ouvrent cliacune par deux trous, l'un en avant , l'autre en arrière , quelquefois assez éloignés l'un de l'autre : c'est ce qu'on nomme des narines doubles^ mais cette déno- mination est impropre, les deux trous ne don- nant que dans une seule cavité. 472 LiVr.E DEUXIÈME. L'orifice antérieur a souvent ses bords tu- liuleux, comme dans Tanguille, et quelquefois la tubulure du bord se prolonge, comme dans la lote et dans plusieurs silures, par un de ses côtés, en un tentacule plus ou moins considé- rable. D'autres fois ces rebords n'existent pas; c'est ce que l'on voit dans les scombres, oii de plus l'oriiice postérieur est une ligne verticale. Les narines de la baudroie , par une singu- larité remarquable , sont portées , comme des cliampignons , cbacune par un petit pédicule: la tête de cette espèce de cbampignon contient la cavité de la narine, c|ui s'ouvre, comme à l'ordinaire, par deux petits orifices. Il y en a oii l'ouverture postérieure donne sous la lèvre ; c'est ce qui a lieu notamment dans quelques congres étrangers, et c'est un rapport remarquable avec les sirènes et les protées. Dans les espèces oii la fosse est ronde, les plis de la membrane pituitaire qui la tapisse sont disposés comme les rayons d'un cercle autour d'un centre ou d'inie ligne courte^ ; mais dans celles oii la fosse est oblonaue et aloncée. 1. La planche VII, fig. II, représente les nerfs olfactifs cl les narines de la perche détachées des os. Une des narines est entière et ouverte pour montrer ses rayons ; l'autre est coupée au milieu pour montrer la distribution du nerf à sa membrane. CHAP. VI. SENS EXTÉRIEURS DES POISSONS. 475 ils sont des deux côtes d'un axe , et y forment des peignes très - réguliers , ou y représentent les barbes d'une plume. Leur nombre et leur saillie varient beaucoup , c'est à peine si on les aperçoit dans le lump ; la perclie , par exem- ple n'en a que seize dans cliaque narine ; le turbot vingt -quatre; dans le congre ou l'an- guille ils sont en quantité presque innombrable, des deux côtés d'un axe saillant, qui régne sur toute la face interne du long tube de leur narine. Les rayons eux-mêmes se subdivisent en petites brancbes dans l'esturgeon, et peut-être dans d'autres espèces ; en un mot , la surface de cette membrane se multiplie de diverses manières. Cette surface offre des vaisseaux fins et nom- breux, et il s'en sépare une mucosité abon- dante qui en remplit les intervalles. Le nerf olfactif, sorti des tubercules anté- rieurs du cerveau , et tantôt simple , tantôt double, tantôt divisé en plusieurs filets plus ou moins prolongés, plus ou moins épais, selon les espèces, se rend à la face postérieure ou convexe de la narine. Il se comporte diverse- ment, soit dans son trajet, soit au moment oii il touclie à sa destination. Certains poissons l'ont très - grêle , comme le tétrodon; dans d'autres, comme la morue, il est grêle, mais double ou triple. Les raies et 474- LIVRE DEUXIÈME. les squales l'ont gros et simple, quelquefois même il y est si court qu'il ne semble qu'un appendice du cerveau ; dans le tlion il demeure aussi simple sur toute sa longueur. Dans la perche il se divise en deux dans son milieu, et ses filets se multiplient au voisinage de la narine. Le turbot , la baudroie , l'ont divisé des son origine près du cerveau en plusieurs filets. Le congre, l'anguille, l'ont divisé presque dès l'origine en deux gros troncs, qui donnent cha- cun successivement un grand nomI)re de bran- ches , subdivisées en rameaux pour toutes les lamelles de leur longue narine. Dans plusieurs genres le nerf olfactif, comme nous l'avons dit , au moment de toucher à la fosse nasale , se renfle en un ganglion ; c'est ce que l'on voit dans la morue, dans la carpe, et généralement dans les cyprins. On a observé que ce renflement a lieu pour l'ordinaire dans les poissons oîi le nerf n'est pas renflé à sa base , et oii par conséquent il n'y a pas une paire surnuméraire de tubercules en avant des lobes antérieurs du cerveau. Cependant il se renfle bien manifestement dans la raie , quoiqu'elle manque de ces tuber- cules. Les filets du nerf olfactif pénètrent réguliè- rement dans tous les replis de la membrane CHAP.VI. SENS EXTÉRIEURS DES POISSONS. 475 pitiiitaire, et se terminent à leurs tranclians. On ne voit pas, du moins dans les poissons osseux 5 que l'enveloppe des narines ait de la mobilité, et que leurs orifices soient munis de muscles propres à les ouvrir on à les fermer. Il est certain que les poissons jouissent de la faculté de percevoir les odem^s ; que les odeurs les attirent on les repoussent , et il n'y a point de raison pour douter que le siège de cette fa- culté ne soit dans l'organe dont nous venons de parler. Cependant il ne serait pas impos- sible que cette membrane si délicate ne servît aussi à reconnaître les snbstances mêlées à Feau , ou dissoutes dans ce liquide , et qni ne seraient point odorantes par elles-mêmes, et à diriger ainsi le poisson dans le choix des eaux qni lui sont plus ou moins favorables. On peut conjecturer sans invraisemblance que le degré des facultés dont cette membrane jonit, dépend dn développement que lui don- nent le nombre et l'étendue de ses plis. Des Organes du Goût. Les poissons, à pen d'exceptions près, ava- lent leur nourriture rapidement et sans la mâcber; ceux même dont les mâcboires sont armées de manière à broyer et à couper les alimens , ne peuvent les garder long -temps 476 LIVRE DEUXIÈME. dans la bouche, à cause de la position et du jeu de leurs organes respiratoires ; aucunes glandes salivaires n'y versent de liqueurs propres à les humecter, en sorte qu'ils les savoureraient fai- blement , quand même ils auraient reçu des organes propres à leur en faire bien discerner les saveurs ; mais il parait que leurs organes du goût sont eux-mêmes assez faibles. 11 en est oii le plancher de la bouche n'a pas même de saillie que l'on puisse nommer langue : dans la plupart la langue est courte et peu déta- chée; jamais elle n'a de muscles propres qui lui donnent un mouvement d'alongement ou de flexion , comme dans les quadrupèdes ; mais lors même qu'elle est le plus distincte et le plus charnue en apparence, elle ne consiste qu'en une substance celluleuse ou ligamenteuse, ap- pliquée sur le devant des os linguaux : enfin , très-souvent sa surface est armée de dents quel- quefois serrées les unes contre les autres comme des pavés, et qui doivent lui ôter le peu de sen- sibilité qu'elle aurait sans elles. Il ne se rend à cet organe que des nerfs peu abondans , provenus du glosso - pharyngien , après qu'il a donné presque toute sa substance à la première branchie. On pourrait supposer que quelques portions du palais ou du pliarynx suppléent à la langue CHAP. VI. SENS EXTÉRIEURS DES POISSONS. 477 pour ce genre de sensation , et en particulier dans le genre des cyprins on trouve, à l'entrée du gosier, la voûte du palais garnie d'une subs- tance charnue, molle, épaisse, cpii reçoit beau- coup de nerfs de la huitième paire, et cpii, se trouvant répondre à peu près aux dents pha- ryngiennes , si puissantes dans les animaux , semble offrir toutes les dispositions convena- bles pour savourer les alimens ; mais il est bien difiicile de constater ce que cette conjecture peut avoir de réel. Cet organe est très - singulier par un genre particulier d'irritabilité ; pour peu qu'on le touche ou qu'on le pique , l'endroit piqué se soulève et prend pour quelques instans la forme d'un bouton conique; on peut répéter cette irritation sur tous les points de l'organe, et toujours avec le même effet, tant que la vie y subsiste, et on sait qu'elle dure long-temps dans les carpes, même après qu'on leur a coupé la tête. Ce phénomène pourrait être l'objet d'ex- périences physiologiques intéressantes. Des Organes du Tact, Les poissons ne sont pas beaucoup plus fa- vorisés pour le tact que pour le goiit; dénués de membres prolongés , et surtout de doigts flexibles et propres à envelopper les objets, ce 478 LIVRE DEUXIÈME. n'est guère qu'au inoycu de leurs lèvres qu'ils peuvent explorer les formes des corps : les ap- pendices nommés harhillons , que plusieurs d'entre eux, comme les silures, les loches, plu- sieurs gades et plusieurs cyprins , porteut au- tour de la bouche ; les filamens ou rayons dé- tachés de la nageoire pectorale que l'ou a nom- més doigts dans les trigles et les polynèmes; les autres rayons mobiles, dont la tête des bau- droies est pourvue , et qui sont détachés de la première nageoire dorsale , leur servent plutôt à s'apercevoir de l'approche des corps étran- gers qu'à reconnaître leurs foruies et leurs autres qualités tangibles, et toutefois, dans les limites qui leur sont imposées, ces organes sont fort sensibles , et reçoivent des nerfs remarqua- bles par leur grosseur. L'enveloppe générale du corps des poissons doit aussi , du moins dans ceux oîi elle est revêtue d'écaillés , ne pas jouir d'une grande sensibilité; mais à cet égard les variétés sont presque infinies, depuis les espèces qui, comme la lamproie, ne paraissent rien offrir qui res- semble à des écailles , ou celles qui , comme l'anguille, les ont petites, minces et comme noyées sous un épiderine épais, jusqu'à celles cil les écailles forment des boucliers osseux , comme dans l'esturgeon , ou constituent par CHAP. YI. SENS EXTÉRIEURS DES POISSONS. 479 leur rëunioii une cuirasse inflexible, comme dans les cotlVes. Les écailles sont des productions de la nature de l'ongle ou de la corne , mais le plus souvent d'une substance plus calcaire, qui garnissent la peau des poissons. La composition chimique des écailles offre la plus grande ressemblance avec celle des os et des dents. M. Chevreul, qui a bien voulu s'occuper d'en faire l'analyse dans un lépisostée , dans un cliétodon et dans un bar , a obtenu les résul- tats suivans, après en avoir enlevé l'eau, en les exposant pendant six semaines au vide sec.^ Matière grasse formée en grande partie d'oléine Matière azotée Chlorure de sodium Sous-carbonate de soude Sulfate de soude Sous-carbonate de chaux Phosphate de chaux (des os). Phosphate de .magnésie Peroxide de fer Perte ÉCAILLES de de de Lépisostée. Perça labrax. Chetodon. o,4o o,4o 1,00 4. ,10 55,00 5. ,42 Trace. Trace. 00,10 00,90 i,oo 00,00 0,00 10,00 5,06 3,68 46,20 37,80 42,00 2,20 0,90 0,90 Trace. Trace. Trace. 0,00 2,84 0,00 100,00 100,00 100,00 1. 100. Par ce dessèchement le lépisostée avait perdu 1 le chetodon i5, le bar 16. ,75 pour 480 LIVRE DEUXIÈAîE. Dans le très -grand nombre des genres les écailles sont imbriquées , c'est-à-dire qn'elles se reconvrent comme les tuiles ; leur partie exté- rieure et apparente n'est revêtue que par une lame de derme qni se dessèche promptement ; leur partie cachée s'enfonce dans une cavité, dans nne espèce de bourse , creusée dans le derme , ou formée par un de ses replis ^ : cette partie enfoncée de l'écaillé a d'ordinaire une surface différente. L'on y aperçoit de très-fines stries parallèles à son bord , et des rayons qui se rendent en éventail du centre vers ce bord , lequel est le plus souvent divisé en lobes et en dentelures. La partie découverte varie bien davantage, et est tantôt lisse, tantôt poiatillée, tantôt hérissée ou ciliée par de petites pointes. Cette écaille ainsi enchâssée dans le derme n'y adhère point par des vaisseaux" ; mais il paraît 1. On pourrait croire au preniior coup d'oeil cette disposition très-dilTérente de celle du grand nombre des lézards et des ser- pens, où ce que l'on nomme écaille n'est qu'une production du derme, recouverte par l'épiderme, lequel prend à sa face externe plus de consistance et d'épaisseur; mais les scinques nous con- duisent déjà aux écailles imbriquées des poissons : les replis de leur peau j sont occupés par une sécrétion calcaire, qui (orme une vraie écaille nettement séparable de la substance du derme qui l'enveloppe. Qu'on suppose cette substance du derme plus mince, plus fine, et on aura récaillc des poissons, qui semble encbàssée dans une fosse de ce derme. 2. Leuwenbock a avancé le premier que les écailles croissent CHAP. VI. SENS EXTÉRIEURS DES POISSONS. 48 I qu'elle y croît comme une coquille dans le man- teau d'un mollusque, ou comme une dent dans son germe et dans sa tunique, et les variétés de la surface des écailles, leurs sillons, leurs fos- settes, leurs arêtes, les épines dont elles sont armées ou hérissées, les cils ou les dentelures dont leur bord est garni et qui donnent souvent à la loupe un spectacle très -agréable ', n'excè- dent pas ce que l'on voit dans les coquillages, auxquels on ne conteste pas de croître par couches. Il y en a de trës-épaisses , entièrement pier- reuses, qui se recouvrent peu, mais qui sont très-serrées et forment au poisson une véritaljle cuirasse, telles sont celles des lépisostées , du bichir, etc. Dans certains poissons , comme l'anguille , les écailles ne se recouvrent point les unes les autres, et ont toutes leurs parties également par des couches toujours plus larges, qui se forment sons les pré- cédenles. (Voyez, ses OEuvres, p. 2o5 ; ses Epilres physiologiques, p. 2i4-) Mais il crojait à tort pouvoir compter autant d'années au poisson qu'il distinguait de couches à ses écailles. 1. On peut en voir des figures dans Baster [Opéra subseciva ^ 1. III, pi. i5) et dans quelques j)lanches des Amusemens micros- copiques àtLcAevmuWtv. Schœffer doime aussi des figures d'écaillés dans son Pisc. havnr. penlas ^ et on en voit encore quelques-unes dans d'autres ichtyologistes. Je ne trouve pas que Broussonnet, dans son mémoire inséré au Journal de physique, t. XXXI, p. i2 . ait beaucoup ajouté aux faits rapportés par ses prédécesseurs. 1. 3i 482 LIVRE DEUXIÈME. incrustées sous un épiderme assez épais ; néan- moins elles sont encore assez rapprocliées. Dans d'autres , tels que le tiirhot , le cy clop- tère, il y a des écailles semblables à des cônes ou à des tubercules plus ou moins hérissés, qui adhèrent à la peau par leur base large , et entre lesquelles sont des intervalles nus. Des écailles semblables, mais réduites à n'être que de petites pointes , hérissent le corps de la plupart des tétrodons. Dans les dindons ces pointes deviennent de longues épines, dont la base s'élargit pour les porter comme des tré- pieds. Les grains aigus , qui rendent âpres les peaux des roussettes et de la plupart des cliondrop- térygiens, sont aussi des espèces d'écaillés, et quand ils prennent la forme de tubercules mousses , qui se touchent et que l'on peut po- lir, ils donnent ce que l'on appelle \e ga/uchat ^ armure qui appartient a des espèces de paste- nagues. On en voit dont la forme et la grosseur en fait de vrais boucliers , et telles sont celles de l'esturgeon. Les écailles les plus développées , et qui mon- trent le mieux leur nature analogue à celle des dents, sont celles que l'on nomme les boucles de la raie. Leur base, ovale et renflée, est creuse à l'intériein- , et il y pénètre des vaisseaux qui CHAP. VI. SENS EXTÉRIEURS DES POISSONS. 485 y vivifient un noyau pulpeux, très -semblable à celui d'une dent. La cuirasse des coirres ou ostracions n'est formée que d'un assemblable d'écaillés larges et plates , qui se touclient par leurs bords , et deviennent ainsi nécessairement anguleuses. C'est le derme qui. sécrète sous les écailles cette matière d'un éclat métallique argenté, qui rend tant de poissons si brillans ; elle se compose de petites lames polies comme de l'argent bruni , qui se laissent enlever par le lavage, soit de la peau, soit de l'écaillé dont elles vernissent la face inférieure. Cliacun sait que c'est cette matière qui colore les fausses perles. Il s'en sécrète aussi, dans beaucoup de poissons, dans l'épaisseur du péritoine et des enveloppes que le péritoine fournit à certains viscères, particulièrement à la vessie natatoire.* Les écailles ne sont pas également répandues, ni de forme et de consistance semblables sur tout le corps. Souvent la tête en est dépourvue , et ne se défend que par les rides et les âpretés de ses os , immédiatement recouverts d'une peau très -mince et très - adhérente ; mais il arrive aussi qu'il peut y avoir, selon les genres, des 1. Vojez sur cette matière argentine un mémoire de Réaumur, parmi ceux de l'académie des sciences pour 1816, p. 229. 484 LIVRE DEUXIÈME. écailles sur la joue, sur les pièces operculaires , sur le crâne, et même siu' le museau et sur les mâchoires, enilu, jusque sur la membraue brancliiostège. Les écailles s'étendent aussi plus ou moins sur les nageoires, et même dans les squammipennes les nageoires du dos et de l'a- nus en sont revêtues presque comme le reste du corps. Les écailles de la ligne latérale se distinguent des autres par un ou plusieurs petits tubes dont elles sont creusées , et souvent aussi par d'autres particularités. Dans les caranx , par exemple , elles se relèvent en arêtes des deux côtés de la queue. Il arrive aussi que les écailles du bord infé- rieur du ventre sont compiimées, tranchantes, et, s'unissant ensemble, présentent une espèce de sternum extérieur, dont la forme rappelle celle d'une scie. C'est ce qu'on voit dans les harengs, dans les serrasalmes. Le genre de tégumens fourni par les écailles, très-propre à faciliter la natation par les sur- faces lisses et peu résistantes qu'il présente au liquide , et à préserver le poisson des chocs et des frottemens auxquels il est exposé parmi les rochers qui hérissent les profondeurs de la mer, l'est très -peu à garantir de l'impression des changemens de température; mais la cha- CHAP. VI. SENS EXTÉRIEURS DES POISSONS. 481S leur des poissons n'excédant pas celle du milieu qui les entoure , ils craignent moins le froid que les oiseanx et les quadrupèdes : c'est par la même raison que les reptiles ne sont aussi recouverts que d'écaillés ou d'une peau nue. 486 LIVRE DEUXIÈME. CHAPITRE YII. ORGANES DE LA NUTRITION DES POISSONS.' Les fonctions végétath^es des poissons suivent le même ordre que celles des autres vertéljrés; ils saisissent et divisent leur nourriture avec les dents; ils lui font subir une première di- gestion dans l'estomac; passant de là dans le canal des intestins, elle y reçoit la bile qu'y verse le foie, et le plus souvent une liqueur 1. On a leprésenlé \A splanchnologie et l'angélologie de la perche sur les planches VII et VIII. La figure I, pl.VDI, repré- sente une perche* ouverte, montrant le cœur et les organes ab- dominaux avec les épiploons dans leur situation naturelle. La figure II, pi. VIII, montre les mêmes organes et les branchies en situation et vus par le côté gauche, après que l'on a enlevé les opercules, les os de l'épaule, les muscles et le péritoine de ce côté : cette figure est faite d'après un individu femelle dont l'ovaire était Irès-rempli. La grande figure de la planche VD représente une perche où tous les muscles et le péritoine d'un côté sont enlevés , et où les pièces operculaires et les autres appareils latéraux de la tête cl de l'épaule sont détachés et abais- sés ; ce qui montre à nu les branchies , le cœur et les sinus veineux, les artères qui sortent des branchies, les artères et les reines du tronc , et tous les viscères de l'abdomen avec leurs artères et leurs veines : une grande partie des nerfs cérébraux et les premiers nerfs spinaux y sont aussi montrés dans leur distri- bution; mais on a négligé le reste de ceux de l'épine pour ne pas trop compliquer la figure. Cette figure est faite d'après un individu femelle dont l'ovaire est peu développé. La figure Fil, pl.VllI, représente le canal intestinal et le foie , écartés de manière à montrer la distribution de la veine porte et la vésicule du fiel. CHAP. VU. NUTRITION DES POISSONS. 487 analogue à celle du pancréas ; les sucs nutri- tifs, absorbés par des vaisseaux analogues aux lactés , et peut-être en partie directement par les veines , se mêlent au sang veineux , qui est porté au cœur, et de là dans les branchies, oii le contact de l'élément ambiant le cliange en sang artériel; celui-ci va nourrir tout le corps; mais il doit aussi s'en porter au deliors diverses parties, et la transpiration, les divers liquides qui suintent de la peau, enfin les reins et l'u- rine qu'ils préparent, produisent cet effet. Nous aurons donc à faire connaître dans ce chapitre les organes de la manducation, de la digestion, de la circulation, de la respiration et des excrétions. En général , les poissons montrent de la vo- racité : on les voit sans cesse se poursuivre et se dévorer entre eux ou avaler tous les petits anir-iaux qu'ils trouvent à leur portée; mais le degré de leur pouvoir à cet égard dépend , comme on le comprend aisément, de l'ouver- ture de leur gueule et de la force de leurs dents ; si les dents sont aiguës et crochues , elles retien- nent les animaux les plus agiles; si elles sont larges et fortes, elles bs oient les proies les plus dures; quand le poisson n'en a que de faibles ou en est entièrement dépourvu, il est réduit à des aliinens sans résistance. 488 LIVRE DEUXIÈME. Les poissons mettent peu de choix dans leurs alimens, et leurs forces digestives suflisent pour dissoudre tout ce qui a eu vie. Ils avalent d'au- tres poissons, malgré leurs épines et leurs arêtes; les crabes et les cocpiillages ne les effraient point, et on en trouve souvent les débris dans leurs intestins. Ils rejettent ces matières indigestes, comme les oiseaux de proie rejettent les plumes et les os des petits oiseaux qu'ils ont avalés. Les espèces qui vivent principalement de matières végétales sont en petit nombre; on en trouve surtout dans le genre des smaris, et dans quelques autres démembremens de celui des spares. La digestion paraît se faire assez vite dans les poissons , et leur accroissement dépend beau- coup de Taliondance de la nourriture; ils gran- dissent moins promptement dans de petits vi- viers où ils sont trop nombreux, que dans les étangs vastes qui leur fournissent les alimens nécessaires. Cet accroissement dans les poissons qui vi- vent long-temps, peut excéder de beaucoup les limites ordinaires; mais si l'on excepte quel- ques espèces élevées pai* l'iiomme, on connaît peu la durée naturelle de leur vie, et c'est par des conjectures assez peu fondées que l'on a sup- posé qu'elle devait se prolonger presque sans CIIAP. \'II. NUTRITION DES POISSONS. 489 limite. La raison sur laquelle on appuie cette opinion, celle que leurs os ne durcissent pas autant que dans les animaux à sang chaud, n'est du moins pas applicable à la plupart d'entre eux. De la Manducation , et surtout des Dents. Nous avons fait connaître, p. 533 et 347, la composition des mâchoires et la manière dont elles exécutent, de concert avec l'appareil hyoïde et hrancliial, les mouvemens nécessaires pour saisir les al i mens et les avaler. Jl reste à parler des dents, au moyen des- quelles ces aiimens sont généralement saisis et portés dans le pharynx , et plus rarement dé- coupés ou triturés de diverses manières. Les poissons peuvent avoir des dents adhé- rentes à tous les os qui enveloppent la cavité de la bouche et celle du pharynx : aux inter- maxillaires , aux maxillaires , aux palatins , au \omer, a la langue, aux arcs branchiaux et aux os pharyngiens, et il y a des genres qui ont eiïectivement des dents à tous ces os, soit de formes semblables pour tous, soit de foruies différentes ; mais quelques-uns ou plusieurs de ces os peuvent aussi manquer de dents, et il existe des poissons qui en sont absolument dé- pourvus. 490 LIVRE DEUXIÈME. La perche , par exemple ' , a des dents en velours serre à ses iiitcrmaxillaires (n." 17); à ses dentaires (n.° 34); à une bande trans- versale en forme de croissant sous l'extrémité antérieure de son voiner (n.° iC); à une bande longitudinale de chaque palatin (n.° 22), qui même se continue un peu le long du bord du ptérygoïdien externe (n.° 24). Elle en a encore à ses pharyngiens supérieurs (n.°^ (>i , 62) et in- férieurs (n.° ÏVn), et à toutes les tubérosités de ses arcs branchiaux; mais elle en manque a la langue. Nous désignons les dents, quant a leur posi- tion, d'après les os auxquels elles sont atta- chées. Ainsi nous distinguons des dents inter- maxillaires, maxillaires, mandibulaires, vomé- riennes, palatines, ptérygoïdiennes, linguales, branchiales, pharyngiennes supérieures et pha- ryngiennes infér " e ures. Leurs formes ne sont pas moins variées que leurs positions, et donnent lieu à des épithètes encore plus nombreuses ; le plus souvent elles représentent des cônes ou des crochets plus ou moins aigus: quand ces crochets sont nombreux et disposés sur plusieurs rangs ou en quinconce, on les a comparés aux pointes qui hérissent les 1. Voyez les planches U et Ul. CHAP. VII. NUTRITION DES POISSONS. 491 cardes à carder la laine ou le coton; souvent aussi ils sont assez grêles et assez serrés pour se présenter à l'œil comme les poils du velours, et quand ils sont en même temps fort courts et fort serrés , c'est un velours ras qu'ils repré- sentent ; mais quand ils sont alongés et fai- bles, ils forment Ae^hrosses ou des espèces de che<^eux. Enfin ces petites dents fines peuvent être en même temps si courtes qu'elles se ré- duisent à une simple aspérité, sensible au tact plus qu'à la vue. On comprendra aisément les termes que nous emploîrons pour désigner ces diverses nuances; mais indépendamment de ces dents en crochets , il en existe de tran- chantes à leur extrémité ou en forme de coin , comme les antérieures des sargues et les pha- ryngiennes des scares ; le tranchant peut en être dentelé comme dans les acanthures, ou ai- guisé en pointe dans son milieu , comme dans les serrasalmes. Il en existe aussi de rondes , soit hémisphériques , soit ovales , comme les postérieures des spares; ces dents rondes peu- vent être disposées sur plusieurs rangs , ou même serrées les unes contre les autres, comme des pavés, ainsi qu'on les voit au palais et à la langue du giossodonte, sur les mâchoires de la raie bouclée, aux os pharyngiens des labres et de plusieurs sciènes. Il y en a aussi de poin- 492 LIVRE DEUXIÈME. tues, comprimées et tranchantes des deux côtés, comme celles des trirliinres, des cliirocentres; d'autres dont la couronne est plate et relevée de lignes saillantes, comme celles du pharynx de la carpe, ou cpii se renflent en massue, comme celles du pharynx de plusieurs cyprins; il y en a à couronne tuberculeuse, comme celles des mylètes, etc. Toutes ces dents sont simples, et naissent sur un germe pulpeux également simple. Quelle que soit la forme des dents, la crois- sance de celles cpii sont simples est la même, et se fait par couches, comme dans les dents des mammifères; mais l'accroissement ne va jamais au point de former une racine qui s'enfoncerait dans l'alvéole. Les dents des poissons , comme celles des monitors et de beaucoup d'autres sauriens, ne consistent que dans la partie dite la counDune, et lorsque cette couronne est com- plète, le noyau pulpeux sur lequel elle s'est formée, s'ossifie: quand la dent doit tomber, elle se casse et se détache de ce noyau ossifié, qui demeure et s'unit à la mâchoire au point d'en faiie partie; dans quelques espèces, cepen- dant, telles que l'anarrhique, le noyau osseux, devenu plus grand que la dent et faisant une proéminence sur la mâchoire, s'en détache à la manière du bois des cerfs, et probablement par CHAP. VII. NUTRITION DES POISSONS. 41)5 un mécanisme analogue, et il tombe avec la dent qu'il porte. Le remplacement des dents se fait pendant Une grande partie de la vie , et, à ce qu'il paraît, dent à dent et sans époques fixes , comme pour les feuilles des arbres verts. La dent nouvelle naît tantôt dessous, tantôt a côté, tantôt en arrière ou en avant de la dent en place. Dans le remplacement vertical, qui a lieu sur- tout pour les dents rondes, lorsque le noyau ossifié de la vieille dent s'est uni à la mâchoire, il est nourri avec elle, il prend une texture cel- luleuse; sa cavité se remplit, et quand la cou- ronne est détachée , la surface de l'os est conti- nue : mais il y a plus profondément une cavité oii la dent de remplacement a commencé à se former ; elle perce à son tour la surface de l'os , et subit les mêmes changemens que celle qui l'a précédée. Le remplacement par le côté a lieu surtout pour les grandes dents coniques ou en cro- chets, ou pour les dents tranchantes : la dent nouvelle perce l'os à côté de la dent en place ; mais celle-ci n'en tombe pas moins par rupture, comme à l'ordinaire. Parmi les dentitions singulières on peut ran- ger celle du pharynx des cyprins, celle des 41)4 LIVRE DEUXIÈME. mâchoires des scares, et bien plus encore celle des tétrodons et des diodons. Les cyprins n'ont de dents qu'à leurs plia- ryngiens inférieurs, qui entourent les côtés du pliarynx comme des demi-colliers ; ces dents sont peu nombreuses, mais très-fortes; à la face supérieure il y a une plaque triangulaire de substance dentaire ou d'émail, mais très-dure, que l'on nomme vulgairement pi'e/re de carpe y et qui est enchâssée et comme sertie dans une dilatation de l'os basilaire. Elle croît par des couches qui se forment à la face qui touche à l'os ; c'est contre elle que les pharyngiens infé- rieurs compriment et broient les alimens. Les mâchoires des scares ont presque la forme extérieure d'un bec de perroquet ; à leur base sont des petits trous par ou les dents, dont on voit les germes dans l'intérieur, doi- vent sortir pour se fixer à leur surface, sur laquelle les dents précédentes forment déjà de petites verrues en quinconce : elles se por- tent ainsi par degrés jusque vers le bord, ou elles prennent de l'activité, lorsque celles qui les avaient précédées à cette place, sont tom- bées par suite de la détrition. Aux os pharyngiens des mêmes poissons les dents sont tranchantes, et sortent verticalement et en quinconce de la face de l'os : à mesure que CHAP. VII. NUTRITION DES POISSONS. 495 les antérieures s'usent, il en sort de nouvelles en arrière. Il en est de même des dents pharyngiennes des labres, avec cette seule diiforence, qu'elles sont rondes au lieu d'être tranchantes. Les mâchoires des tétrodons ressembleraient assez aux os phary ?giens des scaies pour le développement de leurs dents , si ce n'est cpie chacune de ces dents, ou plutôt de ces lames, occupe toute la largeur de l'os. Les postérieu- res sont les plus nouvelles, et les antérieures sont les plus usées. Dans les diodons il y a deux séries de lames, dont les unes forment le bord de la mâchoire et les autres un disque placé plus en arrière, et séparé du bord par un léger enfoncement; elles se succèdent aussi, et de manière que dans le disque les postérieures soient les plus nou- velles, et dans le rebord les supérieures. Mais le caractère commun à ces deux denti- tions, c'est que la mâchoire entière n'est armée que de deux ou même d'une seule dent com- posée, dont les lames croissent par la transsuda- tion de lames pulpeuses interposées entre elles, et sont réunies par la même masse d'émail. La chimère a , comme les deux genres dont nous venons de parler, des dents composées; mais elles naissent et croissent sur des germes ^96 LIVRE DEUXIÈME. en forme de filets et non de lames, et leur tissu intérieur est percé de tubes fins, comme nn jonc ou comme les dents de l'oryctérope. Il y en a quatre plaques à la mâchoire supérieure et deux à l'inférieure. Les dents plates et larges des mylobates (poissons de la famille des raies) sont aussi composées dans ce sens que leur substance se forme sur une multitude de filets pulpeux, et est enduite d'un émail commnn. Les dents de la lamproie sont des cornets minces moulés sur des germes assez cliarnus; il y en a sur les lèvres, sur les mâclioires et sur la langue , de formes et de directions diffé- rentes , sur lesquelles nous reviendrons. Dans les squales à dents trancbantes, le noyau de la dent demeure toujours cartilagi- neux, et même il est long-temps flexible, en sorte que les dents de remplacement (qui vien- nent toujours en arrière des dents en place) demeurent, dans les espèces oii elles sont tran- chantes , comme les requins , couchées en ar- rière, et même quelquefois les unes sur les au- tres, sur plusieurs rangs. Elles se redressent, et la base de leur noyau prend de la consistance, quand le moment est venu oîi elles doivent prendre de l'activité. 11 y a des squales dont une partie des dents CHAP. VII. NUTRITION DES POISSONS. 497 sont plates et larges, et composées comme celles des mylobates. Au surplus, nous entrerons aux articles par- ticuliers dans les détails nécessaires à la con- naissance de la dentition de chaque poisson. De la Déglutition. Dans la plupart des poissons osseux, indé- pendamment des lèvres qui , même lorsqu'elles sont charnues, n'ayant pas de muscles propres, auraient peu de force pour retenir les alimens dans la bouche , il y a généralement en dedans de chaque mâchoire, derrière les dents anté- rieures , une espèce de voile membraneux ou de valvule formée par un repli de la peau inté- rieure et dirigée en arrière, dont l'effet doit être d'empêcher les alimens et surtout l'eau avalée pour la respiration, de ressortir par la bouche.' L'aliment saisi par les dents des mâchoires, retenu par cette valvule , porté plus en arrière par les dents du palais et de la langue, lors- qu'elles existent , est empêché par les dentelures des arcs branchiaux de pénétrer dans les in- tervalles des brancliies , ou il pourrait blesser les organes si délicats de la respiration. Les 1. On a fait de celle valvule à la mâchoire supérieure un carac- tère (lu genre zeus ; mais elle existe dans une infinité d'autres poissons, et presque toujours aux deux mâchoires. 1. 32 498 LlVRli DEUXIÈME. mouveniens de la mâchoire et de la langue ne peuvent donc le faire pénétrer dans d'autre voie que celle du pliarynx oii il subit encore une nouvelle action de la part des dents des os pharyngiens, qui le triturent ou le portent plus en arrière et jusque dans l'œsophage. On ne peut pas dire qu'il y ait dans tout ce trajet aucun organe qui remplisse les fonctions des glandes salivaires : à la vérité , les cyprins et quelques autres genres ont le palais garni d'une couche épaisse de substance molle , rou- geâtre, animée par des nerfs très-nombreux, et qui s'irrite à la moindre percussion ; il suinte de sa surface, par des pores imperceptibles, une légère mucosité; mais je ne puis y voir pour cela une glande salivaire , ni même une vraie glande. C'est un tissu très-particulier , fort sen- sible, et qui est probablement destiné à l'exer- cice d'un sens plus ou moins analogue au goût. L'œsophage est revêtu d'une couche de fibres musculaires fortes, serrées, et formant quel- quefois divers faisceaux, dont les contractions poussent le bol alimentaire vers l'estomac, et c'est ainsi qu'il est complètement avalé ; car l'œsophage des poissons est nécessairement très- court dans la plupart des espèces, puisqu'il n'y a point de cou. Néanmoins il y a quelquefois dans l'épaisseur CHAP. VII. NUTRITION DES POISSONS. 499 des parois de l'œsophage une substance glandu- leuse. Elle est très-apparente dans les raies. Du Canal intestinal. Les viscères de la digestion sont enfermés dans la cavité abdominale, qui est séparée en avant de celle cpii contient le cœur, par une espèce de diaphragme peu étendu, formé d'une lame que donne le péricarde, et d'une autre qui appartient au péritoine; ce diaphragme est dépourvu de muscles propres, mais renforcé par des libres aponévrotiques entre ses deux lames, et reçoit néanmoins quelque action d'un des muscles des branchies : le grand sinus veineux occupe une partie de son épaisseur. Une autre ca- vité règne le long de l'épine, et contient les reins et la vessie aérienne; le péritoine la sépare de l'abdomen proprement dit, et en même temps, comme dans les autres animaux, il se replie en dedans de la cavité abdominale, pour embrasser et pour suspendre les viscères qu'elle contient, et qui sont le canal intestinal , le foie , la rate , ainsi que le pancréas lorsqu'il existe. Les organes de la génération et la vessie urinaire sont égale- ment enveloppés dans des replis du péritoine, et logés dans son intérieur; mais, comme nous ve- nons de le dire , les reins , et même le plus souvent la vessie natatoire, sont en dehors et tapissés 500 LIVRE DEUXIÈME. du côté du ventre seulement , par le péritoine. Une chose très - remarcpiable est que beau- coup de poissons, tels que les raies, les squales, les esturgeons , les lamproies , les saumons , ont aux côtés de l'anus deux trous qui pénètrent dans la cavité abdominale, en sorte que la lame intérieure du péritoine se continue avec l'épia derme et appartient à l'ordre des membranes muqueuses; deux autres trous, au moins dans les raies et les squales , étendent même sa con- tinuité jusque dans le péricarde et à toute sa lame interne. ^ Le canal intestinal se compose des mêmes tuniques que dans les autres vertébrés, et les variations qu'elles subissent dans leurs épais- seurs respectives et leurs diftérens replis, sont analogues à ce que l'on voit dans les classes supérieures , et ne sont pas moins nombreuses : il y a des valvules conniventes , des papilles in- ternes de différentes formes; des endurcisse- mens coriaces, des rides de diverses directions. Les fibres cbarnues se renforcent ou s'affaiblis- sent; il se place quelquefois un tissu glandulaire entre les membranes , etc. 1. Monro, Anatomie des poissons, pi. i, fîg. 5, n." 28, inontre les ouvertures de l'abdomen et, pi. 2, fîg. 1, n."' 22, 22, celles du péricarde dans les raies ; pi. 8, il fait voir celles de l'abdomen de l'esturgeon. CHAP. Yll. NUTRITION DES POISSONS. SOi Les plis intérieurs de l'œsopliage sont en général longitudinaux; sa cavité se continue directement jusqu'au fond du cul -de -sac de l'estomac : quelquefois même, comme dans les cyprins , dans les labres , l'estomac n'a point de cul-de-sac et n'est qu'une légère dilatation du canal, qui mérite à peine le nom d'estomac; mais le plus souvent il se recourbe, ou bien il donne d'une partie plus ou moins voisine de l'entrée et du côté droit la brandie à l'extrémité de laquelle est le pylore. Cette branche trans- verse, ou même montante, prend quelquefois, comme dans l'ombre et le muge, tant d'épais- seur dans sa tunique charnue, qu'elle forme un véritable gésier, dont l'estomac ordinaire repré- sente alors le jabot. La grandeur du sac stomacal , ses propor- tions de longueur et de largeur, l'épaisseur de ses parois, ses rides, etc., varient à l'infini, et ne peuvent être exposées que dans les histoires particulières des espèces. Le canal intestinal est plus ou moins long, plus ou moins large, et fait aussi plus ou moins de replis; il a des parois plus ou moins épaisses, des villosités plus ou moins marquées, selon les espèces : tel poisson, comme la lamproie, l'a tout droit; tel autre, comme beaucoup de per- coïdesj ne lui fait faire que deux ou trois replis; 502 LIVRE DFXXIÈME. tel autre encore, comme l'hypostome, l'a mince comme un cordon et assez long pour surpasser plusieurs fois la longueur de son corps. Ce sont encore des détails dans lesquels les histoires particulières peuvent seules entrer. Il y a généralement du côté de l'anus une valvule qui sépare la partie postérieure de l'antérieure; mais rarement cette partie posté- rieure est-elle plus large, et jamais elle n'a de cœcum comme dans les quadrupèdes. Un des replis les plus remarqualiles que l'on observe dans les intestins des poissons, est la valvule spirale des raies, des squales, de l'es- turgeon , dont on trouve des vestiges jusque dans la lamproie. C'est tout près du pylore qu'il y a dans le grand nombre des poissons des boyaux aveu- gles souvent très-nombreux, et dont la velou- tée, repliée en mailles serrées, parait fournir abondamment une liqueur glaireuse, que l'on croit avec vraisemblance tenir lieu de celle da pancréas, et qui est d'autant plus utile, que les poissons, comme nous l'avons dit, n'ont géné- ralement pas de glandes salivaires \ C'est dans 1. M. Rathke pense que la substance spongieuse du palais de la carpe et de quelques autres poissons est une espèce de glande salivaire, et c'est justement dans des poissons dépourvus d'appen- dices au pj'lore qu'il a trouvé cette substance. CHAP. YII. NUTRITION DES POISSONS. 505 quelques poissons de la famille des scombies qu'il y en a le plus; les gades en ont aussi beaucoup; d'autres, comme les labres, les si- lures, les cyprins, le brocbet, en sont entiè- rement dépourvus; dans d'autres encore, tels que les percbes et les pleuronectes, il ny en a que de courtes et en petit nombre : la per- cbe de rivière n'en a que trois; les pleuronec- tes n'en ont que deux; l'esturgeon les a nom- breuses, mais courtes et réunies par des vais- seaux et de la cellulosité en une masse qui fait la nuance entre leur état ordinaire de li- berté et le pancréas compacte des raies et des squales. Dans l'esturgeon, en effet, chacune de ces appendices communique encore avec le canal par un orifice spécial. Dans les raies et les squales, comme dans les quadrupèdes, le pancréas est une vraie glande conglomérée, qui verse sa liqueur par un canal commun. L'anus varie singulièrement pour la position, et ne dépend pas même à cet é«^ard de celle des nageoires ventrales; cependant il est toujours plus en arrière qu'elles, mais lorsqu'elles sont sous la gorge ou qu'elles manquent, l'anus se porte souvent lui-même pre que sous la gorge. Il n'est toutefois jamais plus en arrière que la base de la queue, tandis que la cavité abdomi- nale se prolonge souvent en un ou deux sinus 504 LIVRE DEUXIÈME. sur les côtés de la queue bien en arrière de l'anus. Pour donner un exemple particulier des dis- positions du canal alimentaire, nous dirons que dans la perche Ml se compose d'un œsophage (A) court, charnu, en forme d'entonnoir, qui donne immédiatement dans un estomac (B) fait comme un sac à fond obtus ; intérieure- ment l'œsopl^age a des rides serrées, revêtues d'une veloutée très-fine et qui , dans l'estomac, se changent en rides plus grosses, saillantes, irrégulières, plissées en travers et au nombre de sept ou huit. Du côté droit de l'estomac, vers le milieu de sa hauteur , part une branche courte (C) , de même nature que l'estomac lui- même, mais beaucoup plus étroite et dont les rides ne sont qu'au nombre de quatre ou cinq. C'est à l'extrémité de cette petite branche qu'est le pylore, rétrécissement léger, au-delà duquel la veloutée se prolonge en une espèce de valvule annulaire, mince, dentelée au bord, qui ferme le retour des alimens de l'intestin vers l'estomac. Autour de la naissance de l'intestin adhèrent trois boyaux aveugles ou appendices cœcales (D, D, 1)), un peu plus minces et un peu plus 1. On peut suivre cette indication sur les planches VU, fig. ftVllI,ng. I,IletIII. CHAP. VII. NUTRITION DES POISSONS. 505 longs que la branche de l'estomac qu'ils entou- rent. Ils communiquent avec l'intestin par au- tant de petits orifices situés derrière la valvule du pylore. Leur membrane interne est toute hé- rissée de petites franges ou de petits lambeaux minces, étroits et pointus, dont les bases tien- nent les unes aux autres , et forment une espèce de réseau : il en suinte une mucosité abondante. L'intestin fait deux replis , se portant d'abord en arrière le long du côté gauche (en E, E), jusqu'au milieu de l'abdomen, revenant ensuite vers l'estomac (par F, F) , et se recourbant enfin pour se rendre à l'anus, en suivant une ligne oblique (G). Les intervalles sont occupés par la rate ( H ) , qui est logée dans le premier re- pli; par l'ovaire (R), qui est souvent fort vo- lumineux; par les vaisseaux et enfin par beau- coup de graisse épanchée dans une cellulosité qui est une production de l'enveloppe périto- néale, et qui représente à quelques égards les épiploons des mammifères. Cet intestin va en diminuant légèrement de diamètre jusqu'au milieu de sa dernière ligne, oii un renflement assez sensible (en L) mar- que le commencement du gros intestin ou plu- tôt du rectum. H y a aussi intérieurement à cet endroit une valvule circulaire, formée par un léger repli de la membrane interne, qui 506 LIVRE DEUXIÈME. ne permet pas aux matières une fois descen- dues dans le rectum de rebrousser chemin. La rate des poissons (H) varie pour la posi- tion , le volume et la grandeur ; mais elle ne manque jamais, et il n'y en a jamais qu'une : le plus souvent elle est à peu près au milieu des replis du canal intestinal. Comme dans les ani- maux supérieurs, elle ne fait que recevoir du sang artériel, qu'elle élabore et transmet au foie, où se rend aussi le sang de presque tout le reste de l'intestin : ses relations de position avec l'estomac sont souvent très-différentes de ce qu'on voit dans les mammifères, et on ne peut lui attribuer aucune fonction qui dérive- rait constamment du plus ou moins de pression exercée sur elle par l'estomac. Le foie (M) est généralement grand et placé plus à gauche qu'à droite : sa ligure et le nombre de ses lobes varient beaucoup, ce nombre est même quelquefois excessif; mais il a toujours une vésicule du fiel (N) , tantôt de grandeur médiocre, tantôt fort grande ou fort longue et pendant assez loin du foie. Le canal excréteur (n) s'insère plus ou moins haut dans l'intestin, et quelquefois même dans l'estomac (comme je l'ai vu dans le poisson lune). Les canaux hépa- tiques (m) sont quelquefois assez nombreux ; ils se joignent successivement au canal cystique. CH.4P. VII. NUTRITION DES POISSONS. 507 La substance du foie est plus molle de beau- coup que dans les quadrupèdes et les oiseaux, et son tissu est presque toujours pénétre d'une substance buileuse abondante. Le mésentère des poissons est fort incomplet, et se réduit souvent à quelques brides qui en- veloppent les vaisseaux et les nerfs , et établis- sent des liaisons entre le péritoine et la tuni- que péritonéale du canal. Très-souvent cette tunique se prolonge en appendices remplies d'une graisse buileuse , et qui sont autant de véritables épiploons (P, P). On ne voit jamais dans le mésentère de glan- des conglobées, et toutefois il a ses vaisseaux lactés comme dans les autres animaux. En effet, le système des vaisseaux absorbans ne paraît pas moindre dans les poissons que dans les autres vertébrés ', et il est certain du moins que ceux du canal intestinal sont ex- traordinairement nombreux et forment souvent des réseaux serrés et à plusieurs couches. On 1. Will. Hewson et Alexandre Monro se sont disputé la pre- mière découverte des vaisseaux lymphatiques dans les vertébrés ovipares. Monro assure les avoir vus dans les oiseaux en lySS, 1759 et 1760, et en avoir parlé en 17C7 : les avoir découverts dans la raie en 17G0 et dans la tortue en 1765 ; ce qu'il a publié en 1770. Le mémoire d'He^vson, sur les lymphatiques des oiseaux, dans les Transact. phil. , est de 1 768 : et sur ceux des reptiles et des poissons, de 176g, 508 LIVRE DEUXIÈME. peut, au moyen de l'injection, les suivre jus- que sur les bords des valvules conniventes et des autres replis intérieurs de la veloutée. Ils aboutissent par plusieurs troncs dans le grand sinus A eineux ou dans quelques-unes des prin- cipales veines qui s'y rendent. Il n'est pas non plus très-difficile de voir ceux de quelques autres parties, et M. Fohmnn a injecté entre autres avec succès ceux des bran- chies; on doit donc croire que dans cette classe la nature suit les mêmes procédés d'absorption que dans les autres ovipares. ^ De la Circulation.^ Les poissons ont, comme les animaux à sang chaud, une circulation complète pour le corps, 1. Vojez, sur les lymphatiques des poissons, le bel ouvrage que M. Fohman vient de publier, comme faisant la première partie d'une histoire générale de ces vaisseaux dans les vertébrés; Hei- delberg et Leipzig, 1827, in-folio. Il les représente dans la tor- pille, dans l'anguille, dans le brochet, et dans quelques parties du silure, de l'anarrhique, de la morue et du saumon. Monro avait donne la représentation de ceux de la raie dans son Anatom. and Phjsiol. offishes, pi. 18 et 19. 2. Duvernej a décrit dans les Mémoires de l'Académie pour 1701 et dans ses OEuvres, t. II, p. 496, et pi. 9, tout l'appareil de la circulation et de la respiration des poissons, et fait un cal- cul sur \g& nombres effrajans de parties discernables dont il se compose; et dans ceux de 1699 ^' ^ donné une description par- ticulière de celui de la carpe, qui est aussi dans ses OEuvres, loc. cit., p. 470. CttAP. VIL NUTRITION DES POISSONS. 509 une autre également complète pour les organes de la respiration, et une circulation abdominale particulière qui aboutit au foie par le moyen de la veine porte ; mais leur caractère propre con- siste en ce que leur circulation brancliiale a seule à sa base un appareil musculaire, ou un cœur qui correspond à l'oieillette et au ventricule droit des animaux dont nous venons de parler , et qu'il n'y a rien de semblable à la base du sys- Monro, dans son Anat. and Phjsiol. of fishes , a représenté les principaux troncs du système vasculaire dans la raie; les veines branchiales et les artères du corps qui en naissent, pi. i ; le grand sinus veineux et les artères branchiales, pi. 2 ; les artères abdo- minales et la veine porte, pi. 3. Kœlreuter a donné la figure du cœur du sterlet. [Nov. Comm. petrop., t. XVI, pi. i4.) Vicq-d'Azjr, dans les Mém. des sav. étr,, t. AU, pi. Vil, donne, fort mal, ceux de la barbue et du flet. Il j a un traité ex professa sur le cœur des poissons par M. Tiedemann (en allemand, Landshut, 1809), avec des figures des cœurs de la raie ronce, de la raie bouclée, de la raie blanche, de la roussette, de l'émissole, de l'esturgeon, du congre, de la murène, de la vive, de la lote, de la sole, de la barbue, du boulereau, de la scorpène, du chétodon arcuatus, de la sciène barbue, du saurel, de l'orphie, de la fistulaire , de la loricaire, de l'ombre, de la truite, de la truite de mer, du huch, du muge, du brochet, de la carpe et du barbeau. — Voyez encore sur le cœur des poissons, Peyer , Miscell. ac. ciir. , déc. H, ann. i, p. 201 , pris du saumon. Murait, ih. , p. 124, de la lote. CoUins, pi. i5, fig. 5, du saumon. Al. Monro, Anat. et Phjs. of fishes , pi. 18, fig. i et 2 , du saumon; pi. 22, fig. 1 , de la morue. Kœlpin, Mém. de Tacad. de Stockholm, année 1769, de l'espadon. G. Needham , De bioljchnio , et Valentin , Amph. Zoot. , t. II, p. 122, du brochet. J. Plancus , Comm. honon. , t. H, pi. ii, p. 297, du tétrodon mola. Dœllinger, Me'moires de la société d^ Vettéraçie , t. II ? 2.''cah., pi. i3, fig. i, de la carpe. 510 LIVRE DEUXIÈME. tème de la circulation du corps; c'est-à-dire que les analogues de l'oreillette et du ventricule droit leur manquent entièrement, et que les veines branchiales s'y changent en artères sans être enveloppées de muscles. Cet appareil muscnlaire de leur circulation ' se compose de l'oreillette («), du ventricule (/3) et du bulbe de l'artère pulmonaire (7) , et l'oreil- lette elle-même est précédée d'un grand sinus (J) oii aboutissent toutes les veines du corps , ce qui fait quatre cavités séparées par des étranglemens , que le sang doit successivement parcourir lorsqu'il vient du corps pour se ren- dre dans les branchies. L'ensemble en est petit à proportion de la grandeur du corps, et ne grandit pas dans la même raison que l'individu auquel il appartient. Trois de ces réceptacles, l'oreillette, le cœur et le bulbe, sont logés dans un péricarde, qui est lui-même placé sous les os pharyngiens, entre les parties inférieures des arcades branchiales, et préservé le plus souvent à l'extérieur par les os huméraux. Cependant sa position diffère quelquefois dans les chon- droptérygiens et surtout dans les lamproies. Le grand sinus veineux ( S) n'est point dans 1. Le cœur est vu par le côté, pl.VII, fii?. I; en dessous, pl.VIII, fig. I : le sinus et l'oreillette, ouverts en dessus, pl.VIII, fig.^ III; le ventricule et le bulbe, ouverts en dessous, pl.VlU, %. VU. CHAP. Vli. NUTRITION DES POISSONS. 5 i i le péricarde, mais entre la paroi postérieure de cette cavité et la membrane qui tient lieu de diaphragme, et qui n'est que la partie anté- rieure du péritoine renforcée de fibres aponé- vrotiques. Ce sinus est étendu transversalement, et re- çoi t par plusieurs troncs différens les veines du foie, des organes de la génération ((p), des reins (\|/), des nageoires, des branchies et de la gorge, et enfin celles de la tête (a?), qui elles-mêmes passent en partie par un sinus de l'arrière du crâne {(/). Il envoie tout ce sang par un seul orifice de sa convexité antérieure dans l'oreil- lette (ce), qui est ouverte à sa partie postérieure pour le recevoir. Deux valvules membraneuses minces garnissent seules cette communication et sont , comme on le pense aisément , tournées vers l'oreillette. L'oreillette («) est dans le péricarde, en avant du grand sinus veineux, et au-dessus du ven- tricule, ou, en d'autres termes, à sa face dorsale. Sa configuration est très-variée et souvent très-bizarre ; elle est en général plus large que le ventricule , et le déborde ; cependant ses pa- rois sont plus minces, quoiqu'elles aient aussi de nombreuses colonnes charnues. Son orifice, percé à sa face inférieure, donne dans le ventricule (/3) par le milieu de la face 5i 2 LIVRE DEUXIÈME. supérieure de celui-ci , et est garni de deux val- vules analogues aux mi traies de l'homme, mais dont les attaches sont beaucoup plus simples. Le ventricule (/3), du moins dans les pois- sons osseux, est le plus souvent de forme té- traèdre ; quelquefois il est ohlong ou approche de l'ovale: dans les cartilagineux sa forme est arrondie et souvent déprimée. 11 est au-dessous de l'oreillette; sa cavité se contourne de manière que, presque verticale dans la partie qui communique avec l'oreillette , elle devient horizontale et longitudinale pour abou- tir au bulbe (7). Ses parois sont très-robustes et munies intérieurement de colonnes charnues puissantes; sa substance est formée de deux couches très-différentes : l'interne a des fibres plus transversales, l'externe les a plus longi- tudinales, et leur union est si légère qu'il se forme souvent entre elles, à la partie inférieure et latérale du cœur, une solution de continuité qui a l'air d'un second ventricule, mais qui est dose de toute part et même n'est pas intérieu- rement tapissée par une membrane. * C'est dans le bulbe (7) de l'artère branchiale 1. M. Dœllinger l'a décrite dans les cyprins. Je l'ai vue très- manifeste dans un grand xiphias. M. Rathke pense, et je crois avec raison , qu'elle est produite par un commencement de dé- composition. CHAP. VII. NUTRITION DES POISSONS. 5l 5 que sont les fibres les plus vigoureuses, la plu- part disposées circulairement. Le nom de cette partie vient de sa forme; sa communication avec le ventricule est garnie tantôt de deux , tantôt de trois valvules membraneuses ; mais il y a souvent dans son intérieur , surtout dans les cartilagineux , d'autres rangées de valvules ; quelquefois même ces valvules sont charnues. Le prolongement de ce bulbe sort du péri- carde, et devient l'artëre branchiale (s), qui se porte en avant en marchant sous la chaîna impaire d'osselets qui réunit les arceaux des branchies. L'artère branchiale se divise plus ou moins immédiatement, mais de manière à donner un rameau à chaque branchie. Ce rameau (^) marche dans le sillon creusé le long de la convexité de chaque arc bran- chial , et plus extérieurement que la veine qui suit la même voie, mais en sens contraire. A cet arc sont attachés un grand nombre de feuillets parallèles les uns aux autres, ordinai- rement terminés en pointe fourchue et quel- quefois très-profondément divisés; le grand ra- meau qui marche dans le sillon de l'arc donne une branche (>/) à chacun de ces feuillets, et cette branche, après s'être bifurquée deux fois, fournit une infmité de petits ramuscules qui 1. 33 544 LIVRE DEUXIÈME. rampent en travers sur chaque face du feuillet et finissent par s'y changer en veinules. Les pe- tites veinules de chaque côté aboutissent toutes dans une veine branchiale (^), qui marche le long du bord interne du lobe latéral du feuil- let, et les deux veines aboutissent dans le tronc de la grande veine de la branchie (a), lequel marche dans le même sillon que l'artère , mais plus profondément , et qui va d'ailleurs en sens contraire, c'est-à-dire que l'artère branchiale venue du cœur et du côté ventral, diminue à mesure qu'elle monte vers le dos, et qu'elle fournit des artérioles, tandis que la veine bran- chiale, au contraire, recevant, par les veinules et les veines des feuillets, le sang de ces artérioles, grossit à mesure qu'elle se porte vers le dos. Les raies ont deux veines pour chaque bran- chie, lesquelles ne se réunissent qu'au moment ou elles en sortent. En sortant du côté dorsal des branchies (en fjt, (a), les veines branchiales prennent le tissu et les fonctions d'artères; les antérieures envoient déjà, avant d'avoir quitté la branchie, plusieurs rameaux à diverses parties de la tête, et même il faut remarquer que le cœur et plusieurs parties situées sous la poitrine reçoivent leur sang d'une veine branchiale, par un rayon qu'elle leur en- voie, presque dès sa naissance, et par couse-- CHAP. VII. NUTRITION DES POISSONS. 51 5 qiient bien aA aiit qu'elle soit sortie de la braii- chie; cependant ce n'est que de la réunion des troncs venus des quatre branchies que se forme la grande artère , qui porte le sang aux viscères (;t, tt) et à toutes les parties du tronc, et qui est, par conséquent, le représentant de l'aorte des mammifères , mais d'une aorte qui n'aurait à sa base ni ventricule , ni oreillette. Ainsi les cavités gauches du cœur des mam- mifères n'existent pas dans les poissons, et elles sont remplacées par un simple appareil vascu- laire, situé au-dessus des branchies, comme les cavités droites sont situées au-dessous. Comme nous venons de le dire , les artères de la tête (§, ç) naissent des branches qui sor- tent des deux premières branchies avant qu'elles soient réunies en un tronc. Ce tronc lui-même, qui est l'aorte principale, donne dès sa nais- sance une grosse branche (/r, tt) pour les vis- cères, qui se distribue diversement, selon les espèces, au foie, à l'estomac, aux intestins, à la rate, aux organes génitaux et à la vessie nata- toire; puis ce tronc (a, o-) suit la direction de l'épine et s'enfonce dans les anneaux qui sont sous les vertèbres de la queue. Dans ce trajet il donne à droite et à gauche des rameaux aux reins, aux intervalles des côtes et en général aux muscles du tronc. 516 LIVRE DEUXIÈME. Le sang distribué à la tête , au tronc , à l'ap- pareil branchial, aux organes génitaux et à la vessie natatoire, retourne au cœur par le grand sinus veineux ((^) ; mais, sauf quelques rameaux, celui de l'estomac , des intestins et de la rate se rend au foie par la veine porte (a) , qui varie au moins autant que Tartëre viscérale , soit pour le nombre des rameaux principaux qui en réu- nissent toutes les petites branches , soit pour le nombre des troncs par lesquels elle pénètre dans le foie. Il y a même des espèces , comme les cyprins, dont le foie entrelace ses lobes avec les replis de l'intestin , et oii le sang du canal intes- tinal aboutit directement au foie par beaucoup de petites branches , sans que l'on puisse y re- connaître un tronc particulier de veine porte. ^ Il V a ici à faire une remarque essentielle et qui correspond avec ce que M. Jacobson a observé dans les oiseaux, d'une espèce de veine porte rénale, mais qui est sujette à la même objection : le sang d'une bonne partie des mus- cles du tronc se rend dans une grande veine qui règne dans le canal vertébral au-dessus de la moelle épinière, et comme cette veine n'aboutit point antérieurement au grand sinus, 1. Voyez, sur la distribution de la veine porte des poissons, le mémoire de M. Rathke, dans les Archûes physiologiques de IMeckel, 1826, n." 1, p, 126. CHAP. VII. NUTRITIOxN DES POISSONS. 51 7 mais qu'elle a beaucoup de branches latérales qui pénètrent dans le rein, on pourrait croire qu'elle ne porte pas au cœur le sang qu'elle reçoit, mais qu'elle le distribue dans le rein, comme la veine porte distribue le sien dans le foie ; cependant , comme la portion de cette veine située en arrière de l'abdomen commu- nique par des branches latérales avec la veine cave qui marche au-dessous de l'épine, on peut bien croire aussi qu'elle rentre dans la classe des veines ordinaires. De la Respiration. C'est par la subdivision presque infinie des vaisseaux sur la surface des lames des bran- chies que le sang des poissons subit l'influence du liquide ambiant. Ce liquide est l'eau, que le poisson fait sans cesse aftluer et passer entre ses branchies par le mouvement de ses mâchoires et de ses appareils operculaires et hyoïdiens, tels que nous les avons décrits ci-dessus, et cette respiration est tout aussi nécessaire aux poissons, que la respiration de l'air aux autres animaux ; ils donnent les mêmes marques d'angoisse lors- qu'elle est arrêtée 5 et périssent aussi rapide- ment : cependant l'action de l'eau sur le sang est beaucoup plus faible que celle de l'air; ce n'est pas par elle-même ni par l'oxigène qui SI 8 LIVRE DEUXIÈME. entre dans sa composition qne l'eau agit ; elle ne se décompose pas , et c'est seulement la pe- tite quantité d'air qu'elle contient en dissolu- tion et en mélange qui sert à la respiration de ces animaux : si on la prive d'air par l'éhul- lition , elle les tue promptement ; il est même nécessaire à beaucoup de poissons de venir respirer l'air en nature, surtout quand Feau qu'ils habitent en est épuisée. On a , à cet égard , des expériences très-concluantes , et il suflit d'é- loigner certains poissons de la surface de l'eau par le moyen d'un diaphragme de gaze pour les asphyxier. Dans cette respiration, comme dans celle des animaux supérieurs, l'air atmosphérique, aussi bien que l'air conteiui dans l'eau, abandonnent leur oxigéne. ^ Au total , l'absorption de l'oxigène est très-fai- ble, et on a calculé qu'un homme eu consomme cinquante mille fois plus qu'une tanche. 1. Spallanzani a fait voir que les poissons absorbent l'oxigène et le convertissent en acide carbonique. JM. Silvestre a montré qu'ils respirent l'air almosphériqiie ou celui qui est contenu dans l'eau, et non pas l'oxigène de l'eau. MM. de Iluniboldt et Pro- vençal, appliquant à cette question les nictliodes d'une chimie perfectionnée, ont obtenu les résultats que nous indiquons. Leur mémoire est inséré parmi ceux de la Société d'Arcueil , t. II, p. 359 et suivantes, et dans les Observations zoologiques de M. de lîlJtnboidt, t. II; p- 194- CHAP. VIT. NUTRlTIOxN DES POISSONS. lîiO Tout cet oxigène ne revient pas sous forme d'acide carbonique; il en reste toujours nn peu dans le corps du poisson , qui garde aussi tou- jours une assez notable proportion d'azote, la- quelle s'emploie peut-être en partie à remplir la vessie natatoire. Il y a aussi des poissons qui avalent l'air atmosphérique et en convertissent l'oxigëne en acide carbonique, en le faisant passer au travers de leurs intestins. Tel est le cobitis , d'après les curieuses expériences de M. Ehr- mann, et même dans tous il se fait à la peau et sous les écailles une transmutation semblable. Lorsque les poissons demeurent liors de l'eau, ils périssent, non pas faute d'oxigène, mais parce que leurs branchies se dessèchent', et que le sang ne peut y circuler aisément : aussi les es- pèces dont l'orifice branchial est étroit, comme l'anguille, ou celles qui possèdent quelque récep- tacle où elles puissent conserver de l'eau, comme les anabas et les ophicéphales , subsistent- elles plus long-temps à l'air, tandis que celles dont les ouïes sont très-fendues, comme le hareng, expirent à l'instant même oii on les tire de l'eau. 1. Vojez Edwards, Influences des agens physiques sur la vie , p. 124- O20 LIVRE DEUXIÈME. Des Excrétions et Sécrétions particulières. Les excrétions des poissons, comme celles des autres animaux, se font ou par la peau, ou par des organes sécrétoires spéciaux. Les reins sont chez eux plus volumineux que dans aucune autre classe , et s'étendent des deux côtés de l'épine tout du long de la cavité abdominale, remontant souvent juscpie sous la base du crâne et au-dessus des branchies et du coeur : ils s'unissent souvent l'un à l'autre par leur partie postérieure , et même dans presque tous les acanthoptérygiens ils se réunissent à leur partie antérieure au-dessus de l'oesophage. Dans la perche cette partie antérieure est très- volumineuse. Dans les cyprins, les reins se ren- flent surtout vis-à-vis l'étranglement de la vessie natatoire. Les uretères, plus ou moins longs, selon les genres , aboutissent à une dilatation commune, qui tient lieu de vessie, et dont l'ori- fice extérieur est placé immédiatement derrière l'anus et derrière l'orifice des organes de la gé- nération , qui eux-mêmes s'ouvrent tantôt en dedans , tantôt au bord même de l'anus , mais toujours à son arrière , ce qui est l'inverse de ce que l'on voit dans les quadrupèdes. Quelquefois , comme dans les chondropté- rygiens, les orifices des uretères et ceux des vais- CHAP. VII. NUTRITION DES POISSONS. 521 seaux dëféreiis donnent dans un cloaque com- mun ou au moins dans la même ouverture. La peau des poissons est humectée par dif- férentes humeurs préparées par des vaisseaux particuliers qui s'ouvrent à l'extérieur à des points dilférens, selon les genres. C'est généra- lement un mucus difficile à délayer dans l'eau. Dans la raie il y a d'aijord à la face inférieure un grand vaisseau, qui entoure le museau, en y formant des angles et des contours fort ré- guliers , verse sa liqueur de chaque coté par trois ou quatre branches, et se recourbe en dessus pour se terminer par divers orifices, et l'on voit de plus de chaque côté à l'angle extérieur des branchies une espèce de Ijourse ronde et blanche, dans laquelle pénètre une grosse branche du nerf de la cinquième paire, et d'oîi sortent une multitude de longs vais- seaux simples, qui marchent en faisceaux rayon- nans dans quatre ou cinq directions, et vont s ouvrir à dilYérens points très -éloignés de la peau. ^ Presque toute l'épaisseur du museau des squales est occupée par une cellulosité remplie de mucilage, d'oîi partent des faisceaux de tu- bes qui excrètent ce mucilage par les pores de 1. Monro, pi. 6 et 7. 322 LIVRE DEtIXIÈME. la peau , et Ton y voit de plus de gros vaisseaux réguliers, dont un marche tout le long de cha- que côte du corps. Dans les gades , il y a un grand vaisseau qui règne tout le long du corps , se bifurque derrière l'œil, se rend par deux branches de chaque côté vers le bout du museau, et donne d'espace en espace des branches qui s'ouvrent à la peau : un plus petit rampe le long du préopercule et de la mâchoire inférieure. ^ L'anguille, le congre, ont de grosses ouver- tures à différens points de leur museau , par où s'ouvrent de ces longs vaisseaux analogues à ceux qui forment dans la raie des contours si réguliers; mais chaque espèce offrira à cet égard des différences qu'il conviendra d'énu- mérer à son article , et nous nous bornerons ici à ces indications. La ligne latérale des poissons a généralement quelque appareil sécrétoire qui en suit la lon- gueur. Cela se voit surtout bien dishnctement dans le thon , oii sous la ligne latérale règne partout un corps d'un rouge plus foncé que le reste de la chair, duquel partent les petits tubes qui forment les pores de la ligne; chacun de ces petits tubes reçoit un filet du nerf de la ligne 1. Momo, pi. 5. CHAP. VII. NUTRITION DES POISSONS- 523 latérale. 11 y a quelque chose de trës-semblable dans la carpe. Le tissu cellulaire placé sous la peau est plus ou moins rei^pli d'une graisse huileuse ; elle est abondante dans le genre dés saumons et dans quelques autres poissons connus pour être gras; mais ce n'est pas le plus grand nombre. Dans quelques-uns , comme la mole ou poisson lune, il y a une couche épaisse d'une espèce de lard, mais gélatineux et non pas huileux. Une graisse huileuse remplit aussi très-gé- néralement les intervalles des muscles, et nous avons vu qu'il y en a presque toujours autour du cerveau. Quelques poissons cependant manquent de cette graisse, les gades, les pleuronectes et en général les cartilagineux n'en ont pas même dans le crâne ; l'esturgeon a au contraire la graisse qui entoure le cerveau très-abondante et très-compacte. Une des sécrétions les plus remarquables qui se fassent dans le corps des poissons , c'est celle de l'air qui remplit leur vessie natatoire; du moins est-il bien certain que dans les genres fort nombreux oii cette vessie n'a point de com- munication au dehors , l'air qu'elle contient ne peut y être produit que par une sécrétion, pour laquelle il y a au reste da-ns ces genres 524 LIVRE DEUXIÈME. des organes glanduleux fort diversifies*. Il existe aussi des poissons , tels que l'anguille , qui réu- nissent un canal de communication et des or- ganes glanduleux; mais dans la pjupart de ceux qui ont ce canal , on ne voit pas de glandes. La vessie elle-même est composée d'une tu- nique très-fine à l'intérieur, et d'une tunique plus épaisse d'une nature fibreuse trës-particu- lière, qui donne spécialement la meilleure colle de poisson; elle est tapissée en dehors par la tunique générale que le péritoine donne à tous les intestins. Elle est tantôt simple, comme dans les perches ; tantôt munie , comme dans certains gades , d'appendices plus ou moins nombreux et quelquefois branchus , comme dans certaines sciènes; tantôt divisée en deux parties, une antérieure et une postérieure, par un étranglement, comme dans les cyprins, les myripristis, les tliérapons et beaucoup de sal- mones , ou en deux parties latérales' par une 1. Gauthier Needham, dans son traité De formata fœtu , est le premier qui ait donné à cet organe une attention particulière, et qui ait établi que l'air s'j introduit par sécrétion. Redi, dans ses Observations sur les animaux qui vivent dans des animaux vivans, a bien fait connaître les corps qui servent dans plusieurs poissons à cette sécrétion. Kœlreuter a aussi donné des preuves de celte origine dans un mémoire sur la Jote, Nov. Comm. petrop. , t. XIX. On peut voir enfin à ce sujet mon mémoire sur le maigre, Mém. du Mus., t. I, p. 1. CHAP. YII. NUTRITION DES POISSONS. 525 echancrure, comme dans les tétrodons et les diodons. Les catostomes Font même divisée en trois parties. C'est principalement dans les ab- dominaux qu'elle communique par un tuyau avec le canal intestinal, soit avec l'œsophage, comme dans les cyprins, soit avec le tond de l'estomac, comme dans les harengs. Celle de l'esturgeon donne immédiatement dans l'œso- phage par une large ouverture. Elle est quel- quefois pourvue de muscles propres, notam- ment dans les sciènes et dans plusieurs salmo- nes de la division des charax. C'est généralement de l'azote mélangé à peine de quelques fractions d'oxigène ou d'acide car- bonique, qui se trouve dans la vessie natatoire.^ Cependant , M. Confi^liacchi assure y avoir trouvé jusqu'à quarante centièmes d'oxigène ; M. Biot a remarqué que ce sont surtout les poissons habitués à vivre dans la profondeur qui ont davantage de ce gaz, et il en a reconnu une fois jusqu'à quatre-vingt-sept centièmes.' 1. Cette observation est due primilivement à Fourcroj. 2. Vojez, sur l'air contenu dans Ja vessie natatoire, le mémoire de M. Biot ^ dans le premier volume de la Société d'Arcueil , p. 2 52 (1807) ; partie de celui de MM. Provençal et de Humboldt, sur la respiration des poissons, même recueil, t. II, p. 35g (1809)^ et l'ouvrage intitulé : SuW analisi ddV aria contenuta nella vescica natatoria dei pesci ; memotia di Pieiro ConJigUacchi ; Pavie, iSog^ in-4.'' 526 LIVRE DEUXIÈME. L'usage le plus apparent de la vessie nata- toire est de maintenir le poisson en équilibre avec l'eau, ou de le rendre plus pesant ou plus léger qu'elle, et par conséquent de le faire descendre ou monter selon qu'il comprime ou qu'il dilate cet organe. A cet etïet, il lui suflit de rapprocher ses côtes ou de les écarter. Il est certain que les poissons auxquels on la crève, demeurent au fond de l'eau, se renversent et ne jouissent plus de la facilité de mouvemens qu'ils montraient auparavant. Un phénomène curieux est aussi celui qui arrive aux poissons que l'on pêche à la ligne, et que l'on retire d'une grande profondeur assez vite pour qu'ils n'aient pas le temps de com- primer leur vessie ou de la vider de l'air qu'elle contient; cet air, n'étant plus comprimé par la grande colonne d'eau qui pesait sur lui , rompt la vessie et se répand dans l'abdomen, ou bien il la dilate extrêmement et fait saillir l'œso- phage et l'estomac dans la bouche. ' On a pensé "^ que la vessie natatoire pouvait être aussi un auxiliaire des organes de la res- piration , et il est certain que lorsqu'on en prive 1. C'est une observation faite dans la Méditerranée par MM. Biot et de Laroche. M. Jurine l'a répétée sur les perches du lac de Genève. 2. M. Golllielf de Fischer, sur la vessie natatoire des poissons; Leipzig, 1795. un poisson, la production de l'acide carboni- que, par ses branchies, est presque réduite à rien. * Mais ce qui a été dit aussi qu'elle est ma- tériellement l'analogue du poumon , parce que dans certaines espèces elle communique avec l'œsophage , et qu'elle n'est pas plus dépourvue de cellules et de vaisseaux que les poumons des salamandres , par exemple, ne nous paraît repo- ser sur aucun fondement réel. Non-seulement il n'y a point de ressemblance dans la distribution des vaisseaux, non -seule- ment la vessie natatoire d'une infinité de pois- sons, du plus grand nombre sans comparaison, n'a pas de communication directe avec l'exté- rieur; dans plusieurs c'est au fond de l'esto- mac que s'ouvre le canal par lequel elle se fait, et enfin dans les espèces même oii cette comjnunication a lieu par l'œsophage, ce n'est pas dans le même rapport de connexion ; c'est en dessus que la vessie natatoire s'ouvre dans ce canal, et le poumon y communique toujours en dessous. Au reste, quelque opinion que l'on se fasse de ses usages , il est difficile de s'expliquer com- 1. C'est une expérience de MM. de Humbo]dt et Provençal, loc. cit. S28 LIVRE DEUXIÈME. ment un organe aussi considérable a été refusé à un si grand nombre de poissons, et non- seulement à ceux qui demeurent ordinairement tranquilles ^au fond de l'eau , comme les raies et les pleuronectes , mais à beaucoup d'autres qui ne paraissent le céder à aucuns pour la ra- pidité et la facilité de leurs mouvemens, tels que les maquereaux, par exemple. La présence ou l'absence de la vessie natatoire n'est pas même en accord avec le§ autres rapports de conforma- tion des poissons, et dans le genre même des maquereaux , une espèce très-semblable au ma- quereau vulgaire (le scomb. pneumatophorus , de Larocbe) se trouve en être pourvue ^ H y a beaucoup d'exemples semblables; \e polynemus paradisœus en manque, tandis que tout le reste du genre en est pourvu ; elle est très-vaste dans les sébastes, et dans un genre voisin, les pélores, elle est à peine de la grandeur d'un pois. . Le pouvoir accordé à quelques poissons en petit nombre, de produire des commotions électriques, peut aussi être mis au rang de leurs plus grandes singularités d'organisation, d'au- tant plus que les organes par lesquels ils exer- cent ce pouvoir, ne diffèrent pas moins entre 1. Vojez, sur l'analomie de la vessie natatoire des poissons, le mémoire de M. de Laroche et mon rapport sur ce mémoire, Annales du Muséum ; t. XIV. OHAP. VII. NUTRITION DES POISSONS. 529 eux qu'ils ditfèreut des autres genres d'organes. Dans la torpille ce sont des tubes membra- neux remplis de mucosité, divisés par des cloi- sons transversales , serrés les uns contre les autres, comme des rayons d'abeilles, en deux groupes placés de chacpie côté de la tête, et qui reçoivent d'énormes branches de nerfs de la cinquième et de la huitième paire ^; dans le gymnote c'est un appareil qui occupe tout le dessous de son corps sur une grande épaisseur, et se compose de lames parallèles entre elles, séparées par des couches minces de mucilage. " i. Le pouvoir engourdissant de la torpille était fort connu des anciens : Oppien et Claudien l'ont chanté. Parmi les modernes, Borelli et Redi s'en sont occupés. Lorenzini, en 1678, dans un ouvrage particulier {Osservazioni intorno aile torpedini) ; Kfempfer, en 1712 [Amœn. exot. , p. 5og ) ; Réaumur, en 1714 (Mém. de l'acad. des sciences, p. 344)? ont décrit cette action singulière et les organes qui en sont le siège. Ces derniers ont été anatomisés plus en détail par J. Hunier, dans les Transactions de 1773, t. LXIIl. Sa nature électrique a été déterminée en 1772 par les expériences Atites par Walsh à l'île de Ré et à La Rochelle, et rapportées dans le même volume des Transactions, ainsi que dans le tome IV du Journ. de phjs. M. GeofFroj en a aussi décrit les organes ( Ann. du Mus., t. I) ; mais il a cru mal à propos qu'ils représentent les vaisseaux muqueux des raies. Ces derniers existent dans la torpille, indépendamment des organes électriques. 2. La puissance électrique du gymnote a été découverte par Richer (Mém. de l'Acad., 1677), décrite par Lacondamine , Ban- kroft et Fermin. Sa nature a été reconnue dès 1757 par Sgrave- sande , gouverneur d'Essequibo , d'après les indications d'Alla- mand. En 1775, Walsh compléta la démonstration, en obtenant 34 550 LIVRE DEUXIÈME. . Dans le silure, deux couches de substances différentes sont interposées entre la peau et les muscles , sur la plus grande partie du corps, La plus extérieure est celluleuse, aponévrotique à sa face interne ; elle reçoit des nerfs de la cin- quième paire ; la plus intérieure est d'un tissu floconneux, et tire ses nerfs des intercostaux/ Au moyen de ces appareils, oii l'on a cru, à cause des lames différentes qui y alternent , re- trouver quelque chose d'analogue à une pile galvanique, ces animaux peuvent à volonté donner à ceux qui les touchent ou qui en ap- prochent, de véritables commotions électriques. Ce pouvoir s'affaiblit par l'exercice, et a besoin d'être renforcé par le repos ; c'est pour les pois- sons qui le possèdent une très-bonne arme dé- fensive, et il leur sert probablement aussi à étourdir ou même à tuer les animaux dont ils veulent faire leur proie. ^ des étincelles. L'organe a été décrit par J. Hunter dans le soixante- cinquième volume des Transactions. 1. C'est Adanson qui a fait connaître en lySi la force engour- dissante du silure, et indiqué la ressemblance de ses effets avec ceux de la bouteille de Leyde ; première analogie qui ait été saisie entre ce genre de phénomène et l'électricité. L'oigane électrique du silure a été décrit par M. Geoffroj, Ann. du Mus., t. I, p. 5, et pi. 2G, fig. 4 ; et plus exactement par M. Rudoiphi, Mém. de l'acad. de Berlin, 1824 , p. i57 et suivantes , et pi. 1 à 4- 2. C'est ce que prouvent surtout les expériences de WiUiamson, dans le tome LXV des Transactions , p. 94- CHAP. YIII. GÉNÉUATION DES POISSONS. 551 CHAPITRE YIII. ORGANES DE LA GÉNÉRATION DES POISSONS. Les raies, les squales et les chimères, qui pro- duisent des œufs trës-grands et munis souvent de coquilles cornées trës-fortes, ou qui amè- nent même au jour des petits vivans, ont des organes très - semblables à ceux des reptiles, pour la production de l'œuf et pour sa fécon- dation à l'intérieur, ainsi que pour le séjour plus ou moins prolongé que l'œuf ou le fétus doit faire dans le corps de la mère. Mais dans les autres poissons, même dans ceux qui sont vivipares, et qui doivent être fé- condés avant de pondre, on n'aperçoit pour les deux sexes que des organes extrêmement sim- ples; savoir: dans la femelle, deux sacs mem- braneux dont les parois, plus ou moins multi- pliées par des replis, contiennent les œufs dans leur épaisseur, jusqu'au moment ou ils ont acquis le développement nécessaire , et s'échap- pent en déchirant la membrane qui les rete- nait, et dans le mâle, deux sacs qui tiennent en réserve une grande abondance de liquide fécondant, sécrété par le tissu glanduleux de leurs parois. Les ovaires des poissons ordinaires varient 532 LIVRE DEUXIEME. pour la grandeur et pour les lobes dans les- quels ils se divisent. Quelquefois l'un des deux s'oblitère et il ne s'en développe qu'un; c'est ce qu'on voit dans la perclie : le plus souvent il y en a deux de forme ovale ou oblongue, et dont la lame interne forme plus ou moins de replis, selon qu'il est nécessaire pour les œufs qu'elle a à contenir. Dans la baudroie, ce sont deux sacs énormes, à parois minces , et qui ne portent les œufs que dans l'épaisseur d'un de leurs côtés ; mais ces œufs y sont en grand nombre, et hors le temps de la ponte, les petits groupes qui en sont for- més ne ressemblent à l'œil nu qu'à de petites papilles, comme il y en a dans les intestins. Les poissons osseux vivipares, blennies, si- lures , anableps , etc. , ne dilYèrent point des poissons ordinaires par la structure de leurs ovaires. Ce sont deux sacs composés de deux tuniques, dans l'intervalle desquelles naissent les œufs; en grossissant ils font saillie et gon- flent la tunique interne, qui se moule sur eux, en sorte qu'ils ne tiennent a la poche que par un pédicule. C'est dans cette situation qu'ils grossissent, et que le germe qu'ils contiemient se développe, comme celui d'un poisson ovi- pare se développerait dans l'eau. Les deux sacs des ovaires se réunissent or- CHAP. VIII. GÉNÉRATION DES POISSONS. b55 dinairement en un canal commun , qui a son issue derrière l'anus , et en avant de l'orifice urinaire. Il en est de même de ceux des testi- cules. Assez souvent cette issue n'est pas un sim- ple trou, mais a une partie saillante en forme de languette; laquelle alors existe dans les deux sexes, et toutefois il serait possible qu'elle servît à l'accouplement ; car on l'observe surtout dans des genres qui ont beaucoup d'espèces vivi- pares, les blennies, les gobies, etc. Dans certains poissons, comme l'anguille, la lamproie, les ovaires se divisent extérieurement en un grand nombre de lobes de figures diverses, tenant ensemble par la membrane commune, et recelant les œufs dans leurs duplicatures. Ce ne sont point des sacs, mais comme des amas de feuillets empilés. On ne voit pas de canal , et les œufs ne doivent s'écbapper qu'en tombant dans l'ab- domen et en sortant par l'un des deux trous percés aux côtés de l'anus. C'est ce que l'on croit nommément de la lamproie ', et ce que l'on est aussi réduit à penser de l'anguille. On l'a également avancé des truites ^, dont il 1. Carus, Zoolomie, p. 607. 1. Duméril, sur les poissons cjclostomes, p. 53. 534 LIVRE DEUXIÈME. est vrai que les ovaires sont fermés, du côte de la cavité abdominale, par le péritoine, qui les colle à la région de l'épine , et divisés intérieu- rement en lames transverses, sans qu'on leur voie d'issue pour les œufs, ce que l'on pour- rait prendre pour l'oviductus paraissant réduit à un simple ligament. Le nombre des œufs , dans les espèces fécon- des, est quelquefois efirajant; il va dans plus d'une espèce à des centaines de mille. On trouve de temps a autre parmi les pois- sons ordinaires des individus qui ont d'un côté un ovaire et de l'autre un testicule, et qui sont par conséquent de vrais bermapbrodites ; mais il paraît que certaines espèces réunissent natu- rellement et constamment les organes des deux sexes. Cavolini l'assure d'un acantboptérygien, le serran ou perclie de mer, et sir Everard Home, de l'anguille et de la lamproie; pour ce dernier genre, MM. Magendie et Desmoulins pensent qu'il a des mâles , qui seulement seraient infiniment plus rares que les femelles*; mais 1. Ces anatoinistes ont observé une lamproie qui , bien que péchée dans le temps où toutes les autres étaient pleines d'œufs, avait des orsfanes à la vérité placés et divisés comme les ovaires, mais dont les feuillets ne contenaient point d'œufs et ne parais- saient offrir qu'un tissu membraneux très-fin; mais au microscope on y voit des globules semblables à ceux que contiennent les ovaires de rcsturoeon dans leur état flétri. CHAP. VIII. GÉNÉRATION DES POISSONS. ^35 l'exemple unique qu'ils ont produit pourrait n'être qu'une femelle vidée d'œufs, ou dont les œufs, par une cause quelconque, ne se seraient pas développés. Quant au serran , nous avons vérifié que ses ovaires ont leur portion posté- rieure d'un tissu différent du reste de leur masse, et fort semÎDkble à celui d'une laitance. Il reste à savoir si cette partie en fait réelle- ment les fonctions. Les raies , les squales et les chimères ont des organes plus compliqués. Les testicules des raies, placés dans le haut de l'abdomen sur l'estomac (ou derrière lui, en supposant le poisson de- bout sur sa queue), sont composés de lobes plus durs, arrondis, divisés en très -petits lo- bules, et d'une partie plus molle et plus sem- blable à la laitance des autres poissons; dans les squales les testicules sont de gros cylindres ployés comme en serpentant et divisés à l'inté- rieur en une infinité de vaisseaux : du haut de ces corps partent deux épididymes, composés chacun des replis infinis d'un seul vaisseau dé- férent, qui grossit et s'entortille moins à mesure qu'il va vers l'anus; après s'être renflé en une espèce de vésicule séminale , il s'ouvre avec celui de l'autre côté dans une proéminence conique de la face supérieure du rectum, près de l'anus, laquelle peut passer pour une verge, ou du 536 LIVRE DEUXIÈME. moins servir au même usage lors de l'accou- plement. Les femelles de ces mêmes poissons ont deux ovaires , oîi les jaunes des œufs grossissent comme dans ceux des poules; quand ils s'en échappent, ils sont saisis par les pavillons de deux ovi- ductus ouverts tout-à-fait au-dessus du foie et tout près du diaphragme. Ces oviductus sont memhraneux et minces jusque vers le milieu de leur longueur, oîi ils traversent chacun une grosse glande en forme de rein , d'un tissu par- ticulier, et qui parait verser, par luie infinité de pores, dans l'intérieur de l'oviductus la subs- tance propre à produire la coquille; après l'a- voir traversée, ces canaux descendent et s'ou- vrent chacun à l'un des côtés d'une poche pla- cée derrière ou plutôt au-dessus du rectum et qui est une vraie matrice : cette poche s'ouvre elle-même par un large orifice à l'extrémité du rectum à sa paroi supérieure. Lorsque les raies et les squales veulent se féconder, ils s'approchent ventre à ventre, et les mâles ont à leurs nageoires ventrales des ap- pendices souvent très -compliquées dans leur structure , et qui paraissent leur servir à saisir avec plus de fermeté la queue de leurs femelles. L'esturgeon maie a des testicules suspendus au mésentère et sans canal déférent; mais un chap. viii. génération des poissons. 537 tube assez large, ouvert dans l'abdomen par une espèce de pavillon , y reçoit le sperme , se rend obliquement vers le bas de l'uretère, oii il le verse , et d'oîi il aboutit , ainsi que l'urine , à une ouverture percée derrière l'anus. L'œuf des raies est revêtu d'une coquille de substance fibreuse, semblable à de la corne, enveloppée par deliors et doublée par dedans de membranes épaisses et glutineuses ; sa forme est aplatie, carrée, avec les quatre angles pro- longés en pointes. On nomme vulgairement ces oeufs coussinets de mer ou souris de nier^ : ils contiennent, outre le jaune, une masse albumi- neuse et transparente. L'œuf des squales est ob- long, d'une corne bomogène, souvent jaune et transparent : quelquefois sa surface est relevée de lames transversales saillantes ; ses angles se prolongent en longs cordons repliés et cornés. 11 paraît que cette coquille se forme lorsque l'œuf traverse la glande qui occupe le milieu de l'oviductus; elle s'y forme par excrétion et par coucbes. Quand on saisit l'œuf dans l'ovi- ductus, on le trouve quelquefois encore engagé par sa partie postérieure dans le passage de la glande, et cette partie est alors molle et incom- 1. Vojez Tilesius, sur les œufs des poissons cornés, et sur la re- production des raies et des squales (en allemand, Leipzig, 1802, in-4.''). 538 LIVRE DEUXIÈME. plète. J'ai lieu de croire que les pointes de l'œuf des raies et les cordons de celui des squales se filent dans les sillons latéraux de cette partie de l'oviductus qui traverse la glande. L'œuf des cliimères est aussi enveloppé d'une forte co- quille plate, cornée, ovale et velue. Toutes ces coquilles de cliondroptérygiens étant de nature cornée et ne pouvant se casser comme celles des œufs des oiseaux, la nature leur a donné une ouverture à l'un des bouts, dont le petit peut écarter les bords, et sortir quand il a acquis son développement; on a même pensé que, lorsque ces œufs sont pondus, cette ouverture permet à l'eau de concourir à la respiration du fétus; mais je l'ai toujours trouvée fermée d'une membrane.^ Dans les squales vivipares , dont les petits éclosent dans l'oviductus ou dans la matrice, tels que sont les requins , il n'y a autour du fétus qu'une enveloppe membraneuse, où l'on reconnaît toutefois les cordons tortueux des œufs des autres espèces. Certaines espèces portent leurs œufs sur elles pendant quelque temps après les avoir pondus et même quelques-unes jusqu'à ce qu'ils soient éclos. Ainsi les syngnathes ont derrière l'anus, 1. Vo;yez Home, Leçons d'anatomie comparée, trentième leçon. CHAP. VIII. GÉNÉRATION DES POISSONS. 559 SOUS la base de la queue, une fosse fermée par deux pièces écailleuses, comme par deux bat- tans de porte , où les œufs se déposent avec ordre, et où ils demeurent jusqu'à ce que les petits soient éclos\ Les asprèdes les portent suspendus à la peau de leur ventre. Mais le plus grand nombre des poissons ré- pand ses oeufs dans l'eau, agglutinés par un mucilage qui les enveloppe et les attache aux pierres , aux plantes aquatiques , tantôt en grou- pes , tantôt en cordons ou en réseaux , selon les espèces. Ces œufs sont des globules transpa- rens , dans le milieu desquels on voit le jaune. Dans cet état le mâle les féconde en y répan- dant sa laite , et c'est pour répandre ou féconder leurs œufs que les poissons montrent le plus d'activité : c'est alors que plusieurs remontent les rivières, que d'autres voyagent en troupes, que d'autres se poursuivent ou se rapprochent, soit par paires, soit en beaucoup plus grand nombre. Le germe se montre plus ou moins vite dans l'œuf fécondé , selon la température , et son ac- croissement est en général assez lent : le petit 1. C'est ce fait mal tu qui a engagé Aristote à dire [Hist. an., t. VI, p. i5) que Yaigiiille (le sjngnathe) se rompt quand le temps de pondre approche , qu'elle a sous le ventre une fente qui se referme après la ponte, etc. iS40 I-IVRE DEUXIÈME. sort communément avant d'avoir beaucoup grandi, en perçant l'enveloppe avec sa quene/ Dans les poissons osseux vivipares, tels que les silures, les anableps, certains blennies, etc., l'œuf grossit dans l'ovaire même, autant qu'il faut pour le fétus qui s'y développe, et il y a des espèces oîi il y devient assez grand. Le petit venant à éclore rompt , pour s'échapper , l'œuf et la membrane qui le retenait. Tous ces œufs se composent , outre le fétus , d'un vitellus, qui communique par un pédicule avec l'intestin du fétus, et qui diminue à me- sure que le fétus grandit, et d'une membrane externe, qui répond à la membrane de la coque des oiseaux, et qui embrasse le fétus et son vitellus. Je n'ai pu, jusqu'ici, apercevoir d'amnios, à moins qu'on ne veuille regarder comme tel la tunique interne de la membrane générale; mais cet amnios embrasserait le vitellus comme le fétus. « Le vitellus a deux tuniques , complètes l'une et l'autre, quoique très-fines. L'externe se con- tinue par sa lame extérieure avec la peau et 1. Sur la fécondation des œufs des poissons, vojez Cavolini , Traite de la génération des poissons et des crabes (en italien, Naples, 1787 et 1789, in-4.''5 en allemand, Berlin, 1792, in-S."). CHAP. MIL GÉNÉRATION DES POISSONS. 541 par l'intérieure avec le péritoine ; l'interne, très- vasculeuse, se continue avec les membranes des intestins et leur tunique péritonéale; la cavité donne directement et visiblement dans celle de l'intestin, et la matière du jaune y aftlue. Il y a même des genres, comme les squales, oii j'ai vu un lobe de vitellus intérieur toujours ren- fermé dans l'abdomen du fétus ; c'est comme un appendice de l'intestin. Les artères de cette tunique intérieure viennent de l'artère céliaque; ses veines aboutissent à la veine porte. Ce qui distingue essentiellement les œufs de poissons , ainsi que ceux des batraciens , de ceux des animaux qui , une fois éclos , respirent tou- jours par des poumons, c'est l'absence absolue de l'allantoïde et des vaisseaux ombilicaux, qui ne paraissent se montrer à aucune époque. 11 n'y a par conséquent pas non plus de placenta, et toutefois le vitellus fort réduit des fétus de re- quins prêts à naître, m'a paru adhérer à la ma- trice presque aussi fixement qu'un placenta. Son cordon était hérissé d'une quantité de ramifi- cations vasculaires ou d'une espèce de chevelu assez semblable à celui des racines des arl^res. Le plus souvent l'abdomen n'est pas renflé, même par ce lobe intérieur dont nous venons déparier; mais quelquefois, comme dans l'ana- bleps, le vitellus a déjà en grande partie dis- 542 LIVRE DEUXIÈME. paru au dehors que l'abdomen a encore un ren- flement formé par une dilatation de la peau du poisson, et dans l'intérieur duquel on voit avec les intestins le reste du pédicule du vitellus. Ce renflement, qui montre déjà de petites écailles écartées les unes des autres, se contractera petit à petit, et alors les écailles se rapprocheront. De quelque manière que le poisson ait été amené à la vie extérieure , il est désormais livré à lui-même et chargé seul de pourvoir à ses be- soins. Le très-grand nombre périt, dévoré par les poissons plus grands, par les oiseaux aqua- tiques , par les reptiles ; ceux qui survivent , prennent un accroissement plus ou moins ra- pide, selon les espèces : dans certains poissons, cet accroissement dure à peu près toute la vie, et la vie de plusieurs est très -longue. On pré- tend connaître des carpes de plus d'un siècle; mais cette longue vie , que l'on a attribuée au peu de dureté des os, est loin d'avoir été accor- dée à toutes les espèces. CHAP. IX. RÉSUMÉ SUR LES POISSONS. 543 CHAPITRE IX. RÉSUME GÉNÉRAL DE L'ORGANISATION DES POISSONS. Telle est, ce nous semble, l'idée gëneVale que l'on peut se faire de la nature et de l'organi- sation des poissons, idée qui au reste ne sera complète que lorsque nous l'aurons particula- risée clans les descriptions des espèces, en fai- sant connaître ce qui est propre à chacune. Il résulte, selon nous, tant de cet exposé gé- néral que de toutes les observations sur les or- ganisations particulières, que les poissons for- ment une classe d'animaux distincte de toutes les autres , et destinée en totalité par sa confor- mation à vivre, à se mouvoir, à exercer les actes essentiels à sa nature dans l'élément aqueux. C'est là leur place dans la création. Ils y ont été dès leur origine; ils y resteront jus- qu'à la destruction de l'ordre actuel des choses, et ce n'est que par de vaines spéculations mé- taphysiques, ou par des rapprochemens très- superficiels, que l'on a voulu considérer leur classe comme un développement, un perfection- nement, un annoblissement de celle des mollus- ques, ou comme une première ébauche, comme un état de fétus des autres classes des vertébrés. Sans contredit, les mollusques, comme les 544 LIVRE DEUXIÈME. poissons, respirent par des branchies : ils ont en commun avec eux et avec les autres verté- brés un système nerveux, un système circula- toire, un canal intestinal et un foie, et per- sonne ne le sait mieux que moi, qui le pre- mier ai fait connaître un peu complètement leur anatomie et leurs rapports zoologiques/ Comme l'animalité n'a reçu qu'un nombre borné d'organes, il fallait bien que quelques- uns de ces organes au moins fussent communs à plusieurs classes. Mais oîi est d'ailleurs la res- semblance? La charpente de ces animaux, leur système entier de locomotion, sont-ils compara- bles dans la moindre de leurs parties? Et com- ment les organes même qui sont communs aux mollusques et aux poissons , pourraient-ils être ramenés aux rapports et aux connexions qu'ils ont dans ces derniers et dans les autres verté- brés ? Par quel passage la nature nous condui- rait-elle des uns aux autres? On peut aisément, je le sais, en n'ayant point d'égard a toutes leurs dilYérences, composer une définition qui 1. Dans mon Mémoire sur les afTiiùtés des animaux que l'on nomme vers, et sur leur distribution en classes, imprimé en 1795, et duquel sont nées toutes les classifications qui ont eu lieu depuis pour les animaux sans vertèbres ; et ensuite dans mes Mémoires sur l'anatomie des mollusques, imprimés dans les An- nales du Muséum, depuis 180:2, et recueillis en un volume en 1817. CHAP. IX. RÉSUMÉ SUR LES POISSONS. 545 n'embrasserait que ce qu'ils ont de commun; mais cette définition resterait toujours une pure abstraction de l'esprit, une définition purement nominale, un ^ain assemblage de mots, qui ne pourrait jamais se représenter par un plan commun , quelque dépouillé de détails que l'on essayât de le concevoir. La même métbode s'emploierait à tout rap- procher, comme on le voudrait; car, enfin, deux êtres, quelque éloignés qu'ils soient, se ressem- blent toujours par quelque point, ne fût-ce que par l'existence. Le cœur même, dans les mollusques qui n'en ont qu'un, est placé en sens contraire des pois- sons; c'est à la jonction des veines branchiales et des artères du corps qu'il s'attache; dans plu- sieurs , les membres sont sur la tête ; dans d'au- tres, les organes de la génération sont sur le côté : souvent ceux de la respiration sont au- dessus de ceux de la digestion, ou s'épanouis- sent sur tout ou partie de la face dorsale. En un mot, ils ont des branchies ; les poissons aussi : voilà tout ce qui les rapproche. Aussi remarque-t-on que toutes les fois que l'on a voulu sortir de ces formules purement verbales ou métaphysiques , on s'est égaré dans les comparaisons les moins admissibles. Pour l'un, les coquilles des bivalves repré- 1. 35 546 LIVRE DEUXIÈME. sentent les opercules des poissons ; pour l'autre , le bouclier de la seiche est un véritable os fibreux; pour un troisième, les grandes écailles de l'esturgeon ou les épines des diodons de- viennent un squelette extérieur. D'autres vont chercher leurs analogies dans les crustacés; les rebords de leur thorax représentent des oper- cules, et sous ces rebords on trouve en elTet des branchies; mais que l'on pénètre un peu plus avant, et tout est renversé : le cordon mé- dullaire est vers le ventre, le cœur vers le dos, et ce cœur , comme celui des mollusques , reçoit le sang des branchies et ne l'y envoie pas. Aussi en désespoir de cause, quelques-uns ont-ils vou- lu voir des rayons ou des apophyses épineuses de vertèbres dans les pieds des crustacés ; mais alors ce n'est plus un perfectionnement qui a lieu dans les poissons, c'est une dégradation manifeste. Le rapprochement des poissons avec les au- tres vertébrés n'est pas tout-à-fait aussi mal fondé. Ici du moins commencent des rapports sensibles dans le nombre des systèmes orga- niques et dans leurs connexions mutuelles ; mais qu'il y a encore loin de là, je ne dis pas à l'identité, je dis même à l'apparence d'une mar- che progressive. La tête des poissons, et encore mieux leur CHAP. IX. RÉSUMÉ SUR LES POISSONS. 547 crâne, est divisé en un nombre d'os à peu près pareil à celui que l'on observe dans le crâne des oiseaux et des reptiles sauriens , ou de l'ordre des lézards; et comme il y a aussi quel- que ressemlilance 5 mais beaucoup moins com- plète, entre ces os et ceux des fétus de mam- mifères, comme aussi la circulation dans les reptiles a quelque rapport avec celle de ces fétus de mammifères , on a regardé les classes ovipares, les reptiles surtout, comme des mam- mifères retenus à une première époque de leur développement , et poussant la comparaison jusqu'aux poissons dont la respiration et la cir- culation , pour ce qui concerne les vaisseaux, est à peu près la même que dans les têtards des grenouilles et des autres reptiles batraciens, on a conclu qu'ils représentent ces têtards; qu'ils sont par conséquent en quelque sorte des fétus au second degré, des fétus de fétus. Mais quand ces rapports, dans le nombre des os, seraient aussi complets qu'ils le sont peu , quand on pourrait oublier que justement les reptiles les plus voisins des poissons, la grenouille, la salamandre, dans tous leurs états, ont beaucoup moins d'os au crâne et à la face que les pois- sons et même que les mammifères, cette ma- nière de voir n'en serait pas moins vicieuse, en ce que, comme nous venons de le dire, elle 548 LIVUE DEUXIÈME. ne considère qu'un ou deux points et néglige tous les autres, ou ne les rattache à ce sys- tème qu'en faisant des suppositions qui répu- gnent au sens intime; qu'en admettant, que des appareils entiers se renversent, que des os qui appartiennent à un organe vont s'interca- ler entre ceux d'un autre, que des os placés dans une classe à côté l'un de l'autre , montent l'un sur l'autre dans la classe suivante , qu'un ensemble, qui était allé toujours diminuant et se simplifiant, comme celui des osselets du tym- pan , reprend subitement le nombre de ses piè- ces, et un volume énorme pour exercer une fonction toute différente, celle de protéger les branchies, et encore lorsque l'on a obtenu toutes ces concessions arbitraires, on n'en est pas plus avancé; car il se trouve à l'examen que l'on n'a point encore le nombre de pièces qu'on désirait, que ces pièces ne sont point dans la connexion oîi elles auraient dû être , qu'en un mot, rien encore n'offre ces prétendues analo- gies auxquelles on croyait être arrivé par des routes si pénibles. Supposons , par exemple , que l'apopliyse épineuse d'une vertèbre se détache, que l'une de ses deux moitiés s'élève au-dessus de l'autre ; accordons même qu'en de telles circonstauces la nature modèle autrement ces pièces, qu'elle CHAP. IX. RÉSUMÉ SUR LES POISSONS. 549 crée cette articulation si compliquée que l'on a nommée articulation en anneau , aura-t-on obtenu pour cela un interépineux de poisson et le rayon de nageoire dorsale qui s'y arti- cule ? ]Non , car l'interépineux lui-même est composé de trois pièces, et le rayon, fût-il un simple rayon aiguillonné, se divise encore ver- ticalement en deux moitiés. Que serait-ce s'il s'agissait d'un rayon mou divisé en outre en de nombreux rameaux et en des centaines de petites articulations ? Quant aux six muscles distincts pour chacun de ces rayons, l'évidence qu'ils n'ont point d'analogues est telle que per- sonne n'a osé leur en assigner, et il en serait de même, quoi que l'on en ait dit, si l'on es- sayait de comparer les muscles de l'opercule à ceux des osselets de l'ouïe. Sans doute, l'appareil qui porte les bran- chies a bien quelque rapport , quoiqu'assez éloigné, avec celui qui porte les houppes bran- chiales des têtards, ou celles des sirènes et des proteus ; mais cela même prouverait qu'il n'est pas l'analogue du larynx et des bronches, puis- que le larynx et les bronches existent dans ces animaux simultanément avec leur appareil branchial, et y a-t-il d'ailleurs la moindre comparaison à faire entre les muscles de cet appareil dans les deux classes? o'bO LIVRE DEUXIEME. Or, si la nature a créé des muscles exprès pour les reptiles et d'autres pour les poissons, pourquoi ne pourrait- elle pas leur avoir créé des os? On a voulu trouver drus les pièces opercu- laires des ouïes des poissons les os de l'oreille des mammifères; mais alors ils n'en seraient pas des germes , ils en seraient au contraire un énorme développement, et commeut concilie- rait-on cette idée avec ce fait, que précisément ceux des reptiles qui semblent le plus se rap- procher de la classe des poissons, qui, dans leur premier âge, sont presque de vrais pois- sons, que précisément ceux-là, dis-je, les sala- mandres et même les grenouilles , sont précisé- ment ceux de tous les vertébrés où les osselets de l'oreille sont réduits a l'état le plus faible et le plus rudimentaire ? Concluons donc que, s'il y a des ressem- blances entre les organes des poissons et ceux des autres classes, ce n'est qu'autant qu'il y en a entre leurs fonctions ; concluons que si l'on peut dire que ces animaux sont des mollusques annoblis, des mollusques élevés d'un degré, ou s'ils sont des fétus de reptiles, des repiiles com- mençans, ce n'est tout au plus que dans un sens abstrait et métaphysique, et que même alors il s'en faut beaucoup que cette exprès- CH,4P, IX. RÉSUMÉ SUR LES POISSONS. 5Si sion abstraite donne des idées justes de leur organisation; concluons surtout qu'ils ne sont ni des anneaux de cette chaîne imaginaire des formes successives, dont aucune n'aurait pu servir de germe aux autres , puisqu'aucune n'au- rait pu subsister isolément, ni de cette autre chaîne non moins imaginaire des formes si- multanées et nuancées, qui n'a de réalité que dans l'imagination de quelques naturalistes, plus poètes qu'observateurs, mais qu'ils appar- tiennent à cette chaîne réelle des êtres coexis- tans , des êtres nécessaires les uns aux autres et à l'ensemble, et qui, parleur action mutuelle, maintiennent l'ordre et l'harmonie de l'univers; chaîne dont aucune parcelle n'a pu exister sans toutes les autres, et dont les replis, sans cesse rapprochés ou écartés , embrassent le globe dans leurs contours. 552 LIVRE DEUXIÈME. GHAPITRE X. DISTRIBUTION MÉTHODIQUE DES POISSONS EN FAMILLES NATURELLES ET EN DIVISIONS PLUS ÉLEVÉES. On a pu voir par ce qui précède, que les différences des organes extérieurs et intérieurs propres à caractériser les poissons, ne sont pas moins nombreuses que marquées; et, en effet, il est peu de classes d'animaux où il soit aussi aisé de reconnaître des genres et des familles naturelles et d'y répartir les espèces. Au moin- dre examen chacun est en état d'apercevoir les rapports qui lient les harengs, par exemple, aux aloses, aux anchois, aux mégalopes, aux élopes, aux chirocentres ; ceux qui rattachent les anguilles aux murènes, aux synbranches, aux cécilies. On n'est pas moins frappé de l'alli- nité des innom.brables tribus des cyprins ; de celles des silure§, des salmones, des scombres et de lèrurs semblables. Mais poui* disposer ces genres et ces familles avec quelque ordre , il aurait été nécessaire de saisir un petit nombre de caractères importans d'où il résultât quel- ques grandes divisions qui , sans rompre les rapports naturels, fussent assez précises pour ne laisser aucun doute sur la place de chaque CHAP. X. DISTRIBUTION DES POISSONS. 555 poisson ; et c'est à quoi Ton n'est point encore parvenu d'une manière suffisamment détaillée. A la vérité, les nombreux caractères particu- liers aux chondroptérygiens ou aux poissons à squelette vraiment cartilagineux, ou, pour par- ler encore plus exactement, à périoste grenu, étaient trop saillans. pour n'avoir point été sai- sis par tous les esprits méthodiques. Tous les icliiyologistes ont donc fait de ces poissons un ordre à part ; mais presque tous ont altéré la justesse de leur division, en y mêlant des pois- sons qui ne leur ressemblent que par quelque mollesse dans le squelette. Cependant ces derniers poissons ne doivent pas être indistinctement rejetés dans la foule. 11 en est à la vérité, tels que la baudroie et le lump, qui, à cette mollesse près, ne dilYèrent en rien des poissons ordinaires, et ne peuvent en être régulièrement séparés ; mais il en est aussi qui ont des caractères particuliers dans les tégu- mcns, dans les dents, et surtout dans la dispo- sition du squelette de la tête. Les tétrodons, les diodons , les coffres , et même les balistes , sont de ce nombre. Les syngnathes ont aussi dans leurs branchies des caractères distinctifs de grande importance. L'apparence extérieure re- marquable de ces genres avait engagé beaucoup de naturalistes à les séparer des autres ; mais 554 LIVRE DEUXIEME. on a été généralement peu heureux a découvrir leurs vrais caractères. Artedi, par exemple, non-seulement les réu- nit aux baudroies et aux lumps, dans l'ordre des brancliiostèges, mais il établit tout cet ordre sur une supposition fausse ; celle que ces poissons n'auraient pas de rayons à leur membrane bran- chiale', tandis qu'ils en ont tous, et qu Artedi lui-même décrit ceux du lump. " Linnaeus, après avoir, dans sa dixième édi- tion, placé parmi les reptiles les chondropté- rygiens , auxquels , par une combinaison tout aussi peu motivée, il joint les baudroies; après avoir mis avec les brancliiostèges d' Artedi les mormyres et les syngnathes, et leur avoir donné à tous pour caractère de manquer non-seulement de rayons aux branchies, mais d'opercules, ce qui pour plusieurs est contraire à la plus simple observation, réunit dans sa douzième édition les chondroptérvgiens et les branchiostèges en un seul ordre de reptiles {amphibia nantes) , sur le caractère encore entièrement opposé à la vérité, de posséder à la fois des branchies et des poumons. 1. C'est ainsi du iDoiris que l'on explique la définition qu'il en donne (Gen.pisc. tilul. vers.) : hrnnchiis osseis, ossibus destiiutis , et (p. 85) , branchioslegi in branchiis nulla ossicula gerunt. 2. Gêner, fisc, p. 62, membrana hranchiostega ossicula sex gracilia cantine t. CHAP. X. DISTRIBUTION DES POISSONS. 555 Gmeliii rétablit les deux ordres d'Artedi , mais toujours en attribuant aux brancbiostëges cette absence de rayons. Gouan les caractérise seulement par des brancliies incomplètes; ex- pression vague et fort contestable dans presque tous les genres. Pennant les réunit avec les chondroptérjgiens sous le nom commun de cartilagineux; dénomination adoptée parM.de Lacépède, et dont nous avons déjà vu l'impro- priété. En effet, elle n'est bonne ni dans un sens positif, ni dans un sens négatif. On ne peut dire en aucune manière que le squelette des balistes soit cartilagineux ; et dans le nombre des poissons que Pennant et ceux qui l'ont suivi laissent parmi les osseux, il en est, comme le leptocépliale, qui ont à peine une apparence de squelette. J'ai donc dû m'occuper d'abord de démêler parmi ces poissons, en quelque sorte anomaux, ceux qui s'écartent assez du type des poissons ordinaires pour mériter d'en être séparés, et ensuite de leur découvrir des caractères nets et susceptibles d'être clairement expliqués par des paroles. Cet examen m'a convaincu que l'on avait mal à propos retiré de la grande masse des poissons ordinaires les baudroies , les lumps , les centrisques, les mormyres et les macrorhyn- 556 LIVRE DEUXIÈME. ques*, qui ne diffèrent en rien d'essentiel des poissons ordinaires : mais j'ai reconnu que les syngnathes, dont la forme et l'économie sont si singulières , pouvaient être distingues par leurs branchies en forme de houppes, cachées sous un opercule qui ne laisse pour la sortie de l'eau qu'une petite ouverture vers la nuque; et que les diodons , les tétrodons , les coffres et les batistes , indépendamment de ce qu'il y a d'incomplet dans leur squelette et de singulier dans leur tournure, ont les mâchoires et en général tout le squelette de la tête un peu au- trement arrangé que le commun des poissons; que leur mâchoire supérieure et leurs os pala- tins sont articulés entre eux et avec le vomer par des sutures immobiles ; ce qui leur laisse beaucoup moins de liberté pour ouvrir et fer- mer leur bouche ; et c'est probablement à cette circonstance que se rapporte aussi le peu de mouvement que laisse à leur appareil branchial la peau qui le recouvre étroitement, et qui a empêché plusieurs naturalistes de s'apercevoir qu'il était muni d'opercules et de rayons, comme dans tous les poissons. Mais ces familles une fois séparées, il reste 1 . Le macrorhjnque de Lacépèdc , on syngnathe argenté de Bonnalerre, n'est inême autre chose qu'un lépidope, incomplète- ment décrit par Osbeck. CHAP. X. DISTRIBUTION DES POISSONS. 557 les neuf dixièmes des poissons parmi lesquels la première distinction qui se présente est celle des poissons à nageoires molles, ou dont les rayons sont branchus et articulés, et des pois- sons à nageoires épineuses dont une partie des rayons sont des osselets pointus sans brandies ni articles, ou, comme les a nommés Artedi, les deux embrancliemens des poissons mala- coptérj^iens et acanthoptérjgiens j malheu- reusement cette division est encore bien géné- rale, et même pour l'appliquer on est obligé de faire abstraction des premiers rayons de la dorsale ou des pectorales dans certains cyprins et dans certains silures, oîi ces rayons présen- tent des épines fortes et solides : il est vrai que ces épines se forment dans ces deux genres de l'agglutination d'une multitude de petites arti- culations dont on y voit les traces. Il y a bien encore quelques exceptions, au moins apparentes, pour certains poissons de la famille dés labres et pour d'autres de celle des blennies, dont les épines sont si petites ou si faibles et si peu nombreuses, qu'ils ne parais- sent pas en avoir; mais à ces petites irrégula- rités près, si cette division ne conduit pas assez loin, du moins elle n'égare pas et ne sépare aucun des poissons que la nature a rapprochés. On ne peut pas en dire autant des distinc- 558 LIVRE DEUXIÈME. tions que les naturalistes ont cherché à étahHr sur d'autres principes, ni des suhdivisions cpie ceux qui ont adopté la grande division d'après les épines ont essayé d'introduire dans ses deux embranchemens. Ainsi, la forme générale du corps et l'absence des ventrales employées par Ray, avant le ca- ractère tiré des épines , l'oblige à mettre ensem- ble l'anguille, la lote et le gobie, le syngnathe, le xiphias et le poisson lune. Linnaeus, qui le premier, dans sa dixième édition, négligeant la distinction fondée sur les épines, a imaginé de diviser les poissons ordi- naires en apodes, jugulaires, thoraciques et abdominaux, selon qu'ils manquent de ventra- les, ou que leurs ventrales sont attachées en avant des pectorales ou sous elles ou plus en arrière, s'est vu obligé de rapprocher le xiphias, le trichiure et le stromatée de l'anguille et du gymnote, de mettre les gades entre les vives et les blennies , les pleuronectes entre les zeus et les chétodons, et les teuthis ou ampliacanthes entre les silures et les loricaires. ^ Gouan, en combinant les deux méthodes et divisant chacun des embranchemens d'Artedi d'après les quatre ordres deLinnœus, évite quel- 1. Vo^ez la note de la page n6. CHAP. X. DISTRIBUTION DES POISSONS. 559 ques rapprocliemeiîs peu naturels, et cependant il met encore le xiphias et le trichiure fort loin des scombres; il commet aussi des erreurs po- sitives, en faisant de la donzelle et du silure des acanthoptérygiens, et du stromateus un malacoptéiygien. M. de Lacépède reprend les caractères de Pennant, et divise les poissons en cartilagineux et en osseux; chacun de ces embranchemens se subdivise sans égard aux épines, et d'après l'absence ou la présence, soit de l'opercule ou de la membrane branchiostège , ou de tous les deux; enfin, les dernières subdivisions sont prises de la position relative des ventrales et des pec- torales ; distribution fort régulière et qui donne trente-deux ordres conçus à priori, mais dont quinze n'ont pu être remplis, faute d'avoir trouvé dans la nature des poissons qui s'y rapportas- sent, et dont plusieurs ne paraissent même rem- plis que par l'erreur qui a fait croire que l'o- percule ou la membrane manquent à des pois- sons qui les possèdent réellement, tels que les mormyres, les murènes et les synbranches. ^ Cette méthode , outre le déplacement des bau- droies et des lumps, et le mélange continuel des malacoptérjgiens avec les acanthoptérj- 1. Vo^ez la note de la page 178. 560 LIVRE DEUXIÈME. giens, qui avait déjà lieu clans celle de Lin- naeus, aurait le désavantage de mettre les mu- rènes et les sjnbranches fort loin des anguilles, qui leur ressemblent tant, si relativement à cette particularité de sa distribution elle n'était fondée, comme nous venons de le dire, sur des caractères qui n'ont pas d'existence réelle. Ce- pendant M. Duméril a conservé ces ordres dans la sienne, qui est au fond celle de M. de La- cépède, subdivisée d'après les formes du corps et d'autres détails, pour se rapprocher autant qu'il a été possible des familles naturelles ; mais l'intercalation des caractères pris des ventrales empêchait d'arriver à ce but. Aussi voit-on les baudroies avec les l^alistes et les chimères, les gades avec les vives et les uranoscopes. Une seule famille réunit les céci- lies , les monoptères et les ophisures , qui sont des anguilles; le notoptère, qui est un hareng; les trichiines, qui se rapprochent des scom- bres, etc.* Les mêmes causes ont conduit MM. Risso et Rafinesque à des résultats semblables dans les combinaisons qu'ils ont essayé de faire des méthodes de Pennant et de Lacépède , soit entre elles, soit avec les familles naturelles. On peut 1. Voyez la note des pages i84 et suivantes. CHAP. X. DISTRIBUTION DES POISSONS. 561 consulter à cet égard les tableaux que nous avons donnés de leurs distributions dans l'bis- toire de l'iclityologie qui ouvre ce volume. * Je ne vois pas que l'on ait été plus heureux dans les essais du même genre qui ont été ten- tés récemment en Allemagne. Ainsi M.Goldfuss, ne faisant à la division de Linnaeus d'autres cbangemens que de réunir les jugulaires avec les tlioraciques , et les brancbiostëges avec les chondroptérygiens, s'est ôté tout moyen de ran- ger les familles dans l'ordre de leurs affinités. Les cycloptëres et les baudroies n'iront jamais, comme il les place , entre les lamproies et les squales ; jamais on ne pourra raisonnablement mettre, comme lui, le trichiure avec les an- guilles et très-loin du lepidopus , qui lui ressem- ble presque en tout point ; le gnatliobolus , qui est un hareng, ne pourra jamais rester avec le stromateus, qui est presque un chétodon.^ L'auteur lui-même s'est vu obligé de man- quer a sa règle pour le xiphias , qu'il laisse près des scombres parmi les subbrachiens , quoique bien certainement il soit apode. M. Oken avait plus de facilité d'arranger ses familles, lui qui ne donnait à ses grands ordres, 1. Vojez les notes des pages 192 et 209. 2, Voyez la note de la page 22 5. 1. 36 562 LIVRE DEUXIÈME. à ses poissons poissons, ses poissons reptiles, ses poissons oiseauoc et ses poissons niani- maux^, que des caractères presque indétermi- nés, et cependant, pour avoir encore employé la position des ventrales dans ses subdivisions, on le voit mettre les dupées entre les muges et les amphacanthes (buro), les gades près des gasterostes, les xipbias près des anarrbiques, et laisser les rhincbobdelles et les bogmares dans la même famille que les anguilles. C'est après avoir étudié pendant près de quarante ans les poissons , non d'après les au- teurs, mais sur eux-mêmes, sur leurs sque- lettes, sur leurs viscères, après en avoir dis- séqué plusieurs centaines d'espèces, que je me suis convaincu de la nécessité de ne mêler ja- mais aucun acantlîoptérygien avec des poissons d'autres familles; que j'ai compris que les acan- thoptérygiens , qui font les trois quarts des pois- sons connus, sont aussi le type que la nature a le plus soigné, et qu'elle a maintenu le plus semblable à lui-même dans toutes les variations de détail qu'elle lui a fait subir. Tous les autres caractères n'ont du être em- ployés qu'en dessous de celui-là et sans jamais 1. Noms des quatre grandes divisions des poissons dans le système de M. Oken. Vovez les notes des pages 23o et suivantes. CHAP. X. DISTRIBUTION DES POISSONS. 563 le contrarier; mai* l'extrême constance du plan général et l'influence prédominante de ce carac- tère régulateur a rendu fort difficile de faire aux poissons oii il existe des applications précises et sensibles, des caractères subordonnés : ainsi les dilYérentes familles des acantlioptéiygiens pas- sent tellement les unes dans les autres, que l'on ne sait où l'une commence, ni où l'autre finit. La famille des perçues , par exemple, qui se distingue essentiellement de celle des sciènes par ses dents palatines, comprend un groupe assez considérable et bien naturel sous tous les autres rapports, dont une partie possède ces dents, tandis que l'autre en est dépourvue. La même cbose arrive dans la famille, d'ail- leurs bien caractérisée , des joues cuirassées : la plus grande partie de ses genres se lie aux perches ; l'autre aux sciènes sous le rapport des dents au palais. Il y a des passages sensibles d'une partie des genres de la famille des sciènes à ceux des clié- todons , par les écailles qui revêtent plus ou moins leurs nageoires verticales, et cependant on est obligé de rapprocher d'un autre côté la famille des spares de plusieurs genres de sciènes qui n'ont pas de trace de ces mêmes écailles. Des passages non moins marqués lient cer- tains genres de spares, tels que les picarels et ]S64 LIVRE DEUXIÈME. les gerres , avec d'autres genres , tels que les ëquules, que l'on ne peut éloigner des zeus, lesquels conduisent à leur tour à la famille des scombres , et cette dernière passe par des nuances si peu tranchées à ces poissons en forme de rubans, que l'on a nommés taenioïdes, qu'il est presque impossible de dire où l'on pourrait placer la borne qui séparerait les uns des autres. Que reste-t-il donc aux naturalistes désireux de faire connaître les êtres d'après leurs vérita- bles rapports, sinon d'avouer que les poissons acanthoptérygiens , qui forment les anciens genres des perches, des sciènes, des spares, des chétodons, des zeus et des scombres, jus- ques et compris les cépoles et autres poissons en forme de rubans, ne composent, malgré la quantité innombrable de leurs espèces, qu'une seule famille naturelle, dans laquelle on peut bien signaler des nuances , apercevoir des com- mencemens de groupes, de légères séparations, mais où il est impossible de tracer des circons- criptions parfaitement nettes, et qui ne rentre- raient par aucun point les unes dans les autres. Il n'en est pas tout-à-fait de même des bau- droies, des batrachus, des gobies, des blennies et surtout des labres ; leurs caractères sont assez précis et, quoiqu'en partie anatoiniques, assez CHAP. X. DISTRIBUTION DES POISSONS. 56S faciles à assigner et a saisir. La petite ouverture des ouïes du premier de ces groupes ; ses na- geoires pectorales, dont la base s'alonge en forme de bras; les pectorales semblables jointes à des ventrales à trois rayons du deuxième ; les aiguillons flexibles du dos du troisième et du quatrième ; les lèvres cbarnues du cinquième ; l'absence totale d'appendices cœcales dans pres- que tous ces génies , les séparent des autres acantbopterygiens, et ce dernier caractère les rapprocbe même des silures et des cyprins, dont les familles commencent l'ordre des mala- coptérygiens , et qui de leur côté , ainsi que nous l'avons dit , tiennent aux acantboptéry- giens par la forme épineuse que prennent quel- ques-uns de leurs rayons. Les familles des malacoptérygiens offrent plus de différences et des traits plus faciles à recon- naître, et il en est plusieurs qui sont aussi na- turelles que soumises à des limites fixes, tant chacune d'elles, en se séparant nettement des autres, conserve dans son intérieur une grande ressemblance de détails. Cette fixité est si sen- sible, que la plupart des familles naturelles que nous établirons dans cette partie de la classe, avaient déjà été saisies par Artedi, et présen- tées sous le nom de genres. Ses silures , ses cy- prins, ses saumons, ses dupées, ses brochets ^ 566 LIVRE DEUXIÈME. peuvent demeurer ensemble : il n'y a même au-i cun inconvénient à les distribuer d'après la pré- sence et la position des ventrales , car ce carac- tère, tout léger qu'il est, ne varie dans aucune : seulement j'ai remarqué qu'il est impossible de conserver la distinction des jugulaires, des tlio- raciques et des abdominaux dans les termes oii l'établit Linnœus'. Peu importe, en elfet, que la ventrale se montre au debors , un peu avant ou un peu après la pectorale , ou précisément sous elle ; mais la circonstance importante , et qui tient à la structure même du poisson, est de savoir si le bassin est attacbé aux os de l'épaule ou s'il est simplement suspendu dans les cbairs du ventre. J'ai donc imaginé le mot de subbracbien pour désigner les poissons de la première catégorie, quel que soit d'ailleurs le point où leurs ventrales se montrent, ce qui ne tient qu'au plus ou moins de longueur des os du bassin; et j'ai laissé le nom d'abdominaux à ceux de la seconde. Les apodes se sont trouvés naturellement les malacoptérygiens sans ven- trales. Nous commencerons donc cette liistoirc des poissons par les acantboptéi ygiens , qui en réa- 1. Ceux qui ont réuni les thoraciques et les jugulain l'ont fait que d'après mon Règne animal. CHAP. X. DISTRIBUTION DES POISSONS. 567 llté ne constituent presque qu'une seule et im- mense famille. Nous placerons à leur suite les diverses familles des malacoptérygiens , dans l'ordre oii elles nous paraissent se rapprocher le plus des acantlioptérygiens; mais je ne vou- drais pas que l'on crut qu'elles ne s'en rappro- chent que sur une seule ligne et dans une seule série. Si les malacoptérygiens abdominaux peuvent être range's ainsi , et même commencer par ceux d'entre eux qui ont quelques rayons épineux, ce n'est pas à leur suite que doivent venir ni les apodes ni les suhbrachiens. Les gades, par exemple, tiennent d'aussi près qu'aucun abdominal à certains acantlioptéry- giens, et il n'y aurait aucuae raison de les pla- cer après les abdominaux, s'il s'agissait de mar- quer leur rang dans la nature. Si nous n'en parlons qu'à leur suite, c'est que les faits que l'on expose dans un livre ne peuvent y être pla- cés que les uns après les autres. La même observation doit s'appliquer aux autres poissons, à ceux dont la mâchoire supé- rieure est fixée , à ceux dont les î)ranchies sont en houppes, et surtout a la grande et importante famille des chondroptérygiens , par laquelle nous terminerons cette histoire. C'est surtout dans cette dernière que se mon- 56i^ LIVRE DEUXIÈME. tre bien la vanité de ces systèmes qui tendent à ranger les êtres sur une seule ligne. Plusieurs de ses genres , les raies , les squales par exemple, s'élèvent fort au-dessus du commun des pois- sons, et par la complication de quelques-uns de leurs organes des sens , et par celle de leurs organes de la génération , plus développés dans quelques-unes de leurs parties que ceux jnême des oiseaux ; et d'autres genres , auxquels on arrive par des transitions évidentes , les lam- proies , les ammocètes , se simplifient au con- traire tellement, que l'on s'est cru autorisé à les considérer comme un passage des poissons aux vers articulés ; que bien certainement du moins les ammocètes n'ont plus de squelette, et que tout leur appareil musculaire n'a que des appuis tendineux ou membraneux. Que l'on n'imagine donc point que, parce que nous placerons un genre ou une famille avant une autre, nous les considérerons précisément comme plus parfaits , comme supérieurs à cette autre dans le système des êtres. Celui-là seule- ment pourrait avoir cette prétention, qui pour- suivrait le projet chimérique de ranger les êtres sur une seule ligne , et c'est un projet auquel nous avons depuis long-temps renoncé. Plus nous avons fait de progrès dans l'étude de la nature, plus nous nous sommes convaincus que CHAP. X. DISTRIBUTION DES POISSONS. 569 cette idée est l'une des plus fausses que l'on ait jamais eue en histoire naturelle , plus nous avons reconnu qu'il est nécessaire de considérer chaque être, chaque groupe d'êtres en lui-même, et dans le rôle qu'il joue par ses propriétés et son organisation , de ne faire ahstraction d'au- cun de ses rapports, d'aucun des liens qui le rattachent soit aux êtres les plus voisins, soit à ceux qui en sont plus éloignés. Une fois placé dans ce point de vue, les dif- ficultés s'évanouissent, tout s'arrange comme de soi-même pour le naturaliste. Nos méthodes systématiques n'envisagent que les rapports les plus prochains ; elles ne veulent placer un être qu'entre deux autres , et elles se trouvent sans cesse en défaut : la véritable méthode voit cha- que être au milieu de tous les autres; elle montre toutes les irradiations par lesquelles il s'enchahie plus ou moins étioitement dans cet immense réseau qui constitue la nature organisée; et c'est elle seulement qui nous donne de cette nature des idées grandes, vraies et dignes d'elle et de son auteur ; mais dix et vingt rayons souvent ne suffiraient pas pour exprimer ces innombrables rapports. Nous avertissons donc, une fois pour toutes, que c'est dans les descriptions mêmes que nous donnerons, qu'il faudra chercher l'idée que l'on 570 LIVRE DEUXIÈME. doit se faire des degrés de l'organisation, et nullement dans la place que nous serons obli- gés d'assigner aux espèces^ : et toutefois nous sommes loin de prétendre que des rapports n'existent pas; qu'il n'y a point de classification possible, et que l'on ne doit pas former des réunions d'espèces et les définir. Buffon a eu parfaitement raison lorsqu'il a établi que des caractères absolus, des sépara- tions tranchées entre les genres n'existent pas toujours; qu'il n'y a aucun moyen de les ali- gner sans contrainte dans nos cadres méthodi- ques ; mais ce grand homme est allé trop loin quand il a rejeté tous les rapprochemens, quand il s'est refusé à toute ordonnance tirée des res- semblances des organisations. Ces rapprochemens sont si réels , notre esprit y est entraîné par une pente tellement néces- saire, que le peuple même a eu dans tous les temps ses genres comme les naturalistes. Nous rapprocherons donc ce que la nature 1. Je fais cette observation, parce qu'un auteur s'est cru fort hahile de remarquer que les lamproies ne sont pas voisines des reptiles, et qu'en conséquence j'ai eu tort de les placer immé- diatement après cette classe dans mon Règne animal; mais, de ce que cette fois je les placerai à l'autre extrémité de la classe des poissons, il ne faudra pas encore en conclure que je veux les mettre après tous les autres. CHAP. X. DISTRIBUTION DES POISSONS. 57 I rapproche., sans contraindre d'entrer dans nos groupes les êtres qu'elle n'y a point placés; et, ne nous faisant aucun scrupule , après avoir démontre , par exemple , toutes les espèces qui se laissent ranger dans un genre bien défini, tous les genres dont il est possible de compo- ser une famille bien circonscrite, de laisser en dehors une ou plusieurs espèces isolées, un ou plusieurs genres qui ne se rattachent point aux autres d'une façon naturelle, aimant mieux re- connaître franchement ces sortes d'irrégularités, si l'on croit pouvoir les nommer ainsi, que d'in- duire en erreur, en laissant ces espèces et ces genres anomaux dans des séries dont les carac- tères ne les embrassent pas. Notre liste des poissons , formée d'après ces principes, pourra être distribuée en familles à peu près de la manière qui est indiquée par le tableau suivant. Ne pouvant assigner à chaque famille un caractère univoque et exclusif, nous nous bornons en ce moment à les indiquer par les noms dérivés du genre le plus connu de chacune, de celui que l'on peut en considérer comme le type, et d'après lequel il est le plus aisé de s'en faire une idée. En tête de chaque famille on trouvera une énumération plus étendue de ses caractères, ainsi que des combinaisons d'après lesquelles 572 LIVRE DEUXIÈME. nous la subdivisons , et qui nous conduisent aux dilïerens genres qui la composent. POISSONS. OSSEUX. A branchies en peignes ou en lames. A mâchoire supérieure libre. ACANTHOPTÉRY GlENS. Percoïdes. Polynèmes Mulles. Joues cuirassées. Sciénoïdes. Sparoïdes. Chétodonoïdes. Scombéroïdes. Muges. Branchies labjriiifbiques Lophioïdes. Gobioïdes. Labroïdes. MALACOPTÉRYGIENS Abdomimacx. Cyprinoïdes. Siluroïdes. Salmonoïdes Clupéoïdes. Lucioïdes. SUBBRACHIENS. Gadoïdes. Pleuronectes- Discoboles. Apodes. Murénoïdes. A mâchoire supérieure fixée. Scléro dermes. Gyuinodontes. A branchies en forme de houppes. Lopbûbranches. CHAP. X. DISTRIBUTION DES POISSONS. 573 CARTILAGINEUX ou CHONDROPTERYGIEJSS. Sturioniens. Plagiostomes. Cyclostomes. FIN DU PREMIER VOLUME. ERRATA. Page 9 , note 2. Néhém., ch. VIII ; lisez : Néliéra., ch. XIII. 35 , ligne 4 d'en bas. Bein ; lisez : Belin. 181, 2.'' colonne de la note, ligne 7. Spagebranche ; lisez: Sphagebranche. 2 36, 3.^ colonne de la note, ligne 6. Osthagoriscus ; lisez : Orthagoriscus. ADDITIONS 4LX EXPLICATIONS DES PLANCHES DE CE VOLUME. Addition à la page 4^4- La figure YJ de la planche YIl montre la membrane argentée, l, enlevée sur une partie du globe de l'œil pour laisser voir la choroïde, ky et le bourrelet vasculaire. La figure YII montre en c la lame externe de la cornée qui est un prolongement de la peau ; en Cy la cornée proprement dite ; / est l'iris ta- pissé en dessus par la membrane argentée et en dessous par l'uvée; m^ la choroïde; n, la rétine; o^ le corps vitré. Addition à la note de la page 464. a, le canal semi-circulaire, horizontal; h, l'antérieur vertical; c, le postérieur vertical; d, sont les ampoules; e, le vestibule membraneux;/, le sac; g, est la réunion des deux canaux semi- circulaires verticaux; s, s, les divers rameaux de la septième paire, qui se rendent aux ampoules et au sac. Addition à la page 485, Le n.° X de la planche Y III montre quatre écailles de la perche : a et h sont des grandes écailles des flancs; c, une écaille de la ligne latérale percée d'un tube , et d, une écaille du dos. 37 [Addition ci la noie de la page 4^^- La figure II de la planche VIII et la figure I de la planche VII montrent en R la vessie natatoire. Dans la 'première elle est en place; on l'aperçoit entre les côtes : dans la seconde elle a été, comme tous les intestins, abaissée, afin de laisser voir les reins, S, S, et la vessie urinaire, T. Ses parois sont couvertes en avant de groupes de pinceaux rouges et des vaisseaux qui les forment; en ariière, des arlères qu'elle reçoit des branches profondes des intercostales et des veines qui vont se réunir à celles de l'ovaire. On peut également ajouter pour la connaissance de la figure I de la planche VII, que l'on voit dans l'orbite le nerf ophthalmi- que, 5', le nerf de la troisième paire, celui de la quatrième et celui de la sixième; que l'on voit également le maxillaire supé- rieur, S'*, le maxillaire inférieur, 5^, le nerf opercuîaire, 5^, le nerf de la huitième paire en 8^ dont le dernier rameau se porte sur l'estomac en 8 ' : 9, lo, 1 1 et 12 sont les paires de nerfs qui vont à l'épaule, au bras et à la nageoire pectorale; ceux de la nageoire ventrale sont fournis par des branches des intercostaux: i3, i4, 1 5, en X, X ', X», sont les ouvertures de l'anus, des ovaires et de la vessie, placées, comme on voit, chez les poissons en sens in- verse de celui des autres vertébrés. Pour VinleUigence de la planche T^IJI. On doit ajouter que la figure IV représente les testicules R, R, et la vessie, Q ; que la figure IX montre un ovaire fendu longitu- dinalement pour faire voir les nombreuses lames membraneuses dont il se compose, et qui se tapissent à chacune de leurs surfaces d'un nombre d'œufs si considérable, que, lorsqu'ils ont acquis leur développement, ils cachent entièrement la membrane à la- quelle ils adhèrent. r i f Date Due o *^^- '0^' »' ^ )■ ÉN^*^ •^ :-^ -^ '■ât ^m >43 v#»^ >;,